‹ De la connaissance de Dieu et de soimêmeChapitre 23 sur 93 · XVII. Perfection de l'inlclligence au-dessui du · texte numérisé non relu

XVII. Perfection de l'inlclligence au-dessui du

Par les choses qui ont été dites, il se voit de combien l'entendement est élevé au-dessus du sens. Premièrement, le sens est forcé à se tromper à la " 'e qu'il le peut être. La vue ne peut pas voir OD, quelque droit qu'il soit, à traversdel'eaa, ,

Bi CHAPITRE I

qu'elle ne le voie tortu ou plutôt brisé ; et elle a beau s'attacher à cet objet, jamais par elle-même elle ne découvrira son illusion. L'entendement, au contraire, n'est jamais forcé à errer ; jamais il n'erre que fauté d'attention; et s'il juge mal en suivant trop vite le sens, ou les passions qui en naissent, il redressera son jugement, pourvu qu'une droite volonté le rende attentif à son objet et à lui-même.

Secondement, le sens est blessé et aflaibli par les objets les plus sensibles. Le bruit, à force de devenir grand» étourdit et assourdit les oreilles; l'aigre «t le doux extrêmes offensent le goût, que le seul mélange de l'un et de l'autre satisfait ; les odeurs ont besoin aussi d'une certaine médiocrité pour être agréables; et les meilleures, portées à l'excès, choquent autant ou plus que les mauvaises. Plus le cnaud et le froid sont sensibles, plus ils incommodent nos sens. Tout ce qui nous touche trop violemment nous blesse : les yeux trop fixement aiTêlés sur le soleil, c'est-à-dire sur le plus visible de tous les objets, et par qui les autres se voient, y souffrent beaucoup, et à la lin s'y aveugleraient. Au contraire, plus un objet est clair et intelligible, plus il est certain, plus il est connu comme vrai, plus il contente l'entendement, et plus il le fortifie. La recherche en peut être laborieuse, mais la contemplation en est toujours douce. CTest ce qui a fait dire à Aristote que le sensible le plus fort offense le sens, mais que le parfait intelligible récrée l'entendement et le fortifie : d'où ce philosophe conclut que Tentendement, de soi, n'est point attaché à un organe corporel^ et qu'il est, par sa nature, sépai'able du corps, ce que nous considérerons dans la suite*.

Troisièmement, le sens n'est jamais touché que de ce qui passe, c'est-à-dire de ce qui se fait et se dé-

I, L'auteur revient sur ce sujet, cbap. iir, art. 13.

fait jnnrnellemeni; et ces choses mêii.<fl qui passait, dans le peu de icraps (|u' elles demeurent, U ne les sent pas tiiujnui's de même. La même (.'huse qui dutnuille anjuurd'Iiiii mou goût, ou ne lui jil^Eit pts loigours, ou lui pl;iil moins. Les objets de la vue lui paraissent autres au grand jour, au jour médiocre, dans l'obscurité, de loin ou de près, d'un certain point ou d'un antre. Au contraire, ce qui a été tme Gais entendu et démootré parait toujours le même à l'entendement. S'il nous arrÎTe de varier sur cela, c'e.st que les sens el Les passiuns s'en mêlent ; mais l'objet de l'entendement, &insi qu'il a été dit, est iounoaiile et étemel : ce qui lui' iBMitre qu'au-dessus de lui il y a une vérité éternellement subsistante, comme nous avons déjà dit, et que nous le verrons ailleurs plus clairement'.

Ces trois grandes perfections derinlelligeiicenoos feront voir, en leur temps, qu'Aristote a [xirlé divinement, quand il a dit de l'entendement, et de sa séparation d'avec les organes, ce que nous vaioas de rapporter'.

Quand nous avons entendu les choses, nous sommes en état de vouloir et de cltoisii' ; ciu^ on ne veut jam.iis, qu'on ne connaisse auparavant.

XVni. La volonté et ses »

Vouloir est vous te iùeii

me action par laquelle imiis poin-suit fuyons le mal , et choisissons les

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moyens pour parvenir à l'un et éviter l'autre. Par exemple, nous désirons la santé, et fuyons la mala* die ; et pour cela nous choisissons les remèdes propres, et nous nous faisons saigner ou nous nous abstenons des choses nuisibles, quelque agréables qu'elles soient; et ainsi du reste. Nous voulons être sages, et nous choisissons pour cela ou de lire, ou de converser, ou d'étudier, ou de méditer en nousmêmes, ou enfin quelques autres choses utiles pour cette fin.

Ce qui est désiré pour l'amour de soi-même, et à cause de sa propre bonté, s'appelle fin : par exemple, la santé de l'âme et du corps; et ce qui sert pour y arriver s'appelle moyen : par exemple , se faire instruire et prendre une médecine.

Nous sommes déterminés par notre nature à vou- IcÀr le bien général; mais nous avons la liberté de notre choix à l'égard de tous les biens particuliers. Par exemple, tous les hommes veulent être heureux, et c'est le bien général que la nature demande. Mais les uns mettent leur bonheur dans une chose, les autres dans une autre; les uns dans la retraite, les au • très dans la vie commune; les uns dans les plaisirs et dans les richesses, les autres dans la vertu ^.

C'est à l'égard de ces biens particuliers que nous avons la liberté de choisir, et c'est ce qui s'appelle le franc arbitre, ou le libre arbitre.

Avoir son franc arbitre, c'est pouvoir choisir une certaine chose plutôt qu'une autre; exercer son franc arbitre, c'est la choisir en effet.

I?; sor la seconde, le même, cliap. T ; et 5ar la troisième, les Derniers analytiques, liv. !•', diap. Tiii et rxxi. La publication de l'excellente tradaction de M. Bartliélemy Saint-Hilairc, qui s*étend à presque tous les

écrits d'Aristote, rend aujourd'hui ces reclierclies très-faciles.

4. Pour la définition de la volonté et l'opinion qui la met en rapport nécessaire avec le bonheur, Bossuet suit saint Augustin et saint Thomas.

DE L'AME. I

Ainsi le libre arbitre est la (luissance que nous uvoiLS de r^ire nu de ne pas faire quelque chose. Par exemple, je puis parler, ou ne parler pas, remuer ma main ou ue la remuer pas, la remuer d'un côté plutût que d'un autre.

C'est par là que j'ai mon franc ai-bitre ; et je l'exerce quand je prends parti entre les choses que Dieu a mises en mon pouvoir'.

Avant que de prendre son parti, on raisonne en soi-même sur ce qu'on a à faire, c'est-à-dire qu'on délibère; et qui délibère sent que c'est à lui à choisir.

Ainsi un homme qui n'a pas l'esprit gâté n'a pas franc arbitre, car il le

besoin qu'i

qu'il oit', délibérer e

de choisir.

clairement qu'il voit, • , qu'il se sent capable de

s notre libre arbitre à faire DU à ne pas faire quelque chose, il arrive que, selon que nous faisons bien ou mul, nous sommes dignes de blâme ou de louange, de récompense ou de châtiment; et c'«at ce qui s appelle mécite ou démérite.

On ne blâme ni on ne ch.ltie un enfant d'être boiteui ou d'être laid ; mais on le blâme et on le cbStie d'être opiniâtre, parce que l'un dépend de sa volonté et l'autre n'en dépend pas.

\IX. La vertu et les rices ; la droite raLson et la Un homme à qui il arrive un ma! inévitable s'en

tore de la libené et lur les i Da virbe oinV ; «Ite for-

aéreloppementa qui difp«nsrnt n^int nu oiëinfl ver1>e sont ïdu*

plaint comme d'un malheur; mais s'il a pu l'éviter, il sent qu'il y a de sa faute, il se l'impute, et il se fciche de l'avoir commise.

Cette tristesse que -nos fautes nous causent a un nom particulier, et s'appelle repentir. On ne se repent pas d'être mal fait, ou d'être malsain; mais on se repent d'avoir mal fait.

De là vient aussi le remords ; et la notion si claire que nous avons de nos fautes est une marque certaine de la liberté que nous avons eue à les consmettre.

La liberté est un grand bien; mais il paraît, par les choses qui ont été dites, que nous en [X)uvoas bien et mal user. Le bon usage de la liberté, qui^d il se tourne en habitude, s'appelle vertu ; et le manvais usage de la liberté, quand il se tourne en habitude, s'appelle vice.

Les principales vertus sont: la prudence, qui nous apprend ce qui est bon ou mauvais; la justice, qui nous inspire une volonté invincible de rendre à chacun ce qui lui appartient, et de donaer à chacmi selon son mérite, par où sont réglés les devoirs dé la libéralité, de la civilité et de la bonté; la force, qui nous fait vaincre les diflScultés qui accompagnent les grandes entreprises; et la tempérance, qui nous enseigne à être modérés en tout, principalement dans ce qui regarde les plaisirs des sens*. Qui connaîtra ces vertus connaîtira aisément le» vices qui leur sont opposés, tant par excès que par défaut.

Les causes principales qui nous portent au vice sont nos passions, qui, comme nous avons dit, nous empêchent de bien juger du vrai et du faux, et nous préviennent trop violemment en faveur du bien sen-

4. Cette énumératioa est T plies de Tantiquité, particuHàcelle (les quatre vertus cardina- j rement par les stoïciens, et a<Kleâ distinguées par les philoso- [ mises parles Pères de PÉglise.

sîble; d'on il paraît qne le priiici[>al devwr de (a Tcrtu doit être de les réprimer, c'est-à-dire de les réduire aux termes de k nsïson.

Le plaisir et la dottleur, qin, comme nnus avfms dit, font Battre nos passions, ne vïenneal pas en nons par raison et par connaissance, maïs par sentiment, ftir esemple. le plaisîr'que je ressens dans le boire et le manger se fuit en mot indépt;iKlamment de tonte sorte de raisoimemenl ; et comme ces sentiments naissent en nous sans raison, il ne faut point s'étonner qn'its nous portent aussi très-souvent à des choses déraisonnables. Le ptaisir de manger fait qu'un malade se tue ; le plaisir de se venger fait soii' vent commettre des injustices efiroyaUes, et dont nous-tnêmes nous ressentons les manvais eHets.

Ainsi les passions n'étant inspirée^ qne par le pLtisir et par la douleur, quL sont des sentiments où la raison n'a point de part, il s'ensuit qti'eile n'en a 'non plus dans les passions. Qui est en colère se Teut venger, soit qu'il soit misonniible de le faire, ou non. Qui aime veut jouir, soit qne la raison le permette ou le défende ; le plaisir est son guide, et non la raison.

Maïs la volonté qui choisit est toujours précédée par la connaissance ; et ctant née pour écouter la raison, elle doit se rendre plus f()rte que les passons, qui ne l'écoatent pas.

Par là les philosophes ont distingué en nous deoi appétits : l'un que te plaisir sensible emporte, qn^Bs ont appelé sensitif, irraisonnable cl inférieur ; l'aoire, qui est né pour suivi-e la raison , qu'ils appellent aussi pour cela raisonnable et supérieur; et c'est celui qoe nous appelons proprement la volonté'.

Il faut pourtant remai-quer, pour ne rien confondre, que le raisonnement peut servir à faire naître

les passions. Nous connaissons par la raison le péril qui nous fait craindre, et l'injure qui nous met en colère ; mais, au fond, ce n'est pas cette raison qui fait naître cet appétit violent de fuir ou de se venger; c'est le plaisir ou la douleur que nous causent les objets; et la raison, au contraire, d'elle-même tend à réprimer ces mouvements impétueux.

J'entends la di'oite raison; car il y a 'une raison déjà gagnée par les sens et par leurs plaisirs, qui, bien loin de réprimer les passions, les nourrit et les irrite. Un homme s'échauffe lui-même par de faux raisonnements, qui rendent plus violent le désir qu'il a de se venger; mais ces raisonnements, qui ne procèdent point par les vrais principes, ne sont pas tant des raisonnements que des égarements d'un esprit prévenu et aveuglé.

C'est pour cela que nous avons dit que la raison qui suit les sens n'est pas une véritable raison, mais une raison corrompue, qui au fond n'est non plus raison qu'un homme mort est un homme.

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