‹ De la connaissance de Dieu et de soimêmeChapitre 85 sur 93 · XII. Réponse à robjection tirée de la ressemblance · texte numérisé non relu

XII. Réponse à robjection tirée de la ressemblance

des organes.

Et quand on croit pouvoir prouver la ressemblance dû principe intérieur par celle des organes , on se trompe doublement : premièrement, en ce qu'on croit l'intelligence absolument attachée aux organes corporels, ce que nous £^vons vu être très-faux*. Et le principe dont se servent les défenseurs des animaux devrait leur faire tirer une conséquence opposée à celles qu'ils tirent : car s'ils soutiennent d'un côté que les organes sont communs entre les hommes et les bêtes, comme d'ailleurs il est clair que les hommes entendent des objets dont on ne peut pas même soupçonner que les animaux aient la moindre lumière, il faudrait conclure nécessairement que l'intelligence de ces objets n'est point atta'chée aux organes, et qu'elle dépend d'un autre principe.

Mais, secondement, on se trompe quand on assure qu'il n'y a point de différence d'organes entre les hommes et les animaux. Car les organes ne consistent pas dans cette masse grossière que nous voyons et que nous touchons. Elle dépend de l'arrangement

i, Foj, chap. m, art. 13, aux pages 449 et suit.

LIE LA DIFFERESCE ESTRE L'HOMME ET LA DÈTE. '. (les parties délicates el imperceptibles, dont on aperçoit quelque chose en y r'egardunt de près , mais dont toute la ûnesse ne peut être seutie que par l'es-

Or personne ne peut savoir jusqu'où va dans le cerveau cette délicatesse d'organes. On dit seulement que l'homme, à proportion de sa grandeur, contient dans sa tête, sans comparaison, plus de cervelle qu'aucun animal, quel qu'il soit'.

Et nous pouvons juger de la délicatesse des parties de notre cerveau par celle de notre langue. Car la langue de la plupart des animaui, quelque semblable qu'elle paraisse à la nôtre dans sa masse extérieure, est incapable d'articulation. Et pour faire que la ndtre puisse articuler distinctement tant de sons divers , il est aisé de juger de combien de muscles délicats elle a dû Être composée.

Maintenant, il est certain que l'organisation du cerveau doit être d'autant plus délicate, qu'il y a, sans comparaison, plus d'objets dont il |>eut recevoir les impressions, qu'il n'y a de sons que la langue puisse articuler.

Hais, au fond, c'est une méchante preuve de raisonnement que celle qu'on tu-e des organes, puisque nous avons vu si clairement combien il est impossible que le raisonnement y soit attaché et assujetti

Ce qui fait raisonner l'homme, n'est pas l'arrangement des organes, c'est un rayon et une image de l'esprit divin; c'est une impression, non point des objets, mais des vérités éternelles , qui résident en

I. Celte lemarqae qui » grandeur et les replis àes hé. troove déjb daot Arîslolc, a clé niÎ9|)lière> du ecneau, c'e>t-à-

Cnvùr ; « Aucun quadrupède, dit ce grand naiumlûle, n'appradit de l'boaaae poui- 1»

Dieu comnoe dans leuF source ; de sorte que vouloio voir les marques du' raisonnement daas les or^n^s^. c'est ohercber à mettre tout L'esprit dans le corps.

Il n'y a rien assurément de plus mauvais sens,, qiie de conclure, q^'à cause cyie Dieu nous a donaé un corps semblable aux animaux , il ne nous a rien donné de meilleur qu'à eux. Car, sous les mêmes apparences, ila pu cacher divers trésors; et ainsi il en faut croire autre chose qjue les apparences.

Ce n'est pas en effet par la nature ou par Tarrangemeot de nos organes,. (^e nous connaissons notre raisonnement. Nous le eonnaissoias par expérience ,. en ce qiue nous nous sentons capable de réflesion : BOUS connaissons un pareil talent dans les hommes nos sembkkbles, parce cyie nous voyons par mUlé preuves, et surtout par le langage,, qu'ils pensent et qu'ils réfléchissent comme nous ; et comme nous b' a percevons dans les animauii aucune marqpa de réflexion, nous devons conclure cga il- B;'y a en. eux aucuitô étincelle de raisonnement.

Je ne veux point ici exagérer ce que la figure humaine a de singulier, dé noble, de grand ^ d'adroit et de commode au-dessus de tous les animaux : ceux qui T étudieront le découvriront aisément; et ce n'est pas cette différence de 1 homme d'avec la bête, que j'ai eu dessein d'expUquer^.

XUI. O qu9 c'est que PiiiBimct qtus Ton atOnbue ordimairement aux (miauuixi. Deux opinions- sus ce peint.

Mais, après avoir prouvé que les bêtes n'agissent point par raisonnement, examinons par quel prin-

f. Oa ii« peut s*empéeher iei de renvoyer pour. Isa dévelo^p«mento à Féneloii- et à Butfon et de rappeler les vers si coanuH d'Ovide : « Pronaqnc « cum spectent anin^alia» «fiifiB

M tensuzL^ Os honuoi sublime a dédit, etc. » Mais Montaigne a'a«t>-il pas contesté à la face humaiite jusqu'à sa noMe prérogative ? Yoy.. V Essai d^à cité.

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