DE DIEU CREATEUR DE L'AME ET DU CORPS
Par là je recimoais que tout néant que je suis de moi-même devant Dieu, Je suis fait toutefois à son image, puisque je trouve ma peifection et mon bonhear dans le môme objet que lui, c'est-à-dire dani lui-même, et dans de semblables opéi-ations, c'est-àdire en connaissaat et en aimant.
deienae captivi
C'est donc en vain que je tâche quelquefois de m'iraaginer comment est faite mon ame, et de me la représenter sous quelque figure corporelle. Ce n'est pomt au corps qu'elle ressemble, puisqu'elle peut conuallre et aimer Dieu, qui est un esprit si pur; et c'est à Dieu miîmc qu'elle est semblable.
Quand je cherche en moi-mËme ce que je connais de Dieu, ma raison me répond que c'est une pure intelligence, qui n'est ni étendue par les lieux, DÎ renfermée dans les temps. Alors il se présente à mon espiit quelque idée ou quelque image de corps, je la rejette et je m'élève au-dessus. Par où je vois de combien la meilleure partie de moi-même , qui est faite pour connaître Dieu , est élevée par sa nature au-dessus dii corps.
C'est aussi par là que j'entends qu'étant unie à un corps, elle devait avoir le commandement, que Dieu en eff'ct lui a donné ; et j'ai remarqué en moi-même une force supérieure au corps, par laquelle Je puis l'exposer à sa ruine certaine, malgré la douleur et la violence que je souffre en l'y exposant.
2i« HAPITRE IV.
Que si ce corps pèse si fort à,moQ esprit, si ses besoins m'embarrassent et me gênent; si les [^aisirs et les douleurs qui me viennent de son cM me captivent et m'accablent) si les sens, qui dé* pendent tout à faii des organes corporels, prennent le dessus sur la raison même avec tant de fa-^ cilitc ; en lin , si je suis captif de ce corps que je devais gouverner, ma reli^n m'apprend, et ma rai» son me confirme -, que cet état malheureux ne peut être qu'une peine envoyée à l'homme, pour la punition de quelque p(!chë et de quelque désobéissance.
Mais je nais dans ce malheur; c'est au moment de jna naissance , et dans tout le cours de mon enfance ignorante , que les sens prennent cet empire, que la raison, xjui vient et trop tardive et trop fair ble, trouve établi. Tous les hommes naissent comme moi dans cette servitude ; et ce nous est à tdns'nn sujet de croire , ce que d'ailleurs la foi a enseigné; qu'il y a quelque chose de dépravé dans la sonrce commune de notre naissance.
La nature même commence en nous ce sentiment. Je ne sais quoi est imprimé dans le cœur de rhom-» me, pour lui faire reconnaître une justice qui punit les pères criminels sur leurs enfants , comme étant une portion de leur être.
De là ces discours dos poètes*, qui, regardant I Rome désolée [)ar tant de guerres civiles , ont dit \ ^qu'elle payiiit bien les parjures de LaomédOn et des Troyens, dont les Romains étaient descendus, et le parricide commis par Romulus, leur auteur, çn la perôoune de son frère.
ce : a Sic est : acerba fata Ruw iDHUos agitnt, Sceiufque ira- « tcrnsD nccis. Ut imraerentîs « fluxit in teiTaiu Rémi Sacer
ff teœ luimas perjuria Trujae. » « nc^uttlbus cruor. » {Bpod,
^-"r^. /, 60/-602), et Hora- V \ll, \1 «i ^Q.^
4. Les poètes dont il s*agit ici sont vraisemblablement Virgile : oc .... Sutis jampiidom « sanguine nostru Luoinedon
DE DIEU CaÉATEOR DE t.'AUE"ET DU CORi'S.
I ei dont ie
Les poètes , iaiitateiu propre est de recliercliet" dans la fond dii miiiules sentiments qu'elle y imprime, ont aperçu, que les hummes recherchent nutuj-elleiucnt les causes de leurs désastres dnns les ci-imes de leurs an- ■ cStres ' ; et par là , ils ont ressenti quelque eliuse de ' cette vengeance qui pnui'suit le crime du premier homme 'Sur «es descendants.
Nous voynns même des historiens païens', qui considérant lu mort d'Alexandre au milieu de ses victoires, et dans ses plus bielles années , et' ce qui est bien plus étrange, les sang'antes divisions des MUcé- duniens, dont la fureur lit périr par des nioi'ts tra- i giques son fière, ses sœtirs et ses enfants, allribuent tous ces malheurs à la vengeance' divine, qui punissait, les impiétés et les parjures de Pliîlippesur sa famille'.
Ainsi, nous portons au fond du cœur une impression de cette justice qui punit les pères dansles enfants. En effet, Dieu, auteur de l'être, ayant voulu le diMiner aux enfants dopendamment de leurs parents, les a mis par ce moycii sous leur puissance , et a voulu qu'ils fussent, et par leur n '