‹ De la confection des moignons et de quelques moignons en particulier (poignet, coude, jambe)Chapitre 9 sur 17 · DU PANSEMENT DES MOIGNONS · texte numérisé non relu

DU PANSEMENT DES MOIGNONS

Nous allons rechercher les moyens physiques d’assurer la guérison, et d’obtenir un moignon régulier.

La guérison des amputés peut-elle être favorisée par un mode de pansement particulier, par la réunion immédiate, totale ou partielle, plutôt que par le pansement à plat? Je n’en sais rien, et je ne veux que faire ici certaines remarques qui semblent plaider sinon pour la réunion immédiate, du moins contre l’absence complète de réunion.

1° Considérant qu’un amputé est en danger tant que la plaie n’est pas complètement cicatrisée, il est évident qu’il y a avantage à obtenir cette cicatrisation dans le plus bref délai possible. Or, le pansement à plat sans aucune réunion des téguments, paraît le moins avantageux sous ce rapport.

2° D’autre part, si l’on réfléchit à l’impossibilité ordinaire d’obtenir une réunion immédiate totale, en surface et en profondeur, et par conséquent à la probabilité de suppuration abondante dans l’intervalle des lambeaux, on est forcé de laisser aux liquides une facile issue et par conséquent de ne réunir que partiellement, ou de ne pas réunir du tout.

3° On ne peut nier non plus qu’il y ait avantage a priver les muscles des lambeaux du contact de l’air, et à

les tenir en bonne situation. Or, sans réunion, les muscles sont exposés à l’air et mobilisés à chaque pansement.

4° S’il était démontré que le pansement des moignons à plaie découverte fut un préservatif contre l’infection purulente, il faudrait y avoir recours, mais cette preuve n’est pas faite. Les statistiques manquant, et devant manquer longtemps encore, je me crois autorisé à faire provisoirement appel .à l’induction, ne voulant pas parler des quelques grandes amputations dont j’ai été le témoin ou l’acteur. Il me semble que la rétention du pus n’est pas du tout favorisée par la réunion partielle intelligemment faite et sur de bons lambeaux. La surface de la plaie se trouve d’emblée notablement diminuée. Cette plaie est sous-cutanée et facile à laver. L’os est recourvert, les muscles ne font pas hernie ; ils sont fixés et mollement comprimés . Les changements d’appareil sont moins douloureux et beaucoup plus faciles. J’ai vu deux amputations de jambe à lambeau externe sans réunion, quelques amputations de cuisse pansées de la même façon; j’ai par conséquent constaté l’impossibilité où l’on est chaque jour de remettre et de tenir en place les lambeaux quand il y en a.

Je pense donc qu’il convient de rapprocher les bords de la peau, et de rechercher une réunion partielle, soit avec des bandelettes, soit avec des points de suture. Mais pour réunir, il faut que les parties molles soient assez abondantes pour s’affronter sans le moindre tiraillement. Est-on obligé de tirer sur la peau, il faut renoncer à en rapprocher les lèvres, sans quoi les bandelettes céderont, les fils couperont les tissus en les irritant, la peau comprimée sur les os se mortifiera. La réunion, dût-elle se faire, céderait bientôt par le gonflement du moignon.

Si, l’opération étant terminée, on s’aperçoit que les téguments sont un peu courts, la réunion est impossible. Dans ces circonstances, il y a deux partis à prendre : rescier les os, ou bien panser à plat. Dans cette hypothèse, le moignon sera conique d’emblée, ou du moins insuffisant sous le rapport des chairs : plus tard, il sera conique et mauvais si la nécrose ne détruit les extrémités du squelette.

Pour que la réunion partielle réussisse, persiste et donne de bons résultats, il faut évidemment que les chairs soient bien rapprochées, et que rien ne vienne en solliciter l’écartement. Le procédé employé et le pansement extérieur peuvent ici intervenir.

Ainsi, il est évident que, pour aplatir et tenir aplati l’entonnoir charnu d’un amputé de cuisse, gras et bien musclé, il faut une certaine force, les angles de la plaie faisant ressort comme le caoutchouc vulcanisé. C’est là un inconvénient qui n’a pas échappé aux anciens chirurgiens, et auquel Kirkland et Larrey remédiaient, 1 un, en excisant, l’autre en fendant les extrémités de la plaie. Le premier formait ainsi deux lambeaux trapézoïdes; le second, deux lambeaux carrés.

La pesanteur a la plus grande influence sur''la contention des parties molles d’un moignon ; il faut presque toujours la mettre dans son jeu, et, quand on est forcé d’agir contre elle, se préparer à lutter tous les jours, et énergiquement.

Je ne veux pas parler de la nature du pansement à employer, mais seulement de son action physique. Un moignon, traité par la réunion partielle, doit être uniformément et mollement comprimé; la charpie, le coton, recouverts de bandelettes de linge, doivent contribuer à

tenir en contact les surfaces saignantes des lambeaux. Il convient de disposer les plumasseaux avec intelligence, en mettre beaucoup sur un lambeau soulevé et formant clapier, et pas du tout sur une saillie osseuse ; ces soinslà ont une grande importance. Le pansement doit encore lutter contre la rétraction secondaire des muscles et delà peau. Les anciens et les modernes ont inventé une foule de manières d’obtenir ce résultat, et, moi-même, je crois bien avoir trouvé aussi la mienne. L’occlusion pneumatique, faite à l’aide d’un large et mince bonnet de caoutchouc appliqué sur le moignon par la pression atmosphérique après qu’on a fait le vide dans ce bonnet, me semble réaliser idéalement la compression douce, régulière et générale. Quelques-uns, qui emploient ce mode de pansement, croient ainsi mettre leurs amputés à l’abri de l’infection purulente en aspirant le pus; mais l’appareil n’aspire rien du tout et heureusement; il laisse le pus au contact de la plaie et exprime les liquides contenus dans la charpie.

On peut assurer [autrement la compression des moignons, ainsi que l’occlusion, soit à l’aide d’une cuirasse de diachylon, de plomb laminé, etc., etc.

Page 1