‹ De la connaissance de Dieu et de soi-mêmeChapitre 134 sur 207 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

division des propositions et la seconde. Car telle proposition peut n'avoir que des termes incomplexes, qui toutefois sera composée, comme celles que nous avons données pour exemple * ; et telle aura des termes complexes, qui, au fond, n'aura qu'un seul terme; parce que, selon la dé&niUon que nous avons donnée du terme complexe, il parait qu'en plusieurs mots il ne signifie que la même chose.

Les propositions absolues et conditionnées s'entendent par elles-mêmes. On voit que la proposition conditionnée est celle où est apposée quelque condition, qui s'exprime ordinairement par le terme si : celle donc qui est affranchie et indépendante de toute condition s'appelle absolue. Ainsi, dire : Le temps est serein, est proposition absolue ; et dire : Si le vent change, le temps sera beau, est une proposition conditionnée.

Les propositions universelles et particulières, affirmatives et négatives, véritables ou fausses, portent leur définition dans leur nom même

Mais après avoir parlé des différents genres de propositions, voyons d'abord les réflexions qu'il faut faire sur chacune d'elles.

CHAPITTE IV

Des propositioDB complexes et incomplexes.

La première chose qu'il faut remarquer sur les propositions complexes, c'est qu'elles enferment en ellesmêmes d'autres propositions, indirectement, toutefois, et incidemment.

Voyez iiv. I, chap. lx, ci-dessus, pag. 91.

Cela suit de la nature de leurs termes : par exemple, quand, pour exprimer David, nous avons employé ce terme complexe : Le berger qui a tué un géant par u% coup de fronde^ nous avons supposé, en parlant ainsi, ces trois propositions : David a été berger^ a ttté Goliath, et c*e»t avec sa fronde.

Mais toutes ces propositions ne sont ici regardées que comme des termes, ou plutôt conune les parties d'un même terme, parce qu'elles sont employées seulement pour désigner David, et non pour assurer de lui qu'il ait été berger, ou qu'il ait tué Goliath d'un coup de pierre, ce qu'on suppose comme connu.

De telles propositions, qui ne tiennent lieu que de termes, sont appelées indirectes ou incidentes, parce qu'elles ne sont pas le véritable si^Jet de raflirmation et de la négation.

Si toutefois quelqu'un se trompait dans ces propositions indirectes, et que pour désigner un homme, il employât des choses qui ne lui conviennent pas: il devrait être averti qu'il désigne mal son siget : comme si, pour désigner Charlemagne, quelqu'un trompé ou par les romans, ou par l'opinion populaire, l'appelait Celui qui a institué les douze pairs de France; quand môme ce qu'il voudrait assurer ensuite de ce grand et religieux conquérant serait véritable, il devrait être repris, comme n'ayant pas connu le sujet dont il parlait, et l'ayant mal désigné.

Une seconde chose à remarquer dans les propositions complexes , c'est que quelques-unes d'elles peuvent se réduire en incomplexes, et d'autres non, c'est-à-dire qu'il y a des choses qu'on exprime en termes complexes, qu'on pourrait expliquer en un seul

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mot; comme dans ce que nous venons de dire de David, nous pourrions, sans aucun circuit de paroles, avoir nommé David tout court : et aussi il y en a d'autres qui ne peuvent être expliquées par un seul mot, comme quand je dis : Celui qui sait dompter ses passions^ et se commander à soi-même^ est le seul digne de commander aux autres y je n*ai point de terme simple pour exprimer celui qui dompte ses passions.

En bonne logique, on doit prescrire de se servir, autant qu'on peut, de termes incomplexes, c'est-àdire d'exprimer, autant qu'on peut, par un seul mot, une seule chose ; et quand il faut se servir de termes complexes, de se charger le moins qu'on peut de paroles inutiles, qui embarrassent la chose et donnent lieu à la surprise.

Il arrive assez souvent que celui qui avance une proposition complexe, ne veut pas tant proposer, que rendre raison de ce qu'il propose : comme dans le dernier exemple que j'ai rapporté, je n'ai pas eu dessein de proposer seulement que celui qui se commande à lui-môme est digne de commander aux autres, mais de rendre la véritable raison pourquoi il en est digne ; et si je dis que celui qui a châtié les Juifs désobéissants à Moïse son serviteur, châtiera bien plus sévèrement les chrétiens désobéissants à Jésus-Christ son Qls, je ne fais pas une simple proposition, mais un raisonnement et une preuve, où il faut principalement regarder la bonté de la conséquence.

418 LA LOOIQUK.

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