I. Opérations sensitiyes, et premièrement des etnq
sens.
Nous coiuiaissons notre âme par ses opérations, qui sont <le deux sortes : les opérations sensitives et les opérations intellectuelles*.
11 n'y a personne qui ne connaisse ce qui s'appelle les cinq sens, qui sont : la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et le toucher.
A la vue appartiennent la lumière et les couleurs ; à l'ouïe, les sons ; à l'odorat, les bonnes et mauvaises senteurs; au goût, l'amer et le doux, et les autres qudités semblables ; au toucher, le chaud et le âx>id, k dur et le mou, le sec et l'humide.
La nature, qui nous apprend que ces sens et leurs actions appartiennent proprement à l'âme, nous apprend aussi qu'ils ont lems organes ou leurs instruments dans le corps. Chaque sens a le sien {uropre. La vue a les yeux : l'ouïe a les oreilles ; l'odorat a les narines ; le goût a la langue et le palais ; le toucher seul se répand dans tout le corps, et se trouve partout où il y a des chairs.
Les opérations sensitives, c'est-à-dire celles des sens, sont appelées sentiments, ou plutôt sensations.
4. Pour la JQStifi cation de la distinction établie ici entre ces deux sortes d'opérations, voyez
lecbap. y,art.43. L'aut«nr remprunte à l'école, c'est-à-dire ài saint ThomsA, k^^V^ «l\su«
Voir les couleurs, ouïr les sons, goûter le doux et l'amer, sont autant de sensations différentes.
Les sensations se font dans notre âme à la présence de certains corps, que nous appelons objets. C'est à la présence du feu que je sens de la chaleur ; je n'entends aucun bruit que quelque corps ne soit agité ; sans la présence du soleil et des autres corps lumineux, je ne verrais point la lumière; ni le blanc ni le noir, si la neige par exemple, ou la poix, ou l'encre, n'étaient présents. Otez les corps mal polis ou aigus, je ne sentirai rien de rude ni de piquant. Il en est de même des autres sensations.
Afin qu'elles se forment dans notre âme, il faut que l'organe corporel soit actuellement frappé de l'objet, et en reçoive l'impression. Je ne vois qu'autant que mes yeux, sont frappés des rayons d'un corps lumineux, ou directs, ou réfléchis. Si l'agitation de l'air ne fait impression dans mon oreille, je ne puis entendre lé bruit; et c'est là proprement aussi ce qui s'appelle la présence de l'objet : car, quelque proche que je sois d'un tableau, si j'ai les yeux fermés, ou que quelque autre corps interposé empêche que les rayons réfléchis de ce tableau ne viennent jusqu'à mes yeux, cet objet ne leur est pas présent: et le même se verra dans les autres sens.
Nous pouvons donc définir la sensation (si toutefois une choge si intelligible de soi a besoin d'être définie), nous la pouvons, dis-je, définir la première perception * qui se fait en notre âme à la présence des corps que nous appelons objets, et en suite de l'impression qu'ils font sur les organes de nos sens.
Je ne prends pourtant pas encore cette définition pour une définition exacte et parfaite, car elle nous explique plutôt à l'occasion de quoi les sensations ont