‹ De la connaissance de Dieu et de soimêmeChapitre 77 sur 93 · II. Réponse au premier argament · texte numérisé non relu

II. Réponse au premier argament

Le premier argument a un défaut manifeste. Cest autre chose de faire tout convenablement , autre chose de con;iaître Ja convenance. L'un convient non-seulement aux animaux, mais à tout ce qui est dans l'univers : l'autre est le vrai effet du raisonnement et de l'intelligence.

Dès là que tout le monde est fait par raison, tout s'y doit faire convenablement. Car le propre d'une cause intelligente est de mettre de la convenance et de l'ordre dans tous ses ouvrages.

Au-dessus de notre faible raison, restreinte à certains objets, nous avons reconnu une raison première et universelle, qui a tout conçu avant quil fût, qui a tout tire du néant, qui rappelle tout à ses principes, qui forme tout sur la même idée, et fait tout mouvoir en concours.

Cette raison est en Dieu, ou plutôt, cette raison c'est Dieu môme. Il n'est forcé en rien; il est le maître de sa matière, et la tourne comme il lui plaît. Le hasard n'a point de part à ses ouvrages; il nésl dominé par aucune nécessité; enGn, sa raison seule est sa loi. Ainsi, tout ce quil fait est suivi , et la raison y paraît partout.

11 y a une raison qui fait que le plus grand poids emporte le moindre ; qu'une pierre enfonce dans l'eau plutôt que du bois ; qu'un arbre croît en un lieu plutôt qu'en un autre ; et que chaque arbre tire de la terre, parmi une infinité de sucs, celui qui est propre pour le nourrir. Mais cette raison n'est pas dans toutes ces choses ; elle est en celui qui les a faites, et qui les a ordonnées*.

Si les arbres poussent leurs racines, autant qu'il

4 . Comparez les développe- i les choses créées avec ceux qoe menta dans lesquels Tauteur l donne Fénelon, Existence Àt êatre sur l'art de Dieu dana \ Dieu, V» ^MX..,^ài»j^.vi,

est convenable pnur les soutenir ; s'ils étendcrt leurs branches à proportion, et Sie couvrent d'une ccorce si propre à les défendre contre les injures de l'air ; si la vigne, le lierre et les autres niantes (pii sont faites pour s'attacher aui griinds arnres ou aux rochers, en choisissent si bien les jietits creui, et s'entortillent si proprement auT endroits tjui sont capables de les appujcr ; si les feuilles et les fruits de toutes les plantes se ri'diiiscnl à des figures si re'gulières, et s'ils prennent au justo, avec la figure, le goût et les antres qunlitda qui suivent de la nature de la plante; tout cela se Tait par raison : mais e<-rtes, celte raison n'est pas dnns les arbres.

On a beau oiallep l'adresse de l'hirondelle, qui se f.iit un nid si pro|)re ; ou des abeilles, qui ajustent avec tant de symëtrie leurs jietitcs niches : les grains d'une grenade ne sont pas ajustes moins pro-

Sirement ; et toutefois on ne s avise pas de dire que es grenades ont de la raison.

Tout se fait, dit-on, à propos dans les animaux ; mais tout se fait peut-être encore plus à propos dans les plantes. Leurs Qeurs tendres et délicates, et durant l'hiver enveloppées comme dans un petit coton, se déploient dans la saison la plus bénigne ; les feuilles les envirounent comme i>our les garder ; elle» se tournent en fruits dans leur saison, et cis fruits servent d'envela|ipes aux grains, d'où doivent sortir de nouvelles plantes. Chaque arbre porte des semences propres à engendrer son semblable ; en sorte que d'un orme îl vient toujours un orme, et d'un cnène toujours un chËue. La nature agit en cela comme sûre de son effet. Ces semences, tant qu'elles sont vertes et crues, demeui'ent attachées à l'arbi-r^ pour prendre leur maturité elles se détachent d'elles-mêmes quand elles sont milres elles tombent itu pied de leurs arbres, et les feuilles tombent ilessus. Les j)ItLiL's vienueut , les tcwiWs YOïiïTvi=ftT\

S30 CHAPITRE y.

et se mêlent avec la terre, qai, ramollie par les eaux, ouvre son sein aux semences, que Li clialeur du soleil, jointe à riiumitlité, fera germer en son temps. Certains arbres, comme les ormeaux, et une inlliiité d'autres, renferment leurs semences dans des matières légères que le vent em|>orte ; la race s* étend bien loin par ce moyen, et peuple les monta- (j^nos voisines. Il ne faut donc plus s'étonner si tout se (ait à propos dans les animaux ; cela est commun à toute la nature : il ne sert de rien de prouver que leurs mouvements ont de la suite, de la convenance et de la raison; mais s'ils connaissent cette convenance et cette suite, si cette raison est en eux ou dans celui qui les a faits, c'est ce qu'il fallait examiner.

Ceux qui trouvent que les animaux ont de la raison, parce qu'ils prennent pour se nourrir et se bien j)orter les moyens convenables, devraient dire aussi que c'est par raisonnement que se fait la digestion ; qu'il y a un j)rincipe de discernement qui sépare les excréments d'avec la bonne nourriture, et qui fait que l'estomac rejette souvent les viandes qui lui répugnent, pendant qu'il retient les autres pour les digérer.

En un mot, toute la nature est pleine de convenances et de disconvenances, de proportions et disproportions, selon lesquelles les choses, ou s'ajustent ensemble, ou se repoussent Tune l'autre : ce qui montre, à la vérité, que tout est fait par intelligence, mais non pas que tout soit intelligent. ^ Il n'y a aucun animal qui s'ajuste si proprenfient à '// quoi que ce soit, que Taimant s'ajuste lui-même aux î deux pôles. Il en suit l'un, il évite l'autre : une V aiguille aimantée fuit un côté de l'aimant et s'attache j à 1 autre avec une plus apparente avidité , que celle i que les animaux témoignent pour leur nourriture. Tout cela est fondé sans doute sur des convenances

DE LA DIFFÊRENLB EM'RË'll'HOMME ET LA BÉTE. EM

et disaonven.'ino«B'Cactiire». Une <seci-ète raÛDU diiigetoiis<<jesinuuvenieiit6; lanû (t«tle raûnn est en EK«i, ou platâi, cette ruison c'est 'U'mu nùuiti, qui, parcequ'Û «â tout raUua, ne |>eut l'ûii foire qui ne vâb

C'est pourquoi, queiiid les minimaux miintreat dsot. leurs actions tutit d'kidust»ie, suint 'Jlmni^ts a raisou. de les eott^rer ù de» iHVlirges et uui ;nitr«s niu-. cbîiKï mfwnietHeg, où rteiilotiiis l'industrie rt-skle.. non (iiins l'ouïr^ige, mais dans l'urtisan',

£iw «nlin, pqsdqae -iadusU'ie qu'il |>uruiGBe duiis. ee cjoe innt Ifs anni«u«, elle n'afTproolie ]i8s de- celleqni iparuit dutin tcor fiumitluia, où loulefoi:* il eêt ce/tiOB que nulle aoirie inisui nlugit que oelte d& Dieu. £t il eKt aiaé de iieiiser qiie ix uiôme &mu, qui a fiHiRie lua semsuccx, et qiû <j h imii "ce «euvetptineipe d'itrrungt'niewt, -d'oa se di;val(if>ptiat, jmrdes lODin'efiiT^nis «i réigi<':i, tes pin-ties duui l'fmiiual est c. impose, ii mis anssi, dans ceitiiut-gî iiuhislràL^ sèment furnii:', le pi'iuei|)e qui le fait mouvoir annv«Diit)leinent a tes besomftetik sa nulnn;.

m âecoud .-irgumetir e« Lvtar àa auiinnux; l'ti quoï

Uii' anus lurete |H)urt> iiiyecie. Noua vn)M>Bs les par oertiiins objets, tià i' que les tutinmes, pji- les

n ' ;irt. 3.

; / 3. l'hilurqiïc-

i;iJ CHAPITRE V.

bles. C'est donc mal à propos que Ton compare leurs actions avec celles des plantes et des autres corps , qui n- agissent point comme touches de certains objets, mais comme de simples causes naturelles dont reflet ne dépend pas de la connaissance.

Mais il faudrait considérer que les objets sont eux-mêmes des causes naturelles, qui, comme toutes les autres, font leurs efiets par les moyens les plus convenables.

Car, qu'est-ce que les objets, si ce n'est les corps qui nous environnent, à qui la nature a préparé dans les animaux certains organes délicats, capables de recevoir et de porter au dedans du cerveau les moindres agitations du dehors? Et nous avons vu que l'air agité agit sur l'oreille, les vapeurs des tîorps odoriférants sur les narines, les rayons du soleil sur les yeux, et ainsi du reste, aussi naturellement que le feu agit sur Veau et par une impression aussi réelle.

Et pour montrer combien il y a loin entre agir par l'impression des objets, et agir par raisonnement, il ne faut que considérer ce qui se passe en nousmêmes.

Cette considération nous fera remarquer dans les objets, premièrement, l'impression qu'ils font sur nos organes corporels : secondement, les sensations qui suivent immédiatement ces impressions : troisièmement, le raisonnement que nous faisons sur les objets, et le choix que nous faisons de l'un plutôt que de l'autre.

Les deux premières choses se font en nous, avant que nous ayons fait la troisième, c'est-à-dire de raisonner. Notre chair a été percée, et nous avons senti de la douleur, avant que nous ayons réfléchi et raisonné sur ce qui nous vient d'arriver. Il en est de Blême de tous les autres ob'^els. ^îàs» ^^vjçafc wolte

DE LA DIFFÉRENCE ENTRE L'HOMME ET LA D£TE. î33

raison ne se mule pas dans ces deui chosps, c'està-dire dans l'alleratiim coi*porelle de l'organe, et dans la sensation qui s'escite iramédiatement après; ces deux, chuses ne laissent pas de se faire convenablement , par la raison supérieure qui gouverne tout.

Qu'ainsi ne soit, nous n'avons qu'à considérer ce que la lumière fait dans notre oeil, ce que l'air agite fait sur notre oreille, en un mol, de quelle sorte le mouvement se communique depuis le dehors jusqu'au dedans i nous verrons qu'il n'y a rien de plus convenable ni de plus suivi.

Nous avons même observé que les objets disposent le corps de la manière qu'il faut pour le mettre en état de les poursuivre ou de les fuir, selon le besoin. De là vient que nous devenous plus robustes dans la colère, et plus vîtes dans la crainte : chose qui certainement a sa raison, mais une raison qui n'est point en nous.

Et on ne peut assez admirer le secours que donne la crainte à ta faiblesse; car, outre qu'étant pressée elle précipite la fuite, elle fait que l'animal se ca' cbe et se tapit, qui est la chose la plus convenable à la faiblesse attaquée.

Souvent même il lui est utile de tomber absolument en défaillance, parce que la défaillance supprime la ïoi-v , et en quelque sorte l'haleine , et empêche tous les mouvements qui attiraient l'en-

On dit ordinairement que certains animaux font les morts pour empêcher qu'on ne les tue : c'est en effet que la craiute les jette dans la défaillance. Cette adresse, qu'on leur attribue, est la suite naturelle d'nne crainte extrême, mais une suite très-convenable auï besoins et aux périls d'un animal tviWt.

La nature, qui a donné dans la cravnVfc uw î,eM«ït^ si proportionné uu\ animaux 'xnrvvnvc!., a ÔQwcvfc N'^

colère aux autres, et y a mis tout ce qu'il faut pour rendre la défense ferme et l'attaque vigoureuse, sans qu'il soit besoin pour oeîa de raisonner.

Nous lé prouvons en nous -m âmes dans les premiers mouvements de la colère; et lorsque sa violence nous ôte toute réflexion, nous ne laissons pas toutefois de nous mieux situer, et souvent même, diuas l'emportement., de frapper plus juste que si nous y avions bien pensé.

Et généralement, quand notre corps se situe de la manière la plus convenable à se soutenir ; quand, ea tombant, nous éloignons naturellement la tête, et que nous parons le coup avec la main; quand, sans y penser, nous nous ajustons avec les corps qui nous envii'otment, de la manière la plus commode pour nous empêcher d'en être blessés : tout cela se fait convenablement, et ne se fait pas sans raison ; mais nous avons vu que cette raison n'est pas la nôti'o

C'est sans raisonner qu'un enfant qui tette ajuste ses lèvres et sa langue de la manière la plus propre à tirer le lait qui est dans la mamÊlle; «n quoi il y a si peu de discernement, qu'il fera le même mouvement sur le doigt qu'on lui mettra dans la bouche, par la .seule conformité de la figure du doigt avec celle de la mamelle. C'est sans raisonner que notre prunelle s'élargit pour les ol:(jets éloignés, et se resserre pour les autres. C'est sans raisonner que nos lèvres et notre langue font les mouvements divers qui causent l'articulation, et nous n'en connaissons aucun, à moins que d'y faire beaucoup de réflexion : ceux enfin qui les ont connus n'ont pas besoin de se servir de cette connaissance pour les produire ; efle les embarrasserait. Toutes ces choses et une infinitë d'autres se font si raisonnablement, que la raison en excède notre pouvoir et en surpasse notre industiie.

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