‹ De la connaissance de Dieu et de soi-m^emeChapitre 48 sur 56 · SUR L'HISTOIRE DE L'ARIANISME · texte numérisé non relu

SUR L'HISTOIRE DE L'ARIANISME

J'ai réservé à la fin de cette Instruction le grand argument du ministre qu'il a répandu dans tout son livre : c'est celui qu'il lire de l'oppression de l'Eglise, sous les règnes de Constance et de Valeus : a On marquoit, dit-il,

»Art. 6.

alors le point fixe où une parcelle combaltoit contre le tout ; » à quoi il ajoute : a Ce point fixe estoit Tannée de la mort de Constance : l'Eglise étendue et visible changea la doctrine dont elle faisoil profession le jour précédent ^ » C est-à-dire, selon le ministre, que d'arienne qu'elle étoit hier sous ce prince, dès le lendemain sans plus tarder, elle redevint catholique : et il ne veut pas seulement songer qu'un changement si subit ne sert qu'à faire seijtir qu'il ne se fit rien dans les formes ni par raison sous ce prince, mais que l'injustice et la force ouverte y régnoient toujours.

Il est fâcheux, je l'avoue, d'avoir à repasser sur des faits si souvent éclaircis par nos docteurs; mais la charité nous y force, puisque l'aveu du ministre et les tours qu'il donne à ces faits vont mettre la vérité dans un si grand jour, qu'il n'y aura qu'à ouvrir les yeux pour l'aper-r ce voir.

D'abord donc lorsqu'il joint la persécution de Yalens avec celle de Constance, il veut grossir les objets : l'Eglise fut tourmentée d'une cruelle manière sous l'empereur Valens, arien qui régnoit en Orient : mais sans aucun péril pour la succession, puisque dans le même temps tout étoit paisible en Occident sous Valentinien, son frère aîné. Et même du côté de l'Orient, les grands évoques de cet empire, un Athanase, un Basile, les Grégoire de Nazianze et de Nysse, un Eusèbe de Samosate et tant d'autres qui sont connus, illustroient la foi par leur doctrine et par leurs souffrances. Les évêques catholiques chassés de leurs églises, ne faisoient que porter la foi du lieu de leur résidence à celui de leur exil. Le ministre dit quelquefois que l'Eglise perdoit alors « de son étendue et de se visibilité : » ce n'est rien dire, on sait ce qu'opéroit

» Tom. II, p. 598.— « Ibid., 580, 691, 692, 66S.

la persécution : le sang des fidèles, que versoient les empereurs chrétiens, n'éloit pas moins fécond que celui des autres martyrs; et quoi qu'il en soit, il ne s'agit pas de savoir si l'Eglise peut devenir ou plus ou moins étendu^, ni éclaler davantage en un temps qu'en un autre ; mais si elle peut cesser d'être étendue et visible, malgré la protection de celui quia promis d'être tous lesjours avec elle.

Laissant donc les temps de Valens, arrêtons-nous h Constance, sous qui la confusion parut plus grande; et puisqu'il faut ici établir des faits, faisons si bien que nous ne posions que ceux qui seront constants et même avoués par le ministre.

La déduction en sera courte, puisque je les réduis à deux seulement, mais qui seront décisifs. Le premier est ainsi posé dans lUdi Première Instruction pastorale : « Que quelques progrès qu'ait pu faire l'arianisme, on ne cessoit de le ramener au temps du prêtre Arius, où Ton comploit par leur nom le petit nombre de ses sectateurs; c'est-à-dire huit ou neuf diacres, trois ou quatre évoques, en tout treize ou quatorze personnes qui s'élevèrent contre la doctrine qu'ils avoient apprise et professée dans l'Église sous leur évêque Alexandre, qui joint avec cent évêqiies de Libye, leur dénonçoitun anathème éternel adressé à tous les évoques du monde, de qui il étoit reçu *. » C'est donc à ce temps précis et marqué qu'on ramenoit les ariens, et il suffit pour les mettre au rang de ceux qui, contre le précepte de saint Jude et de saint Paul, se séparent et se condamnent eux-mêmes 2, en condamnant la doctrine qu'ils avoient reçue à leur baptême et à leur sacre.

Voilà le fait précis et constant de la rupture d'Arius, à quoi il faut attacher un fait de même nature et aussi certain qu'est celui du concile de Nicée, qui sept ans après

i Instruct. past. n. 14, p. 91. — * I/jM.

opposa à cinq ou six évoques seulement de la faction d'Arius la condamnation de trois cent dix-huit évoques, avec qui tout l'univers communiquoit dans la foi, et qui auss étoit reconnu par toute la terre pour universel; en sorte qu'il n'y avoit rien de plus constant que le point de la séparation d'Arius et des ariens.

C'est ce point qu'on ne perdit jamais de vue ; et pour montrer que l'Église malgré la persécution de Constance et le concile de Rimini, où le ministre prétend que la succession fut interrompue, étoit demeurée en état, je pose ce second fait également incontestable : que deux ou trois ans après ce concile et la mort de cet empereur, saint A Ihanase écrivoit encore à l'empereur Jovien : « C'est celte foi (deNicée que nous confessons) qui a été de tout temps,» et c'est pourquoi, continue-t-il, «toutes les Églises la suivent (en commençant par les plus éloignées), celles d'Espacne, de la Grande-Bretagne, de la Gaule, de rilalie, de la Dalmatie, Dacie, Mysie, Macédoine ; celles de toute la Grèce, de toute l'Afrique, des îles de Sardaigne, de Chypre, de Grêle : la Pamphylie, la Lycie, l'Isaurie, l'Egypte, la Libye, le Pont, la Cappadoce : les églises voisines ont la même foi, et toutes celles d'Orient (c'est-à-dire de la Syrie et les autres du palriarchat d'Antioche), à la réserve d'un Irès-pelit nombre : les peuples les plus éloignés pensent de même ' ; » c'étoit-à-dire, non-seulement tout l'empire romain, mais encore tout l'univers jusqu'aux peuples les plus barbares. Voilà l'état oti étoit l'Église sous l'empereur Jovien, trois ans après la mort de Constance et le concile de Rimini : ainsi ni ce concile, ai les longues et cruelles persécutions de l'empereur, ni le support violent qu'il donna vingt-cinq ans aux ariens, ne purent leur faire perdre le caractère de la parcelle séparée du tout. « Tout l'u-

1 Epist. Athan. ad Jov. Imp.

nivers, poursuit saint Alhanase, embrasse la foi catholique, et il n'y a qu'un très-petit nombre qui la combatte. ))

Cela veut dire qu'après la rupture, qui montre à l'hérésie son innovation contre les prédécesseurs immédiats et les met visiblement au rang de ceux qui se séparent euxmêmes, Dieu permet bien des tentations, des scandales, des ébranlements et même des cùutes affreuses dans les colonnes de l'Église, qui causent durant un temps quelque sorte d'obscurité; mais, comme j'ai déjà dit, on ne perd jamais le point de vue qui met toujours manifestement les hérétiques au rang de ceux qui se séparent euxmêmes. Il n'y a donc qu'à comparer l'un avec l'autre ces deux faits toujours constants, l'un de la rupture précise et de l'innovation dans les hérésies, et l'autre de la consistance et succession perpétuelle de l'Église, pour voir sans discussion et sans embarras, d'un côté la vérité catholique et universelle, et de l'autre la partialité et le schisme.

Le fait de la rupture posé de la manière qu'on vient d'entendre dans la précédente Lettre pastorale, a été vu et avoué par mon adversaire ; mais voici ce qu'il y répond : « Renvoyer les artisans, les laboureurs, les soldats et les femmes chercher dans les archives de l'église d'Alexandrie, si Arius n'avoit que treize ou quatorze sectateurs, c'estoit jeter les simples dans les embarras d'un examen plus difficile que celuy de la vérité par l'Ecriture *. » C'est toute la réponse du ministre, où l'on voit qu'il avoue le fait, que personne aussi ne peut nier, et se contente de dire qu'il ne peut être connu des simples.

Je vous plains en vérité, mes chers Frères, si ceux qui se chargent de votre instruction sont assez aveugles pour croire ce qu'ils vous disent; et je vous plains encore da-

« Tom. II, p. 617, 618.

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vantage, si ne pouvant croire des faussetés si visibles, ils osent vous les proposer sérieusement. Je vous demande : Est-ce à présent un embarras de savoir qu'avant Luther, avant Zuingle, avant Calvin, il n'y avoit point de Confession d'Augsbourg, ni d'églises protestantes; et les catholiques ont-ils jamais été obligés à prouver ce fait? Point du tout : il a passé pour constant ; et jusqu'ici, je ne dirai pas que personne ne s'est avisé de le nier, mais je dirai que personne ne s'est avisé de dire qu'il n'en savoit rien. Si ce fait demeure pour constant deux cents ans après, et le sera éternellement sans pouvoir être nié, à plus forte raison du temps d'Arius et du concile de Nicée, le fait dont il s'agit fat connu el avoué par toute la terre. Une falloit pas aller feuilleter les registres de l'église d'Alexandrie : les lettres d'Alexandre évêque d'Alexandrie, et les décrets de Nicée étoient entre les mains de tout le monde : mais ces faits une fois posés ne se peuvent jamais effacer. Il en est de même de toutes les autres hérésies : on les sait dans le temps : c'est l'affaire du jour, qu'on apprend à coup sûr du premier venu : ainsi, comme je l'ai dit, le point de la rupture est toujours marqué et sanglant : chaque secte porte sur le front le caractère de son innovation : le nom même des hérésies ne le laisse pas ignorer, et c'est trop vouloir abuser le monde que de proposer une discussion où il n'y a qu'à ouvrir les yeux, et oîi jamais on ne trouvera la moindre dispute.

Le fait de la rupture d'Arius étant ainsi avéré du consentement du ministre, et la conséquence étant assurée par la foiblesse visible de sa réponse, il faudroit peut-être voir encore ce qu'il dit sur l'état de l'Église après la mort de l'empereur Constance. Mais nous l'avons déjà vu dans ces paroles : « On marquoit alors (après la mort du persécuteur) le point fixe où la parcelle combattoit contre le tout; ce temps fixe estoit l'année de la mort de Constance : l'É-

glise étendue et visible (qu'il suppose avoir été arienne sous ce prince), changea la doctrine dont elle-mesme faisoit profession le jour précédent ^ : » il ne fallut, ni effort, ni violence : toute l'Église par elle-même se trouva catholique, c'est-à-dire qu'elle se trouva dans son naturel ; e cependant ce ministre veut imaginer qu'elle avoit perdu sa succession.

Mais, dit-il, « les ariensavoient vanté la constante et paisible possession de leurs dogmes, criant à Libérius ; Vous estes le seul ; pourquoi ne communiez-vous pas avec toute la terre ^ ? »

Encore un coup, mes chers Frères, on vous doit plaindre si vous êtes capables de croire qu'au temps que les ariens parloient ainsi à Libérius, ils pussent se vanter de la conslante et paisible possession de leurs dogmes : c'étoit en l'an 355 que ce pape eut avec l'empereur l'entretien célèbre où votre ministre leur fait tenir ce discours ; il n'y avoit pas encore trente ans que le concile de Nicée avoit été célébré; car il le fut, comme on sait, en 325 : la foi de Nicée vivoit par toute l'Église : il n'y avoit pas douze ans que le grand concile de Sardique, comme l'appeloit saint Athanase, en avoit renouvelé les décrets : ce concile étoit vénérable pour avoir rassemblé trente-cinq provinces d'Orient et d'Occident, le pape à la tête par ses légats, avec les saints confesseurs qui avoient déjà été l'ornement du concile de Nicée. Le scandale de Rimini, où les ministres veulent croire que tout fut perdu et que l'Église visible fut ensevelie, n'éloit pas encore arrivé, et ce concile ne fut tenu que douze ans après, l'an 339, et l'année qui précéda la mort de Constance. Cependant on voudroit vous faire accroire que les ariens se glorifioient dès lors d'une « constante et tranquille possession » de leurs dogmes, pendant

i Tom. Il, p. 5'J3. — 2 Ibid,

que la résistance des orthodoxes sous la conduite de saint Athanase et des autres étoit la plus vive.

Mais ils ne portoient pas si loin leur témérité; et voici ce qu'on objectoit à Libérius : « Je souhaite, » c'est Constance qui lui parle ainsi, « que vous rejetiez la communion de l'impie Athanase, puisque tout l'univers après le concile (de Tyr) le croit condamnable*;» et un peu après : « Tout l'univers a prononcé cette sentence, » et ainsi du reste. Il s'agit donc simplement du fait de saint Athanase, et encore que ce fût en un certain sens attaquer la foi que d'en condamnerle grand défenseur à ce seul titre, il y a une distance infinie entre cette affaire et la tranquille possession des dogmes de l'arianisme.

Mais étoit-ilvrai du moins que tout l'univers eût condamné saintAthanase? Point du tout. Constance abusant des termes et tirant tout à son avantage, veut appeler tout le monde tout ce qui cédoit à ses violences : il veut compter pour tout l'univers le seul concile de Tyr, où il avoit ramassé les ennemis déclarés de saint Athanase. Mais Libérius au contraire lui demande un jugement légitime où Athanase soit ouï avec ses accusateurs ; et bien éloigné de croire que tout le monde l'ait condamné, il se promet la victoire dans ce jugement. Il n'y a donc rien de plus captieux, ni visiblement de plus faux, que cette tranquille possession du dogme arien.

Mais que dirons-nous de la chute de Libérius et de la prévarication du concile de Rimini? L'Eglise conserva-telle sa succession, lorsqu'un pape rejeta la communion d'Alhanase, communia avec les ariens, et souscrivit à une confession de foi, quelle qu'elle soit, où la foi de Nicée étoit supprimée.

Pouvez-vous croire, mes Frères, que la succession de

1 Theod., Ilist, eccL, lib. II, cap. xvi.

l'Eglise soit interrompue par la chute d'un seul pape, quelque affreuse qu'elle soit, quand il est certain dans le fait que lui-même il n'a cédé qu'à la force ouverte, et que delui-même aussi il est retourné à son devoir? Voilà deux faits importants qu'il ne faut pas dissimuler, puisqu'ils lèvent entièrement la difficulté. Le ministre répond sur le premier que la violence qu'il souffrit fut légère; et tout ce qu'il en remarque, c'est qu'il ne put supporter la privation des honneurs et des délices de Rome*. Il fait un semblable reproche aux évêques de Rimini^ : mais falloit-il taire les rigueurs d'un empereur cruel et dont les menaces traînoient après elles, non-seulement des exils, mais encore des tourments et des morts? On sait par le témoignage constant de saint Alhanase^ et de tous les auteiu's du temps, que Constance répandit beaucoup de sang, et que ceux qui résistoient à ses volontés sur le sujet de l'arianisme, avoient tout à craindre de sa colère : tant il étoit entêté de cette hérésie. Je ne le dis pas pour excuser Libérius, mais afin qu'on sache que tout acte qui est extorqué par la force ouverte est nul de tout droit et réclame contre lui-même.

Mais si le ministre déguise le fait de la cruauté de Constance, il se tait entièrement du retour de Libérius à son devoir. Il est certain que ce pape, après un égarement de quelques mois, rentra dans ses premiers sentiments, et acheva son pontificat, qui fut long, lié de communion. avec les plus saints évoques de l'Eglise, avec un saint Athanase, avec un saint Basile et les autres de pareil mérite et de même réputation. On sait qu'il est loué par saint Epiphane*, et pai* saint Arabroise, qui l'appelle par deux fois le pape Libérius de sainte mémoire * et insère dans un de

1 Tom. II, p. C96. — 2 P. 698.— » Apol.,adComt., etc.— *Epiph., haer. lxxv -, Bas., epist. lxxiv. — ^ Ambr., de Viry., lib. III, cap. , n. 2, 3..

ses livres avec cet éloge un sermon enliçr de ce pape, où il célèbre hautement l'éternité, la toute-puissance, en un mot la divinité du Fils de Dieu, et sa parfaite égalité avec son Père. L'empereur savoit si bien qu'il éloit rentré dans la profession publique de la foi de Nicée, qu'il ne voulut pas l'appeler au concile de Rimini, et craignit de pousser deux fois un personnage de cette autorité, etqu'^l n'avoit pu abattre qu'avec tant d'efforts.

Le ministre n'altère pas moins le concile de Rimini : il convient qu'il n'a été composé que des évoques d'Occident 1. C'est donc d'abord un fait avoué, qu'il n'étoit pas, opciiménique : mais il ne falloitpas oublier qu'il ne fut pas même de l'Occident tout entier, puisque l'on convient que le pape qui en est le chef particulier, pour ne point parler des autres évêques, n'y fut pas même appelé 2. Le second fait avoué, c'est que le premier décret de ce concile fut un renouvellement du concile de Nicée et de la condamnation des ariens : le ministre passe en un mot sur un fait si essentiel, mais enfin il en convient' : il ne falloit pas oublier la vive exborlation que le concile fait à l'empereur de ne plus troubler la foi de l'Eglise, ni affoiblir le concile de Nicée qui avoit été assemblé par le grand Constantin son père. Le ministre semble avoir peine à faire voir la sainte disposition au concile, tant qu'il agit naturellement et en liberté. Après vinrent les menaces et les fraudes : à la faveur des proclamations, où l'on déclaroit « la génération éternelle du Fils de Dieu, non pas du néant, mais de son Père à qui il étoit coéternel, et né avant tous les siècles et tous les temps, » on coula la trompeuse proposition, « qu'il n'étoit pas créature, comme les autres créatures*. » Les évoques que l'on pressoit avec violence, à la réserve d'un petit nombre, ne furent pas attentifs au venin

> Tom. Il, p. 697, etc. — * Sozoni ., lib. IV, cap. xvii, ivm ; Theod., b.li. II, cap. XXII. — s P. 698, hic.— * Hier., Dial. adv. Lucif., cap. vu

caché sous ces paroles, dont la malignité sembloit effacée par le dogme précédent. Le ministre déguise ce fait, et semble ne vouloir pas le recevoir ; mais il est constant, et nous verrons ailleurs ce qu'il en dit. Ce qu'il falloil le moins oublier, c'est que les évoques retournèrent dans leurs sièges, où réveillés par le triomphe des hérétiques, qui se vantoient par toute la terre d'avoir enfin rangé le Fils de Dieu au nombre des créatures, en lui laissant seulement une foible distinction, ils gémirent d'avoir donné lieu par surprise et sans y penser à ce triomphe de l'arianisme ; et c'est ce que saint Jérôme vouloit exprimer par cette parole célèbre, « que le monde avoit gémi d'être arien : » c'étoit-à-dire que tout s'étoit fait par surprise et non de dessein. Quoi qu'il en soit, ils revinrent tous à la profession de la foi catholique, qu'ils avoient déclarée d'abord et qu'ils porloient dans le cœur. Ce changement, qui est appelé par saint Ambroise leur « seconde correction *, » fut aussi prompt q'i'il étoit heureux ; et ce Père dit expressément qu'ils révoquèrent aussitôt ce qu'ils avoient fait conlre l'ordre, statim 2 : ce fait n'est pas contesté. Voire ministre avoue bien que les évoques revinrent manifestement et bientôt 3; mais il passe trop légèrement sur les circonstances : il ne devoit pas taire que ce fut alors une question dans l'Eglise, non pas si ces évoques étoient ariens, car tout le monde savoit qu'ils ne l'étoient pas ; mais si on les laisseroit dans l'épiscopat, ou si en les dégradant on les meltroit au rang des pénitents*. Mais les peuples ne voulurent point souffrir qu'on leur ôtât leurs évoques, dont ils connoissoient la foi opposée à l'arianisme, et firent pencher l'Eglise au sentiment le plus doux. Le seul Lucifer, évêque de Gagliari en Sardaigne, se sépara de l'Eglise par un zèle outré, à cause qu'elle conservoit dans leurs siéees les évoques qui se re-

> Ambr., lib. I de Fid., cap. xviii, n. 122. — ^ Idem, Epist. lib. 1, epist. XXI, n. 15.— » Tom. Il, p. 697.— * Hier,a(/y. Lucif,, cap. vu.

pentoienl de s'êlre laissé surprendre, el on l'accusa d'avoir renfermé toute l'Eglise dans son île. C'est tout ce que lui reprochèrent les orthodoxes par la bouche de saint Jérôme*. Mais qu'eût nui ce reproche à Lucifer, s'il étoil vrai que l'Eglise pût perdre sa visibilité et son étendue? On présupposa le contraire dans toute l'Eglise, lorsqu'on y condamna le schisme des lucifériens, el il n'y eut de rupture que par cet endroit. Jusqu'ici le fait est constant, et encore que le ministre en ait tu ou dissimulé les plus avantageuses circonstances, il n'en a pu nier le fond, qui consiste en ces quatre mots : D'abord naturellement les Pères de Rimini soutinrent la foi de Nicée : ils l'afFoiblirent par force et par surprise : ils s'y réunirent d'eux-mêmes peu de temps après, et l'Eglise se retrouva comme auparavant avec la même étendue que saint Athanase a représentée. Est-ce là ce qu'on appelle une interruption de la foi ou de la succession apostolique?

Qu'a donc enfin prouvé le ministre par tout son discours et par tant de faits inutiles qu'il a encore altérés en tant de manières? Qu'a-t-il, dis-je, prouvé par tous ces faits? Quoi? Qu'il y a eu de grands scandales? C'éloit là un fait inutile; nous n'en doutons pas : nous ne prétendons affranchir l'Eglise que des maux dont Jésus-Christ a promis de la garantir; et loin de la garantir « des scandales, » il a prédit au contraire que, « jusqu'à la fin, » il en paroitroit « dans son royaume 2. » Ce qu'il a promis d'empêcher, c'est l'interruption dans la succession des pasteurs, puisqu'il a promis malgré les scandales qu'il sera toujours avec eux. Mais puisqu'en cette occasion il ne s'agit en façon quelconque de la succession, et que toute l'Eglise catholique à la réserve des seuls lucifériens jugea que les évêques de Rimini trop visiblement surpris et violentés, après la décla-

i Hier., ibi 1. — » Muith., xiii, 41.

ration de leur foi deraeiireroient dans leurs places, il faut avouer que tant de longues dissertations sur ce concile ne touchent pas seulement la question que nous traitons.

En un mot nous avouons les scandales, et nous en attendons de plus grands encore en ce dernier temps, oh nous savons qu'il doit arriver « que les élus mômes, s'il ctoit possible, soient déçus *. n Mais nous nions que tous les scandales qui pourront jamais arriver soient capables de donner atteinte à la succession des ministres des sacrements et de la parole, avec qui Jésus-Christ promet d'être tous les jours, et aussi ne voyons-nous pas dans ces faits tant exagérés sur Libérius et sur le concile deRimini, qu'il y ait l'ombre seulement d'une interruption semblable.

Les autres faits sont bien moins relevants, et le ministre en a rempli le récit de faussetés manifestes. Il prouve que tous les peuples, dont les évoques étoient hérétiques, dévoient être ariens, sur ce principe général qu'il nous attribue, « que les peuples sont obligez de soumettre leur foi à celle de leur évesque ^. n C'est nous imposer. On ne doit rien à des évoques intrus, à des évoques mis par violence en chassant les légitimes pasteurs, à des évoques dont la succession n'est pas constante, ou qui s'arrachent de l'unité par une rupture. « Il y eut, dit-il, des éveschez où plusieurs prélats se succédèrent l'un à l'autre également hérétiques. » Que veut-il conclure de là, puisque leur succession n'est qu'une continuation de la violence? Le bannissement d'un Alhanase, d'un Hilaire, d'un Eusèbe de Verceil et de Samosale, d'un Paulin de Trêves, d'un Lucius de Mayence et de tantd'aulres illustres exilés, ne leur ôtoit pas leurs sièges et ne donnait point d'autorité à ceux qui les usurpoient. Le peuple lenoit par la

» Jl/«/M., XXIV, 24. - «Tom, II, p. GIG, 618. — =* p. 616.

•"^i à ses légitimes pasleurs, à quelque exlrémiLé du onde qu'ils fussent chassés. Ainsi la succession subsis- ■il toujours, el môme d'une manière trôs-éclatante. •Quelle difficulté y peut-on trouver ? On objecte les dix .rovinces d'Asie qui étoient pleines, disoit saint Hilaire, * de blasphémateurs K » Sans doute elles étoient pleines de ces blasphémateurs que Constance avoit établis par la force, et dont le litre emportoit leur condamnation. Que nuit à la succession une pareille violence?

Au reste il ne faut point chicaner sur la violence, ni insinuer qu'on ne voit pas dans les cœurs pour discerner ceux qui dissimulent d'avec ceux qui croient de bonne foi : la violence paroît assez quand on ne change que par force, et qu'on revient à son naturel aussitôt qu'on est en sa liberté ; c'est ce qui arriva du temps de Constance. Le ministre en est d'accord, etil répète par deux fois qu'on changea d'un moment à l'autre par la seule mort de l'empereur 2, On ne peut donc pas douter de l'étal violent où tout étoit.

On ne veut pas croire la surprise, a L'arianisme, diton, estoit trop connu pour s'y laisser tromper ^. » Cependant le fait est constant. Dans le temps que les donatistes objectoient à l'Eglise l'obscurcissement qui arriva sous Constance : « Qui ne sait, leur répondit saint Augustin, qu'en ce temps plusieurs hommes de petit sens furent I rompes par des paroles obscures, en sorte qu'ils croyoient que les ariens (qui alfecloient de parler comme eux) étoient aussi de même créance*? »

Saint Hibiire explique plus amplement ce mystère d'iniquité, et il disoil aux ariens : « Pourquoi imposez-vous à l'empereur, aux comtes (et aux officiers de l'empire), et pourquoi circonvenez-vous TEglise de Dieu par les arti-

> p. 618, 671, 673.-2 Tom. II, p. 698, 699. — » Ibid., 699. — ^ Episv, xcui, aL xlviii, ad Vincent., n. 31.

lices de Salan ? Que ne parlez-vous franchement ? Ou avouez ouvertement ce que vous voulez avouer, ou niez ouvertement ce que vous voulez nier *. »

Eu général tout novateur est artificieux ; et pour ôter au peuple l'idée de son innovation odieuse, il tâche de faire passer ses dogmes sous la figure et l'expression des dogmes anciens. C'est la pratique ordinaire de tous les hérétiques, qui savent si bien se cacher, que hs plus fins y sont pris, et dans les innovations du seizième siècle les équivoques de Bucer sur la présence réelle en pourroient être un exemple : quoi qu'il en soit, c'est ainsi que furent déçus les évêques de Rimini. Il ne faut pas dire que l'arianisme étoit trop connu ; les ariens, et entre les autres Ursace et Valens, qui avoient fait plus d'une fois une feinte abjuration de l'arianisme, et dont le dernier la renouvela solennellement dans le concile de Rimini, étoient de si subtils dissimulateurs et si féconds en expressions trompeuses, que les évêques trop simples, « hérétiqiies sans le savoir, sine conscientiâ hœrelici, tombèrent, dit saint Jérôme 2, dans leurs nouveaux pièges, Ariminensibus dulis irretili ; » et ce Père après avoir raconté « qu'ils appeloient à témoin le corps du Seigneur et tout ce qu'il y a de saint dans l'Eglise, » qu'ils n'avoient rien soupçonné qui fût douteux dans la foi de ceux qui les avoient eng igés à souscrire, les fait parler en cette sorte : 0 Nous pensions que leur sens s'accordoii avec leurs paroles : nous n'avons pu croire que dans l'Eglise de Dieu, où règne la bonne foi et la pure confession de la vérité, on cachât dans le cœur autre chose que ce qu'on avoit dans la bouche : nous avons été trompés par la trop bonne opinion que nous avons eue des méchants : Decepit nos bona de malis existimatio ; nous n'avons pu croire que des

1 Epist. ud Aux. — * Hier. r^b}~ '"c, cap. \u.

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mînistres de Jésus-Christ s'élevassent contre lui-même. » Yoilà dans le fait ce que disoient ces évoques ; et si j'ajoute un seul mot à leurs discours, le ministre peut me convaincre à l'ouverture du livre : ce que j'ose bien assurer qu'il n'entreprendra pas.

Mais, dit-il, « pourquoi alléguer la violence, » si c'est une affaire de surprise ? Comme si l'on n'eût pas pu mêler ensemble ces deux injustes moyens, et faire servir les menaces à rendre les esprits les moins attentifs à l'artifice ; quoi qu'il en soit, le fait est positif, et il n'est pas permis d'y opposer de si vaines conjectures.

Mais encore, poursuit le ministre, « des évesques si aisez à surprendre estoient-ils fort propres à assurer la foi des peuples ? » Sans doute dans ce moment ils manquèrent à leur devoir d'une manière déplorable : mais peu de temps auparavant et tant qu'ils furent en liberté, ils avoient si bien enseigné la foi de Nicée, à laquelle aussitôt après, que les peuples savoient à quoi s'en tenir, et que la foi de leurs évoques leur étoil connue. Je pourrois ei conûrmation vous alléguer d'autres faits aussi constants, et je suis certain que personne n'osera soutenir que je raconte autre chose que ce qu'on trouve dans saint Alhanase, dans saint Hilaire, dans saint Jérôme, dans saint Augustin et dans tous les auteurs du temps, sans en excepter un seul.

Mais voici le dernier eflort des objections du ministre: « La maxime (que TÉglise ne peut jamais perdre sa visibilité ni son étendue) est de saint Augustin; » ce sont ses paroles, et de son aveu nous avons déjà pour nous un gi grand homme : mais, ajoute-t-il, elle est évidemment fausse, à cause « qu'elle est contraire à Saint Grégoire de Nazianze ; » ce qu'il appuie en ces termes : « Que Messieurs les prélats se déterminent entre ces deux Pères ils seront assez embarrassez : » il nomme dans

lai mémff cause- « saint Hilaire et saint Alhanase *. » Vous le voyez, mes chers Frères : toute l'adresse de vos ministres n'est qu'à mettre aux mains les saints docteurs les uns contre les autres sur des articles capitaux. Ils ne veulent trouver dans leur doctrine que doutes et incertitudes, notamment sur les promesses de Jésus- Christ : c'est aussi ce que doiventfaire ceux qui n'y croient pas, et qui veulent en éluder l'évidence : mais il n'y a là aucun embirras; car que dit saint Augustin, et que disent ces autres Pères? Saint Augustin dit que si la visibilité et l'étendue de lÉglise étoit éteinte par toute la terre avant saint Cyprien et Donat, il n'y aurait plus d'Eglise qui eût pu enfanter saint Cyprien, et de qui Donat ait pu naîlre : Donatus undè ovtus est ? Cyprianum quœ peperit ? Et encore, pour faire voir que la succession n'a pu manquer : « Il y avoit, dil-ii, sans doute une Eglise qui pût enfanter saint Cyprien : » Erat t'cclesia quœ par^i^et Cypm/îKm^, et ainsi du lesle. Si cette doclrine est douteuse, ce n'est pas au seul saint Augustin qu'il s'en faut prendre : saint Jérôme disoit comme lui aux lucifériens avec tous les orthodoxes : « Si l'Eglise n'est plus qu'en Sardaigne, d'où espérez-vous comme un nouveau Deucalion retirer le monde abîmé ^ ? » Tous les Pères grecs et latins ont raisonné de la même sorte ; et on a pu voir dans \ Instruction préddente^ leur doctrine, (]ue le ministre laisse en son entier, sans même songer à y répondre. Voyons si saint Athanase, si saint Grégoire de Nazianze, si saint Hilaire ont dit ou pu dire que la succession ait manqué de leur temps. Mais au contraire nous venons d'ouïr saint Athanase, qui trois ans après l'affaire de Rimini, nous fait voir l'Église étendue par toute la terre, et les ariens toujours réduits au petit nombre.

» Tom. Il, 667, GC8, 671, 672. — « Epist. xciii, ad Vinc, n, 37, etc. — ' Hier, Dial. adv. Luc, cap. i. — * I I?tstr.past.,n. T2. p. 09 et suiv.

Mais il a blâmé les ariens, qui se tanloient de la miillitude de leurs peuples, de leurs évêques et de leurs temples : oui, dans quelques endroits de l'Orient il a vu des peuples entièrement oppressés, des évêques intrus, des temples et des églises arrachés par force aux catholiques, dont les fondateurs témoignoient la foi des ancêtres. Il ne veut point qu'on se vante de tels temples; des trous, des cavernes, leur sont préférables ; et il vaut mieux être seul, comme un Noé, comme un Lot, que d'être avec une telle multitude. C'est ce que dit saint Athanase ; c'est ce que dit saint Hilaire; c'est ce que dit saint Grégoire de Nazianze : veulent-ils dire par là qu'en effet on demeure seul? Et qu'a tout cela de contraire à la doctrine de saint Augustin sur la perpétuité et l'étendue de l'Eglise?

Il ne faut pas croire pour cela que les saints évêques abandonnassent les églises, ni qu'ils en tinssent la possession pour inditîérente; au contraire ils la regardoient comme des titres de l'antiquité de la foi. On sait les combats de saint Ambroise, pour ne point livrer les catholiques que les ariens vouloient lui ôter par l'autorité de l'impératrice Justine. « Qu'on nous les enlève par force, répondoit-il ; je ne résisterai pas; mais je ne les livrerai jamais; je ne livrerai pas l'héritage de Jésus-Christ... ; je ne livrerai pas l'héritage de nos pères ; l'héritage de Denys qui est mort en exil pour la cause de la foi ; l'héritage de Mirocles et des autres évêques fidèles mes prédécesseurs*.» Ils conservoient donc autant qu'ils pouvoient les temples sacrés que leurs prédécesseurs avoient bâtis, et comme ils prouvoient par ces monuments l'antiquité de la foi catholique. Quand ils leur étoienl ravis par force, ils se contentoientde garder la foi, qui ne laissoit pas néanmoins de demeurer établie par ces temples mêmes, quoi-

* Ambr., Epist., lib. I, epist. xxij u. 18,

qu'entre les mains des hérétiques, parce que tout le monde savoit qu'ils n'avoient point étédressés pour eux. C'est ce que nous disons encore, et nous employons ces témoignages dans le même esprit que les Pères.

J'ai donc achevé l'ouvrage que la charité m'imposoit pour le salut de nos Frères réunis, et il ne me reste qu'à prier Dieu, comme j'ai fait au commencement, qu'il leur donne des yeux qui voient et des oreilles qui écoutent. Pour peu qu il les ouvrent et qu'ils se rendent attentifs à la vérité, elle ne leur sera pas longtemps cachée : les promesses de l'Evangile, que je les prie de considérer, sont courtes, claires, précises : on a vu qu'elles ne demandent aucun examen pénible ; et si j'ai voulu entrer dans quelquesfaits qui dépendentde l'histoire ecclésiastique, comme ils sont connus, incontestables et dans le fond avoués par le ministre, ils ne peuvent plus causer aucun embarras.

En effet, considérons encore une fois devant Dieu et en ■éloignant l'espril de dispute, ce qu'on a prouvé par tant de faits, tirés par exemple de l'histoire de l'arianisme. Quoi ? Qu'il y aura eu des tentations et des scandales, des chutes affreuses, de longues persécutions, sous prétexte de piété, et par de faux fvéres soutenus de l'autorité de quelques rois chrétiens? Nous le savons; nous avons été avertis que nous avions tout à craindre môme « de nos pères, de nos mères, de nos frères, et des domestiques de la foi '. » C'est pourquoi s'il s'est trouvé parmi les persécuteurs des Nérons, des Domitiens ouvertement infidèles; s'il s'y est trouvé des apostats et des déserteurs de la foi, il s'y est trouvé, et bientôt après, des Constances, et des Valens, des Anastase, qui ont affligé l'Eglise sous l'apparence d'un christianisme trompeur, et nous avons déjà remarqué que nousattendiona ancore à la fin des siè-

• Matth., X, ro, 30.

des quelque chose de plus séduisant : mais que l'on puisse perdre pour cela la trace de la succession apostolique, loin de nous l'avoir prédit, Jésus-Christ nous a promis le contraire, et l'expérience du temps passé aide encore à nous confirmer pour l'avenir.

Ainsi l'on n'est pas même obligé à savoir ces faits qu'on exagère si fort ; les promesses fondamentales de l'Evangile sur la durée de l'Eglise étant, comme on a vu, trèsintelligibles par elles-mêmes, il ne faut pour toute réponse à ceux qui cherchent des difûcultés dans leur ac> complissement, que l'exemple d'Abraham qui, comme disoit saint Paul, « n'a point vacillé dans la foi, mais au contraire s'y est affermi, donnant gloire à Dieu et demeurant pleinement persuadé qu'il étoit assez puissant pour accomplir (à la lettre) tout ce qu'il avoit promis*. »

Si donc on a peine à croire qu'au milieu de tant de traverses et des changements qui arrivent sous le soleil, Dieu conserve sans interruption la succession des apôtres et la suite du ministère ecclésiastique, en sorte que toute rupture ettoute innovation soient une conviction d'erreur et de schisme, sans môme avoir besoin de remonter jamais plus haut : si, dis-je, on a peine à croire que cela se puisse exécuter et qu'on y cherche des difûcultés ou des embar- Tas, il n'y a qu'à se souvenir que Jésus-Christ nous a donné «sa toute-puissance » pour garant d'une promesse si merveilleuse, et conclure avec Abraham selon saint Paul, « qu'il est puissant pour accomplir ce qu'il a promis. »

Pour éluder un raisonnement si pressant, votre ministre propose cette trompeuse maxime : « L'événement est interprète delà promesse 2. « On voit bien oti ces Messieurs .en veulent venir. C'est à éluder l'effet évident et le se

^ Rom., IV, 20, 21. — * Tom. II, p. 563, 683,

certain de la promesse de Jiésus-Ghrisl, en alléguant des interruptions telles qu'on voudra, en inventant des iniiovations sur la doctrine et en attribuant à l'Eglise des idolâtries qu'elle n'eut jamais. Mais si l'on veut, par exemple, lui imputer à idolâtrie l'honneur qu'elle rend aux Saints, à leurs reliques et à leurs images, il faudra comprendre non-seulement l'Eglise romaine, mais encore l'Eglise grecque dans cette accusation, puisque c'estelle qui a célébré avec Rome même, et qui compte encore aujourd'hui parmi sesconcilesle concile de Nicée, où tout cela est contenu. Qu'étoit donc devenue alors la promesse de Jésus-Christ? Pour soutenir ces idolâtries prétendues universelles dan? l'Eglise, il faudroit dire de deuxchoses Tune, ou que Jésus-Christ auroit été « tous les jours » avec une éghse idolâtre, ou que ce mot : Tous les yowrs, n'exclut pas toute interruption, etque Jésus-Christ, ce qu'à Dieu ne plaise, a jeté en l'air de grands mots qui n'ont point de sens.

On me fait accroire que j'entreprends de donner des bornes à la promesse de Jésus- Christ par rapport aux Grecs, et on croit ^voir droit, à mon exemple, de lui en donner par rapport aux Latins,. Mais c'est là une pure chicanerie, et j'ai déjà dit que la, promesse de Jésus-Christ n'est astreinte parelle-mémei ni, aux Grecs, ni aux Latins, ni à aucune nation particulière;, mais qu'il suf ht, pour la vérifier, que la succession dqs. apôtres subsiste toujours par toute la terre, en quelque peuple que ce soit. Si on prétend que l'événement démente cette promesse,, oij argumente contre Jésus-Christ, et on change le sens naturel de ses paroles.

Laissons donc là ce commentaire par l'événement. J'avouerai peut-Otre que l'événement pourra, en second, servir d'interprète à des prophéties obscures et paraboliques. Mais pour la promesse fondamentale de l'Evangile,

qui est conçue en termes si clairs, elle s'interprète ellemême; et pour toute interprétation il n'y a qu'à dire : Jésus-Christ « eiit assez puissant pour faire tout ce qu'il a promis : » et la restreindre par l'événement, c'est la démentir.

La promesse de Dieu à Abraham : « Je multiplierai ta postérité, )) étoit absolue, et Dieu avoit déterminé a que cette postérité lui seroit donnéepar Isaac * : » le cas arrivai qu'Abraham l'alloit immoler par ordre de Dieu ; mais ce terrible événement ne fit que cherchera Abraham aucune restriction à la promesse : il n'en crut pas moins « que sa race lui. seroit comptée dans cetlsaac n qu'il étoit prêt d'égorger;^ à cause « qu'il crut, dit saint Paul que Dieu le pcm^voit ressusciter ^. •> C'est-à-dire quil faut croire tout ce qu'il y aide plus incroyable, plutôt que d'affoiblir des promesses cbirescontre leur sens naanifeste. « Toute puissance m'est donnée : » allez donc avec assurance : et sans vous jeter dans la recherche des faits particuliers, croyez di'une fiernie foi que votre ouvrage n'aura ni fin ni interrupëoniy puisque c'est moi qui le dis.

Contre la simplicité, la précision, la clarté de ces paroles, on n'allègue que chicanerie, illusion, dissimulation : on appelile au secours la Synagogue, avec laquelle en ce point L'Eglise chrétienne n'a rien de commun : on critiqme chaque parole, et visib'ement on ne dit rien : et il demeure si clair par la promesse de Jésus-Christ que tout ce qui rompt la chaîne, tout ce qui s'écarte de la ligne de la succession, est schismatique, qu'il a fauu en venir enfin à défendre ouvertement le schisme, à le trouver digne des saints et des prophètes, et à séparer ces grands hommes de la société du peuple de Dieu et du sacerdoce institué par Moïse. Jugez maintenant, mes Frères, qui sont

* Gènes, xai, 12 : Bow.^.ix,. 7.-2 Hebr., xxi, ifl.

ies vrais défenseurs de la promesse de Jésus-Christ, ou ceux qui la prennent comme nous dans toi! te son étendue, ou ceux qui contraints d'eu déguiserou violenter toutes les paroles, après y avoir cherché toute sorte d'inconvénients, à la fin se laissent forcera trouver la sainteté dans les schismatiques. Au contraire la gloire de l'Église ne lui peut être ôtée. Luther et les novateurs du seizième siècle savent bien, en leur conscience, qu'ils l'ont trouvée en pleine possession lorsqu'ils s'en sont séparés, et que d'abord ils avoient été nourris dans son sein. J'en dis autant des vicléfites, des bohémiens, des vaudois, des albigeois, de Bérenger et des autres. Si nous remontons aux Grecs, le ministre n'a pu nier que nous n'ayons vécu ensemble, et reconnu d'un commun accord la chaire de saint Pierre : ils se sont donc faits en la quittant novateurs comme les autres, et leur défection est notée. Nous sommes à couvert de tels reproches, et l'Église catholique se peut glorifier d'être la seule société sur la terre, à qui parmi tant de sectes on ne peut jamais montrer, en quelque point que ce soit, par aucun fait positif, qu'elle se soit détachée des pasteurs qui étoient en place, ou du corps du christianisme qu'elle a trouvé établi. Elle est donc la seule qui n'est point sortie de Ij suite promise par Jésus-Christ, et qui par la succession écoute encore dans les derniers temps ceux qui ont ouï les apôtres et Jésus-Christ même. Quelle plus belle distinction peut-on trouver dans le monde? Quelle plus grande autorité? >ÎHis les errants la craignent, parce qu'elle est trop contrb/gnante pour leurs esprits licencieux.

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