LIVRE II
qui sont bonnes ou mauvaises par leur objet, telles que sont celles d'adorer Dieu et celle de blasphémer son nom, il y en a qui, par leur objet, sont indifférentes, telles qu'est celle de se promener, qui peuvent devenir bonnes ou mauvaises par l'intention particulière de celui qui les exerce.
Cette division est donc fausse, parce que, promettant de diviser toutes les actions humaines, elle en omet une partie ; et ainsi donne pour tout ce qui ne l'est pas.
Que si je dis : La vie humaine est ou honnête ou agréable y la division est fausse par l'autre raison, parce que la vie honnête, quoiqu'elle ait ses difBcultés, est au fond, et à tout prendre, la plus agréable. Ainsi, ce que je donne pour parties, c'est-à-dire pour choses qui s'excluent mutuellement, ne sont point parties, puisque l'une enferme l'autre.
Mais, au contraire, si je divise la vie humaine ou vie raisonnable ou vie sensuelle, la division est juste, parce que, d'un côté, je comprends tout, étant nécessaire que l'homme vive ou selon la raison, ou selon les sens ; et, de l'autre, les parties s'excluent mutuellement, n'étant pas possible ni que celui qui vit selon la raison s'abandonne aux sens, ni que celui qui s'abandonne aux sens suive la raison.
Autant qu'il y a de sortes de tout et de parties y autant y a-t'il de sortes de divisions.
Il y a le tout essentiel, c'est-à-dire universel, qui a ses parties subjectives, telles que sont les espèces à l'égard du genre ; ainsi, c'est une des sortes de divisions, que de diviser le genre par ses différences dans les espèces qui lui sont soumises, comme quand on dit : L'animal est raisonnable ou irraisonnable.
458 LA LOGIQUB.
Mais comme il y a des différences accidentelles, aussi bien que des essentielles, on peut diviser un tout universel par certains accidents, comme quand on divise les hommes en blancs ou en nègres.
A cette sorte de division se rapporte celle d*un accident à regard de ses différents sujets ; comme, quand on dit : £00 science se trouve ou dans des esprits bien faits^ qui en font un bon usage^ ou dans des esprits mal faiis^ qui la tournent à mal ; c'est diviser la science à Tégard de ses sujets divers, par des différences qui lui sont accidentelles : et si on voulait la diviser par ses principes intérieurs et essentiels, il faudrait dire : La science est ou spéculative^ ou pratique^ et ainsi du reste.
Il y a un tout de composition qui a des parties réelles, dont il est réellement composé ; et de lànait la division qui fait le dénombrement de ses parties ; comme quand on dit : L'homme peut être considéré ou selon rdme ou selon le corps ; une maison^ dans les parties où Von habite, comme sont les chambres ; et dans celles où Von resserre et où Von prépare les choses nécessaires pour la rie, comme sont les greniers et les offices,
A cette espèce de division se rapporte la division du tout en ses parties intégrantes, desquelles nous avons parlé ailleurs ^
D y a un tout, que l'École appelle potentiel, qui fait regarder une chose dans toutes ses facultés et dans toutes ses actions. En regardant T&me comme un tout de cette sorte, on la peut diviser en ses facultés sensitives et ses facultés intellectuelles. Ainsi, peut-on regarder le feu selon la vertu qu'il a d*éclairer, selon
* Ut. I, chap. xlvii, ci-dessus, pag. 70,