X INTRODUCTION
bord et bientôt comme doyen du chapitre. C'est là -que, dans une vie occupée par l'étude et par la controverse, il se forma sérieusement à la prédication. Plusieurs voyages à Parîss tiù il a» fit eatendrc dans les principales paroisses, puis à la cour, entretinrent la réputation qu y avait laissée Técolier du collège de Navarre. Elle ne tarda pas à s'accroître et fut en quelque sorte consommée par le choix qui fut fait de lui pour porter la parole dans d'illustres funérailles et pour assister à leurs derniers moments les deux reines et Madame. Nommé en 1669, au milieu de ses ti'iomphes oratoires, évêque de G)ndom, il se vit appelé Tannée suivante à remplacer le président de Périgny comme précepteur du dauphin fils de Louis XIV.
Cette nouvelle tâche, non moins laborieuse qu'honorable, se prolongea pendant environ dix années, de septembre 1670 à janvier 1680. Tout à son élève, Bossuet refit et compléta ses études de toute espèce, 'assistant ordinairement aux leçons qu'il ne donnait pas et retenant d^ ailleurs pour soi-même la plus grande partie de l'enseignement. II en a décrit le plan et les prLDci|)aux détails dans sa belle lettre au pape InnoQient XI De institutione Delphini, Indépendamment des traités philoso[>Iiîques dont nous parlons plus loin, plusieurs ouvrages bien connus du prélat sont de cette époque et ont été entrepris pour l'éducation du prince. Citons particulièrement le Discours sur l'histoire universelle et la Politique ti~ rée de V Écriture sainte.
Le mariage du dauphin mit un terme à ses fonctions de précepteur, et, bientôt après, sa nomination à l'é-
INTROUVCnoN.
vèché de Meaus lui permit de se livrer uniquement , à !' accomplissement de ses devoirs d'évÈque. A peu près conRne dans son diocèse, voisin, il est vrai, du centre du royaume , il se contentait rf"a|iparaltrc de < temps en temps sur l'ancien ihc^âtre de sa gloire ; mais, en m@me temps, il exerçait de plus en plm sur le mouvement des esprits et snr h direction des af- Taires religieuses cette haute influence qui l'a fait appeler de son vivant m&me un père de l'Église'.
Sa vie, qui se termina en 1704, est restée, i quel- (jucs a»n^ près, reuferraée dans le siècle à la grandeur duquel il a si remarquablement coQtribné.
Un bon sens supérienr, une cl;n'té saisissante, et qui n'a d'égale en lui que la pntrondcur ou la suMinité de la pensée, font partie intégrante du gi^nie de Bbssoet. C'est assez dire que ce grand homme pMsédait à un haut degré l'esprit philosophique, qu'il ne fant \>*s confondre arec un penchant prononcé pour les systèmes ni avec te talent de les inventer. Il ne nous déplairait pas d'ajouter que la ptiilosoptûe
t. .Qw«i lauEU^ qui i loiiieliMi|i9 l'cnrip et ijui 1
qui accablt pv tv ^hmA
iK lurltr d
•oit Aaa tet écri\t, teil dins rfliBi.m,-.«lun.i4redH'egli«:
«ph«, i W r.
U uennc. ■> La Brufire, Discours de rircptioo à l'Aci-
XÏI INTRODUCTION.
est refendue dans tous les e'crits de Bossuet, si luimême, de propos délibéré , n'avait cherché presque toujours à la dissimuler ou reffacer, pour mettre à la placCi ^conformément à sa vocation de prêtre et d'évêque, l'Ecriture sainte et la théologie.
C'est pour cette raison que nous nous défendons de faire dans cette notice une place à des écrits. où les réflexions philosophiques sont nombreuses, où l'on rencontre des pages entières tout empreintes de ce caractère, tels que sont les Élévations à Dieu sur les mystères , les Sermons , et d'autres que nous avons déjà nommés, la Politique et le Discours sur V histoire universelle. L'ensemble de leur contenu et le but de l'auteur assignent à ces travaux une place à part et en dehors de la philosophie.
Le Traité du libre arbitre mérite un souvenir spécial , tant à cause du sujet que pour la méthode que Bossuet y a observée, particulièrement dans les quatre, premiers chapitres , où il fait uniquement app^l à l'évidence du sentiment et de l'expérience ainsi qu'à celle du raisonnement.
Mais ses ouvrages philosophiques proprement dits sont ceux qu'il a composés pour l'éducation du dauphin et qu'il indique lui-même dans sa lettre au pape Innocent XL Nous allons les passer successivement en revue, en commençant par le plus important de tous, la Connaissance de Dieu et de soi-même.
Ce traité, qui est un des meilleurs titres de Bossuet à la reconnaissance de la postérité , n'a , chose singulière, paru pour la première fois qu'en 1722, dix-huil ans après la mort de l'auteur. Peu soucieux de sa gloire littéraire, à moins que l'intérêt de
IHTRODDCnOlf, ■JUII
la religion ne s'y ti'Ouvât lié, Bossuet n'avait songi; ni à publier ses ouvrages philosopliiques , ni â y mettre la dernière main. La Connaissance de Dieu et de soi-même, imprimée sur une cdpie trouvée parmi les papiers de Fénelon, porta le titre à' Introduction à ta philosophie, que le prélat, il est vrai, lui avait aussi donné. Elle resta d'abord anonyme et fut attribuée à l'archevêque de Cambrai par des critiques peu clairvoyants. Une seconde édition publiée en 1741 d'après le manuscrit original et par l'ordre de l'évêque de Troyes, neveu de Bossuet, en restituant ce chef-d'teuvre au précepteur du grand dauphin, rendait en mSme temps au livre le nom sous lequel la lettre au paj)e l'avait primitivement désigné. Malheureusement, le nouvel éditeur s'était laissé persuader qu'il fallait, pour l'honneur de son oncle, maintenir l'ouvrage au courant des découvertes de la physiologie et de la science contemporaines. Les modiQcations qui s'en sont suivies en ont naturelle ment entraîné d'autres, par lesquelles la belle langue du dix-septième siècle s'est trouvée çà et là rajeunie, mais en môme temps énervée. Ainsi les corrections et les mutilations que les écrivains de Port-Royal avaient fait subir aux pensées de Pascal, n'ont pas été épargnées à Bossuet , dont le livre, abandonné à la merci d'obscurs reviseurs, est resté jusqu'à ces derniers temps imparfaitement connu.
La Logique, demeurée également inédite parmi les manuscrits du prélat, ignorée ou négligée par les éditeurs du dis-huitième siècle, n'a vu le jom* qu'en 1828, grâce aux soins de M. A. Floquet,cor respondant de l'Institut, à qui n
xiy