IX. Différences de rimagination et de rentendement
Voilà ce qu'il faut entelidre pour apprendre à ne pas confondre avec les sensations des choses de raisonnement. Mais comme il est beaucoup plus à craindre qu'où ne confonde l'imagination avec l'intelligence, il faut encore marquer les caractères propres de l'une et de l'autre.
La chose sera aisée, en faisant un peu de ré« flexion sur ce qui a été dit.
Nous avons dit, premièrement, que l'entendement connaît la nature des choses, ce que l'imagination ne peut pas faire.
Il y a, par exemple, grande difierence entre imaginer le triangle et entendre le triangle. Imaginer le triangle, c'est s'en représenter un d'une mesure déterminée, et avec une certaine grandeur de ses angles et de ses côtés; au lieu que l'entendre, c'est en connaître la nature, et savoir en général que c'est une figure à trois côtés, sans déterminer aucune grandeur ni proportion particulière. Ainsi, quand on entend un triangle, l'idée qu'on en a convient à tous les triangles, équilatéraux, isocèles, ou autres, de quelque grandeur et proportion qu'ils soient; au heu que le triangle qu'on imagine est restreint à une certaine espèce de triangle et à une grandeur déterminée.
11 faut juger de la même sorte des autres choses qu'on peu! imaginer et erlendi-e Par exemple, imaginer l'iiomme, c'est s'en représenter un de grande ou de petite taille, bknc ou basané, sain ou malade ; et l'entendre, c'est concevoir seulement que c'est un animal raisonnable, sans s'urréter à aucune de ses qualités particulières.
Il y a encore une autre différence entre imaginer et entendre : c'est qu'entendre s'étend beaucoup plus loin qu'imaginer; car on ne peut imaginer que les choses corporelles et sensibles, au lieu que l'on peut entendre les choses tant corporelles que spirituelles, celles qui sont sensibles et celles qui ne le sont, pas : par exemple, Dieu et l'âme.
Amsi, ceux qui veulent imaginer Dieu et l'Ame tombent dans une grande erreur, parce qu'ils veulent imaginer ce qui n'est pas imaginable; c'est-à-dire ce qui n'a ni corps, ni figure, ni enfin rien de sensible.
A cela il faut rapporter les idées que nous avons de la bonté, de la vérité, de la justice, de la sainteté, et les autres semblables, dans lesquelles il n'entre rien de corporel, et qui aussi conviennent, ou principalement , ou seulement, aux choses spirituelles, telles que sont Dieu et l'Ame ; de sorte qu'elles ne peuvent jias être imaginées, mais seulement entendues.
Comme donc toutes les choses qui n'ont point de corps ne peuvent être conçues que par la seule intelligence, il s'ensuit que l'entendement s'étend plus loin que l'imagination.
Mais la différence essentielle entre imaginer et entendre, est celle qui est exprimée par la définition : c'est qu'entendre n'est autre chose que connaître et discerner le vrai et le faux, ce que l'imagination, qui suit simplement le sens , ne peut
X. Gomment rimagination et rintelligence s*unissent , et s'aident, ou s'embarrassent mutuellement.
Encore que ces deux actes d'imaginer et d'entendre soient si dislmgues, ils se mêlent* toujours ensemble. L'entendement ne définit point le triangle ni le cercle, que l'imagination ne s'en figure un. Il se mêle des images sensibles dans la considération des choses les plus spirituelles, par exemple de Dieu et <les âmes ; et quoique nous les rejetions de notre pense'e comme choses fort éloignées de l'objet que nous contemplons, elles ne laissent pas de le suivre.
Il se forme souvent aussi dans notre imagination des figures bizarres et capricieuses, qu'elle ne peut pas forger toute seule, et où il faut qu'elle soit ai- >dée par l'entendement. Les centaures, les chimères, €t les autres compositions de cette nature, que nous faisons et défaisons quand il nous plaît, supposait <juelque réflexion sur les choses diflerentes dont elles se forment, et quelque comparaison des unes avec les autres, ce qui appartient à l'entendement. Mais ce même entendement, qui excite la fantaisie dans ces assemblages monstrueux , en connaît la vanité.
L'imagination, selon qu'on en use, peut servir ou nuire à l'intelligence.
Le bon usage de l'imagination est de s'en servir seulement pour rendre l'esprit attentif. Par exemple, quand en discourant de la nature du cercle et du -carré» et des proportions de l'un avec l'autre,. ]e m'en figure un dans l'esprit, cette image me sert beaucoup à empêcher les disti*actions et à fixer ma ,peoâée sur ce sujet ^.
4. K Ne faut-il pas un presque Pn Note de Bossuet, écrite ^a crayon, sur la marge.