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Les sciences et les arts font voir combien rhomme est ingénieux et inventif. En pénétrant par les sciences les œuvres de Dieo, et en les ornant par les arts, il se montre vraiment fait à son image, et capable d'entrer, quoique faiblement, dans ses desseins.
Il n'y a donc rien que l'homme doive plus cultiver que son entendement, qui le rend semblable à son auteur. Il le cultive en le remplissant de bonnes maximes, de jugements droits, et de connais* sauces utiles.
XVI. Ce que c*est que bien juger ; quels en sont les moyens, et quels les empêchements.
La vraie perfection de Tentendement est de bien juger.
Juger, c'est prononcer au dedans de soi sur le vrai et sur le faux ; et bien juger, c'est y prononcer avec raison et connaissance.
C'est une partie de bien juger que de douter quand il faut. Celui qui juge certain ce qui est certain, et douteux ce qui est douteux, est un bon juge.
Par le bon jugement on se peut exempter de toute erreur; car on évite Terreur non-seulement en embrassant la vérité quand elle est claire, mais encore en se retenant quand elle ne l'est pas.
Ainsi la vraie règle de bien juger est de ne juger que quand on voit clair*, et le moyen de le faire est de juger après une grande considération.
Considérer une chose, c'est arrêter son esprit à la
4, C'est la règle de Descartes, révidènce présentée comme le critérium de la vérité. En lisant cette doctrine, qui est celle de presque toute l'école philosophique française da dixseptième siècle, on ne peut
s'empêcher de penser aux belles paroles de Pascal : « II faut savoir douter où il faut, assurer où il faut, se «oumettre où il faut. Qui ne fuit ainsi n'entend pas la force de la raison. »
regarder en elle-même, en peser toutes les raisons, toutes 'es diflicult^s et tous les inconvénients.
C'est ce qui s'nppelle attention. C'est elle qui rend les hommes graves, sérieux, prudents, capables de grandes afTnires et de hautes spéculations.
Être attentif à un objet, c'est l'enyisager de tous côtés; et celui qui ne le regarde que du côté qui le flatte, quelque long que soit le temps qu'il emploie à le considérer, n'est pas vraiment attentif,
Cest autr^chose d'être attaché à un objet, autre chose d'y être attentif. Y être attaché, c'est vouloir, à quelque pris que ce soit, lui donner ses pensées et ses désirs, ce qui fait qu'on ne le regarde que du côte agréable; mais y être attentif, c'est vouloir le considérer pour en bien Juger, et pour cela connaître le pour et le contre
, Il y a une sorte d'attention après que la vérité est connue; et c'est plutôt une attention d'amour et de complaisance que d'evamen et de recherche.
La cause de mal juger est l'inconsidéralion, qu'on appelle autrement jirécipitation.
Précipiter son jugement, cest croire ou juger avant que d'avoir connu.
Cela nous arrive, ou par orgueil, ou par impatience, ou par prévention, qu'on appelle autrement préoccupation.
Par orgueil, parce que l'orgueil nous fait présumer que nous connaissons aisément les choses les plus dïfliciles, et presque Mms examen. Ainsi nous
M Lagi^Be, lîi. I, ch. t, l» qiuntéft flt sur Ib néni del'iUciiikHi. L'«ge du
jugeons trop vile, et nous nous attachons à notre sens, sans vouloir jamais revenir, de peur d'être forcés à reconnaître que nous nous sommes ti*ompés.
Par impatience, lorsque, étant las de considérer, nous jugeons avant q«e d'avoir tout vu.
Par prévention en deux manières, ou par le denors, ou par le dedans.
Par le dehors, quand nous croyons trop facilement sur le rapport d' autrui, sans songer qu il peut nous troBiper, ou être trompé lui-mêm^
Par ie dedans, quand nous nous trouvcHis portés^, sans raison, k croire une chose plutôt qu'une autre.
Le plus gràad dérèglement de Tesprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu elles soient, et noh parce qa'on a vu (^'elks sont en effet.
C'est la faute où nos passions nous font tomber. Nous sommes portés à cixiire ce que nous désirons et ce que nous espérons, soit qu'il soit vrai, soit qu'il ne le sodt pas.
Quand noos craignons quelque chose, souvent nous ne voulons pas croire qu'elle arrive ; et souvent aussi, par faiblesse, nous croyons trop faeHement qu'elle arrivera.
€diii «qui est en colère «en croit toujours le^ causes JQstes, sans même vouloir les examiner; et par là il est hors d'état de porter un jugement droit.
Cette séduction des passions s'étend bien loin dans la vie, tant à cause que les ^objets qui se présentent sans cesse nous en causent toujours quelques-unes, qu'à cause que notre humeur même nous attache natm^Uement à de certaines passions partictâières queiKius trouverions partout dans notre conduite, si nous savions nous observer.
Et, comme nous voulons toujours plier la raison à nos désirs, nous appelons raison ce qui est conforme à notre humeur Dâtorelle, c'est-à-dire à une pas*
DE L'AME
sion secrète qui se' fait d'autant moias sentir qu elle fait comme le fond de notre nature.
C'est pour cela que nous avons dît que le plus grand mal des passions, c'est qu'elles nous empêchent de bien raisonner, et par conséquent de bien juger;, parce que le bon jugement est Ye&et du bon raisonnement.
Nous voyons aussi clairement, par les choses qui ont été Stes, que la paresse, qui craint la peine de considérer, est le plus grand obstacle à bien juger ^.
Ce défaut se rapporte à l'impatience; car la paresse, toujours impatiente quand il faut penser tant soit peu, fait qu'on ainie mieux croire que d'examiner, parce que le premier est bientôt fait, et que le second demande une recherche plus longue et plus pénible.
Les conseils semblent toujours trop longs au paresseux ; c'est pourquoi il abandonne tout, et s'accoutume à croire quelqu'un qui le mène conuBe un enfant et conune un aveugle, pour ne pas dire comme une bête *.
Par toutes les causes que nous avons dites, notre esprit est tellement séduit, qu'il croit savoir ce qu'il ne sait pas, et bien juger des choses dans lesquelles il se trompe : non qu'il ne distingue très-bien entre savoir et ignorer ou se tromper, car il sait que l'un n'est pas l'autre, et au contraire qu'il n'y a rien de plus opposé ; mais c'est que, faute de considérer, il veut croire qu'il sait ce qu'il ne sait pas.
Et notre ignorance va si loin, que souvent même nous ignorons nos propres dispositions. Un homme ne veut point croire qu'il soit orgueilleux, ni lâche, ?
4 . La réduction des cansfs de n<M erreurs à use seule, la p réey fea tion dans les juge- ■WKfeB, paraît, an prenner abord, mi emprunt fait à Descartes.
On voit néanmoins Bossoet,
dans nn pasMge de son Sermon sur l'utilité des souffrances^ exposer à peu près la même doctrine en s'appuyant sur l'autorité de s.iint Thomas.