VIII. Les artères, les veines et les nerfe
Les artères, les veines, et les nerfs, sont joints ensemble, et se répandent par tout le corps jusqu'aux moindres parties.
Les artères et les veines sont des vaisseaux qui portent par tout le corps, pour en nourrir toutes les parties, cette liqueur qu'on appelle sang {%) : de sorte qu'elles-mêmes, pour être nourries, sont pleines d'autres petites artères et d'autres petites veines , et celles-là d'autres encore, jusques au terme que Dieu seul peut savoir. Et toutes ces veines et ces artères composent avec les nerfe, qui se subdivisent de la même sorte, un tissu vraiment merveilleux et inimitable.
n y a aux extrémités des artères et des veines, de secrètes communications, par oiî le sang passe continuellement des unes dans les autres (3).
Les artères le reçoivent du cœur, et les veines l'y reportent. C'est pourquoi, à l'ouverture des artères, et à l'embouchure des veines du côté du cœur, il y a des valvules , ou soupapes , qui ne s'ouvrent qu'en un sens , et qui , selon le sens dont elles sont tournées , donnent le passage ou empêchent le retour. Celles des artères se trouvent disposées de sorte qu'elles peuvent recevoir le sang en sortant du cœur ; et celles des veines , au contraire, de sorte qu'elles ne peuvent que le rendre au cœur, sans le pouvoir jamais recevoir immédiatement du cœur. Et il y a, par intervalles, le long des artères (4) et des veines, des valvules de même nature,
(1) Chez Tadulte le crâne n*e8t pas entr*ouvert; les sutures sont closes hermétiquement, et ne peuvent laisser évaporer aucune fumée.
(2) Les artères portent le sang artériel du cœur vers toutes les parlies du corps, les veines rapportent le sang de tontes les parties du corps vers le cœur.
(3) Syitème eapillairé qui forme la transition entre le tyithfnt artériel et le système veineux,
(4) 11 n*y a pas de valvules le long des artères.
DE MEU ET DE SOt-MÉME. 61
qm ne pemietteot pas an saiigy une fiib passé, de lemonter «a tfoo fl est Tcno; tdement qfîi est forôé» par le noofean sai^ qui snrrient sans cesse, d'aller toiqoiirseD aYant^etdeitNikrsaiis fin par tout le corps.
Maisceqoi aidelephisàeetlecnrcnlation, c'est qoe ks artères ont un batlonent ocmtinu, et semblable à cdiiidncœar, et qui le suit. Cest ce qpi s'appdle le pouls.
Et il est aisé d'entendre que les artères doirent si'enfler an battement du cœur, qui jette du sai^ dedans. Mais, outre cela, on a remarqué que, par leur composition, dlesont, comme le cœur, un battement qpi leur est profffe (1).
On peut entoidre ce battemaat, on en supposant ^le leurs fibres, une fois enflées par le sang que le cœur y jette, font sur dles-mèmes une espèce de ressort, ou qu'elles sont tournées de sorte qn'dles se remuait comme le cœur même, à la manière des muscles.
Quoi qu'il en soit, Tartère peut être considérée comme un coHir répandu partout, pour battre le sang et le pousser en avant; et eomme un ressort, ou un muscle monté, pour ainsi parler, sur le mouYement du ccmr , et qui doit battre en même cadence.
n paraît donc, que par la structure et le battement de fartère, le sang doit toujours avancer dans ce vaisseau; et d'ailleurs l'artère, battant sans relâche sur la veine qui lui est conjointe, y doit (àîre le même effet que sur elle-même, quoique non de même force ; cTest-à-dire, qu'elle y doit battre le sang, et le pousser continuellement de Ysdvule en valvule, sans le laisser reposer un seul moment.
Et par là il a fallu que l'artère, qui devait avoir un battanent à continuel et si ferme, fût d'une consistance plus solide et plus dure que la veine ; joint que l'artère qui reçoit le sang , comme il vient du cœur, c'est-à-dire , plus échauffé et plus vif, a dû encore, pour cette raison , être d'une structure plus forte , pour empêcher que cette liqueur n'échappât en abondance par son extrême subtilité, et ne rompit ses vaisseaux, à la manière d'un vin fumeux (2).
(1) Les artères n'ont pas comme le cœur un baUement qui leur soit propre; elles sabissent une dilatalion par le fait de la colonne de sang lancée par la eontraetion du cœur, et elles s*affai9sent par leur propre éUiticité, lorsque Teffort do cœur se suspend.
(S) Si la structure de Tartère est plus solide que celle de la veine, ce n'est
il n'est pas possible de s'empêcher d'admirer la sagesse de la nature ^ qui ici , comme partout ailleurs , forme les parties de la manière qu'il faut, pour les effets auxquels on les Toit manifestement destinées (1).
n y a, à la base du coeur, deux artères et deux principales veines, d'où naissent toutes les autres. La plus grande artère s'appelle l'aorte (2) : la plus grande veine s'appelle la veine cave (3). L'aorte porte le sang par tout le corps, excepté le cœur et le poumon (4); la veine cave le reporte de tout le corps, excepté du coeur et du poumon : l'aorte sort du ventricule gauche ; la cave aboutit an ventricule droit (5) : du même ventricule sort l'artère du poumon, moindre dans les adultes que l'aorte; aussi ne porte-t-elle que la portion du sang veinai destinée au poumon (6). La veine du poumon aboutit au ventricule gauche ; aussi ne rapporte-t^elle que le sang veinai destiné au poumon, et par lui rendu artériel par le mélange de l'air respiré dans cette partie.
Le cœur est nourri par une artère particulière, qui n'a nulle communication immédiate avec l'aorte, et reçoit le sang du ven-
pas parce que le sang est plus échauffé et plus vif, mais uniquement parce qu*il faut que Tartére résiste i l'impulsion du cœur, et que par sa coniractilité propre elle aide au passage du sang du système artériel dans le système capillaire.
(1) Cette appropriaUon des organes aux usages auxquels ils sont destinés fera développée au cbap. IV, art 3 : La corps hwnain ett Vouvrage d'un detsein profond et admirable. Cf. ce passage avec celui du traité De Ifat, Deorum, où Gicéron fait également servir d la démonstration de la sagesse divine les remarques auxquelles donne lieu la structure du corps humain. Y. aussi Fénelon, Traité de l'existence de Dieu, V partie, cbap. a, et Chateaubriand , Génie du Christianismct liv. Y, cbap. 13. L Homme physique, y (2) De dopTii qui la désigne en grec.
(8) Il y a deux veines caves , Tune amenant à l*oreitIette droite le sang do la t^to et des parties suplirieures ; c*est la veine cave supérieure : Tautre amenant à la même oreillette le sang des parties inférieures.
(4) Srreur, car les artères nourricières du cœur et du poumon viennent de Taorte.
(5) Les veines caves aboutissent à roreillette droite.
(6) L*artère pulmonaire porte au poumon tout le sang qui circule dans tout l'organisme ; c'est dans le poumon que ce sang subit la transformation du sang veineux en sang artériel. La veine pulmonaire rapporte à Toreillettc gauche tout le sang artérialisé, que le ventricule gauche lauce dans l*aorlc.
tricule gauche (l), et ie reste du sang destiné à la nourriture, est l'apporté par une veine particulière qui n'a nulle communication immédiate avec le coeur , et rend son sang dans le ventricule droit.
' Inomédiatement en sortant du coeur , Taorte et la grande veine envoient une de leurs branches dans le cerveau; et c'est par là que s'y fait ce transport soudain des esprits dont il a été parlé (2).
Les nerfs sont comme de petites cordes y ou plutôt comme de petits filets, qui commencent par le cerveau, et s'étendent par tout le corps, jusqu'aux dernières extrémités.
Partout où il y a des nerfs, il y a quelque sentiment; et partout où il y a du sentiment, il s'y rencontre des nerfs , comme le {NTopre organe des sens.
La cavité des nerfs est remplie d'une certaine moelle, qu'on dit être de même nature que le cerveau , à travers de laquelle (3) les esprits peuvent aisément continuer leur cours.
Par là se voient deux usages principaux des nerfs. Ils sont premièrement les organes propres du sentiment. C'est pourquoi , à chaque partie qui est le siège de quelqu'un des sens , il y a des nerfs destinés pour servir au sentiment. Par exemple, il y a aux yeux les nerfs optiques , les auditifs aux oreilles, les olfactifs aux narines , et les gustatifs à la langue. Ces nerfs servent aux sens situés dans ces parties; et comme le toucher se trouve par tout le corps, il y a aussi des nerfs répandus par tout le corps.
Ceux qui vont ainsi par tout le corps , en sortant du cerveau , passent le long de l'épine du dos, d'où ils se partagent et s'étendent dans toutes les parties (4).
Le second usage des nerfs n'est guère moins important. C'est de porter par tout le corps les esprits qui font agir les muscles, et causent tous les mouvements.
Ces mêmes nerfs répandus partout , qui servent au toucher, servent aussi à cette conduite des esprits dans tous les muscles. Mais
(1 j rartère cardiaque natt de rorigine de Taorte et non du venlricale gaoche.
{%) Yoir la note relative aux esprits.
(3) A travert de laquelle, n*e8t pas correct ; il faut dire au iravers de laquelle^ on à iraven sans préposition.
(4) Uauteur a voulu désigner ici la moelle épiniére.
es nerfs 9 que nous avons considérés comme les propres organes des quatre autres sens, n'ont point cet usage.
Et il est à remarquer que les nerfs qui servent au toucher, se trouvent même dans les parties qui servent aux autres sens ; dont la raison est que ces parties-là ont avec leur sentiment propre celui du toucher. Les yeux , les oreilles y les narines et la langue peuvent recevoir des impressions y qui ne dépendent que du toucher seul, et d'où naissent des douleurs auxquelles ni lès couleurs, ni les sons, ni les odeurs, ni le goût, n'ont aucune part.
Ces parties ont aussi des mouvements qui demandent d'autres nerfs que ceux qui servent immédiatement à leurs sensations particulières. Par exemple , les mouvements des yeux qui se tournent de tant de côtés, et ceux de la langue qui paraissent si divers dans la parole, ne dépendent en aucune sorte des nerfs qui servent au goût et à la vue. Et aussi y en trouve-t-on beaucoup d'autres ; par exemple, dans les yeux, les nerfs moteurs , et les autres que démontre TAiiatomie.
Les parties que nous venons de décrire ont toutes, ou presque toutes, de petits passages qu'on appelle pores, par où s'édiappent et s'évaporent les matières les plus légères et les plus suMiles, par un mouvement qu'on appelle transpiration.
Après avoir parlé des parties qui ont de la consistance, il faut parler maintenant des liqueurs et des esprits.