RÉPONSE
A diverses calomnies qu'on nous fait sur l'Ecriture et sur d'autres points.
Après de si grands éclaircissements sur la promesse de
SUli LES PROMESSES DE L'ÉGLISE. 503
Jésus-Christ, vous olTenserai-je, mes Frères, si je vous conjure de vous y rendre attentifs? Donnez encore deux heures de temps à relire noire Première instruction pastorale : vous aurez honte des chicanes dont on s'est servi pour y répondre, et des minuties où l'on a réduit le mystère du salut. Surtout vous y trouverez en quatre ou cinq pages la résolution manifeste de la difflculté où votre ministre vous jette d'abord*. II vous fait craindre, mes Frères, de prendre à la lettre et dans toute son étendue la promesse de Jésus-Christ ; et il tâche de vous faire accroire que nous ne la proposons que dans le dessein » de jeterles hommes dans l'ignorance, » et de leur rendre l'Écriture sainte non-seulement « inutile, » mais encore « dangereuse' : » il conclut, sur ce fondement, que nous « inspironsle mépris de l'Écriture' ; » et ce n'est pas là, poursuitil, « une illusion * » une conséquence qu'on nous attribue : « M. de Meaux l'enseigne précisément et nettement. » A cela que répondrai-je? Me plaindrai-je de la calomnie? En demanderai-je réparation? Cela seroit juste : mais le salut de mes Frères m'inspire quelque chose de meilleur. Je demande, en un mot, par quel endroit prétendent-ils que nous voulons introduire l'ignorance? Est-ce à cause que nous disons que la science du salut ne s'éteint jamais dans l'Église? Est-ce induire à mépriser cette science que de montrer où elle est toujours?
Mais vous dites qu'on n'a pas besoin de chercher sa foi dans les Écritures? Le catholique répond : Il est vrai, je n'ai pas besoin de la chercher, parce qu'elle est d'abord toute trouvée. J'ai dit mon Credo avant que d'ouvrir l'Écri» ture : vaut-il mieux en commencer la lecture dans un es-
« 1" Instr. sur les Prom. de l'Eglise, n. 37, 43, 46, — » Tom II, liv. IV, chap. I, n. 10, etc., p. 544, 346, 547, 553, etc. — « P. 546. — * P. 548.
prit de vacillation et d'incertitude qoe dans la plénitude de la foi ?
Mais, poursuit-ou, fËcritare est donc inutile, si twi a déjà la foi sans elle? N'est-ce donc rien de la confirmer, de l'animer, de la rendre agissante par l'amour ; d'en peser toutes les promesses, tous les préceptes, tous les conseils; de s'en servir pour mieux entendre ce qu'on croit déjà, et dans l'occasion pour convaincre l'hérétique et l'opiniâtre qui ne vent pas croire à l'Église ?Mon Instruction précédente a reconnu ces utilités dans l'Écriture : et vous nous faites accroire que nous croyons inutile ce qui produit de si grands fruits.
La calomnie est bien plus étrange de nous faire dire que nous la trouvons « dangereuse. » Mais qui jamais parmi nous a proféré ce blasphème ? Sous prétexte qu'il est dangereux de vouloir interpréter l'Ecriture par son propre esprit, et qu'il n'y a de salut que de l'entendre humblement comme elle a toujours été entendue, on nous fera dire que nous la trouvons dangereuse? Seigneur, jugeznous, et inspirez à nos Frères des sentiments plus équitables.
Nous méprisons les saints Livres : le peut-on seulement penser? Est-ce mépriser l'Ecriture que de dire qu'elle a son sens simple et naturel, qui a frappé d'abord les esprits des fidèles? Lorsqu'ils écoutoient, « qu'au commencement le Verbe étoit, et qu'il étoit en Dieu, et qu'il étoll Dieu *, » ils ont entendu qu'il éîoit Dieu, non point en ligure, mais naturellement et proprement : et c'est pourquoi l'Evangéliste ajoute après,non pas qu'il a été fait Verbe ou qu'il a été fait Dieu, mais a qu'étant Verbe et étant Dieu » devant tous les temps, il a encore dans le temps <( été fait homme : » est-ce mépriser l'Ecriture de dire que
ce vrai sens a fait impression sur les fidèles ; q^il'on se l'est transmis les uns aux autres ; etqu'Arius, qui l'a rejeté, l'a trouvé établi dans l'Eglise? J'en dis autant des autres dogmes révélés de Dieu et nécessaires au salut : le vrai chré'tielî n'en a jamais pu douter ; et sans aucun examen, sa foi est formée. Est ce donc là ce qu'on appelle mép'ri's'èr l'Ecriture ? N'est-ce pas plutôt l'honorer, et sans crainte dé s'égarer y trouver la vie éternelle ?
Mais vous avez dit, m'objecte-t-on *, qu'on avait instruit des peuples entiers sans leur faire chercher leur foi dans les Ecritures, et qu'en effet «lachafité ne permelloit pas d'attendre à prêcher la foi jusqu'à ce qu'on sût assez des langues barbares pour y faire une traduction aussi difficile et aussi importante que celle des Livres divins, ou bien d'en faire dépendre le salut des peuples 2, » Il est vrai, je reconnois mes paroles : mais le ministre, qui me les reproclie, ne devoit pas oublier que c'est là un fait incontestable, et le sentiment exprès de saint Irénée, évoque de Lyon, q"ùe j'ai marqué en ces termes, comme connu de tout le monde : « Saint Irénée et les autres Pères en ont fait la remarque dès leur temps ^. » Le passage de ce saint martyr n'est ignoré de personne ; le ministre l'a vu marqué dans ma précédente Inslruction, et n'a pu le nier. Lisez-i'ei, mes Frères, comme un témoignage authentique de la foi lie nos ancêtres, puisque c'est la foi d'un saint qui a conversé avec les disciples des apôtres, et qui a illustré le second siècle par sa doctrine et par son martyre : l'Eglise gallicane a eu l'avantage particulier de l'avoir pour évéque dans une de ses plus anciennes et plus principales ég ises, et ce nous doit être une singulière consolation de trouver dans ses écrits un monument domestique de notre foi ; voici ses paroles : « Si les apôtres, dit-il, ne nous
» Tom II, p. 550. — » I" Inslr. past., n. 43. — * Ibid»
avoienl pas laissé les Ecritures, ne falloit-ilpas suivre la tradition qu'ilslaissoienlàceuxàqui ils confioienlles Eglises? Ordre qui se justifie par plusieurs nations barbares qui croient en Jésus-Christ, sans caractère et sans encre, ayant. la loi du salut écrite dans leurs cœurs par le Saint-Esprit» et gardant avec soin la foi d'un seul Dieu créateur du ciel et de la terre, et de tout ce qu'ils contiennent, par Jésus- Christ Fils de Dieu *, » et le reste qu'il est inutile de rapporter. 11 suffit de remarquer seulement qu'il détaille et spécifie tous les articles qu'on apprend sans les Ecritures, ■•t voilà en termes très-clairs la foi salutaire sans le secours de ces Livres divins.
Yotre ministre s'élève ici contre moi sur ce que je dis, que ces peuples étoient sauvés sans « qu'on leur portast autre chose que le sommaire de la foy dans le Symbole des apostres ^, » et il ne veut pas qu'on lui en parle. Mais qu'il l'appelle comme il voudra : il faut bien avouerau fond qu'il y avoit un sommaire de la foi semblable à celui que nous avons : qu'on l'appelle, ou comme parloit dans un autre endroit le même saint Irénée, « la règle immobile de la vérité qu'on recevoit dans le baptême 3,» ou avec toute l'antiquité le Symbole des apôtres : toujours est-il bien certain que la doctrine n'en pouvoil venir que de ces hommes divins qui ont fondé les églises. Ne vous lassez point, mes chers Frères, et écoulez la suite du passage de saint Irénée, que nous avons commencé : « Ceux, dit-il, qui ont reçu celte foi sans les Écritures, selon notre langage sont barbares; mais pour ce qui regarde le sens, les pratiques et la conversation selon la foi, ils sont extrêmement sages, marchant devant Dieu en toute justice, chasteté et sagesse; et si quelqu'un leur annonce la doc-
» Iren., O'Jv. hcer., lib. III, cap. iv. — « I" Instr. past.t n. 43; /î^/>. du mm., p. 651. — - 3 Lib. I, cap. i.
Irine des hérétiques, on les verra fermer leurs oreilles el prendre la fuite ie plus loin qn'il leur sera possible, ne pouvanlseulementsouiïrir ces blasphèmes niées prodiges, à cause, répondront-ils, que ce n'est pas là ce qu'on leur a enseigné d'abord ^ » Vous le voyez, mes chers Frères, tes barbares si bien in>itruits sans les Écritures n'étoient pas de foibles chrétiens, mais très-fermes dans la foi et dans les œuvres, et très- pleinement instruits contre la doctrine des hérétiques. Si c'étoit moi qui parlasse ainsi, combien voire ministre se lécrieroit-il que je méprise les Écritures en les déclarant inutiles ? Mais les Saints, de qui nous avons reçu les Livres divins, ne craignent point ce reproche. Car ils savoient que l'Écriture viendroit en confirmation de la foi, qu'ils avoient reçue sans elle; et louant la bonté de Dieu, qui pour s'opposer davantage à l'oubli des hommes, avoit rédigé la foi dans les écrits des apôtres, ils ne laissoient pas de bien entendre qu'on pouvoitêlre parfait chrétien sans les avoir.
Vous voyez maintenant la cause du silence de votre ministre sur le passage de saint Irénée : c'est qu'il a senti qu'il nelaissoit point de réplique, et il a seulement tenté de lui opposer un endroit de saint Chrysostome, «où il assure positivement que les Barbares, Syriens, Egyptiens, Indiens, Perses, Ethiopiens avoient appris à philosopher en traduisant chacun dans sa langue l'Evangile de saint Jean 2. d 11 triomphe de cette parole en disant : «Que M. de Meaux démente s'il veut saint Chrysostome. » Mais je ne veux non plus démentir saint Chrysostome que saint Irénée. 11 ne convient qu'aux ennemis de la vérité de chercher à commettre entre eux ses défenseurs plutôt que de les concilier ensemble^ comme il est aisé en cette occasion.
i Lib. III, cap. IV. — * Tom. II, p. 551 ; Chrysost. hom. i in Joan.
5'i4 SECONDE INSTRUCTION PASTORALE
Il n'y a pas ombre d'opposilion entre saint Irénée, qui assure que de son temps il y avoit des peuples entiers qu'on regardoit dans toute l'Église comme parfaits chré tiens, sans qu'ils eussent l'Écriture sainte, et saint Chrysostome qui dit deux cents ans après qu'elle se trouve chez les peuples qu'on lui vient d'entendre nommer. Car d'abord il est bien certain que dès le temps de saint Irénée, des peuples entiers, que saint Ghrysoelome n'a pas nommés, avoient reçu la foi. Saint Justin qui a souffert le martyre un peu devant saint Irénée, compte parmi ceux où la foi avoit pénétié jusqu'à ces Scythes vagabonds et presque sauvages, qui traînoient sur des chariots leurs familles toujours ambulantes 1. Qu'on ait traduit l'Écriture dans leur langue, ni saint Ghrysostome ne le dit, ni il n'en reste aucune mémoire dans toute la tradition ecclésiastique; et quand il seroit certain, ce qui n'est pas, que les peuples dont saint Ghrysostome a parlé comme ayant traduit l'Écriture, seroient les mêmes dont saint Irénée a si positivement assuré qu'ils ne l'avoient pas de son temps, notre cause n'en seroit pas moins en sûreté, et il demeureroit toujours pour également incontestable qu'on peut être parfaitement chrétien sans l'Écriture par la seule autorité de la tradition, comme a parlé saint Irénée.
Il sera donc véritable qu'on doit, à la vérité, donner l'Écriture le plus tôt qu'on peut à tous les peuples chrétiens; mais sans discuter davantage ni sainljustin, ni saint Irénée, ni saint Ghrysostome, il n'y a point de protestant si déraisonnable pour laisser périr quelques peuples dans leur ignorance, sous prétexte qu'on n'auroit encore pu traduire en leur langue les Livres sacrés.
Sans parler des peuples barbares qu'on auroit sauvés par la foi avant même qu'ils pussent avoir les Écritures,
* Apcl. u, et adv. Tryph,
il est bien certain que la mélhode commune de tous les chrétiens est de faire dire Credo à ceux qu'on instruit, grands et petits, dès qu'on leur présente l'Écriture sainte et avant qu'ils l'aient ouverte : qu'on dise tout ce qu'on voudra du Symbole des apôtres, ee sera toujours un fait véritable qu'il est reçu et pratiqué par tout ce qui porte le nom de chrétien : et que pour en suivre la méthode, il faudra toujours faire connoUre aux fidèles l'Église catholique, avant qu'on leur ait nommé l'Écriture sainte^ dont le Symbole ne fiiit aucune mention ; c'est-à-dire que les apôtres, dont le Symbole a pris tout l'esprit, ont reconnu dans l'Égiise catholique la source primitive de la foi et du salut.
C'est là que tout hérétique demeurera court; et encore que le nom môme de l'Église catholique ne se trouve pas dans l'Écriture, ce sera toujours sous l'autorité de ce nom que les fidèles seront élevés dans la vraie foi. Quand eû'suite ils liront l'Écriture sainte, et que toujours sous l'instruction de l'Église catholique ils y trouveront la même foi qu'on leur avoit annoncée, ils y seront confirmés, leur cœur sera consolé : mais la foi reçue de main en main par les successeurs des apôtres, sera toujours leur première règle.
Quand le ministre trouve ridicule et même impossible,, que les pasteurs de l'Église reçoivent la foy les uns des autres, à cause, dit-il, « que la foi de l'évesque mourant s'éteint avec luy, sans qu'il la puisse laisser à son succ«î^ seur qu'il ne connoist pas i, » il montre par ce mauvais discours qu'il ignore parfaitement l'état de la question. Quand on dit qu'on reçoit la foi de son prédécesseur, ou ne veut dire autre chose, sinon qu'on se fait une réglé inviolable de croire et de piocher dans l'Église ce qu'on j
*Tom. II, p. C10-G)2, etc.
a cru et prêché devant nous. Tant qu'on persévérera danscette résolution, on n'enseignera jamais d'erreur, on ne sera jamais dans le schisme ei dans la rupture. Si quelque évoque rompt la chaîne de la tradition, le reste de l'Église réclamera contre : le novateur sera noté éternellement; et quand il en traîneroit son peuple avec lui, son. peuple devra sentir dans sa conscience par la seule innovation de son pasteur, qu'il ne peut plus se sauver sous sa conduite.
Le ministre met donc tout en confusion, et ne s'entend pas lui-même, lorsqu'il demande si l'évêque « qui meurt laisse sa foy sur son siège, ou s'il peut la laisser de main en main, comme une chose matérielle *. » Voici le nœud et la chaîne qui captive tous les esprits. L'Église catholique a toujours pensé dès son origine que sa foi ne changeroit. jamais, et ne devoit ni ne pouvoit jamais changer. Aussitôt donc qu'on sent quelque changement dans un corps constitué de cette sorte, en quelque temps que ce soit, oa se souvient de la promesse : on rappelle dans son esprit la règle de ne changer point et de n'avoir jamais besoin de changer : l'innovation est remarquée et en même temps détestée avec ses auteurs, et la foi demeure immuable dans sa succession.
C'est la consolation des catholiques toutes les fois qu'ils voient le corps de leurs pasteurs tenir toujours le même langage, et prêcher la même foi; dans les derniers qui sont en place, ils entendent tous leurs prédécesseurs, et remontent parles apôtres jusqu'à Jésus-Christ.
Quand on s'écrie après cela: « Pauvre Écriture, comment Dieu vous a-t-il dictée? Que vous devenez inutile I Il n'y a qu'à montrer l'Église ^ : » encore un coup, on ne s'entend pas. Heureux celui qui, né et instruit dans le sein
» Tom. II, p. 610-612, etc. — » P. 547-549, etc.
maternel de l'Église et dans la foi des promesses, n'a jamais besoin de disputer! S'il s'est écarté de cette voie, on travaille à le ramener par les Écritures; s'il n'y a jamais été et qu'il soit encore infidèle, on lui lira les prophéties dont l'Écriture est pleine, et on lâchera de lui en marquer les autres caractères divins. Mais il y aura toujours grande différence entre celui qui cherche, et celui qui bien instruit par l'Église aura tout trouvé dès le premier pas.
L'exemple des hérésies lui fera sentir la sûreté oi!i il faut marcher. Celte voie, nous a-t-on dit, mène à l'ignorance^ : voyons donc ce qu'ont appris ceux qui l'ont quittée, et qui ont voulu être plus sages que l'Église catholique. C'est par là que les marcioniles et les manichéens ont appris que l'Église précédente avoit falsifié les Écritures canoniques, et qu'il y avoit deux premiers principes, dont l'un étoit la cau«e du péché. Les ariens ont appris que le Fils de Dieu étoit une créature, et ne pouvoit être appelé Dieu qu'improprement. Les pélagiens ont appris qu'il n'y avoit que les simples et les ignorants qui pussent croire qu'on fût pécheur par le péché de son père,, ou que l'on eût besoin de la grâce à chaque acte de piété que produisoit le libre arbitre. Vlclef a appris qu'il n'y a point de libre arbitre, et que Dieu étoit auteur du péché : Luther, Melanchthon, Calvin elBèze, avec les autres réformateurs du seizième siècle, ont succédé à cette science : les luthériens en particulier ont appris à sauver la réalité par leur ubiquité ; et les calvinistes, à mettre au rang des Saints et à recevoir aux mystères ceux qui tiennent ce prodige de doctrine, aussi bien que le semi-pélagianisme, dont les mêmes luthériens sont convaincus.. Les calvinistes ont pour leur compte particulier l'inamis»
sibililc de la justice, et la sânclification de tous leseïifants des fidèles dans le sein de leurs mères. Ces deux dogmes sont définis dans le synode de Dordrecht : la chose n'est pas douteuse parmi les gens de bonne foi : la suite de ces deux dogmes, e'ej^t que jusqu'à la fin du monde la grâce ne peut sortir d'une famille où elle est entrée une fois, et que David dans ses deux crimes, Salomon dans ses idolâtries, et saint Pierre dans son reniement, n'ont point perdu la justice.
C'est ainsi que se sont rendus savants ceux qui ont renoncé à la foi de l'Église :tous ces faits que j'ai posés sont demeurés et demeureront éternellement sans réplique. Les catholiques évitent par leur soumission ces sciences « faussement nommées*, » et ils éprouvent heureusement que c'est tout savoir que de n'en pas vouloir savoir plus que l'Église, c'est-à-dire, de ne vouloir pas être « savants plus qu'il nefaut^. »
Mais on doit bien se garder de croire que sous ce prétexte nous négligions d'enseigner au peuple les vérités de la religion. Il n'y a qu'à lire nos catéchismes; et puisque c'est moi qu'on prend à partie et qu'on accuse de vouloir introduire l'ignorance sous prétexte de faire valoir la promesse de Jésus-Christ, il vous est aisé de connoître la calomnie. Car puisqu'on vient de parler de catéchisme, si vous voulez jeter les yeux seulement sur celui que j'ai mis en main au peuple que je sers (et chaque évoque vous en dit autant dans les diocèses où vous êtes, avec encore plus de confiance), vous verrez qu'à l'exemple de saint Faul, « nous ne leur avons rien soustrait de ce qui est utile à leur salut; et que nous leur annonçons » en toute vérité et pureté, « la connoissance de Dieu él la foi en JésuS^ Christ Notre-Seigneur*. »
« I Tiinoih., VI, 20. — » Rom. xn, 3. — ' Act., xx, 20, 21.
SUR LES PROiMESSES DE L'EGLISE. 3lj>
Dites-nous donc, mes Frères, en quoi nous entrelenoûs l'ignorance. Vos ministres voudroienl bien qu'on crût que nous n'instruisons pas assez notre peuple sur la connoissance de Dieu et contre l'idoliltrie. Mais ils savent bien le contraire : ils savent bien, dis-je, que nous enseignons parfaitement que Dieu est seul, et que seul il a tout tiré du néant. Le reproche d'idolâtrie tombe visiblement par ce seul dogme : aussi vos ministres ne nous le font plus que pir coutume ou par engagement; et leur conscience les dément, comme la nôtre nous fait mépriser de vains reproches, où nous ne sommes touchés que de l'injustice de ceux qui osent encore les renouveler.
Si par là ils sont contraints d'avouer qu'avec un tel sentiment il est impossible qu'on soit idolâtre dans son cœur, et qu'ils lâchent de trouver notre idolâtrie dans notre culte extérieur, ils n'entendent pas la nature de ce culte, qui ne pouvant être autre chose que la démonstration des sentiments intérieurs, ne permet en aucune sorte qu'on soupçonne d'idolâtrie ceux qui connoissent Dieu en vérité, et l'adorent seul au dedans.
Mais si nous enseignons très-purement la connoissance de Dieu, nous ne sommes pas moins soigneux de faire connoître Jésus-Christ. Peut-on nous reprocher avec la moindre vraisemblance que nous taisions à nos peuples qu'étant Dieu et Homme, la satisfaction qu'il a offertepour nous à la croix est infinie et surabondante; eu sorte qu'il n'y manque rien, et qu'il ne reste autre chose à faire au chrétien que de s'en appliquer la vertu par une foi vive? En quelle conscience pourroit-on dire que nous laissons ignorer cette foi, ni que nous puissions après cela égaler le fini à l'infini, et comparer aucune intercession ou des hommes ou des anges i celle du Sauveur?
On nous objecte des conséquences qu'on tire de notre doctrine : mais outre qu'elles sont fausses, du moins ne
520 SECONDE LNSTRUGTION PASTORALE
peut-on nier dans le fait qu'elles ne soient désavouées par cent actes authentiques, et que nous ne détestions toute doctrine qui déroge aux grands principes qu'on vient de poser.
Nous enseignons parfaitement la sainte et sévère jalousie de Dieu et de Jésus-Christ, mais de le rendre jaloux de ses ouvrages connus comme tels, qui sont ses Saints, ou de lui-même dans l'Eucharistie, ou des choses que l'on ne conserve dans les églises que pour exciter le souvenir de ses mystères et de ses grâces, et les porter jusqu'aux yeux les plus ignorants, c'est une délicatesse indigne de sa bonté et de sa grandeur.
C'est du cœur qu'il est jaloux; et pour ne le point irriter, on ne doit non plus partager son culte que son amour : mais quoi ? n'enseignons-nous pas que le vrai culte de Dieu est de l'aimer de tout son cœur et plus que soi-même, et son prochain comme soi-même pour l'amour de lui? Quelle partie de cesdeuxprécepleslaissons-nousignoreri nos peuples : et ne leur apprenons-nous pas en même temps que tout ce qu'ils font pour accomplir ces deux préceptes, autant qu'il se peut en cette vie infirme et mortelle, est donné den haut par une pure miséricorde à cause de Jésus- Christ; en sorte qu'il n'y a point de mérite qui ne soit un don spécial de Dieu, et qu'en couronnant nos bonnes œuvres il ne couronne que ses propres libéralités? Où ist donc l'ignorance qu'on nous reproche d'affecter ou d'introduire? Avouez qu'on ne sait où la trouver, et que les ministres ne peuvent ici nous l'objecter qu'en supposant sans raison tout ce qu'il leur plaît.
Il n'est ni nécessaire ni possible d'entrer maintenant dans un plus grand détail. On n'a pas besoin de boire toute l'eau de la mer pour savoir qu'elle est amère, ni de rapporter au long toutes les calomnies qu'on nous fait pour faire sentir toute l'amertume qu'on a contre nous.