Y PRÉSIDE
La volonté n'est pas moins indépendante; et je le recoonois par l'empire t^u'elle a sur les membres extérieurs et sur tout le corps.
Je sens que je puis vouloir ou tenir ma main immobile, ou lui donner du mouvement; et cela en haut ou en bas à droite ou à gauche, avec une égale facilité : de sorte qu'il n"} a rien qui me détermine, que ma seule volonté.
Car je suppose que je n'ai dessein, en remuant ma main, de ne m'en servir, ni pour prendre ni pour soutenir, ni pour approcher ni pour éloigner quoi que ce soit; mais seulement de la mouvoir du côté que je voudrai, ou, si je veux, de la tenir en repos.
Je fais en cet état une pleine expérience de ma liberté, et du pouvoir que j'ai sur mes membres, que je tourne ofx ie veux et comme je veux, seulement parce que je le veux,
El parce que j'ai connu que les mouvements de ces membres dépendent tous du cerveau, il faut, par nécessité, que ce pou''oir que j'ai sur mes membres, je l'aie principalement sur le cerveau même.
Il faut donc que ma volonté le domine, tant s'en faut qu'elle puisse être une suite de ses mouvements et de ses impressions.
Un corps ne choisit pas où il se meut, mais il va comme il est poussé; et s'il n'y avoit en moi que le corps, ou qi»^
144 DE LA CONNOISSâNCE DE DIEU
ma volonté fût, comme les sensations, attachée à quelqu'un des mouvements du corps, bien loin d'avoir quelque empire, je n'aurois pas même de liberté.
Aussi ne suis-je pas libre à sentir ou ne sentir pas, quand l'objet sensible est présent. Je puis bien fermer les yeux ou les détourner, et en cela je suis libre; mais je ne puis, en ouvrant les yeux, empêcher la sensation attachée nécessairement aux impressions corporelles, oh la liberté ne peut pas être.
Ainsi, l'empire si libre que j'exerce sur mes membres me fait voir que je tiens le cerveau en mou pouvoir, et que c'est là le siège principal de l'âme.
Car encore qu'elle soit unie à tous les membres, et qu'elle les doive tenir tous en sujétion, son empire exerce immédiatement sur la partie d'oîi dépendent tous les mouvements progressifs, c'est-à-dire sur le cerveau.
En dominant cette partie, où aboutissent les nerfs, elle se rend arbitre des mouvements, et tient en main, pour ainsi dire, les rênes par où tout le corps est poussé et retenu.
Soit donc qu'elle ait le cerveau entier immédiatement sous sa puissance, soit qu'il y ait quelque maîtresse pièce par où elle contienne les autres parties, comme un pilote conduit tout le vaisseau par le gouvernail; il est certain que le cerveau est son siège principal, et que c'est de là qu'elle préside à tous les mouvements du corps.
Et ce qu'il y a ici de merveilleux, c'est qu'elle ne sent point naturellement ni ce cerveau qu'elle meut, ni les mouvements qu'elle y fait pour contenir ou pour ébranler le reste du corps, ni d'où lui vient un pouvoir qu'elle exerce si absolument. Nous connoissons seulement qu'un empire est donné à l'âme, et qu'une loi est donnée au corps, en vertu de laquelle il obéit.