‹ De la connaissance de Dieu et de soimêmeChapitre 49 sur 93 · CKION DE L'AME ET DU CORPS. H · texte numérisé non relu

CKION DE L'AME ET DU CORPS. H

ce que fail le corps, et à quoi il sert dans les ojiérations intellectuelles, c'est-à-dire, tant duDS celle. de l'entendenienl que dans celles de la volonté.

Et d'abord il faut reconnaître que l'inteUigencc, c'est-à-dire, la connaissance de la vérité, n'est pas, comme la scns.ition et l'imagination, une suite de l'ébranlement de quelque nerf, ou de quelque partie du cerveau.

Nous en serons convaincus en considérant les trois propriétés de l'entendement , par lesquelles nous avons vu, dans le chapitre Se tâme*, qu'il est élevé au-dessus du sens et de toutes ses déjjendances.

Car il y paraît que la sensation ne dépend pas seulement de la vérité de l'objet, mais qu'elle suit tellement des dispositions et du mîlieii de l'organe, que pur là l'objet vient à nous tout autie qu'il n'est. Un bâton droit devient courbe à nos jeux an milieu de l'eau, le soleil et les autres astres y viennent infiniment plus petits qu'ils ne sont eu eux-mËmes. Nous avons beau être coovaincus de toutes les raisons par lesquelles on sait, et que l'eau n'a pas tout d'un coup rompu ce bâton, et que tel astre, qui ne DOiis paraît qu'un point dans le ciel, surpasse sans proportion toute la grandeuj- de la terre ; ni le bàloo pour cela n'en vient plus droit à nos yeui, ni les étoiles plus grandes. Ce qui montre que la vérité ne s'imprime pas sur le sens, maïs que toutes les sensations sont une suite nécessaire des dispositions do corps, sans qu'elles puissent jamais s'élever au-des sus d'elles.

Que s'il en était autant de l'entendement, il pourrait être de même forcé à l'erreur. Or eat-il que nous n'y tombons que par notre faute, et pour ne vouloir pas apiiorter l'attention nécessaire a l'objet

ouleadelap.vfis-— i'aufeuf ) de l'entendenieB . jattiilioe à ArUtate h iléier- I ce Bujel ua Uel liotoma^e .

GHAPime m.

dont i) &ut joçeF. Car dès lors qae Fâosc x toome diFeetement à la. vérité, Fésolue de ne céder ^psdk elle seule, eRe ne reçoit d'impresaioD q«e dss: kr vé-» rile même ; en sorte qu'elle s'y attache qwaii i elle parait, et demeure en suspens » elle ne parak p toujour? exempte d'erpeaar en l'ui» eC^en Fauttre eu paifce cpi'eÛe connaît k vérit^é', cm parrcr cfa^dfe connaît du moins qu'elle ne peut pas encore ta «sw- Boltre.

PtHT fef i n êmc principe, il paraH qu'au lient cpie hn el^ets fe» plus sensibles seot pénibles et iasupperta>^ blés, lar vérité, au contraire, plus elle est ibtetitgilikv plus efe pl^ît. Car la sensation ffétanl qu-'une suite «Ton or^[ane corporelv h. plbs forte doit nécf ^naàn moit devenir pénible par le coup* violent que ¥«v^ gane aura reeu, tel qa'est e«lui qu« les yeux letoiKreBf par le soleil, et les oreiBes^ par un grand brâii ; es sorte qu'on est forcé d^e détourner les yeux etdr boucher les oreilles. De même', une Ibrte îmagânÉMBi nous travaille extinordinairement, parce ^'eUc ne peut pas. être sans une commotion trop violfÉc ém eerveau. Et si ^entendement avait la même dépe**dîance du corps, te corps me pourrait mancper d'èlrtblessé par la vérité la phis forte, c'est-à-^re bt plus certaine et la plus connue. Si donc cette vérilé, loin de blesser, plaît et soulage, c'est qu'il a'y a aucune partie qu eHe doive rudement ârappev oa émottvmr : car ce quf peut ètve Idiessé de cette sovl» est un corps ; -mais qu'elfe- s m»it paisibiemeot à Fe»tendement, en qui elle trouve une entière ccnrespo»élance, pourvu qu'il ne se soit point gâté bii lâlbnfir par les mauvaises dispositions que nous avoas^ msm^ ^lées ailleui*s*.

Que si cependant noos éprouvons que la r^kevdM

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de la vérité soit hiborîcnse, nous découvrirons bientôt de que! ciité nous vient ce travail ' : mais, en nitenilant. nous viijous qu'il n'y a point de vérité (fui nous blesse par elle-nièine étant connue, et f[ue pba une âme droite la regarde, plus etk e» est délectée.

Et de lit vient encore que tant que l'âme s'attache i la vérité, snns écouter les [lassions et les im»gi- BatioDS, elle ta voit toujours la même ; ce qui ne pourrait pits être, si la cotinaèsmice suivùt le mouvement du cerveau toujours agité, et du corps toujours changeuni.

C'est de fù aussi qu'il arrive que k sens vaiie souvent, ainsi que nous l'avcras dit au lien allégné. Car ce n'est point ta vérité seule qui agit es lui; mais il s'excite, à l'agitation qui arrive dans son organe : au lieu que C entende ment, qui, agissant en soti natturl, ne reçoit d'impression que de la seule vérité, la voit aussi toujours mùforme.

Car posons, par eiemple, quelques vérités clairement comiues, comme serait, que rien ne se donne l'être à soi-niâiBe, ou qu'il ^ut suivre la raistin en tout, et toutes les autres qui suivent de ces beaux |>riâcipes : nous pouvons bieo n'y penser pas, mais tant que nous y serons véritablement attL'ntïfs, anus les verrons toujours de même, jamais nitérées ni diminaées. Ce qui montre que la connaissance de ces vàrilâ ne dépend d'aucune disposition changeante, «t n'est pas, comme La sensation, attachée ù un orgaiK aliérable.

Et c'est pourquoi, au lieu que la sensation, qni s'élève au concours mxtmenLuié de l'objet et de l'organe, aussi vite qu'une étîncelLe au lïliiic de la pierre ■et du fiîr, ue nous fait rien apercevoir qui ne passe presque à l'instant; l'entendement, au contraire,

voit des choses qui ne passent pas, parce qu'il n\ attaché qu'à la vérité, dont la substance * est éternel

'est

qu a la vente, dont ja suDsiance * est éternelle. Ainsi il n'est pas possible de regarder l'intelligence comme une suite de l'altération qui se sera faite dans le corps, ni par conséquent l'entende noient comme attaché à un organe corporel dont il suive le mouvement.

XIV. L'intelligence, par sa liaison avec le sens, dépend eu quelque sorte du corps, mais par accident.

Il faut pourtant reconnaître qu'on n'entend point sans imaginer ni sans avoir senti ^, car il est vrai que, par un certain accord entre toutes les parties qui composent l'homme, l'âme n'agit pas, c'est-à-dire ne pense et ne connaît pas sans le corps, ni la partie intellectuelle sans la partie ^enjiitive.

Et déjà, à l'égard de la connaissance des corps, il est certain que nous ne pouvons entendre qu'il y

I» L'édition de l'abbé Caron donne subsistance au lieu de substance. Cette leçon parait préférable.

2. Malgré la supériorité qu'il attribue partout à l'entendement sur les sens, et le pouvoir qu'il lui reconnaît de contempler ces vérités éternelles qui dirigent le raisonnement f qui forn.ent Ips mœurs et par lesquelles nous découvrons les proportions secrètes des Jigures et des tnouvements (Voy. cliap. iv, art. 9), l'auteur admet que notre vie commence par de pures jensations, avec peu ou point ^'intelligence, et que dans tout le cours de notre existence icihaSj l'exercice des opérations sensitlves est tellement mêlé à "'wj de iVntendement, qu'il

n'est pas si\r qu'il y ait, dans la durée d'une longue vie, un seul acte d'intelligence dégagé de toute image sensible.

Mais il ne s'agit là, à Cont prendre, que de Tanténorité du développement de la sensibilité ou des sens sur celui de l'entendement ou de la raison, et c'est (fans ces Jimitcs seulement que Bossuet adopte la maxime : Nihil est in itltellectv quod non prius fuerit in sauu.

Il est au reste d'accord sor ce point, sinon avec Pltton qu'il reprend au liv. I, chap. xxxvn de sa LogiquCy au moins avee saint Augustin, avec saint Thomas, et mt^me avec Aristote, l'auteur prétendu de celte furmvvle, c\ui n'y est pas toujours

CNlOn DE L'AHB ET DU CORPS. ItS

en ail d'existants dnns la niiture, que par le moyen des sens. Car eo clieiT.hant d'où nous viennent nos sensations, nous trouvons toujours quelque corps qui a afiecté nos organes, et ce nous est une preuve que ces corps existent.

Et en effet, s'il y a des corps dans l'univers, c'est chose de fait', dont nous sommes avertis par nos sens, comme des autres faits; et sans le secours des sens, je ne pouiTais non plus deviner s'il j a un soleil que s'il y a un tel iKimme dans le monde.

Bien plus, l'esprit occupa de cl^oses incorporelles, par exemple de Dieu çt de ses perfections, s'y est senti excité par la considération de ses œuvres, ou

{ar sa parole, ou enfin par quelque autre chose dont ■s sens ont été fruppés.

Et notre vie ay;)nt commencé pur de pures sensations , avec peu ou point d'intelligence indépendante du corps, nous avons dès l'enfance contracte nne si grande habitude de sentir et d'imaginei', que ces choses nous suivent toujours, sans que nous paissions en être entièrement séparés. •

De là vient que nous ne pensons jamais, ou presque jamais, à quelque objet que ce soit, que le nom dont nous l'appelons ne nous reviennci ce qui marque la liaison des choses qui frappent nos sens, tels que sont les noms, avec nos opérations intellectuelles.

On met en question s'il jieut y avoir, en cette vie, un pur- acte d'intelligence dégagé de toute image sensible! et il n'est pas incroyable que cela puisse être durant de certains moments, dans les esprits élevés à une haute contemplation, et eitercés par un long temps à tenir leur sens dans la règle '; mais cet

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