CHAPITRE XXIII
Des diverses habitudes qui se forment dans l'esprit en vertu
des preuves.
Il ne suffit pas de remarquer les diverses sortes de preuves, et les actes de l'entendement qui y répondent; il faut encore connaître les habitudes qui se forment par ce moyen dans notre esprit : ce qui ne sera pas difficile, puisque les actes étant connus, les habitudes le sont en même temps.
Disons donc, en peu de mots, que les preuves par autorité engendrent la foi ; les arguments topiques on probables engendrent l'opinion ; et les démonstrations engendrent la science.
La foi est une habitude de croire une chose par f autorité de quelqu'un qui nous la dit.
Nous avons déjà remarqué qu'il y a foi divine et foi humaine, et que la foi humaine quelquefois est accompagnée de certitude, quelquefois non.
L'opinion est une habitude de croire une chose par des principes vraisemblables ; comme la science est une habitude de «roire une chose par des principes clairs et certains.
L'opinion et la science se tirent de l'objet même, et ]a foi se tire de celui qui propose ; c'est-à-dire que, dans Topinion et dans la science, la raison qui détermine est dans l'objet même ; et dans la foi, la raison qui détermine est seulement dans l'autorité de la personne qui parle.
C'est pourquoi la foi suppose toujours quelque obscurité dans la chose; Topinion et la science, au contraire, y supposent de la clarté. Mais la clarté dans la science est pleine et parfaite; au lieu que la lumière qui luit dans l'opinion est une lumière douteuse qui n'apporte jamais un parfait discernement.
Ainsi, l'opinion prise en elle-même, n'emporte jamais un parfait acquiescement ni l'entier repos de l'esprit. La science exclut toute crainte, et ne laisse rien à désirer à l'esprit dans ce qui est de son objet précis.
Quant à la foi, lors même qu^elle donne une pleine certitude, elle ne fait point un parfait repos, parce que l'esprit désire toujours de connaître le fond des choses par lui-même.