II. est bon d'appuyer un peu sur la parole. lî est
DE LA DIFFIÎRENCE EHTBE L'HOMME ET LA BÈTE. îll
lenient cjui l'nil que nous votilons parler et «niprkiier ■ nos pensées : mais les pamies qui tiennent ensuitu ne di-peiident plus du niisonnement ; elles snnt une suite naturelle de la dispnsllion des o-ganes.
Bien plus, après avoir commence les chfses que nnus savons par coeur, nnuft voyons que notre langue les achève Innte seule longtemps après que la réflexion que nous y fiiisinnsL-st liti^iiitc tout à fait; an contraire, la r^nenion, quand elle revient, ne fait que nous iiitenvMupre, et rons ne récitons plus s\ sQi'ement.
Combien de sortes de mouvements 'doivent s'ajuster ensemble pour opérer cet effet? Ceux du cerveau, ceux du piiucnon. cent de 1,-t tracbde-arière, cen» de la langne, cen^ dps lèvres, ceux du la mrtchoîre, qui doit tant de fois s'ouvrir et fermer à propos, IVous n'apportons point en naissant l'bnbilêté que noiE avons à firire ces choses; elle s'est faite datJ» nrttre cerveau, et ensuite dans imites les autres partics', par l'impresàon profmide de certains rife.'iets dont nous avons été souvent frapptis ; et tout cela s'arrange en nous avec une justesse tnconcevitble, sans que notre rdsou y ait part.
Sous écrivons sans savoir comment, après avoir une fbii appris. La science en est dans les dorgls; et les lettres, souvent regardiîes, ont (ah une telle impression sur le cerveau, que la figare en passe sur le, papier sans qu'il soit besoin d'y avoir de l'attention.
Les choses prodigieuses que certains hommes font daus le sommeil montrent ce que peut la dispo^on du coï^s, indépendamment 'de nos réflenions et de
Si maintenant nous Tenons aux sensations que
nous trouvons jointes avec les impressions des objets sur notre corps, nous avons vu combien tout cela est convenable. Car il n'y a rien de mieux pensé que d'avoir joint le plaisir aux objets qui sont convenables à notre corps, et la douleur à ceux qui lui sont contraires. Mais ce n'est pas notre raison qui a si bien ajusté ces choses, c'est une raison plus haute et plus profonde.
Cette raison souveraine a proportionné avec les objets les impressions qui se font dans nos corps. Cette même raison a uni nos appétits naturels avec nos besoins ; elle nous a forcés, par le plaisir et par la douleur, à désirer la nourriture sans laquelle nos corps périraient; elle a mis, dans les aliments qui nous sont propres, une force pour nous attirer : le bois n'excite pas notre appétit comme le pain ; d'autres objets nous causent des aversions souvent invincibles : tout cela se fait en nous par des proportions et disproportions cachées, et notre raison n'a aucune part ni aux dispositions qui sont dans l'objet, ni à celles qui naissent en nous à sa présence.
Supposons donc que la nature veuille faire faire aux animaux des choses utiles pour leur conservation. Avant que d'être forcée à leur donner pour cela du raisonnement, elle a, pour ainsi parler, deux choses à tenter.
L'une de proportionner les objets avec les organes, et d'ajuster les mouvements qui naissent des uns avec ceux qui doivent suivre naturellement dans les autres. Un concert admirable résultera de cet assemblage, et chaque animal se trouvera attaché à son objet, aussi sûrement que l'aimant l'est à son pôle. Mais alors ce qui semblera finesse et discernement dans les animaux, au fond sera seulement un effet de la sagesse et de l'art profond de celui qui aura construit toute la machine.
Et si l'on veut qu'il y ait quelque sensation jointe
à l'impression des nbjets, il n'y aura qu'à imaginer qiie la nature aura attacha le plaisir et la douleur aux choses convenables et contraires ; les appétits suivront naturellement : el si les actions y sont attachées , tout se fera convenablement dans tes animaux, sans que la nature soit obligée à leur donner pour cela du raisonne ment.
Et ces deux moyena, dont nous supjiosons que la nature se peut servii', ne sont point choses inventées à plaisir j car nous les trouvons en nous-mêmes, nous y trouvons des mouvements ajustés naturellement avec les objets î nous ; trouvons des plaisirs et des douleurs, attachés nutureilement aux objets convenables ou contraires. Notre raison n'a pas fait ces prupurtions. elle les a trouvées faites par une raison plus haute; et nous ne nous trompcrous \}as d'attribuer seulement aux animaux ce que nous trouvons dans cette partie de nous-mêmes qui est animale.
Il n'y a donc rien de meilleur, pour bien juger des animaux, que de s'étudier soi-même auparavant. Car, encore que nous ayons quelque cliosc au-dessus de l'animal, nou.° sommes animaux, et nous avons l'expérience, tant de ce que fait en nous l'animal, que de ce qu'y fait le raisunnemeut et la n-llexion. C'est donc en nous étudiant nous-mêmes, et en observant ce que nous sentons, que nous devenons juges compétents de ce qui est hors de nous, et dont nous n'avons pas d'expérience. Et quandnous aurons trouvé dans les animaux ce qui est en nous d'animal, ce ne sera jias une conséquence que nous devions leur attribuer ce qu'il y a en nous de sopériem'.
Or l'animal, touché de certains objets, fait en nous naturellement et sans réflexion des choses trèsconvenables. Nous devons donc être convaincus, par notre propre expérience , que ces actîtn«> cowie.ïi'iTblés ne soiii pus une preuve de ïulsiOïu.vt'ûifcïA.
ïl fiuxt pourtaTït lever ici une ctifificiiltév qm vîenl: de R-e pas j^enser à ce que Eût en- nous la imisoiiv.
Ce dit que cette partie, qui agk eoEious sans raifsonncment, eomtneace seuiemeiit les ciiooes,, mais que la raison les achève : par exemple, l'objet p»ësent excite en nous l'appétit, ou de manger, ou de la vengeance; mais nous n'en venons à l'executiai^ 4|ue pur uo raifioBueraent qui neus détermifte ^ : ce qui est si vëritaJ;>le , que nous, pouvons niême vé^ sister à nos appétits nukiFels^ et aux dispositions les plus viokntes de notre covps et de nos organes. Il semble donc, dira-*1>*oQ, (|ne la raison doit iaterv^mr dans les fonctions animales, sans quoi elles n'auront jamais qu'un cocameoeemeat imparfait.
Mais cette dif&cuilë s'évacwuit en un oac^cnent^ si ^^ eensidàre ce qui se fait en nous-mêmes, dans les premiers mouveiUienlB qui pffécèdent la réâexioa. Mous avoMs Tii> eomme alors k colère noiuis faijt frapper juste ; nous éprouvons tous les jours commit mi coup qui vient, neus £ait promptement détourner le copps, avant que bous y a3ions seoleisieiat pe»s^. Qw de nom peut s'empêcker àe krmer les yeux^o» de detoorner la tête, quand mk feint seukoiiienj: de BOUS y voubir fmppei* ? Alors, si notse raisoia avait qtielque force, elle nous rassorearait contre un sûsoi. tpû se joue; maôs, bon gœ mal gré:^ il faul fermer Tonl, il faut détourner la tète-; e;t la seule infxres^ SÊ&& de l'objet opère inviacibleiDeBt en nous oelte action. La mêsne cause^ dans les chutes, fait jieter protfi^jteiment les mtàas devanJi la tote. Plus uà ex-
1. DujDS sa Logif^e, llv. III, chap. X, Fauteur, coiubultioC ropiuiuu de fuviidémrcix;!!- De kl Giambre, refuse vmx uni.
aaux le syli«>^si]ieap|kelé ex^tasitoira, tel que celui-ci que le j:Iiilos(>phc critiqué faisuît fuire à son chat ea ixréseaeetlu l<iit :
tt Le blanc CÂt doun ;, le doux est bun à manger; donc ce btune est bea à mi;ng«'f. a fii>&»t*el jsemurque qu'il y » Iji des klces et <.!es propusUlons uuivet^selles; et il s'en trouve, eu effet, idans tout mistmaiem«fir.
DE lA DIFFÉRENCE EKTBC L'BOMME ET Li BËTB. 93B
ceHent juuenr de ladi laisse agir sa main sans y faire (Je rëflcKÎon , 'pha H tcmetie jasle ; et nous voyons ïons (es jours des expéïieiicea , qui doivent nwjs avoir appris que les attioiw animales, c'est-à-dire crfles qui dépendent des objets, s'aclièvenl jiar la senle fnrce de L'objet, même plus sArement ^'eHes ne teraient si la réticxion s'y venait mêler. -
Oh dira qu'en toutes ces choses il y a un raisonnement caché; sans doute : mais c'est le rai^onnempnt on plutôt l'intelUgenee de celui qui a twit fait, et non pas la notre.
Et il a été de sa proridence, de faire que l» natirre s'addat elle-même, sans attendre nos reSéxiens trop lentes et ti'op douteuses, que le coup siu^it prévennes.
Il faut donc penser qoe les acti<iRS qui dépendent des objets, et de la disposition des wganes, s'achive raient en nous naturellement comme d'ellcsmêmea, s'il n'avait pla à Dieu de nous donnin' quelque chose de supérieur au corps, et qui devait présider à ses mouvements.
Il a fallu, pour cela, que cette partie raisonnable pût contenir dans certaines bornes les mouvements corporels , et aussi les laisser aller quand il faudrait.
C'est ainsi que, dans une col&re violente, la raison relient le cor[)s tuut disposé à frapper par le rapide mouvement des esprits, et ]ir&t à lâcher le coup.
Otcî le raisonnement, c'est à-dii'e ôtez l'obstiitle,
l'ottet nons eBti'aînera,etm»u3drtenmiîeraà iîinïper. rf en sérail de même de tous les autres c
ntents, si la partie raisoimnble ne se servait pas dU pouvoir qu'elle a d'arrêter le corjM.
Ainsi, loin que la raison 6isïe l'action, il ne faut que la retirer [lour faire que l'objet l'emporte, et achève le mouvement.
Je ne me pus que la raison ne tusAc saivjcwX ^tw«*-
voir le corps plus industrieusement qu'il ne ferait de lui-même ; mais il y a aussi des mouvements prompts, qui pour cela n'en sont pas moins justes, et où la réflexion deviendrait embarrassante.
Ce sont de tels mouvements qu'il faut donner aux animaux; et ce qui fait qu'en beaucoup de choses ils agissent plus sûrement, et adressent plus juste que nous, c'est qu'ils ne raisonnent pas : c'est-à-dire qu'ils n'agissent pas par raison particulière, tardive et trompeuse, mais par la raison universelle, dont le coup est sûr.
Ainsi, pour montrer qu'ils raisonnent, il ne s'agit pas de prouver qu'ils se meuvent raisonnablement par rapport à certains objets, puisqu'on trouve cette convenance dans les mouvements les plus brutes ; il faut prouver qu'ils entendent cette convenance, et qu'ils la choisissent.