‹ De la connaissance de Dieu et de soi-mêmeChapitre 152 sur 207 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Mais da moins, il est certain que TimpénétrabUité des corps étant supposée, on n'a plus besoin d'expérience pour connaître certaines choses ; mais on les connaît par elles-mêmes, par exemple : Vn corps ne peut passer par une ouverture moindre que lui; Ce qui est pointUj le reste étant égaly s'insinue plus facilement par une ouverture que ce qui ne l'est pas ; et ainsi du reste.

On connaît, avec la môme évidence, qu'ion agent naturel et nécessaire^ dans les mêmes circonstances, fera toujours le même effet; par exemple, que le soleil se levant demain avec un ciel aussi serein qu'aujourd'hui, causera une lumière aussi claire, et que le même poids attaché à la môme corde, et toujours dans la môme disposition, la tendra également demain et aujourd'hui.

Il n'est pas moins vrai que, quand ce qui empêche égale ce qui agit, il ne se fait rien; par exemple, si le poids A y qui doit tirer après soi une balance, en est empoché par le poids B posé vis-à-vis, et que le poids B soit égal en pesanteur au poids A, il est clair que l'un empochera autant que l'autre agit, et qu'il ne se fera aucun mouvement, c'est-à-dire que la balance demeurera en équilibre. On peut encore rapporter ici ces vérités incontestables, que ce qui se meut naturellement, tend toujours à continuer son mouvement par la ligne la plus approchante, de celle qu'il devait décrire : d'où il arrive que les corps pesants, étant empochés, continuent leur mouvement, par la ligne la plus approchante de la droite. Ainsi, dans cette figure,

^1 ^^C, la

boule qui roule sur le plan incliné, s'approche autant qu'il se peut, de la perpen*

diculaire A, B. Et ce principe est conjoint à celui-ci, que la ligne droite est la plus courte de toutes, ce qui fait que le mouvement, selon cette ligne , est aussi le plus court de soi : et que si la nature cherche le plus court, elle doit mener les corps pesants au centre où elle les pousse psu? la ligne la plus droite, ou quand ils sont empêchés, par la ligne la plus approchante de la droite *.

Ces vérités premières et intelligibles par elles-mêmes, sont éternelles et immuables ; et Dieu nous en a donné naturellement la connaissance, afin qu'elle nous dirige dans tous nos raisonnements, sans môme que nous y fassions une réflexion actuelle, à peu près comme nos nerfs et nos muscles nous servent à nous mouvoir sans que nous les connaissions.

Il sert pourtant beaucoup, pour plusieurs raisons, de faire une réflexion expresse sur ces vérités primitives:

l** Elle accoutume Tesprit à bien connaître ce que c'est qu'évidence, et lui fait voir que ce qui est évident, est ce qui, étant considéré, ne peut être nié quand on le voudrait.

2* Elle lui apprend à tenir pour vrai tout ce qu'il entend clairement et distinctement de cette sorte ; car c'est par là que ces axiomes sont tenus pour indubitables.

3" Elle lui apprend qu'il doit suspendre son jugement à l'égard des propositions qu'il ne connaît pas avec une pareille évidence, et à ne les point recevoir, jusqu'à ce qu'en raisonnant il les trouve nécessairement unies à ces vérités premières fondamentales.

^ Voyez, à la fin du Tolume, note D.

Page 1