DE L'0»ION DE L'AME ET DU CORPS. <6I
la première chose qu'il faut fiiire, c'est doter l'empèchement naturel de l'attention, c'est-ù-dire la dissipation, et CCS pensées vagues qui s'élèvent dans aotre esprit ; car il ne peut être tout ensemble dissipe et attentif.
Pour faire taire ces pensées qui nous dissipent, il faut que l'agitation naturelle du cerveau soit en quelque sorte calmée ; car, tant qu'elle durera, nous ne serons jamais assez maîtres de nos pensées, pour avoir de l'attentioD.
Ainsi, le premier effet du commandement de l'âme est que, voulant être attentive, elle apaise l'agitation naturelle ducei-veau.
Et nous avons déjà vu que, pour cela, il n'est pas besoin qu'elle connaisse le cerveau, ou qu'elle ait intention d'agir sur lui : il suffit qu'elle veuille faire ce qui dépend d'elfe immédiatement, c'eat-à-dire Être attentive. Le cerveau, s'il n'est prévenu par quelque agitation trop violente, obéit natm'cllement , et se calme par la seule subordination du corps à l'àme.
Mais comme les esprits qui tournoient dans le cerveau tendent toujours à l'agiter à leur ordinaire son mouvement ne peut être arrêté sans quelque eBort. C'est ce qui fait que l'attention a quelque chose de pénible, et veut être relâchée de temps en temps.
Aussi le cerveau, abandonné au\ espnls el aux vapeurs qui le poussent sans cesse , souffrirait un mouvement trop irrégulier; les pensées seraient trop dissipe'es; et cette dissipation, outré qu'elle tournerait a une espèce d'extravagance, d'elle-même est fatigante. C'est pourquoi U faut nécessairement, même poiu' son propre rt'pos, biider ces uioiivement» ir réguliers do cerveau.
Voilà donc l'erapêcliement levé, c'eal-iiL-ààitt V*. dissi|Niition ûtée. Lame se liouve tranc^ui^Ve, feX. "Wi^
imaginations confuses -sont dis|X)sées à tourner en Taiaonnement et en considération.
XVIII. L*àme attentive à raisonner se sert du oetttam, far le besoin qa*elJe a des images seiàsibks.
Ilïie faut pourtant pas penser qu'elle doive rejeter alors toute imagination^ toute im^ge sensible, puisque nous avons reconnu qu'elle s'en aide pour raisonner.
Ainsi, loin de rejeter toute sorte d'images seasi* l)les, -elle songe seulement à rappeler celles qui sont «convenables à son sujet, et qui peuvent aider son raisonnement.
IVIais d'autant que ces images sensibles sont attacbées aux impressions ou aui marques qui desoeuireut dans le cerveau, et qu'ainsi elles ne peuvent orevenir, sans que le cerveau soit ému dans les endroits où sont les marques, comme il a déjà été remarqué, il faut conclure que l'âme peut, quand elle •veut, non-seulement calmer le cerveau, mais encore l'exciter en tel endroit qu'il lui plaît pour rappeler les objets selon ses besoins. L'expérience nous fait Toir aussi que nous sommes maîtres de ri^p|>eler, -comme nous voulons, les choses coudées à notre mémoire. £t encore que ce pouvoir ait ses bornes, et qu il soit plus grand dans les uns que dans les autres,, il n'y aurait aucun raisonnement, si nous ne pouvions l'exercer jusqu'à un certain point. Et c'est une nouvelle raison pour montrer combien le cèr- Yeau doit être en repos quand il s'agit de raiscMmer. Car agité, et déjà ému, il serait peu en état d'obâr à l'âme, et de (aire, -à point nommé, les mouvemcBts nécessaires pour lui présenter les images sensflbki» -dont elle a besoin.
Cest ici -que le cerveau peine ^ en tous ceux qui
'preud dt la peiue. Peiner ^ yer- \ pawU a \m. a»tet wx»»
Dï L-DMION DE L'AME ET DU COKPS.
n'ont pas ac([uis celle heui-eiise immohilité. lieu que son naturel est d'iLvuir uu nit>uveinent Ubre et incertain connue le courg des esprits, il est réduit prcmièremeat à un repos violent, et puis à des mouvemeQta suivis et régulier, qui le tr^vaiUeut beou-
Cor lorsqu'il est déteodti et abandonné an cours naturel dcn esprits, le mouvement en peu de tetn|)$ erce en plus de parties, mais il est aussi moins ra- |)ide et moiiis violent : au lieu qu'on a besoin, en raisonnant, de se représenter foi-l vivement les objets; ce qui ne se peut, sans que le cerveau soit fortement remué.
Et il faut, pour (aire un raisonnement, tant i-appeler d'images sensibles^ par conséquent remuer le cerveau fortement en tant d'enUiHÛts, qu'il n'y aurait rien à la longue de pbs ^tigunt. D'autant [dus, qu'en rappelant ces objets divers qui servent au rai- • fionnemeni, l'esprit demeure toujours attaché à l'objet qui en fait le sujet principal : de sorte que le cerveau est en même temps icalmc à l'égard de son agitation universelle, tendu et dresse à uo point fixe par la considération de l'objet pprincipal, et icmué fortement, en divers endroits, pour rappeler les objets seconds et subsidiaires.
Il dut, |)0(ir des mouvements si réguliers et si forts, beaucoup d'esprits; et ia tête aussi en reçoit tant dans ces opérations, quand elles sont longues, qu'elle en épuise te reste du corps.
De là suit une lassitude universelle, el une oétBSsilé indispensable de rektcher son attention.
Mais la nature y a pourvu, en nous donnant le sommeil, surtout de la nuit, où les nerfs sont détendus, où lee 6enB;aions sont éteintes, nù le cerveau et tout le corps se reposent. Comme donc c'est là le vrai tem()s du lehtcliemcnt, le jour do'il ûlia ioMw. *a. ■—■--, qui peat être plus ou moins loïte, eV'çax
iCt CHAPITRE ni.
là, tantôt tendre le cerve.iu, et tantôt le soulager.
Voilà ce qui doit se faire dans le cerveau durant le raisonnement, c'est-à-dire darant la recherche que nous avons dit devoir être laborieuse ; et on aperçoit maintenant que ce travail ne vient pas précisément de Facte d'entendre, mais des imaginations qui doivent aller en concours, et qui présupposent dans le cerveau un grand mouvement.
Au reste, quand la vérité est trouvée, tout le travail cesse; et Tâme, toujours délectée de ce beau spectacle, voudrait n'en être jamais arrachée, parce que la vérité ne cause par elle-même aucune altération.
Et lorsqu'elle demeure clairement connue, l'imagination agit peu ou point du tout : de là vient qu'on ne ressent que peu ou point de travail.
Car, dans la recherche de la vérité, où nous procédons par comparaisons, par oppositions, par proportions, par autres choses semblables, pour lesquelles il faut appeler beaucoup d'images sensibles, l'imagination agit beaucoup. Mais quand la chose est trouvée, l'âme fait taire l'imagination autant qu'elle peut, et ne fait plus que tourner vers la vérité un simple regard, en quoi consiste l'acte d'entendre.
Et plus cet acte est démêlé de toute image sensible, plus il est tranquille ; ce qui montre que l'acte d'entendre, de lui-même ne fait point de peine.
Il en fait pourtant par accident, parce que, pour y demeurer, il faut arrêter l'imagination, et par conséquent, tenir en bride le cerveau contre le cours des esprits.
Ainsi la contemplation, quelque douce qu elle soit par elle-même, ne peut j^ns durer bien longtemps, par Je défaut du corps continuellement agité. Et les seuls besoins du corps, cçoi sotiX s\ Créquents
DF LOiMOR DE L'AME ET DU COIil'S. Ub
et si grands, foDt diverses impressions, et l'ujipellent diverses pensées aiixquelles il est nécessaire de pr6ter l'oreille; de sorte que l'ùine est forcée de qiuttcr la contemplation de la vérité'.
Pur les choses qui ont été dites, on entend le premier effet de l'attention sur le corps. H regarde le cerveau, qui, au lieu d'une agitation universelle, est fixé à un certain point au «ommundement de ï'ime quand elle veut èlre attentive, et au reste, demeure en étal d'être es-cïtée subsidiairement où elle veut.
Il y a un second elfet de l'attention, qui s'éte.id siu- les passions : nous allons le considérer. Mais, avant que de passer outre, il ne faut pas oubtiei' unp chose considérable, qui regarde l'attendon prise en elle-même. C'est qu'un objet qui a commencé de nous occuper, par une attention volontaire, nous tient dans lu suite longtemps attachés, même malgré nous, parce que les esprits, qui ont un certain cours, ne peuvent pas aisément être détournés.
\insi notre attention est mêlée de volontaire et d'involontaire. Un objet qui nous a occupés par force, nous liatte souvent, de sorte que la volonté s'y donne; de même qu'un objet choisi par une forte application nous devieut une occupation inévitable.
Et comme l'agitation natLU'elle de notre cerveau ra|)pelle beaucoup de pensées qui nous viennent malgré nous, l'attention volontaire de notre âme fait de son côté de grands elTets sur le cerveau même ; les traces que les objets y avaient laissées eu deviennent plus jirofondcs, et le cerveau est disposé à s'émouvoir plus aisément dans ces eiidroits-là ',
El par l'accord établi entre le corps et l'âme, il
I. CucipreiiiutD, quoiqu'il 1 erseéi^ cl l'antagoniste de Fi^- B'ii^litg là cipicsKDieiit de la I neluii.
«élite tlle-œiine, fwat pressta- j 3. L'ipfluence otttiWée»\'i>^-
4C6 CHAPITRE ïll.
se fait naturellement une telle liaison entre les impressions du cerveau et les pensées de l'âme, quel'un ne manque jamais de ramener l'autre. Et ainsi, quand' une forte imagination a cause, par Tattention: que rame y apporte, lin grand mouvement dans le cea-visau, en quelque sorte que ce mouvement^ soit renouvelé, il fait revivre, et souvent dans toute leur force, les pensées qui l'avaient causé la première fois.
C'est pourquoi il faut beaucoup prendre garde de quelles imaginations on se remplit volontairement, et se souvenir que dans la suite elles reviendront souvent malgré nous, par ^agitation naturelle du cerveau et des esprits*'.
Maïs il faut aussi conclure qu'en prenant les choses de loin et ménageant bien notre attention, dont nous sommes maîtres, nous pouvons gagner beaucoup sur les impressions de notre cerveau, et le plier à l'obéissance.
!XIX* L*effet de Tattention sur les pastiona, et comment l*3Une les- peut tenir en sujétion dans leur principe : où H esr parlé de l'extravagance^ de là folie et des songes.
Par cet empire sur notre cerveau nous- pouvons aussi tenir en bride les passions, qui en dépendent toutes; et c'est le plus bel effet de rattention.
Pour l'entendre, il faut observer quelle sorte d'empire nous pouvons avoir sur nos passions.
1^ Il est certain que nous ne leur command6ns pas directement, comme à nos bras et à nos Hiains : noos ne pouvons pas élever ou apaiser notre oofêre,
est réeHe, qooique nous ignorions quelle part y peut avoir le ce/rean.