CHAPITRE V
Des propositions simples et composées, et des propositions modales.
Sur les propositions composées, nous avons déjà remarqué, qu'à proprement parler, ce sont deux propositions ; d'où il s'ensuit que, pour les bien examiner, il faut avant toutes choses» les séparer ; sans quoi on s'exposerait au péril de mêler le vrai avec le faux. Par exemple, si je disais : Les courageux et les téméraires sont ceux qui font réussir les grandes entreprises, la proposition est fausse en elle-même : mais, pour bien démêler le vrai d'avec le faux, il faudrait faire deux propositions, en séparant les deux termes : alors il se trouverait qu'il n'appartient proprement qu'au courageux de faire réussir les grandes entreprises, et qu'eUes ne réussissent que par hasard au téméraire, qui, de lui-même est plus propre à les ruiner qu'à les avancer.
Au reste, il faut prendre garde que telle proposition parait simple, qui est composée ; comme si, en parlant de l'entreprise de Louis XII sur le Milanais, on disait : Louis XII a commencé une guerre injuste; un discours qui parait si simple, est en effet composé de ces deux propositions, Louis XII a commencé la guerre dans le MilanaiSy et cette guerre est injuste. Et ce discours pourrait être faux en deux manières : la première, s'il se trouvait que ce n'est pas Louis XII, mais que c'est le duc de Milan qui a commencé la guerre, en secourant le roi de Naples, contre les traités ; la seconde, s'il paraissait que la guerre serait très-juste, quand même Louis XII serait l'agresseur, parce qu'il serait le successeur légitime de ce duché.