IX. IJ âme qui entend la vérité reçoit en elle
même une impression divine , qui la rend
conforme h Dieu .
Et quand je reçois actuellement cette impression , quand j’entends actuellement la vérité que j’étais capable d’entendre , que m’arrive-t-il , sinon d’être actuellement éclairé de Dieu , et rendu conforme à lui ?
D’où me pourrait venir l’impression de la vérité? Me vient-elle des choses mêmes? Est-ce
ET DE SOI-MÊME. CHAP. IV. 2.5 1 le soleil qui s’imprime en moi, pour me faire connaître ce qu’il est, lui que je vois si petit, malgré sa grandeur immense ? Que fait-il en moi, ce soleil si grand et si vaste, par le prodigieux épanchement de ses rayons ? que faitil , que d’exciter dans mes nerfs quelque léger tremblement, d’imprimer quelque petite marque dans mon cerveau? N’ai-je pas vu que la sensation qui s’élève ensuite, ne me représente rien de ce qui se fait , ni dans le soleil , ni dans mes organes ; et que si j’entends que le soleil est si grand , que ses rayons sont si vifs , et traversent en moins d’un clin d’œil un espace immense , je vois ces vérités dans une lumière intérieure , c’est-à-dire dans ma raison , par laquelle je juge et des sens , et de leurs organes , et de leurs objets.
Et d’où vient à mon esprit cette impression si pure de la vérité? D’où lui viennent ces règles immuables qui dirigent le raisonnement , qui forment les mœurs , par lesquelles il découvre les proportions secrètes des figures et des mouvemens? d’où lui viennent, en un mot, ces vérités éternelles que j’ai tant considérées ? Sont-ce les triangles et les carrés , et les cercles que je trace grossièrement sur le papier , qui impriment dans mon esprit leurs proportions et leurs rapports? ou bien y en a-t-il d’autres dont la parfaite justesse fasse cet effet? Où les ai-je vus ces cercles et ces triangles si justes , moi qui suis assuré de n’avoir jamais vu aucune
25s DE LA CONNAISSANCE DE DIEU figure parfaitement régulière , et qui entends néanmoins si parfaitement cette régularité ? Y a-t-il quelque part, ou dans le monde , ou hors du monde des triangles ou des cercles , subsistans dans cette parfaite régularité , d’où elle serait imprimée dans mon esprit ? Et ces règles du raisonnement et des mœurs subsistentelles aussi en quelque part, d'où elles me communiquent leur vérité immuable ? Ou bien, n'est- ce pas plutôt que celui qui a répandu partout la mesure, la proportion, la vérité même , en imprime en mon esprit l’idée certaine ?
Mais qu’est- ce que cette idée? Est-ce luimême qui me montre en sa vérité tout ce qu’il lui plaît que j’entende , ou quelque impression de lui-même, ou les deux ensemble ?
Et que serait-ce que cette impression? Quoi, quelque chose de semblable à la marque d’un cachet gravé sur la cire ? Grossière imagination, qui ferait Taine corporelle , et la cire intelligente.
Il faut donc entendre que l’âme, faite à l'image de Dieu, capable d’entendre la vérité , qui est Dieu même , se tourne actuellement vers son original, c’est à-dire vers Dieu, où la vérité lui paraît autant que Dieu la lui veut faire paraître. Car il est maître de se montrer autant qu’il veut; et quand il se montre pleinement, l’homme est heureux.
C’est une chose étonnante que Thomme en-
ET DE SOI-MÊME. CHAP. IV. 253 tende tant de vérités , sans entendre en même temps que toute vérité vient de Dieu, qu'elle est en Dieu , quelle est Dieu même. Mais c’est qu’il est enchanté par ses sens et par ses passions trompeuses; et il ressemble à celui qui , renfermé dans son cabinet, où il s’occupe de ses affaires , se sert de la lumière sans se mettre en peine d’où elle vient.
Enfin donc , il est certain qu’en Dieu est la raison primitive de tout ce qui est, et de tout ce qui s’entend dans l univers ; qu’il est la vérité originale , et que tout est vrai par rapport à son idée éternelle ; que cherchant la vérité nous le cherchons , que la trouvant nous le trouvons, et lui devenons conformes.