‹ De la connaissance de Dieu et de soimêmeChapitre 79 sur 93 · IV. Si les animaux apprennent · texte numérisé non relu

IV. Si les animaux apprennent

Et comment, dira quelqu'un, le peut-on nier?

Ne voyons -nous pas tous les jours qu'on leur fait entendre raison? Ils sont capables comme nous de discipline; on les châtie, on les récompense; ils s'en souviennent, et on les mène par là comme les hommes. Témoin les chiens qu'on corrige en les battant, et dont on anime le courage pour la chasse d'un animal, en leur donnant leur curée.

On ajoute qu'ils se font des signes les uns aux autres, qu'ils en reçoivent de nous, qu'ils entendent notre langage, et nous font entendre le leur. Témoin les cris qu'on fait aux chevaux et aux chiens pour les animer, les paroles qu'on leur dit, et les noms qu'on leur donne, auxquels ils répondent à leur manière, aussi promptement que les hommes.

Pour entendre le fond de ces choses, et n'être point trompé par les apparences, il faut aller à des

JE LA DIFFÉRENCE ESTRE L'HOMME ET LA BÉTE. iH

distinctions qui, quniques claij-es et iotelligibles, ne sont pas ordinairement considérées.

Par exemple, pour ce ipii regiirde l'instruction et la discipline qu'on attribue aux animaux, c'est autre chose d'aprirendre, autre chose d'être plié et forcé à certains effets contre ses premières dispositions.

L'estomac, qui sans doute ne raisonne pas quand il digère les viandes, s'accoutume à la fin à celles qui auparavant lui répugnaient, et les digère comme les autres. Tous les ressorts s'ajustent d'eux-nicmcs, et facilitent leur jeu pur leur exercice ; au lieu qu'ils semblent s'engourdir et devenir parcsseui, quand on cesse de s'en servir. L'eau se facilite son passage; et à force de couler, elle ajuste 'elle-même son lit de la manière la jilus convenable à sa niituro.

Le bois se plie peu à peu, et semble s'accoutumer à la situation qu'on lui veut donner. Le fer même s'adoucit dans le feu et sous le marteau, et corrige son aigreur naturelle. En général, tous les corps sont capables de recevoir certaines impressions conti'aires ;i celles que la nature leur avait données'.

11 est donc aisé d'entendre que le cerveau, dont la nature a été si bien mêlée de mollesse et de consistance, est capable de se plier en une inilnité de façons nouvelles ; d'où, par la correspondance qu'il a avec les nerfs et les muscles, il arrivera aussi mille aortes de différents mouvements.

Toutes les autres parties se forment de la même sorte k certaines choses, et acquièrent la facilité d'exercer les mouvements qu'elles exercent sou-

Et comme tous les objets font une grande impres-

que le urvaiu ut luscei.tiblf 2^ H'^'-nè"" .B^log..»:

sion sur le oerveau, il est aise de cottipreadre ^'•e» changeant les objets auK amimaux, on diiHigera aatupeUement les -impressions de leur cerveau, et ^'à Ibrce de leur présenter les mêmes Qi]^et&, 011 eâ rendra les impressions et plus fortes et plus dmufc» bJes.

Le cours des esprits «uivi?a^ pour les Ganses que nous avons vues en leur lieu^ : et parla même Faibon que l'eau facilite son cours en coulant, les esprits se feront aussi à eux-mêmes des ouvertures plus commodes ; en sorte que ce qui était auparavant difficfle devient aisé dans la suite.

Nous ne devons avoir aucune .peône d'entendre ceci dans les animaux, 'puisque nous Tëpi^ouvons en nous-mêmes.

C'est ainsi que se forment les habitudes; et la raison a si peu de part dans leur exercice, qu'on distingue agir par raison, d'avec agir par habitude.

C'est ainsi que la main se rompt à iëcrtre, ou à jouer d'un instrument; c'est-à-dire qu'elle corrige une raideur qui tenait les doigts oeNmne engourdis.

Nous n'avions pas inatureUemeilt oette souplesse. Nous n'avions, pas naturellement dans notre cerveaa les vers que nous récitons saB£s y penser. Nous les y mettons peu à peu, à forœ de les jrépëter, «et bous seiïtons que, pour faire cett« impression, il sert beaucoup de parler haut, parce que l'oreiUe frappée porte <au cerveau un coup ;plus ferme.

Si, pendant que nous dormons, cette partie «du cerveau, où résident ces impressions, ¥Îeiift à ttre fortement frappée par quelque épaisse v^eur, ou

A. Noua rappelons ee qui a | de rbypotbèie«dQ8 .eftiMits aai* été dit plusieurs Cois dans \ta \ maux, <\aA l'empédumce ii'«ip» notes du, il* et du xii* chauiU» A "sw&fefe.

DE lA DIFFÉRENCE EnTRtL'afmME ET LA DÈTE.iiw

pitr le cmws des esprits', il :nrnis univern. inufatlt de réciter ces vers, dont nous dolk stn-oos eutàlés.

Puisque les animans oot «o oervoao cemme nous, un aang «sinme le afilre fccoitd eo es^ilt^, et des muscteï'de mâne Ditiope, il (aut bieo ([n'iis ^soient oafMtbles de ce odté-là des mËinaa imjireflnmis.

Cellee «ja'ils apportent en naiMaot ae \umxoat Itteû&er par l'u*;ige, et il en pourra inaîQ'e d'autres, [lar le mo^-en des nouveaux objets.

fie cette sorte, mi verra en eus, tait e^ièce d& mcra(nre*,'quL ne âora iiutrc cliiise qa'une im^iressioiv ditriible des objets, «t ituc diapoâition dtii» le cer— vcmt, ^ui le rettdra cnjuiile d'ùtre rcveiUd à lu présence des choses dont il a accoatumé d'ùtre frappé.

Ainsi la curée donnée aus chiens foi'tificra oatu-rellement U dis|iosItiiHi qu'ils unt à la chasse, et, [lar lu m&me raison, les coups (ju'oii leur donnera i

Krnii^, à force de lus ratMiir, les re^tti'oitt tnvnu' tes à cevtuiiH oli^ets, qui nuturellemefit les aunâent

Cai' nrtUB avons vu, pur l'iinuitanHe, que tes coups^ «Mil ou oerveniî, f|iwl(|ne part tfu'ife ^lonnent'; et quand <m friipfie les animuuT •on 'osrkàns temps, et à lia (tréseucc de certaim olijets, 'nn'uuVt'duna le cer~ veau ritiipreisiou qu'y fait le c(ui|) ,iveo celte qu'y &it l'ol^t, et |Kir lii on endntngelii dispiTailton.

ifiar exemple, » nn but un Oliien n ta pH»en«e -d'une pvrdriK qu'il alhit manger, xi se Fui! dans 11'^ semesu une aalre iiapremion ipie celle que la pet^ dviK y avait thite natumll ornent. Cor le cerveau est formé de sorte que d'?8 C'W[i8 qui agMBcnt sur l'ri en concours, cuiiimc la perdrix et le bâton, il ne s'en

1, forai la Bille de 1» pose j 4 ■ ftmoïiiilion (la i^*n fï b t. H 7 ■• uat [iirl à loin | 3. P>.ri: ts ii.>\c ^ te^Xa.

fait qu'un seul objet total, qui a son caractère particulier, par conséquent son impiession propre, d'où suivent des actions convenables.

C'est ainsi que les coups retiennent et poussent les animaux, sans qu'il soit besoin qu ils raisonnent; et par la même raison ils s'accoutument à certaines voix et à certains sons. Car la voix a sa manière de frapper ; le coup donne à l'oreille, et le contre-coup au cerveau.

Il n'y a personne qui puisse penser que cette manière d'apprendre, ou d'être touché du langage, demande de l'entendement : et on ne voit rien, dans les animaux, qui oblige à y reconnaître quelque chose de plus excellent.

V. Suite, où on montre encore plus en particulier ce que c'est que dresser les animaux, et que leur parler.

Bien plus, si nous venons à considérer ce que c'est qu'apprendre, nous découvrirons bientôt que les animaux en sont incapables.

Apprendre suppose qu'on puisse savoir; et savoir suppose qu'on puisse avoir des idées universelles, et des principes universels,, qui, une fois pénétrés, nous fassent toujours tirer de semblables conséquences*.

J'ai en mon esprit l'idée d'une horloge, ou de quelque autre machine. Pour la faire, je ne me propose aucune matière déterminée; je la ferai également de bois ou d'ivoire, de cuivre ou d'argent. Voilà ce qui s'appelle une idée universelle, qui n'est astreinte à aucune matière particulière.

i . Pour ridée de la science

et sa liaison avec les principes

universels, rojr, le cha(». i,

art. 15. — Dans sa Logique,

/iV. f, ch'tp, xxxviî, PauteuT dé-

finit apprendre « se retoumer aux idées primitives et à Vetonelle vcriié qu'elles contifnnent. » C*e t la doctrine mëoe d« %i&val. A^u^ustin.

DE LA DIFFÉRENCE EMTaE L'HOMME ET LA BETE. Ut.

J'ai mes règits pour fain. mou Lorloge. Je la ferai 'gaiement bien sui quelque matière que ce soit. Au- ^(ii'd'hui, demjin, dans div ans, je lu ferai taujours, le même. C'est la avoir nu nrmcipe universel, que e puis également appliquer a tous les faits particuiers, parce que je saia tuer de ce principe des cott- ^uences toujours miifut mes,

Loin d'avoir besoin, pour mes desseins, d'une natière particulière et déterminée, j'imagine souvent ine machine que j'e ne puis exécutur, faute d'avoir me matière assez propre : et je vais tâtaut toute la lature, et remuant toutes les inventions de l'art, pour ■oii' si j'e trouverai la matière que je cherche.

Voyons si les animauv ont quelque chose de semilable, et si la conformité qui se trouve dans leurs étions, leur vient de regarder iulérieuremeut un eu! et même modèle.

Le contraire parait manifestement. Car, faii'e la lëme chose, parce qu'on reçoit toujours et à chaque ]is la même Impression, ce n'est pas ce que nous herchons.

Je regarde cent fois le même objet, et toujours il lit dans ma vue un elîet semblable. Cette perpé- Ufille uniformité ne vient nullement d'une idée inléieure à laquelle je m'étudie de mo conformer; c'est ne je suis toujours frappé du même objet matériel ; 'est que mon organe est toujours également ému, t que la nature a uui la même sensatiou à cette motion, saus que je puisse en empêcher l'ciTet.

Il en est de même des choses convenables ou cun- :airea à la vie; elles ont toutes leur caïuctère parculier, qui fait son impression sur mon corps ; à eta sont attachés natm'ellement la volupté et la ouleur, l'appétit et la répugnance.

Or, il me semble que tout le mieux qu'on puisse lire pour les aniiuauï, c'est de leur actçititT ii^^ msacions; du taoïns est-il assuré c\n'im Vii; \twi'

^♦6 CHAPIXM V..

met rieQ: d^Q$. la tête,, q^e. p^r des impros&ions pal- {)able$> Uo bofunie peut.ètce touché des~ iéém ioxfnatërieUe&„ de œlles de la y.érita, de celles de la Wertu^.de celles. de l'ordre et des proportioasv^t des TÀgies. inumuables qui les entretieuBâut; ebûsesnaani- -Cestemant incorporellâs. Au Goatraire« qui dr.es8e un <^hîen, lui présente du pain à< manger,, prend un bârton à la main, lui enfance, pour ain^i: parler, les ^hjetS: matériels sur tous ses organes» at la dresâo à «oups da. bâton,, comma on forgi^ la fer à coups d^e i»arteaiu^.

Qui' sf^ut entendra ce que a^est veritiblement •qu appr^çndr*, et la difierence qu'il y a eiiUie en&ei- ^[oer un homoia, et dre^&er un animal, n a qu'à/ re- .^j^der de quel instrument on sa. âev't |x>ur l!ua at Dour l'aulrie..

Pour l'homme, on emploie la |)arole, dont la hroe ne dépend poûu de llimpriesstion. c^rpor^Ue. Car ce o!jest. posnt par. cette impr^&sionvqnîun homme aniaor \GSid un»autrje. S'il, n'est avecti, s'il n'est.-convenu, en un mot, s'il n'entend la langue, la parola ne lui lait.ûfin;, ati au contrairie^ s U. antand dii^ langpes, «U^ sor<te&> d'impressions sur. les oreilles et sur son «ervea^ n exciteronli em lui que lai marne idea ; at ère 4qi^!on. jui. explique pai! t;axt de lang^ues,. on^ le peut •onooi'e. oxpiiquer. en autant de sortes decBiUir,es.. Et «n> peut, substituer à. la. parole et à, l.'ccritui^a mille autre» soj.tes de signas.;, car qpelle chose dans, La.1%^ ture net peut pas servir de. signai ?. £n. un. mot,, tout «s t. bon pour avertir 1! homme, (lour.vu qn!oa s'enloade^ayec lui. Mais à l'animal,, avec qui oane s!enr tendipas, rien ne sert, que les imj)nessions reallns et corporelles; il £aut las coups at le bâton. £t siioo •emploie la parole, c'est toujours la même qu'oni inr «ulque aux oreilles de Tanimal, comme son, et non

I . Le» moti' euxHnéniee- funtr ï VauitMir m- d'oragévéi ^V^ Il moÎK ici c:; (}ue la tlicorie de ji pôle SL de lu page Md».

DE LA DIFFl^.REîfCE TOTHÏ E'WOMME ET L* BÈTE. ai.7

•aumme signe;; car nn ne veut pas- s'cutendi-c avec ttH, luis le Uiite venir à saa point.

Avec utv homme ù <[«* nous ])arloni3, fia que boua .rmns à mtitriiire. notis ne cvsenns |uhi jt))ii[>t'^ ce que nous setriiniu qu'il eotre «tans notre (kdsi'c. il s'en i^t pfts mMsi des nnimoux : i pi>a()renwnt parler, nous MMH en serrons G«iaiDe d'iiwtruMeiits; des chieas, CMnine d'instrum^tts à ettas^er ; des cbevain, eomwe d'instrutnents ù nous porter, k nous servir à la guerre, et iiiiisi du reste, Tonirue en accordant HH inMwinient, nous lAioaa la coi^Je à diverses fois, jusqu'il ce tjae i»ou*l'»j'«ns mise k notre pniM; uiiiM Rcws tâton< un chien que news dressons à la chasse, jusqu'à ce qu'il fasse ce que uous vno- Ions, sans songer à le fatre entrer daas notre pea~ se'e, non jiins que ta corfle; car nous ne lui seulons point de pensée ni de réflexion qui répondent anr nfltres.

Que si les anim.iox sont incapitbles de ri^n apprendre des hammee qui s'appliquent oxpressoraeni à les dresser, i'i plus forte raison ne (But-ii pas croire qu'Ss apprennent les nns des autres.

Il est vrai qu'ils reraiveut les uns des autresi de nouveties ioipressioiis et dispositions; nuis si cela eLiit apprendre , Inute la nature appreiuintîl ; et rien ne serait plus docile que la cire, qui retient si bien tons les traits du cachet qu'on appnie sur elie.

Cest ainsi qu'un oiseau reçoit dans le correau une impression du vol de sa mère ; et cette ioipressioD se trouvant semblable à celle qui est dans la mère, il fait m ■ ce s sa! renient Ja inSme chose'.

Les hommes appellent cela apprendre, parce que,

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