‹ De la connaissance de Dieu et de soimêmeChapitre 38 sur 93 · DD CORPS · texte numérisé non relu

DD CORPS

par les maladies, il y en a fjui soDt causées par les passions, qui, à vi'.ii dine, sont ime espèce de ma-ladie. Il serait trop !'»■(; il'expiiquer ici toutes ces alt^ratioDS, et il suQit d'observer, en général, qu'il n y II point de passimi qui oe fasse quelque cfauigament dans les es(Nrats, et piir les esprits dans le cœur et daas le sang. Et' c'est une suite nécessaire de l'iinpressioa violente que oertains objets font dans le cerveau.

De là il arrive nécessairement que quclques-ui des passions les y excitent et les y agitent avec v lence, et que les autres les y ralentissent. Les ânes par conséqueait les font coulo' plus ubundamm&nt dans le ccrur, elles autres moins. Celles qui les fuiit abonder, comme la colère et l'audace, les ré{iandenl avec profusion, et les poussent de tous eûtes au dedans et au dehors : celles qui en excitent moins, telles que sont la tristesse et le désespoir, le» retiennent serrés au dedans, comme pom* les ménager.

De là naissent, dans le cœur et dans le pnuls, des

battements, les uns plus lents, les autres plusvites;

uns incertains et inégaux, et les autres plus tne-

;s; d'où il arrive dans le sang divers change-

its, et de là conséquemmont de noavelles lài-

tcrations dans les esprits. Les tuembi-es extérieurs

reçoivent aussi de diiTérentes dis|iii si tiens. Quand

[ un est attaqué, le cerveau euvuie plus d'es-

1 prit» aux. bras et aux mains, et c'est ce qui fait

l'on est plus fort daus lu colère. D<ins cette p«s-

in, les muscles s'affermissent, les nerfs se bimdent,

Blés poings se ferment, tout se tourne à l'ennemi pour

r, et le ooi'ps est disposé ù se ruer sur lui de

m pincls . Quand il s'agit de pom'suivre un

u de fuir uu mal pressant, les esprits accou-

ec abondance aux ouïsses et aux jambes çowr

liter la course; loul le coi'ps, soutenu pat Veut «--

— e vivacité, devient plus léger -. ce qui a taA âàie

au poète, parlant d'Apollon et de Daphné : Hic spe celer, illa timoré^. Si un bruit un peu cxtraordmaire menace de quelque coup, on s'éloigne naturellement de l'endroit d'où* vient le bruit, en y jetant l'œil, afin d'esquiver plus facilement; et quand le coup est reçu, la main se porte aussitôt aux parties blessées, pour ôter, s'il se peut, la cause du mal : tant les esprits sont disposés dans les passions à seconder promptement les membres qui ont besoin de se mouvoir.

Par l'agitation du dedans, la disposition du dehors est toute changée. Selon que le sang accourt au visage, ou s'en retire, il y paraît ou enflammation ou pâleur. Ainsi on voit dans la colère les yeux allumés ; on y voit rougir le visage, qui, au contraire, pâlit dans la crainte. La joie et l'espérance en adoucissent les traits, ce qui répand sur le front une image de sérénité. La colère et la tristesse, au contraire, les rendent plus rudes, et leur donnent un air , ou plus farouche , ou plus sombre . La voix change aussi en diverses sortes; car selon que le sang ou les esprits coulent plus ou moins dans le poumon, dans les muscles qui l'agitent, et dans la ftrachée-artère par où il respire l'air, ces parties, ou ■dilatées ou pressées diversement, poussent tantôt des sons éclatants, tantôt des cris aigus, tantôt des voix (confuses, tantôt de longs gémissements, tantôt des soupirs entrecoupés. Les larmes accompagnent de tels états, lorsque les tuyaux qui en sont la source sont dilatés ou pressés à une certaine mesure. Si le sang refroidi, et par là épaissi, envoie peu de vapeurs au cerveau, et lui fournit moins de matière d'esprits qu'il ne faut; ou si, au contraire, étant ému et échauffé plus qu'à l'ordinaire, il en fournit trop, il arriverR tantôt des tremblements et des con-

^- Ovide, Métamorphoses, \W.\, Net»Wft.

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