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CHAPITRE XVII 17 AOUT - LA PRÉPARATION DE LA BATAILLE

I — Le Grand Quartier Général dans la matinée

A 4 heures du matin, avant le lever du soleil, le prince Frédéric-Charles se rendait au bivouac de la 5' division d'infanterie.

« En ce moment...., il était beaucoup plus facile de se rendre compte de l'étendue des pertes faites la veille. Cependant toutes les troupes avaient pris leurs positions et étaient prêtes au combat.

« La nuit s'était passée tranquillement. Les avant-postes se trouvaient encore sur les points qu'ils avaient occupés à la fin de la bataille; en face d'eux, à de grands intervalles, se montraient les avant-postes ennemis.

« Directement au sud de Rezonville et à Gravelotte, on pouvait apercevoir de grands feux de bivouac et des campements considérables.

« L'armée française faisait encore face à l'armée prussienne; une reprise du combat était donc possible.

c( Mais préalablement il régnait un silence profond. Cependant, vers 5*^30, arriva des avant-postes la nouvelle que l'ennemi se massait du côté de Gravelotte. Bientôt après, on entendit distinctement de nombreuses sonneries du côté de Rezonville, et l'on aperçut des mouvements près des feux de bivouac.

« L'air était extraordinairement pur. On pouvait apercevoir distinctement le champ de bataille jusqu'à la ligne de

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fumée des premiers bivouacs de l'ennemi. Les mouvements indécis qu'on avait remarqués se transformèrent bientôt en une chaîne épaisse de tirailleurs qui s'avançaient vers les lignes prussiennes. Ces tirailleurs précédaient peut-être une colonne en marche et l'attaque pouvait commencer.

c( Malgré la bonne humeur qui se manifesta dans les bivouacs allemands à ^apparition du général en chef, on considérait comme une bonne fortune le retard que chaque heure apportait à la reprise des hostilités ('). »

Là se perçoivent bien toutes les inquiétudes qu'inspire l'état précaire de la situation allemande aux premières heures du 17. On est à la merci d'un retour offensif de ces Français que l'on voit clairement massés à courte distance. A la W armée, on n'a pas la moindre intention de les attaquer, tout manque pour le faire. Mais si l'on est attaqué à fond, comment parera-t-on le coup?

« Plus la journée avancerait, plus la situation de la W armée deviendrait favorable. Les renforts arrivaient en nombre, ]s approchaient déjà. On n'avait aucun intérêt à engager le combat. On se bornait à observer l'ennemi; la cavalerie poussée aux avant-postes y suffisait amplement.

« L'espace était restreint et il n'y avait pas lieu de couvrir une plus grande étendue de terrain, par des détachements poussés au loin.

« Bientôt, d'ailleurs, la scène changea : les tirailleurs ennemis s'arrêtèrent à portée de fusil de la position.

« Les clairons firent silence. Seuls, les grands campements

V restèrent animés. On comprit bientôt que l'ennemi battait

^ en retraite (^). Les tirailleurs évacuèrent les hauteurs qu'ils

, avaient occupées, des colonnes de route se formèrent sur

(1) Von der Goltz, Opérations de la 11^ armée.

(2) Dans quelle direction ? Là est une question posée dès la première heure et restée sans réponse toute la journée du 17.

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tous les chemins partant du champ de bataille, mais principalement dans la direction de Gravelotte et de là vers Malmaison.

d De Vionville, la cavalerie prussienne avait envoyé des éclaireurs sur Rezonville pour suivre l'ennemi. Il ne fut pas tiré un seul coup de feu. Peu après 6 heures, la cavalerie atteignit le village ; elle ne trouva plus que des blessés d'après lesquels l'ennemi avait évacué la localité en toute hâte.

« A 6 heures, les têtes de colonne du IX^ corps paraissaient sur le plateau, le corps d'armée se massait dans une position abri! es à l'ouest du bois de Vionville, au sud de la route de Gorze à Vionville.

« Sa Majesté le Roi arrivait sur le champ de bataille peu après 6 heures. Il s'arrêtait au bivouac de la 5^ division d'infanterie, recevait les rapports du commandant en chef de la IP armée et s'occupait aussitôt de choisir une position sur le plateau au sud-ouest de Flavigny.

« Plus tard, Sa Majesté^ accompagnée du prince Frédéric- Charles, se portait sur la hauteur de Flavigny pour observer de ce point les positions de l'adversaire ('). »

A partir de ce moment, la direction des opérations sur le champ de bataille passait des mains du commandant de la W armée, à celle du Roi, ou plutôt de Moltke.

Avant d'aller plus loin, jetons un coup d'œil sur les décisions du prince Frédéric-Charles aux premières heures de cette matinée. Il a bien l'intention de soutenir le plus tôt possible les deux corps, IIP et X% épuisés par la lutte de la veille ; mais si les Français attaquent avant l'arrivée de ces renforts, aucun ordre n'a été donné au IIP et X' corps de

(') Von der Gotlz, Opérations de la U^ armée.

IJbo LA MANŒUVRE POUR LA BATAILLE l 'J aOUt

se fortifier et de tenir jusqu'à l'entrée en liqne de ces renforts. On a invoqué, pour justifier cette absence de décision, que : ^

i) La position à défendre se trouvait en arrière des points que l'on tenait ; scvn occupation imposait par suite la retraite et aurait produit un effet moral désastreux ;

2) Organiser et occuper une position sur laquelle on n'était pas sûr de pouvoir tenir, était encore ébranler le moral de troupes déjà si éprouvées.

Là ne sont point sans doute les véritables raisons ; il est plutôt probable que l'état d'épuisement et de décomposition des IIP et X® corps interdisait de rien leur demander; qu'au cas d'une attaque des Français, on eût reporté la ligne de résistance à hauteur de Ghambley et de Gorze, ce qui eût permis de mieux tenir.

Au Grand Quartier Général établi sur la hauteur au sud de Flavigny arrivaient, dans la matinée, les nouvelles les plus contradictoires au sujet des mouvements de l'ennemi (*),

« Bien que les rapports ne fournissent pas une certitude

(') « Les mouvements de l'ennemi continuaient. Les roules de Gravelotte à Metz ainsi que celles de Malmaison et de Vernéville se couvraient de masses de troupes très serrées. Sur les côtés de ces mêmes routes, on voyait dé^filer de forts détachements. Cependant, il n'était pas possible de se rendre un compte exact du but poursuivi par ces masses en mouvement.

« D'un autre côté on constatait que des forces françaises étaient amenées

sur Gravelotte Une épaisse fumée paraissant provenir des feux de bivouac

nouvellement allumés interceptait en grande partie la vue.

« Dans le courant de la matinée, on distinguait à l'ouest et au sud de Gravelotte des troupes en formation d'attente; ces troupes étaient sans doute destinées à protéger les mesures prises par l'ennemi.

« D'autres colonnes suivaient sur la même route. On envoyait alors un ofiîcier d'état-major, le major de Kaesler, faire une reconnaissance plus exacte de ce côté. Il était possible, en effet, même à ce moment-là, que l'ennemi eût l'idée de reprendre le combat.

« Cet officier rendait bientôt compte en ces termes :

17 août 1870, 1 1>> 3o matin.

« Selon toute apparence, il n'y a pas lieu de s'attendre à une attaque immi-

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absolue sur les détails, bien qu'ils ne fussent pas en parfaite concordance, on pouvait en tirer la conclusion générale que l'ennemi battait en retraite et que son arrière-garde, établie à Gravelotte, était destinée à couvrir ce mouvement.

«Dans la matinée, des masses ennemies se montrèrent sur les hauteurs de Leipzig et de la ferme de Moscou, et lorsque, au sud de Gravelotte, des états-majors prussiens en reconnaissance se firent voir, l'ennemi les salua aussitôt à coups de mitrailleuse. Au bois de Vaux, les têtes du VII' corps étaient aux prises avec les troupes avancées de l'ennemi.

« Celui-ci se tenait donc de pied ferme directement à l'ouest de Metz et tout prêt à interdire à l'adversaire l'accès de sa position (■). ))

Jusqu'à 1 1 heures il occupait Rezonville.

Mais ce que l'on savait ainsi par un contact permanent avec l'adversaire, ne concernait que l'aile gauche de l'armée française. Les masses qne l'on pouvait voir comportaient deux à trois divisions.

En avant de l'aile droite ennemie et vers le nord, le contact allait en s'allaiblissant et finissait même par cesser, il importait cependant de savoir ce qu'était devenue l'aile droite de l'ennemi, qui avait combattu le i6 aux environs du bois de Tronville. Il était admissible que, dans la nuit du i6 au 17, l'armée de Bazaine ait été fractionnée.

A ce sujet, les reconnaissances de cavalerie poussées par la 11^ armée vers Saint-Marcel, Bruville, la ferme de Grejère, Doncourt, signalaient des colonnes ennemies en marche dans

« nenle de l'ennemi. Il a pris à Gravelotte une position d'arrière-garde. A en « juger par la fumée, il fait la soupe. Quelques convois se dirigent vers Metz. « Ci-joint un croquis de la position de l'ennemi à Gravelotte. » « Les avant-postes firent des rapports analogues » (Von der Goltz, Operations de la 11^ armée.)

(') Von der Goltz, Opérations de la 11^ armée.

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la direction de Verdun, et se trouvaient ainsi en opposition avec les reconnaissances citées plus haut qui indiquaient des mouvements dans la direction du nord-est, c'est-à-dire, vers Metz.

Gomment interprétait-on ces données superficielles sur la situation ennemie ?

Au quartier général de la II* armée, on nous dit : (( On ne reçut de cette partie du terrain aucune nouvelle contradictoire. Bien mieux, on aperçut de grands tourbillons de poussière allant de Saint-Marcel vers l'ouest. Les données des avant-postes de cavalerie paraissaient donc se confirmer.

« Il n'y avait aucune raison pour douter de leur exactitude, toutes les probabilités étaient en leur faveur. A la IP armée, on ne pouvait pas admettre que l'ennemi, pour accepter une deuxième bataille, s'établirait le dos tourné à Metz et à la rive gauche de la Moselle tourmentée par des ravins abrupts et boisés. La supériorité numérique de l'armée allemande pouvait faire considérer une semblable hypothèse comme fatale à l'ennemi. Et cette supériorité, l'ennemi la connaissait; depuis quelques jours, il la savait même à proximité.

« On ne pouvait pas non plus deviner qu'en dehors des motifs politiques, l'état des troupes après la bataille du 16, le manque de munitions et de vivres, le désordre de l'administration, pouvaient entraîner l'armée de Bazaine dans le voisinage de Metz. On croyait que cette armée, qui pendant plusieurs jours avait disposé directement des moyens d'existence de la place, devait être pourvue de tout ce qu'il fallait.

(( Suivant l'idée du commandant en chef, la retraite de l'ennemi vers l'ouest, tout en l'exposant à de grands don-

l'] août LA PRÉPARATION DE LA BATAILLE 383

çjers, lui offrait cependant la chance d'une heureuse réussite.

(L En restant à Metz ^ sa perte n'était plus qu'une question fie jours. On ne pouvait alors se permettre de supposer que H ennemi prendrait pour point de départ de ses résolutions ultérieures ce que l'on considérait comme une faute.

« Les conditions normales, les décisions justes de l'adversaire sont toujours la base la plus solide sur laquelle on peut édifier ses propres mesures.

« Le prince Frédéric-Charles était donc convaincu que la partie de l'armée ennemie que l'on apercevait à l'est de Gravelotte et sur les hauteurs du Point-da-Jour, de Moscou et de Leipzig était la plus petite et que la plus grande avait continué sa retraite vers l'ouest, dès le i6 août, à l'approche de la nuit, ou bien encore qu'elle avait pris par le nord pour s'échapper sur Briej.

« Dans la deuxième hypothèse, le mouvement par Briey pouvait être encore en cours d'exécution. Les colonnes qu'on avait aperçues le 17 dans la matinée, sur la route de Gonfïans, pouvaient en être la couverture.

« A ce point de vue, le commandement avait reçu des rapports sur les mouvements des Français. Cependant le doute restait ouvert. On aurait pu se renseigner plus sérieusement, en attaquant vigoureusement l'ennemi ('), mais en ce moment on évitait tout ce qui aurait pu amener une reprise prématurée du combat (^).

(") Ou en faisant vérifier la double hypothèse par des masses de cavalerie portées aux routes de Verdun, aux routes de Briey ; elles auraient vu ce- qui s'y passait, sans créer de danger sur le champ de bataille.

(2) La 12^ division de cavalerie, lancée aux routes de Verdun, par l'initiative du prince royal de Saxe, eût éclairé la situation si on avait demandé et attendu ses renseignements pour se f^ire une opinion. Après avoir franchi à Harville la route de Metz, Mars-la-Tour, Verdun, dès g heures du matin, elle avait atteint à Saint-Jean-lès-Buzy la route conduisant de Metz à Verdun par L.onflans, Elle n'avait rencontré que des traînards isolés; Étain même était

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« Tandis que, sur le champ de bataille de Vionville, on pesait les différentes suppositions coicemant les projets de l'ennemi^ tandis que ces hypothèses se transformaient en idées affrétées; les corps appelés comme soutien arrivaient ('). »

Voilà bien, une fois de plus, mise en parfaite évidence la façon de raisonner et d'asseoir ses projets de l'État-major prussien.

Au Grand Quartier Général, on n'était pas plus renseigné qu'à la IP armée sur ce qu'était devenue la droite française. On restait uniquement attentif à la direction de Gravelotte craignant d'y voir éclater trop tôt l'orage.

« Pour comprendre cette situation, il ne faut pas perdre de vue que, du côté des Prussiens, on s'attendait à un retour offensif des Français dès le point du jour, et que, par suite, on s'était plus particulièrement préoccupé des moyen? de résister à une attaque ('). »

Mais Moltke avait néanmoins sa décision bien arrêtée. C'était l'attaque qu'il comptait reprendre, dès qu'il en aurait en main les moyens, pour rejeter au nord, vers Thionville et le Luxembourg, les Français en retraite par hypothèse et couverts par de -grosses arrière-gardes ; ses communica tions à la P^ armée en font foi.

Après avoir transmis aux VIP et VHP corps l'ordre du Grand Quartier Général daté de Pont-à-Mousson 2 heures du matin, le commandant de la I"^ armée partait à 6 heures

trouvé libre après midi ; elle apprenait le passage de l'empereur Napoléon III. Ses rapports n'arrivaient qu'à i heure au prince royal de Saxe. A ce moment, le Grand Quartier Général avait depuis longtemps arrêté ses décisions. Elles ne furent pas changées, ce qui prouve bien le cas que l'on faisait de ces renseignements. On croyait pouvoir suivre les actes de l'ennemi sans les observer, par le seul examen de ses intérêts.

(1) Von der Goltz, Opérations de la 11^ armée.

(2) Guerre franco-allemande, par l'Etat-major prussien.

y 7 août LA PRÉPARATION DE LA BATAILLE 385

du raalin de son quartier général de Goin-sur-Seille, pour Novéant. Le capitaine Rauchhaupt l'y rejoignait à 8''3o du matin, apportant un nouvel ordre dicté par Moltke sur le plateau de Flavigny :

« Les troupes ennemies se replient, la plus grande partie sur Metz, mais elles sont encore en possession de Rezonville et de Gravelotte. Le VII^ corps déûlera à Corny et se dirigera par Ars-sur-Moselle sur Gravelotte. Il faut occuper le bois de Vaux sur le lïanc droit.

(c Le VIII^ corps marchera sur Rezonville, laissant Gorze à sa gauche. Lorsque les têtes de colonne commenceront à défiler, on devra en rendre compte. On suppose que rarmée sera prête à midi. »

Voilà bien Vattaque ordonnée à la L® armée :

Le VII^ corps marchera sur Gravelotte que l'ennemi occupe;

Le VHP corps marchera sur Rezonville que l'ennemi tient encore.

L'ordre portait de plus : « On compte que l'armée sera prête à midi. * Prête à quoi, sinon à combattre?

A ces dispositions s'ajoutait bientôt une invitation faite au I" corps « d'effectuer avec son artillerie une démonstration contre Metz par la rive droite de la Moselle, pour détourner autant que possible l'attention de l'adversaire des importants mouvements en cours d'exécution sur la rive gauche )j.

Foncer sur l'adversaire était donc certainement la pensée de Moltke aux premières heures de la matinée du 17.

D'où venait d'ailleurs le capitaine Rauchhaupt, porteur de l'ordre en question? Gommé les itinéraires des corps de la r^ armée sur la rive gauche de la Moselle n'avaient pas été réglés par les instructions de Moltke, expédiées dans la nuit, et qu'à la I'^ armée on ne connaissait pas exactement

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la situation sur cette rive, au commencementde la journée du 17, on avait envoyé, dès l'aube, le quartier-maître, colonel de Wartensleben, avec un certain nombre d'officiers, dont le capitaine Rauchhaupt, se mettre au courant au Grand Quartier Général.

C'est de la hauteur de Flavigny que le colonel de Wartensleben avait envoyé, entre 6 et 7 heures, le capitaine Rauchhaupt au général de Steinmetz, avec les instructions ci-dessus, écrites sous la dictée de Mollke.

En conséquence de ces instructions et des ordres du général de Steinmetz :

Le VIP corps, arrivé sur la rive gauche de la Moselle, se dirigeait sur Gravelotte^ par la vallée comprise entre le bois des Ognons et le bois de Vaux.

Le VHP, après avoir franchi la rivière, descendait jusqu'à Novéant, pour entrer dans la vallée de Gorze, et marcher sur Rezonville. Ce corps devait se her à droite au VIP, à gauche à la IP armée. Les deux corps devaient se faire précéder d'avant-gardes, et laisser chacun une brigade en réserve. Le général de Steinmetz se réservait de disposer de la brigade de réserve du VIP corps.

La r^ division de cavalerie devait suivre le VIP corps jusqu'à la Moselle et attendre là de nouveaux ordres.

En conséquence de ces dispositions, l'avant-garde du VIP corps avec laquelle marchait Steinmetz dès 10 heures, remontait le ravin d'Ars à Gravelotte, et attaquait bientôt les bois que l'ennemi occupait. Vers i heure, elle avait atteint (77^ régiment) la hsière nord du bois des Ognons, une autre partie tenait la lisière est du bois de Vaux,

Peu de temps après, arrivait le major Krause de l'Etatmajor du Grand Quartier Général; il venait apporter « l'avis que V attaque générale projetée pour ce jour-là était remise au lendemain;

ly août LA PRÉPARATIOiN DE LA BATAILLE 381

« Que l'ennemi était en relraite sur toute la ligne et qu'il n'occupait plus, et encore faiblement, que les hauteurs situées en avant du champ de bataille du i6 ('). »

Sur ce point important, la relation du Grand Etat-major prussien nous dit : « Le commandant en chef de la I'* armée avait reçu du Grand Quartier Général des instructions verbales (par le major Krause) lui prescrivant de rompre !e combat, le Roi n'ayant plas l'intention d'en venir aux mains ce jour-là, et se réservant au contraire de n'agir que le lendemain, avec toutes ses forces réunies Plusieurs ofGciers

de l'Etat-major du Grand Quartier Général avaient été simultanément chargés de porter, par des voies différentes, cet ordre fort important. Ils rejoignaient tous le général de Steinmetz »

Pour comprendre le changement d'idées survenu vers midi au Grand Quartier Général, il faut se reporter quelques heures plus tôt.

Indépendamment des deux corps de la I" armée (VII' et VHP), dont on vient de parler, les renforts de la IP armée arrivaient successivement :

Le IX* corps était dans la matinée massé à l'est du bois de Vionville ;

Le XIP corps atteignait Xonville à 9^ 3o, avec sa tête; informé que l'ennemi n'attaquait pas, il se reposait une heure et reprenait ensuite sa marche vers Mars-la-Tour.

La Garde avait fait savoir qu'elle paraîtrait vers i heure aux abords d'Hagé ville.

En présence de la situation vaguement connue, Moltke craint tout d'abord et, par-dessus tout, de manquer le résultat de la première partie de la campagne : la destruction de l'armée française; de vcir cette armée lui échapper. Il veut

(') Von Schell, Opérations de la I*^ armée.

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reprendre immédiatement l'ofFensive interrompue par les nécessités d'une concentration ; poursuivre sans temps d'arrêt le développement de l'action guerrière; battre, le 17, l'ennemi arrêté le 16 et cela avec les troupes qu'il a sous la main, ou que la journée lui fournira, savoir : indépendamment des IIP et X^ corps, les IX% XIP, VIP et VIII% soit quatre corps.

En fin de journée : la Garde : un corps de plus.

Voilà bien une stratégie fortement inspirée de Clausewitz, de la « continuité de l'eflort à la guerre » dont on ne peut cependant admirer l'application, consistant à jouer l'acte décisif de la guerre avec les deux cinquièmes des forces disponibles.

Tout autre était l'opinion du prince Frédéric-Charles.

Les masses des VIP et VHP corps ayant passé la Moselle à 6 heures du matin, le premier contact du VIP corps s'étant produit avec l'ennemi au bois de Vaux, « la bataille aurait pu être reprise avec des troupes fraîches.

« Cette intention fut discutée au Grand Quartier Général, mais le prince Ffédéric-Charles et quelques généraux de corps d'armée qui se trouvaient là émirent une opinion contraire. Les troupes qui venaient d'arriver avaient fourni une marche longue et pénible. Il fallait marcher encore pour arriver à l'ennemi. Un combat sérieux ne pouvait donc commencer que vers la fin de Faprès-midi et, en admettant la possibilité d'une victoire, oi n'aurait obtenu qu'une demi-solution.

« La nuit aurait mis prématurément fin à l'action et, sans nul doute, la poursuite n'aurait pas eu lieu. Le commandant en chef de la IP armée ne croyait pas devoir s'exposer à une semblable éventualité; du moment que les événements en étaient arrivés à ce point, il préférait en finir d'un seul coup.

/y août LA PRÉPARATIOX DE LA BATAILLE 889

« Quant au souci de ne plus retrouver l'ennemi le i8, il pouvait être banni.

(( Le prince Frédéric-Charles était déjà débarrassé de toute inquiétude à ce sujet, au même moment où il supposait à Fennemi l'intention d'échapper aux g^rmées allemandes par une retraite vers l'ouest.

(( Le commandant en chef comptait même rejoindre sûrement, le lendemain, son adversaire qui devait faire un détour avant d'atteindre la ligne protectrice de la Meuse.

« En outre, l'armée française, avec ses masses énormes et peu maniables, avec son peu d'aptitude aux marches, ne disposait plus que d'un petit nombre de routes. Autant de motifs qui rendaient sa fuite difficile.

« Si on livrait bataille le iS, le 11^ corps d'armée pouvait encore arriver à temps pour prendre part à l'action.

« L'intention du prince Frédéric-Charles était, par conséquent, de n'attaquer l'ennemi que le i8 août. Mais, ce jourlà, il fallait se mettre en mouvement le plus tôt possible, afin que le coup décisif pût être frappé avant le coucher du soleil ('). »

Aux considérations développées ci-dessus, peut-être fautil joindre l'impression apportée par les témoins oculaires de la bataille du i6, pour amener les esprits à la plus grande prudence.

Au Grand Quartier Général, on se rangeait vers midi à cette manière de voir. De là, l'ordre immédiatement donné à la I'^ armée de rompre le combat. Le commandant de la r^ armée n'avait pas du reste paru à la réunion de la hauteur de Flavigny. Sans doute, il continuait, comme à Varize, de s'isoler, de se soustraire à toute direction supérieure.

Le Grand Quartier Général et le commandant de la II* ar-

(I) VoNDER GoLTz, Opérations de la 11^ armée.

SgO LA MANŒUVRE POUR LA BATAILLE /y aOÛt

mée arrêlaienl bientôt après leurs dispositions pour le lendemain, i8.

Dès à présent, il y a lieu de présenter quelques observalions sur le mode de réunion adopté pour les renforts. Les directions qui leur furent données paraissent en certains points discutables :

Le IX' corps débouchant à l'ouest de Gorze;

Le VHP corps débouchant à l'est de ce village:

Le VIP corps venant d'Ars sur Gravelolte, amenaient une accumulation de forces considérables à la droite du champ de bataille; il en résultait l'impossibiHté de soutenir de longtemps la gauche de la ligne de bataille (X^ corps), établie aux environs de Tronville, à 9 kilomètres de Gorze; tes deux corps les plus à droite (VIP et VHP) étaient en outre engagés dans des terrains qui interdisaient toute manœuvre; les lignes de marche des armées étaient fortement encombrées.

Il eût été plus rationnel, semble-t-il, de :

Maintenir la 26' division du IX^ corps dans la région qu'elle tenait : sa ^9^ brigade dans le bois des Ognons; elle y eût suffi à couvrir le débouché de Gorze et à l'assurer au VHP corps ; sa 5o^ brigade portée à la ferme d'Anconville, prête à appuyer le IIP corps entre Vionville et Flavigny;

Rassembler le restant du IX^ corps (18' division et artillerie de corps) à la première heure entre Buxières et Puxieux, prêt à soutenir le X* corps;

Faire prendre les devants à l'artillerie de corps du VHP corps pour l'établir en arrière de la crête de Flavigny, au bois de Vionville, d'où elle eût appuyé les batteries du IIP corps;

Hâter le passage du VHP corps et le diriger sur la ferme d'Anconville.

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