LIVRE II
Tune est vraie et Tautre fausse, déterminétnent : par exemple, s'il est vrai ou faux, déterminément, que j*irai demain à la promenade, ou que je n'y irai pas.
Âristote a fait naître la difficulté, quand il a dit qu'une de ces deux propositions était vraie ou fausse ; mais indéterminément, et sans qu'on pût dire laquelle des deux ^ S'il parle de l'entendement humain, il a raison; mais s'il parle de tout entendement absolument, c'est ôter à l'entendement divin la prescience de toutes les choses qui dépendent de la liberté ; ce qui est faux et impie.
Et il faut remarquer qu* Aristote reconnaît que de deux propositions sur le présent ou sur le passé contingent. Tune est vrai déterminément. Il est vrai, par exemple, déterminément, ou que je me promène, ou que je ne me promène pas actuellement ; ou que je me suis promené, ou que je ne l'ai pas fait. Mais ce qui fait qu'Âristote ne veut admettre la même chose pour l'avenir, c'est qu'il dit que ce serait introduire une nécessité fatale, et détruire la liberté. Car, dit^il, s'il est vrai déterminément, ou que je me promènerai, ou que je ne me promènerai pas demain, il était vrai hier, il était vrai il y a dix ans, il était vrai il y a cent ans, en un mot, il était vrai de toute éternité ; ce qui emporte, dit-il, une nécessité absolue et inévitable. Et il n'a pas voulu considérer que, de même que la liberté n'est pas détruite de ce qu'il est vrai, déterminément, que je me promène maintenant, parce qu'il est vrai en môme temps que je le fais avec liberté ; il en faut dic6 de môme, non-seulement du passé, mais de l'avenir :
1 De InierpreL, cap. ix.
et comme Aristote avoue qu'encore qu'il soit vrai , déterminément, que je me promenai hier, ma liberté, pour cela, n'est point offensée, parce qu'il est vrai aussi que je le fis librement ; elle ne le serait pas non plus quand il serait vrai, déterminément, que je me promènerai demain, parce qu'il sera vrai en même temps que je le ferai avec liberté.
En un mot, les propositions du présent, du passé et de f avenir, sont toutes de même nature, à la réserve de la seule différence des temps. A cela près, elles ont toutes les mômes propriétés ; et si Tune est vraie, déterminément, Tautre le doit être aussi.
Et ce qui pourrait faire penser aux hommes que les propositions du futur contingent sontvraies ou fausses, indéterminément, c'est qu'ils ne savent pas laquelle est vraie et laquelle est fausse : mais il faudrait considé. rer que Dieu le sait, et que le nier, c'est détruire sa perfection et sa providence.
Les philosophes anciens ont parlé, en beaucoup de choses, fort ignoramment, pour n'avoir pas su, ou pour n'avoir pas toujours considéré ce qui convenait à Dieu. Il est de sa perfection de savoir tout éternellement, môme nos mouvements les plus libres ; autrement, ou jamais il ne le saurait ; et comment pourraitil, ou les récompenser quand ils sont bons, ou les punir quand ils sont mauvais ? ou il en acquerrait la connaissance, et deviendrait plus savant avec le temps. L*un lui ôte sa souveraineté et sa providence, et l'autre détruit la plénitude de sa perfection et de ^n être.
LTVRB n. 441