‹ De la connaissance de Dieu et de soimêmeChapitre 47 sur 93 · L» comparaison du cer · texte numérisé non relu

L» comparaison du cer

T(au et même de l'esprit à une

eire molle est ancieooc. Bussuet

Jie l'adopte qWea partie, et la

repousse même queique part, à

cause des abus auxquels elle peut prêter : Grossièie iniagi»

nation f sëcrie-t-il, qui ferait Vâmt coiporeUe et La cire ml teU'geiite/ c\\«^.\H, utX..^.

mr?^

USION DE L'ABIE ET DU CORPS.

figiu'e; mes oreilles uuronl été frappées de son rugissement terrible; j'aurai senti, si vous le voulez, quelque atteiate de ses grilles, dont uue muiu secour;tble m'aura arraché. Il se fait dans mon cerveau, |iar ces trois sens divers, trois fortes impressions de ce que c'est qu'un liun : mais, parce que ces trois im|»-essîons, qui viennent à peu près ensemble, ont purtc au même endroit, une seule remuera le tout; ùt ainsi il arrivera qu'au seul asjicct du lion, à la seule ouïe de son cri , ce furieux animal reviendra lout entier à mon imagination.

Et cela ne s'étend pas seulement à tout l'animal, mais eacore au lieu ou j'ai été frappé la première lois d'un objet si elfroyable. Je ne re verrai jamais te vallon désert où j'en aurai fait la rencontre, sans qu'il méprenne quelque émotion, ou même quelque frayeur '.

Ainsi, de tout ce qui fra|ipe eu même temps les sens, il ne s'en compose qu'un seul objet, qui fait son impreision dans te mèrae endroit du cerveau, et ' y a son caractère particulier. Et c'est pourquoi, i

pas

est f

étonner si un chat, frappé a un grelot qui y élait attaché, le grelot seul qui a fait son bâton au même endroit do

impression cerveau.

Toutes les fois que les endroits du les marques des objets restent impiimécs, sont tés, ou par les vapeurs qui montent cont'ujuellci

. Le Hnli

F. 1a put du pliyâiqofl

à la tête, ou par le cours des esprits, ou par quelque autre cause que ce soit, les objets doivent revenir à l'esprit; ce qui nous cause en veillant tant de différentes pensées qui n'ont point de suite, et en dormant tant de vaines imaginations que nous prenons pour «des vérités.

Ht parce «que le cerveau, composé, comme il a -été dît, de parties si délicates, et plein d'esprits si vifs et â prcgnpts, est dans un mouvement continuel, et igpie d'ailleurs il est agité à secousses inégales et irrégtdières, selon que les vapeurs et les esprits montent à la tête ; il arrive de là que notre esprit est plein de pensées si vagues, si nous ne le retenons et ne le fixons par l'attention.

Ce qui fait qu'il y a pouitant quelque suite dans ces pensées, c'est que les marq.ies des objets gardent xm certain ordre dans le cerveau.

Et il y a une grande utilité dans cette agitation qui ramène tant de pensées vagues, parce qu'elle fait que tous les objets, dont notre cerveau retient les traces, se représentent devant nous de temps en temps par une espèce de circuit ; d'où il arrive que les traces s'en rafraîchissent, et que l'âme choisit 1 l'objet qui lui plaît, pour en faire le sujet de son attention.

. Souvent aussi les esprits prennent leur cours si impétueusement et avec un si grand concours vers un endroit du cerveau, que les autres demeurent sans mouvement, faute d'esprits qui les agitent : ce qui fait qu'un certain objet déterminé s'empare de notre pensée, et qu'une seule imagination fait cesser toutes les autres.

C'est ce que nous voyons arriver d*ns les grandes

passions, et lorsque nous avons l'imagination échanf-

fée; c'est-à-dire qu'à force de nous attacher à un

objet, nous ne pouvons plus nous en arracher,

<!onini€ nous voyons arriver a\HL ^mltes et aux

UNION DE. TJiME. ET DO CORPS. U»

personnes qiii coni[io$ent, surtout aux ]>oëtcs, dont l'ouvrage di'jiend toul d'une certaine chaleur d'ima-

Cette chaleur, qu'on attribue à l'imaginutioa, est en elTct une aflcction du cervena, lorsque les espi-its naturellement ardents, accourus ea abnadaDoe, l'échauEIeiit en l'agitant avec vinlence ; et comme il ne prend pas- feu tout à coup, son ardeur ne s'éteint aussi qu'avec le temps.

XI. Dm paHÎona, et à quelle dispoiition du corps elln «ont onïes.

De cette agitation du cerveau, et des pensées qui l'accompagnent, naissent les passions avec tous les mouvemeals qu'elles causent dans le corps, et tous les désirs qu'elles excitent dans l'âme.

Four ce qui est des mouvements corporels, il y ena de deux sortes dans les passions : les intérieurs, c'est-à-djre ceux des esprits et du sang j les extérieurs, c'est-à-dire ceux des pieds, des mains et de toat le corps, pour s'unir à l'objet ou s'en éloigner, qui est le propre elTet des passions.

La liiûson de ces mouvements intérieurs et extérieurs, c'est-à-dire du mouvement des esprits avec celni des membres externes, est manifeste, puisque les membres ne se l'cmuent qu'au mouvemetf des muscles, ni les muscles qu'au mouvement et à lu direction des esjirits.

£t il jant. en général, que les mouvements des animaux suivent l'impi'cssion des objets dans le cerveau, puisque la lin naCui-elle de leur mouvement est de les approcher ou de les éloiguer des objets mêmes.

Cest pourquoi nous avons vu que pour lia* ces deux clinses, c'est-à-dire l'impression des oli^eX^ e\.\B mouveuicnl, k unturi: a voulu qu'au mêtnc eoiîii*.

OÙ aboutit le dernier coup de l'objet, c'est-à-dire dans le cerveau, commençât le premier branle du mouvement; et pour la même raison elle a conduit jusqu'au cerveau les nerfs, qui sont tout ensemble et les organes par où les objets nous frappent, et les tuyaux par où les esprits sont portés dans les muscles et les font jouer. •

Ainsi, par la liaison qui se trouve naturellement entre l'impression des objets et les mouvements par lesquels le corps est transporté d'un lieu à un autre, il est. aisé de comprendre qu'un objet qui fait une impression forte, par là, dispose le corps à de certains mouvements, et l'ébranlé pour les exercer.

En effet, il ne faut que songer ce que c'est que le cerveau frappé, agité, imprimé, pour ainsi parler, par les objets, pour entendre qu'à ces mouvements quelques passages seront 'ouverts et d'autres fermés ; et que de là il arrivera que les esprits, qui tournent sans cesse avec grande impétuosité dans le cerveau, prendront leur cours à certains endroits plutôt qu'en d'auti'es, qu'ils rempliront par conséquent certains nerfs plutôt que d'autres, et qu'ensuite le cœur, les muscles, enfin toute la machine, mue et ébranlée en conformité, sera poussée vers certains objets, ou à l' opposite, selon la proportion que la nature aura mise entre nos corps et ces objets.

< Et en cela la sagesse de celui qui à réglé tous ces mouvements, consistera seulement à tourner le . cerveau, de sorte que le corps soit ébranlé vers les objets convenables, et détourné des objets contraires.

Après cela, il est clair quei s'il veut joindre une

âme à un corps, afin que tout se rapporte, il doit

joindre les désirs de l'âme à cette secrète disposition

qui ébranle le corps d'un certain côté; puisque

même nous avons vu que les désirs sowX ^ \teka ce

TOS DE L'AME ET DU CORPS. ffl

que le mouvement progressif est au coqis, et que c'est pur là qu'elle s'approclie ou qu'elle s' éloigne à

Voilà donc entre l'âme et là corps une proportion .admirable. Les sensatiuijs répondent à l'ébranlement des nerfs, les imaginations aux impressions du cerveau, et les désirs ou les aversions, à ce branle secret que reçoit le corps dans les passions , pour s'approclier ou se reculer de certains objets.

Et pour entendre ce dernier effet de correspondance,- il ne faut que considérer en quelle disposition entre le corps dans les grandes passions, et en même temps combien l'âme est sollicitée a y accommoder SCS désirs.

Dans une grande colère, le corps se trouve plus prêt à insulter l'eDrieaii et ii l'abattre, et se tourne tout à celte insulte; et l'âme, qui se scfut aussi vivement pressée, tourne toutes ses pensées au même dessein.

Au contraire, la crainte se tourne à l'éloignement et à lu fuite, qu'elle rend vite et précipitée plu^ qu'elle ne fe serait nalni'elleinent, si ce n'est qu'elle devienne si extrêjiie, qu'elle dégénère en langueur et eu défaillance. Et ce qu'il j a de merveilleux, c'est que l'âme entre aussit'il dans des sentiments convenables à cet état; elle a autant de dîsir de fuir que le corps y a de disposition. Que si la frayeur nous saisit, de sorte que le sang se glace si fort que k «Mirps tombe en défaillance, l'âme défaut' en même temps, le conrage tombe avec les forces, et il n'en reste pas mome assez pour pouvoir prendre la

Et il était convenable à l'union de l'âuic et du corps, que la dilliculté du mouvement, aussi bien que la disposition à le faire, eût quelque chose dans

(.Du reiU: hf.MWir: tombe eu même tempi eu iltl.ùW^utf.

143 CHAPITRE m.

l'âme qui lui répondît; et c'est aussi ce qui fait naître le dëcoaragement , la profonde mélanc^^ie et le désespoir.

Contre de sî tristes passions et au défaut de la joie qu'on a rarement bien pure, t' espérance ikws est donnée comme une espèce de charme qui nou^ empêche de sentir nos maux. Dans l'espérance, les esprits ont de la Tigueur, le courage se soutient aussi, et même il s'excite. Quand elle manepie, tout* tombe, et on se sent comme enfoncé dans un abîme.

Selon ce qui a été dit, on pourra définir la pas- • sion, à la prendre en ce qu'elle est dans l'âme et dans le corps, un désir ou une aversion qui naît datos l'âme à proportion que le corps est dis[)0sé au dedanS'à poursuivre ou à fuir certains objets.

- Ainsi le concours de l'âme et du coqjs est visiUe dans les passions ; maas ii est clair que la bonne et mauvaise disposition doit commencer par le corps.

Car comme les passions suivent les sensations, ef que les sensations suivent les dispositions de corps dont elles doivent avertir Fâme, il paraît que les passions les doivent suivre aussi; en sorte que le corps doit être ébranlé par on certain mouvement, avant que Fâme soit sollicitée à s'y joindre patr son désir.

I^ un mot, en ce qui regarde les sensations, les imaginations et les passions, elle est purement patiente*; et il faut toujours penser que, comme la scbk sation' suit l'ébranlement du nerf, et que l'ima^nfttion suit l'impression du cwreau, le désir oo l'aversion suivent aussi la disposition où le co»ps €Wt mis par les objets qu'il faut ou fuir ou chercher.

La raison est, que Ites sensations et tout ce qui en dépend est donné à l'âme pour l'exciter à pourvoir f"

4 , On dit aujourd'hui pas- | d'après lui riatellett/7âr/«>/i* et s/f^/maia les premiers commen- i rintellect agent ^ ce dernier mot tateurs d^Aristote cfntinguaient V ètao^- \in« àaiTi& \e ««q& <if«rcf(^

iraiOH DE L'AHE ET DU COKPS. US

aus besoins du corps, et que tout cela, par conséquent, devait être accommodé à ce qu'il souffi-e.

El il ne faut, pouf nous en convaincre, (|ue nous observer nous-niêmes dans un de nos a]>j>étits les |]lus natureh, qui est celui de manger. Le corps vide de nourriture en a besoin, et l'âme aussi la désire : le corps est altéré par ce besoin, et l'àtue ressent aussi la douleur pressante de la faîm. Les viandes frappent l'œil ou l'odorat, et en ébranfent les nerft ; les sensations conformes s'excilent, c'est-à-dire qne nous voyons et seotoiis les viandes par t' ébranlement des nerfs ; cet objet est imprimé dans le cwveau, et . le plaisir de manger remplit l'imagination. A Vocca- . sîon de Timpressioa que les viandes font dans le m?me cerveau, tes esprits cftulent dami tous les endroits qui servent ù la nutrition, l'eau vient à la bouche, et on sait que cette ean est projire à ramoffîr les viandes, à en exprimer le suc, à nous les faire avakr ; d'autres eaus s'apprêtent dans festomac, et dè|ii elles le picotent ; tont se prépare ù la digestion, et l'âme dévore déjà les viandes par la. pensée.

Cest ce qui (îiit dire ordinairement que l'appétii facaite ta digestion : non qu'un désir puisse de soimËme inciser les viandes, les cuire et les digérer; mais c'est que ce désir vient dans )e temjis que tout est prêt dans le corjis à la digestion.

Et qui verrait un homme aBamé en présence de la nourraure offerte après un long temps, verrait ce que.peot roltjet présent, et comme lotit le corps se tourne S !e saisir et à l'engloutir.

11 en est donc de notre cnq>s dans les passions,

imr exemple, dans une faim ou dans nnp colère vioente, comme d'un arc bandé, dont toute la disposi- ', ttun tend à décocbcr te trait ; et oh peut dh'e qu'un arc en cet état ne tend pas pins à tirer , t\ue \.e covY^ d'un homme en colère tend à frapper Veii»c£tv\, tàv.

444 CHAPITRE lll.

et le cerveau, et les nerfs, et les muscles, le tournent tout entier à cette action, comme les autres passions le tournent aux actions qui leur sont conformes.

Et encore qu'en même temps que le corps est en cet état, il s'élève dans notre âme mille imaginations et mille désirs; ce n'est |)as tant ces pensées qu'il faut regarder, que les mouvements du cerveau auxquels elles se trouvent jointes ; puisque c'est par ces mouvements que les passages sont ouverts, que les esprits coulent, que les nerfs, et par eux les muscles, en sont remplis, et que tout le corps est tendu à un certain mouvement.

Et ce qui fait croire que, dans cet état, il faut moins regarder les pensées de l'âme, que les mouvements du cerveau, c'est que dans les passions, comme nous les cpnsidérons. l'âme est patiente, et qu'elle ne préside pas aux dispositions du corps, mais qu'elle y vsert.

C'est pourquoi il n'entre dans les passions ainsi regardées aucune sorte de raisonnement ou de réflexion; car nous y considérons ce qui prévient tout raisonnement et toute réflexion , et ce qui suit naturellement la direction des esprits pour causer certains mouvements.

Et encore que nous ayons vu dans le chapitre De tâme^ que les passions se diversifient à la présence ou à l'absence des objets, et par la facilité ou la difficulté de les acquérir, ce n'est pas qu'il intervienne une réflexion, par laquelle nous concevions l'objet présent ou absent, facile ou difficile h. acquérir : noais c'est que réloigneinent aussi bien que la présence de l'objet ont leurs caractères propres, qui se marquent dans les organes et dans le cerveau^; d'où suivent

\ . y. cli;ip. 1", n" G, p.^4 7. | sion sur les organes des sens et

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