II . La couda mnation est rude
si paresseux, ni emporté : il veut croire qu'il a raison; et quoique sa conscience lui reproche souvent ses fautes, il aime mieux étourdir lui-même le sentiment qu'il en a, que d'avoir le chagrin de les connaître.
Le vice qui nous empêche de connaître nos défauts s'appelle amour-propre, et c'est celui qui donne tant de crédit aux flatteurs * .
On ne peut surmonter tant de difficultés, qui nous empêchent de bien juger, c'est-à-dire de reconnaître la vérité, que par un amour extrême qu on aura pour elle, et un grand désir de l'entendre.
De tout cela il paraît que mal juger vient trèssouvent d'un vice de volonté^.
L'entendement, de soi, est fait pour entendre ; et toutes les fois qu'il entend, il juge bien : car s'il juge mal, il n'a pas assez entendu ; et n'entendre pas assez, c'est-à-dire n'entendre pas tout dans une matière dont il faut juger, à vrai dire ce n'est rien entendre, parce que le jugement se fait sur le tout.
Ainsi tout ce qu'on entend est vrai. Quand on se trompe, c'est qu'on n'entend pas; et le faux, qui n'est rien de soi, n'est ni entendu ni intelligible.
Le vrai, c'est ce qui est; le faux c'est ce qui n'est pas*.
4 . La fin de cette phrase est évidemment à l'adresse du jeune ^ prince pour Pinstruclion duquel l*ouvrage a été écrit, et à qui Bossuet donne ainsi , au travers des plus sérieux enseignements, d'utiles leçons de conduite.
2. Quoique l'auteur attribue au dérèglement de la volonté la plupart de nus errems, il ne faudrait pas croire pour cela, qu'il confonde entièrement comme Descartes le jugement et la volonté. On lit dans la
Logique, liv. III, chap. six, quelques phrases qui font connaître nettement la part qu'il accorde dans la faculté de juger à la volonté et celle qu'il £iit à l'entendement.
3, Voir -la Logique, liv. !•% cliap. XIV. Ce chapitre est intitulé : « Le néant n'est point entendu et n'a point d'idée. »
Ces définitions et la conclusion qui en est tirée, sont empruntées à saint Augustin. Voir le* Soliloques, liv. II, y, et le Dâ fera religione.
On pieut bien ne pas entendre ce qui est, mais jamais on ne peut entendre ce qui n'est pas.
On croit quelquefois l'entendre, et c'est ce qui fuit t'erreurj mais, en eiïet, on ne l'entend pas, puisqu'il n'est pas.
Et ce qui fait qu'on croit entendre ce que l'on n'entend pas, c'est que, par les raisons ou plutôt par les faiblesses que nous avons dites, on ne veut pas considérer. On veut juger cependant, etonjuge précipitamment ; et enlin on veut croire qu'on a entendu, et on s'impose à soi-même.
Nul homme ne veut se tromper; el nul homme aussi ne se tromperait, s'il ne voulait des rhosesquî font qu'il se trompe, parce qu'il en veut qui l'enipêcjient de considérer et de chercher la vérité sérieusement.
De cettcsortc, celui qui se trompe, premièrement, n'entend pas son objet, et, secondement, ne s'entend pas lui-même ; parce qu'il ne veut considérer ni son objet, ni lui-même, ni sa précipitation, ni l'orgueil, ni l'impatience, ni sa paresse, ni les passions et les préventions qui la causent.
Et il demeure pour certain que l'entendement purgé de ces vices, et vraiment attentif à son objet, ne se trompera jamais; parce qu'alors, ou il verra clair, et ce qu'il verra sera certain ; ou il ne verra pas clair, et il tiendra pour certain qu'il doit douter jusqu'à ce qne la lumière paraisse.