VI. Le cervean et les organes des sens
Au-dessus, et dans la partie la plus haute de tout le corps, c'est- ^ à-dire, dans la tète, est le cerveau, destiné à recevoir les impres- sîons des objets , et tout ensemble à donner au corps les mouvements nécessaires pour les suivre ou les fuir.
Par la liaison qui se trouve entre les objets et le mouvement progressif, il a fallu qu'où se termine Timpression des objets, là se trouvât le principe et la cause de ce mouvement.
Le cerveau a été formé pour réunir ensemble ces deux fonctions.
L'impression des objets se fait par les nerfe qui servent au sentiment, et il se trouve que ces nerfs aboutissent tous aa cerveau.
Les esprits coulés dans les muscles par les nerfs répandus dans tous les membres, font le mouvement progressif. Et on croit premièrement, que les esprits sont portés d'abord du cœur au cerveau , où ils prennent leur dernière forme. Et secondement, que les nerfs par où s'en fait la conduite, ont leur origine dans le cerveau, comme les autres (1).
n ne faut donc point douter que la direction des esprits, et par là tout le mouvement progressif, n'ait sa cause dans le cerveau. Et en effet, il est constant que le cerveau est attaqué dans les maladies où le corps est entrepris, telles que sont l'apoplexie et la paralysie; et dans celles qui causent ces mouvements irréguliersi qu'on appelle convulsions.
Comme l'action des objets sur les organes des sens, et l'impression qu'ils font, devaient être continuées jusqu'au cerveau,. il a fallu que la substance en fût tout ensemble assez molle, pour recevoir les impressions, et assez ferme pour les conserver (2). Et en effet, elle a tout ensemble ces deux qualités.
Le cerveau a divers sinus et anfiractuosités. Outre cela, diverses cavités, qu'on appelle ventricules, choses que les médecins et ana-
(1) Yoir la note de la page 50 , pour ce qui a rapport aux esprits. — On distingue dans rorganisme trois espèces de nerfs, les nerfs du mourement, ceux du sentiment, et enfin les nerfs à sensibilité spéciale , comme les nerfs optique, olfactif, auditif, etc.
(2) Explications qui n*expliquent rien.
loimstes démontient plus aisément^ qu'ils n*^ expliquent les usages.
n est divisé en grand et petit, appelé aussi cervelet. Le premier vers la partie antérieure, et rautre vers la partie postérieure de Utéte.
La communication de ces deux parties du cerveau est visible par leur structure; mais les dernières observations semblent faire voir que la partie antérieure du cerveau est destinée aux opérations des sens; c'est aussi là que se trouvent les nerfe qui servent à la vue, à Touîe, au goût, et à l'odorat : au lieu que du cervelet naissent les nerfs qui servent an toucher et aux mouvements, principalement à celïii du cœur (1). Aussi les blessures et les autres maux qui attaquent cette partie, sontrils plus mortels, parce qu'ils vont directement au principe de la vie.
Le cerveau, dans toute sa masse, est env^ppé de deux tuniques déliées et transparentes, dont l'une, appelée pte*mére, est l'enveloppe inunédiate qui s'insinue aussi dans tous les détours du cerveau; et l'autre est nommée dure-mère^ à cause de son épaisseur et de sa consistance.
La dure-mère^ par les artères dont eUe est remplie (2), est en battement continuel, et bat aussi sans cesse le cerveau, dont les parties étant fort pressées, il s'ensuit que le sang et les esprits qai y sont contenus, sont aussi fort pressés et fort battus (3). Ce qui est une des causes de la distribution , et peut-être aussi du raffinement des esprits.
(1) ErreiiT anatomlque et physiologi^e. Les nerfs du cœur ne pro- Tiennent pas da cervelet. Cette portion de Fencéphule ne préside pas nux Bovrements, Mais à leur coordination. On peut enlever complélement le cenrelet à oa animal sans le tner ; ce qui aurait lieu s*il dounait naisuoee aui nerfs du cœur ; et sans abolir les mouTements des membres. Ils sont seulement désordonnés.
(S) La dure-mèrê ne contient que quelques petites artères nécessaires i la nutrition.
(3) La dure-mére ne fait que subir Timpulsion des battements du cerrean, car ce n^est pas la dure-mére qui, comme le dit Fauteur, est en battement continuel ; c*est le cerreau. Diaprés certains physiologistes, ces battements du cerveau, on plutôt ces mouvements d^expansion et d'alTaissenent, qui correspondent aux deux temps de la respiration, ne pourraient exister que ckex Tentant, alors que la voûte crânienne est encore molle en partie, ou exceptionnellement chei Tadulte quand il manque une portion de la voAte ofseaie da erâne.
C'est ce battement de la dure-mère » qii*on ressent si fort dam les maux de tête , et qui cause des douleurs si violentes (1). i
L'artifice de la nature est inexplicable , à faire que le cerveau i reçoive tant d'impressions y sans en être trop ébranlé. La disposi- 1 tion de cette partie y contribue , parce que par sa mollesse il ra- c lentitle coup^ et s'en laisse imprimer fort doucement. i
La délicatesse extrême des organes des sens, aide aussi à pro- e duire un si bon effet , parce qu'ils ne pèsent point sur le cerveau, i et y font une impression fort tendre et fort douce (2). \
Cela veut dire que le cerveau n'en est point blessé. Car, au reste, i cette impression ne laisse pas d'être forte à sa manière, et decan- i ser des mouvements assez grands; mais tellement proportionnés à i la nature du cerveau, qu'il n'en est point offensé. i
Ce serait ici le lieu de considérer les parties qui composent l'œil, i ses pellicules, appelées tuniques; ses humeurs de différente na- i ture, par lesquelles se font diverses réfractions des rayons; les muscles qui tournent l'œil, et le présentent diversement aux objets comme un miroir; les nerfs optiques, qui se terminent en cette membrane déliée qu'on nomme rétine, qui est tendue sur le fond de l'œil, comme un velouté délicat et mince, et qui embrasse Fhumeur vitrée , au-devant de laquelle est enchâssée la partie de l'œil qu'on nomme le cristallin, à cause qu'elle ressemble à un beau cristal.
Il faudrait aussi remarquer la construction tant extérieure qu'intérieure de l'oreille, et entre autres choses, le petit tan^our appelé tympariy c'est-à-dire, cette pellicule si mince et si bien tendue, qui, par un petit marteau d'une fabrique extraordinairement délicate, reçoit le battement de l'air, et le fait passer par ses nerfs jusqu'au dedans du cerveau. Mais cette description, aussi bien que celle des autres organes des sens, serait trop longue, et n'est pas nécessaii*e pour notre sujet.
VIL Les parties qui régnent par tout le corps, et premièrement des os.
Outre ces parties, qui ont leur région séparée, il y en a d'autres qui s'étendent et régnent par tout le corps, comme sont les os, les artères, les veines et les nerfs.
(t) C'est le battement des artères ao cerveau.
(2) Ces prétendues explications Q*ont, bien entendu, aucune taleur.
La plupart des os sont d'une substance sèche et dure, incapable de se courber, et qui peut être cassée plutôt que fléchie. Mais quand ils sont cassés, ils peuvent être facilement remis, et la nature y jette une glaire, comme une espèce de soudure , qui iait qu'ils se reprennent plus solidement que jamais. Ce qu'il y a de plus remarquable dans les os, c'est leurs jointures, leurs ligaments, et les divers emboîtements des uns dans les autres, par le moyen desquels ils jouent et se meuvent.
Les emboîtements les plus remarquables sont ceux de Tépine du dos,quir^e depuis le chignon du cou jusqu'au croupion. C'est un enchaînement de petits os, emboîtés les uns dans les autres, en forme de double charnière, et ouverts au milieu pour donner entrée aux vaisseaux qui doivent y avoh' leur passage. Il a fallu faire l'épine du dos de plusieurs pièces, afin qu'on pût courber et dresser le corps, qui serait trop raide, si l'épine était d'un seul os.
Leprq[»redesosestde tenir lecorpsenétat(l),etde lui sertit tfa^^Nii. Us font dans l'architecture du corps humain, ce que font les (Mèces de bois dans un bâtiment de charpente. Sans les os, tout le corps s'abattrait, et on verrait tomber par pièces toutes les parties, fis en renferment les unes, comme le crâne, c'est-à-dire Vos de la tête, renferme le cerveau ; et les côtes, le poumon et le cœur. Ils en soutiennent les autres, comme les os des bras et des cuisses soutiennent les chairs qui y sont attachées.
Le cerveau est contenu dans plusieurs os joints ensemble, de manière qu'ils ne font qu'une boîte continue. Mais s'il en eût été de m^ne du poumon, cet os aurait été trop grand, par conséquent ou trop fragile, ou trop solide, pour se remuer au mouvement des muscles qui devaient dilater ou resserrer la poitrine. Cest pourquoi il a fallu fah^ ce coffre de la poitrine de plusieurs pièces, qu'on appelle côtes. Elles tiennent ensemble par les peaux qui leur sont communes, et sont plus pliantes que les autres os, pour être capables d'obéir aux mouvements, que leurs muscles leur devaient donner (2).
Le crâne a beaucoup de choses qui lui sont particulières. Il a
(1) Cest-à-dire de le mainteoir, de lui donner de la consistance, du latin status, comme plus baut.
(2) Les cètee ne sont pas pliantes, ce sont les cartilages qui les terminent en avant qui sont flexibles. Ce sont leurs articulations aux ver* tèbret , et la flexibilité de leurs cartilages qui permettent leurs mouvements dans la respiration*
en haut ses sutures, où il est un peu entr'ouvert (i) , pour laisser évaporer les fumées du cerveau , et servir à Tinsertion de Tune de ses enveloppes 9 c'est-à-dire de la dure-mére. Il a aussi ses deux tables 9 étant composé de deux couches d'os pcées Tune sur l'autre avec un artifice admirable y entre lesquelles s'msinuent les artères et les veines qui leur portent la nourriture.