‹ De la connaissance de Dieu et de soi-mêmeChapitre 40 sur 207 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Des termes, et de leur liaison avec les idées.

n faut ici observer la liaison des idées avec les termes.

Il n'y a rien de plus différent que ces deux choses, et leurs différences sont aisées à remarquer.

L'idée est ce qui représente à l'entendement la vérité dfe l'objet entendu.

Le terme est la parole qui signifie cette idée.

L*idée représente immédiatement les objets. Les termes ne signifient que médiatement, et en tant qu^ils rappellent les idées.

L*idée précède le terme qui est inventé pour la signifier : nous parlons pour exprimer nos pensées.

L'idée est ce par quoi nous nous disons la chose à nous-mêmes y le terme est ce par quoi nous l'exprimons aux autres.

L'idée est naturelle, et est la même dans tous les hommes. Les termes sont artificiels, c'est-à-dire inventés par art, et chaque langue a les siens.

Ainsi, l'idée représente naturellement son objet, et le terme, seulement par institution, c'est-à-dire parce que les hommes en sont convenus : par exemple, ces mots triangle et cheval n'ont aucune conformité naturelle avec ce qu'ils signifient, et si les hommes avaient voulu, ils auraient pu rappeler à l'esprit toute autre idée.

Mais encore que ces deux choses soient si distinguées, eUes sont devenues comme inséparables, parce que, par l'habitude que nous avons prise dès notre enfance, d'expliquer aux autres ce que nous pensons, il arrive que nos idées sont toiijours unies aux termes qui les expriment, et aussi que ces termes nous rappellent naturellement nos idées : par exemple, si j'entends bien ce mot de triangle^ je ne le prononce point sans que l'idée qui y répond me revienne ; et aussi, je ne pense point au triangle même, que le nom ne me revienne à l'esprit.

Ainsi, soit que nous parlions aux autres, soit que

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