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UNION DE L'AME ET IH] CORPS. in
L'expérience juslilie cet usage des sensations; et c'est peut-être fa première (in que la nature se propose en nous les donnant; mais à cela il faut ajouter quelque chose que nous allons dire.
PnotOSiTiON XI. L'instruction que nous recevons par les sensations serait imparfaite, Ouplutôt nulle, si nous n'y Joignions la raison.
Ces deuï propositions seront écUiircies toutes deux ensemble, et H ne faut que s'observer soi-même pour les entendre,
La douleur nous fait connaître que tout le carps, ou quelqu'une de ses parties est mal disposa, afin que l'âme soit sollîcitec à fuir ce qui cause le mal, Cl à y donner remède.
C'est pourquoi il n fallu que la douleur se rap- [inrtAt, ainsi qu'il a été dit, à la partie offensée, parce que l'Unie est instruite, par ce moyen, à appliquer le remède où est le mal.
Il en est de même du plaisir; celui que nous avons à manger et à boire nous sollicite à donner au corps les aliments nécessaires, et nous Qiît employer à cet usage les parties où nous ressentons le plaisir du goût.
Car les choses sont tellement disposées, que ce qui est convenable au corps est accompagné de plaisir, comme ce qui lui est nuisible est accompagné de douleur ; de sorte que le plaisir et la douleur servent à intéresser l'âme dans ce qui regarde le corps, et l'obligent à cliercher les choses qui en foiU la conservation.
Ainsi quand le corps a besoin de nourriture ou de rafraîcliissement, il se fait en l'Snie une douleur qu'on ^pjielle faim et soif, et cette douleur nous sollicite à manger et h boire.
Le plaisir s'y mMo aussi, pour nivw y ençp.^'ï
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plus doucement. Car outre que nous sentons du plaisir à faire cesser la douleur de la faim et de la soif, le manger et le boire nous causent d'eux-mêmes un plaisir particulier qui nous pousse encore davantage à donner au corps les choses dont il a besoin.
Cest en cette sorte que le plaisir et la douleur servent à l'âme d'instruction, pour lui apprendre ce quelle doit au corps; et cette instruction est utile, pourvu que la raison y préside. Car le plaisir, de lui-même, est un trompeur; et quand l'âme s'y abandonne sans raison, il ne manque jamais de l'égarer, non seulement en ce qui la touche, comme quand il lui fait abandonner la vertu, mais encore en ce qui touche le corps, puisque souvent la douceur du goût nous porte à manger et à boire tellement à contre- temps, que l'économie du corps en est troublée.
Il y a aussi des choses qui nous causent beaucoup de douleur, et toutefois qui ne laissent pas d'être dans la suite un grand remède à nos maux
Enfin, toutes les autres sensations qui se font en nous servent à nous instruire. Car chaque sensation différente présuppose naturellement quelque diversité dans les objets. Ainsi, ce que je vois jaune, est autre que ce que je vois vert ; ce qui est amer au goût, est autre que ce qui est doux; ce que je sens chaud, est autre que ce que je sens froid. Et si un objet qui me causait une sensation commence à m'en causer une autre, je connais par là qu'il est arrivé quelque changement. Si l'eau qui me semble froide commenee à me sembler chaude, c'est que depuis elle aura été mise sur le feu. Et cela, c'est discerner les objets, non point en eux-mêmes, mais par les effets qu'ils font sur nos sens, comme par une marque posée au dehors. A cette marque, l'âme distingue les choses qui sont autour d'elle, et juge par quel endroit elles |>eiivent faire du bien ou du ma\ au cot^s.