LIVRE III
par le rapport quMl en fait aux autres choses pareilles dont il a déjà Texpérience ; ce qui ne se peut, sans lui donner les idées universelles, qu'on trouve pourtant au-dessus de sa capacité. Mais laissons le raisonnement des bâtes, et venons à la nature du syllogisme expositoire.
Il semble fort différent des autres syllogismes, qui demandent, pour se soutenir, des propositions universelles; mais, au fond, il n'en diffère pas.
Pour Tentendre, il faut distinguer les termes singuliers, d'avec les termes qu'on prend particulièrement ; et les propositions singulières^ d'avec les propositions particulières.
Les termes singuliers^ sont ceux qui signifient chaque individu, comme Pierre et Jean.
Les termes pris particulièrement, sont ceux oit il y a une restriction ; comme quand on dit : Quelque homme^ on entend, non un tel individu de la nature humaine, mais indéfiniment quelque individu, que l'Ëcole appelle individu vague.
La différence de ces deux sortes de termes consiste en ce que le terme singulier se prend toujours totalement, et dans toute son étendue. Qui dit Pierre, dit tout ce qui est Pierre ; mais, au contraire, qui dit homme, ne dit pas tout ce qui est homme.
Ainsi la proposition qui a pour sujet un terme singulier, a cela de commun avec la proposition universelle, que le sujet de Tune et de l'autre se prend dans toute son étendue. Quand je dis : Pierre est animal^ et tout homme est animal, Pierre et homme sont pris ici dans toute leur étendue ; et ces deux propositions, en ce sens, sont de môme force.
490 LA LOGIQUB.
Voilà ce qui regarde la nature du syllogisme expositoire. Voyons maintenant son usage pour prouver la bonté des arguments.
Âristote le réduit aux modes de la troisième figure, parce qu'encore qu'il puisse ôtre étendu aux autres , Tusage en est plus clair en ceux-ci.
Prenons donc cet argument en Darapti.
Da^ Toute plante se nourrit ;
rap' Toute plante est immobile ;
ti. Donc, quelque chose qui est immobUe
se nourrit.
Si, en accordant les prémisses, vous niez la conséquence, je vous oppose ces mêmes prémisses que vous avez accordées, et le syllogisme expositoire pour vous en faire sentir la force.
Toute plante se nourrit ; donc, en particulier, cette plante se nourrit. Toute plante est immobile ; donc, en particulier, cette plante est immobile. Sur cela, je construis ce syllogisme expositoire : Cette plante se nourrit; cette plante est immobile; donc, quelque chose qui se nourrit est immobile. Ainsi en use-t-on dans les arguments négatifs, si on a besoin de cette preuve ; mais elle est ordinairement peu nécessaire.