DU CORPS
viilsions, tantôt des langueurs et des défaillances. Les muscles se relâcheront, et nn se sentira prêt à tomber : ou bien en se resserrant exri^ssivement, ils rétréciront In peau, et feront dresser les cheveux dont elle enferme la racine, et causeront ce mouvement qu'on appelle horreur. Les physiciens expliquent en particulier toutes ces altérations; mais c'est assez jiour notre dessein d'en avoir remarqué en général la nature, les causes, les effets, et les ûgnes.
Les passions, à les regarder seulement dans le corps, semblent n'être autre chose qu'une agitatioi cTtraordinaire des esprits ou du sang, de certains objets qu'il faut fuir ou poursuivre.
Ainsi la cause des passions doit èti-e l'impres et le mouvement qu'un objet de grande force fait dans le cerveau.
De là suit l'agitation et des esprits et du sang, dont l'edet naturel doit être de dis|K)ser le corps de la manière qu'il faut pour fuir l'objet ou le suivre ; nais cet effet est souvent empêché |iar accident.
Les signes des passions, qui eu sont aussi des ef' ets, mais moins principaux, c'est ce qui en parait u dehors; tels sont les larmes, les cris, et les .iures changements, tant de la voix que des yeux et du visage.
Car comme il est de l'institution de ta nature, que les passions des uns fassent impression sur les Hutres ;
ir exemple, que la tristesse de l'un excite lu pitié 5 l'autre; que lorsque l'un est disposé à faire du
al par la colère, l'autre soit disposé en même
temps, ou à la défense nu à la retraite, et ainsi du
, reste ; il a fallu que les passions n'eussent pas seu-
lemcnt de certains effets au dedans , mais qu'elles
I eussent encore au dehors chacune son propre caraC'
^têre, dont les autres hommes pussent être (caç'^s.
Et cela paraît tellement du de&&e\n àe \a uaXttVft-, ■} trouve sur !e visage une infmUc de ïvctS^ •*■
de mascles, dont on ne re€(»iiiaft point d'autre: usage, que d^en ^tirer en divers sens toutes les .parties, et éty peindre les passions par k seoœèfte oorrespondonee de leurs mevvementB a^eç lesmouvemenlâiintépieurs.
Xni. La correspondance detontes les parties.
Il nous pe»te enoore à .con^dérer le consentement ée 'toutes les parties du coi^s, pour s'entr'aider mutuellement, ôt pour la défende du tout. Quand on tombe d'un côte, le cou et tout le corps se tournent à l'opposite . De peur que la tète ne se heurte, les mains se jettent dWant elle, et s- exposent aux coups •qui la briseraient. Dans la lutte, on voit le coude se présenter comme un bouclier devant le visage. Les (Mtupières se ferment pour garantir l'œil. Si on est fortement penché d'un côté, le corps se porte de r autre pour faire le contre-poids, et se balance luimême en diverses manières, pour prévenir une chute, ou pour la rendre moins incommode. Par la même raison, si on porte un grand poids d'un des côtés, on se sert de l'autre à contre-peser. Une femme qui porte un seau d'eau paidu à la droite étend le bras gauche et se penche de ce côté-là. Celui qui porte sur le doS; se penche en avant; et au eontraire, quand on porte sur la .tête, le corps naturellement se tient droit. Enfin, il ne manque jamais de se situer de la manière la plus convenaole pour se soutenir ; en sorte que les parties ont toujours rai même centre de gravité, qu'on jurend au juste, comme si on savait la mécanique. A cela on peut napporter certains effets des passions, que nous avons remarqués. Enfin, il est visible que les parties du corps sont disposées a se prêter un secours mu-
tuel, et à concourir ensemble à la conservation de
leur tout.
Tant de mo-.Tvemente si bien ordnnnfe, et si forts selon les règles de la mécanique, se font eii nous sans science, sans raison nement et sans réflexion : au contraire , la rtdexion ne ferait ordinairement qn'embarrasser. Hous verrons dans la suite qn'il se fait en nous, sans qne nous h sachions ou qne nous le sentions, une infinité de nrouvemenls semblables. La prunelle s'élargit et se rétrécit de la manière la plus convenable à nous faire Toir de loin ou de près. La trachée-artère s'outtc et se resserre selon les tons qu'elle doit former ' . La bouche se dispose, et la langoe se remue comme il faut pour les différentes articulations. Un petit enfhnt, potu- tirer des mamelles de sa nourrice la liqueur dont il se nourrit, ajuste aussi bien ses lérres et sa lanpie, tpie s'il savait l'art des pompes aspirantes ; ce qu'il fait même en dormant, tant la nature a voulu nous faire voir que ces choses n'avaient pas besoin de notre attention.
"Mais moins il y a d'adresse et d'art, de notre cfitë, dans des mouvements si pniportitmnés et si justes, pIU3 il en par!ilt dans celui qui a si bien disposé tontes les parties de notre corps.
VrV. Béeapiiiilaiion , où sont ramassée» les propriélés de'lUineet du corps.
Par les choses qui ont été dites, il est aisé de comprendre ta différence de l'âme et du corps, et il n'y a qu'à «onsidérer les diverses propriétés que nous y avons remarquées.
Les propriétés de l'âme sont, voir, ouïr, goflter, sentir, imaginer; avoir du plaisir ou de la douleur, de l'amour ou de la haine, de la joie ou de la tris-
I , La cridiée-srt^re ne p«Dt 1 Très d« la glolle, partie c<ib<X\ni l'onmr ni se resKrrcr poar I tQiQte du larjni, nai. teta^\i>-
tesse, de la crainte ou de l'espérance ; assurer, nier, douter, raisonner, réfléchir et considérer, comprendre, délibérer, se résoudre, vouloir ou ne vouloir pas : toutes choses qui dépendent du même principe, et que nous avons entendues très-distinctement sans nommer seulement le corps, si ce n'est comme l'objet que l'âme aperçoit, ou comme l'organe dont elle se sert.
La marque que nous entendons distinctement ces opérations de notre âme, c'est que jamais nous ne prenons l'une pour l'autre. Nous ne prenons point le doute pour l'assurance, ni affirmer pour nier, ni raisonner pour sentir : nous ne confondons pas l'espérance avec le désespoir, ni la crainte avec la colère, ni la volonté de vivre selon la raison avec celle de vivre selon les sens et les passions.
Ainsi nous connaissons distinctement les propriétés de l'âme. Voyons maintenant celles du corps.
Les propriétés du corps et des parties qui le composent, sont d'être étendues plus ou moins, d'être agitées plus vite ou plus lentement, d'être ouvertes ou d'être fermées, dilatées ou pressées, tendues ou relâchées, jointes ou séparées les unes des autres, épaisses ou déliées, capables d'être insinuées en certains endroits plutôt qu'en d'autres : choses qui appartiennent au corps, et qui en font manifestement la nourriture, l'augmentation, la diminution, le mouvement et le repos.
En voilà assez pour connaître la nature de l'âme et du corps, et l'extrême différence de l'un et de l'autre.