CHAPITRE PREMIER
Les idées peuvent être unies ou séparées, c'est-à-dire ou affirmées ou niées, les unes des autres; et cela s'appelle proposition, ou énondation.
Parmi les propriétés des idées que nous avons expliquées, nous en avons réservé une qui sert de fondement à la seconde opération de Tesprit; c'est que les idées peuvent être unies ou désunies , c'est-à-dire qu'elles peuvent être af&rmées ou niées lune de l'autre. On peut dire : IHiu est éternel; L* homme tiest pas éternel; Dieu n*est pas capable de tromper ni d'être trompé : Lhomme est capable de tromper et d^étre trompé.
Cette union ou désunion des idées, c'est-à-dire l'affirmation et la négation, s'appelle énùnciation ou fro^ position, et c'est la seconde opération de l'esprit : lorsqu'on l'exprime au dehors, et qu'on unit ou qu'on désunit les termes qui signifient les idées, cela s'appelle oraison ou discours. Nommer Dieu, ou homme, ou éternel, n'est pas un discours, mais assembler ou séparer ces termes, en disant : Dieu est éternel, L'homme nest pas étemel^ c'est une oraison, au sens auquel on emploie ce mot quand on parle des parties de l'oraison ;
cela s'appelle aussi discours, quoique le mot de discours se prenne aussi pour raisonnement.
Toute proposition a deux termes, et nous avons déjà dit que le terme donl on affirme ou on nie, s'appelle sujet f subjectum; celui qui est affirmé ou nié, s'appelle attribut ^ en latin, attributum ou prxdicaium. Le mot d'attribut explique la chose : l'attribut est ce quon attribue , comme le siget est ce à quoi on attribue.
La logique met toujours le sujet devant l'attribut ; par exemple, elle dit toujours : Celui qui craint Dieu est heureux ; la morale est la science la plu.t nécessaire. Mais, dans le discours ordinaire, on renverse quelquefois cet ordre, et on dit pour passionner le discours, ou pour inculquer davantage : Heureux celui qui craint Dieu; la science la plus nécessaire^ c'est la morale.