‹ De la connaissance de l'âmeChapitre 13 sur 38 · VI. li · texte numérisé non relu

VI. li

;AUKHir (li's liommos, feront monter vers le grand j\MU\ Voulons-nous essayer encore, vous d'écouter ttXiV lK)nté, et moi de parler de mon mieux ? essayons.

in.

11 est bien établi, par tout ce qui précède, que ceci est le mal de la vie : la vie veut se sentir, elle veut jouir d'elle-même, et elle refuse de s'oublier et de se quitter pour agir. Elle veut beaucoup rece^ voir, et elle ne veut pas se donner. Mais en voulant trop recevoir, et trop se conserver, elle se perd. C'est la parole évangélique : a Qui conserve sa vie a la perd. » C'est là le mal. I^e bien sera l'inverse : a Qui consent à perdre sa vie la trouve *. »

Mais rÉvangile nous a montré comment s'o|>ère le mal. I^ vie qui veut se conserver, et jouir d'ellemême , se fait double. Elle prend deux volontés |3erverses ou deux concupiscences, volonté de la chair et volonté de l'homme. L'homme veut jouir du monde des corps, par les sens, et il veut jouir de lui-même par la tête. L'égoïsme pose les deux foyers d'orgueil et de sensualité, dans l'âme et

* Qui invenit anîmam suam perdct illam , et qui perdiderit animam suam propler me, inveniet eam. (Matth. x, 39.)

LA TRANSFORMATIOri 170

clans le cor|)s. Ces deux foyers épuisent le cœur, le centre, la force motrice, le courage et Tactioii. Ik épuisent et la force qui agit au dehors, et celle qui agit au dedans. L*ânie et le corps s'affaissent donc par le cœur, et perdent leur sphère d'actiiiité et leur centre d'action. La vie languit en nous, vieillit trop vite en nous. Ceci s'incarne dans le sang : le sang pourpre et vif , ec lumineux et vivifiant, peu à peu s'assombrit, se refix>idit, devient noir, et stagnant et mort. Voilà le mal : le bien, c'est donc l'inverse. Il faut que l'homme n'ait qu'une seule volonté, celle de Dieu; un désir, celui d'aimer, par^dessus tout, le principe de sa vie, c'ost-à-dirc Dieu. La volonté de l'homme, celle de la chair, doivent se soumetter, se sacrifier à celle de Dieu. Il faut laisser tomber les deux concupiscences per>'erses qui engloutissent la vie et dans les sens et dans la tête.

Mais si la vie ne s'épuise pas et ne se dévore pas dans ces deux pôles, qui Tempéche alors de se re« cueillir vers le cœur, d'v allumer la vraie flamme de la vie, et de ramener en un seul foyer simple Fensemble des rayons de la vie? Qui ne comprend qu alors cette lampe du corps , cet œil du corps, étant devenu simple, tout le corps sera éclairé, et que la vie déploiera toutes ses forces ?

Fort bien. Mais tout ceci est purement spéculatif, et comment peut-on Topérer, simplifier la vie en mi mot? Gomment le médecin et le malade agiront-ils pour simplifier la vie, et ramener en un seul foyer simple la vie entière du corps ?

Je l'avoue; il n'y a pour cela ni médicament pondérable, ni opération manuelle qui suffise. C'est l'âme qui doit agir, et c'est sur l'âme qu'il faut agir. C'est l'âme qui simplifie son corps, quand elle se simplifie elle-même.

Eh bien, comment l'âme se simplifie4-elle, et revient-elle à l'unité, condition de la vie?

Je l'ai dit, c'est en renonçant à la double concupiscence. C'est par le sacrifice de l'égoïsme et de ses deux foyers, et de ces deux groupes de passions qui décomposent la vie de l'âme et celle du corps.

Fort bien encore. Mais voici maintenant toute la question. Ce renoncement est-il possible? Franchement, peut-on, comme le veulent les mystiques, renoncer au monde, k soi-^néme, renoncer à son corps et à son esprit, renoncera toute joie, à toute volupté corporelle, et à toute volupté spirituelle? Quand le prêtre ou le médecin demandent cet entier sacrifice, plusieurs répondent : a Mieux vaut c la mort ! Que ma vie soit courte, mais qu'elle soit

« la vie ! » Et ceux qui ne disent pas cela d'a%ance, le disent dans Toccasion et en détail. lie sacrifice n*est pas possible : il dépasse la force de Thomme.

Cela est vrai. îjc sacrifice de soi dépasse les forces de tout être. Mais entendons-nous bien.

Et d'abord sacrifier, ce n*est pas détruire, c'est vivifier. Sacrifier la sensualité, c'est rauiener au cœur la vie fourvoyée dans les sens ; et sacrifier l'orgueil et la sensualité , c'est ramener au vrai , rendre à elle-même la vie captive et foun-oyée dans uu double égarement. Renoncer au monde et aux sens, ce n'est pas supprimer son corps, ni les sens, ni leurs relations; c'est ne plus mettre dans le corps et dans le monde des corps le centre de sa vie, de son bonheur et de son amour. Renoncer à soi-même, c'est ne plus poser son cœur en soi seul, mais aussi en autrui, « autrui, prochain ou « Dieu, » disait saint Augustin. Sacrifier l'orgueil, c'<^t ne plus se prendre soi-même comme principe, comme centre, comme fin de son lK>nheur, de sa vie et de son amour. Certes, ce double sacrifice est aussi juste et raisonnable qu'il est manifestement nécessaire.

Et pourtant, je l'avoue, ce sacrifice est impossible. Aucune raison, aucun motif moral, aucune hygiène, aucun intérêt personnel, même celui de

m LA TttANSPOttMAtlOïl.

la vie, n'obtint jamais, 1)1 n'obtiendra jamais ce sacrifice. Jamais l'homme ni> se sacrifiera liii-^néme. Cela dépasse ses forces. L'âme ne pt>Ut pas se transformer et prendre une habitude , une forme si radicalement différente de sa forme native. Nous naissons aviv la double volonté de jouir de nousmêmes et de jouir du monde. L'âme et le cor|)5 sout organisés pour cela. Qil'y pouvons-nous?

Eh bien , c'est ici que survient l'Évangile. Le Maître dit : Transformez- vous. Et il ajoute : Vous ne le pouvez pas vous-mêmes, mais avec moi, vous le pourrez. Ce qui est impossible à l'homme est possible k Dieu.

Si la greffe disait à un arbre sauvage : Portez des fruits qui ne sont pas tes vôtres. L'arbre dirait : Je ne le puis. ha. greffe lui répondrait : Sans moi vous ne pouvez rien faire ; par moi, vous porterez beaucoup de fruits, bien supérieurs à vos fruits naturels.

Pourquoi nier d'avance la possibilité de ce miracle ? Pourquoi refuser au genre humain la possibilité d'un tel prT>grês en Dieu ? Qui êles-vious pour nous dire : Cela est impossible? A partir de qtitlle science, et de quelle raison le dilcS-voiib?

l'oiirquul l'homme, greffé d'une vie nouivlle, m- |)ourrait-U pas placer en Dieu même son amour,

son bonheur et sa vie, son centre, sa source et tout son cœur? Ce serait l'état naturel relevé, l'état surnaturel. Sacrifier à Dieu corps el sens, sacrifier l'homme entier et aimer Dieu par-dessus tout ; puiser en Dieu une vie meilleure , moins vaine , moins basse ou moins abstraite; une vie divine découlant de Dieu sur tout l'homme, âme et corps, pourquoi cela serait-il impossible ?

Mais ne voyez-vous pas que c'est k cola nu'*me qu'aspire la vie? C'est là même ce que veut le cœur*. Cela est donc possible, concevable, désirable, nécessaire en un sens. Donc cela est.

Je l'avoue, et je le répète, c'est un radical changement. C'est une transformation, une régénération. L'homme alors vit de Dieu, au lieu de viviv de corps et de lui-même. Certes, on ne vit de soimême et des corps que parce que Dieu vivifie les corps et nous-mêmes. On vivait donc déjà de Dieu. Oui, mais on en abusait : tout eu vi\'ant indirectement de Dieu par le corps et l'esprit, on préférait à Dieu l'être créé; l'être créé se préférait à Dieu. Maintenant c'est l'inverse, l^e sacrifice consiste à préférer Dieu à tout. La vie nouvelle, que le sacrifice rend [K)ssible, consiste à vivre de Dieu dii^ec-

• Irrequietum est cor nostrum doncc reiiuk'scal in le. (S. Au?.)

IM LA TlUfJSFOftMAtlON.

tcmcnt et iDimédiatement. Et cela n'est possible que par une véritable tfaiisformalion de l'àme. « Si n vous ne renaissez, dit l'Évangile, vous ne pour- « rcz entrer dans le royaume de Dieu, n

Avant que notre corps ne |>anjt en ce inonde, nous étions enfermés , cnvolop{>és. Mous étions loin du jour et de l'air vital. Nous ne respirions pas par nous-mêmes, mais par autrui et indirectement. Nous arrivons au jour : la vie pénètre notre poitrine, et pour la première fois nous respirons. La vie proprement dite a commencé.

C'est même chose pour notre âme. L'âme ne respirait point en Dieu. Elle ne respirait Dieu qtt'iitdirecteinent par les sens, et par ses reûets dans l'esprit. Maintcitant elle respire en Dieu même. La véritable vie en Dieu a commencé. Et telle est la seconde naissance qu'ajtporte l'Évangile.

La nature nous présente un symbole admirable de cette transformation. « Les êtres vivants de notre • monde visible, dit le sage et savant Scbubert, se n divisent en deux classes, d'après le mode de leur ■ respiration. Les irns n'atteignent qu'indirecte- « ment le principe vivifiant, et pompent dans l'eau, u |>ar la snrfaoc du corps, l'air vital qui s'y trouve n dissous. I.4-S autres reçoivent, dans leur poitrine, 0 l'airdu cîi-l ^aiis mélange. Et, chose admirable !

LA TRA?(SroRMAT10N.

plusieurs iosectesy et même d*autres espèces, peodanl la première et la plus longue partie de leur existence, vivent dans les eaux, et ne respi* rent qu'indirectement. Mais un temps vient où cesse cette respiration médiate, et où leur corps prend des poumons, et respire Tair directement et sotis sa forme propre. Le genre humain aussi a passé sur la terre un long temps, pendant lequel le principe vivifiant et régénérateur ne parvenait à rame que médiatement, et par un élé* ment mobile et imparfait , jusqu'à ce qu'enfin , au tanps voulu de Dieu , le principe de la vie s'est donné sans mélange à la nature humaine, et l'a élevée jusqu'à lui.

« Quand l'heure approche où l'insecte va se transformer et renaître dans un élément supérieiur, son corps tressaille, se débat et s*agite vers l'air, jusqu'à ce que ses motivemeuts déchirent son enveloppe étroite, et qu'uue forme nouvelle et plus noble, sortant de l'humide sépidcre, s'é> lance dans la lumière.

« C'est l'image de ce qui s'est passé chez les peuples de l'ancien monde. U y eut un mouvement, un tressaillement, une lutte des âmes cherchant la possession immédiate du principe de la vie d'eu haut , et cette attente devenait plus in-

186 LA TRANSFORUATIOfi.

« qiûétc et plus empressée à mesure que s'approa cliait l'heure de son accomplissement. £1 cette « agitation toujours croissante des âmes annonçait « l(» approches de l'heure providentielle *. »

Mais^ dire&>vouSy ce sont encore des métaphores et des comparaisons. Montrez-moi la vérité même, parlez- moi clairement et philosophiquement, et non plus en figure.

Je réponds : C'est là plus qu'une comparaison } c*est un fait de transformation que la nature met sous nos yeux. Voici des êtres vivants^ physiques, qui se transforment corporellement. Pourquoi Time libre, aidée de Dieu, ne pourrait-elle se transformer?

Évidemment notre âme peut vivre du monde des corps. Par son corps, elle est cotnme une même vie avec le monde des corps. £h bien , saint Paul nous dit : « Celui qui s*attaclie à Dieu est un même « t»prit avec Dieu *. » Nous sommes, par la transformation évangéliquc, œuvre de la puissance et de la grâce de Dieu , unis à Dieu ; nous sommes une mémo vie avec Dieu. L'homme participe à la nature divine.

• Qui «uUta idIiiiTet DiMiiiio, imiis spiritus est. 0 Cor. vi, 17.)

LA tRASSrOttîHATlON. 187

Ah! direz- vous, nous allons d'abhne cil abtme. Que signifient ces mots : Etre uni à Dieu ? Participer à la nature divine?

Je réponds : Vous accueillez si facilement le panthéisme qui affirme, contre toute évidence et conti^ toute conscience, qiie nous sommes Dieu; pourquoi donc repousser le Cliristianisnie qui nous annonce, qu'étant bien diflerents de Dieu , nolis pouvons cependant nous unir à Dieu par la grâce et l'amour, de manière à ce qu'il y ait en nous comme un être nouveau qui soit DicU avec nous?

Et nous concevons quelque chose à cette union divine par Texpérience intérieure que voici. Mort âme est un^ parole de Dieu. Elle est à Dieu ct^ que ma parole est à moi. Mais la parole peut être en moi à deux états très - différents. Elle peut n*étre que superposée à mon intelligence, sans assimilation profonde à mon esprit et à mon &me. Dans ce sens la parole n'est pas moi : leS mots sont dans l'esprit comme des corps étrangers. Mais s'il arrive que l'exj^ériente vivante d'un état d'âme rencontre le mot qui exprime cet état de ma vie, il se fait une union, une si profonde union de ce mot et de rame, que ce mot devient moi ; et si je viens à l'exprimer, on sentira que le mol est Vivant, qu'il est à moi et qu'il est mol. Or, il me semble que

188 LA TBA5SFOIU1ATI03L

certaines âmes aussi soot en Dieu, si je puis m'crxprimer ainsi , comme des corps étrangers. Elles sont fermées â Dieu. ïja, \ie divine ne les pénètre pas : Tesprit, le cofur, la liberté, l'inteUigence, et le fond des entrailles, tout cela résiste à la ^ie qui est Dieu. L*esprit de Dieu les sollicite par le dehors, mais il n y habite pas. Elles ne veulent point être même chose avec Tesprit de Dieu ; elles sont eUes, et k part. Que si elles s^ou^-rait par Tamour et par le sacrifice, Dieu et cJles deviennent une même vie.

Je ne nie pas absolument, me direz-vous, la possibilité de cette révolution. 0'[iendant tout cela est encore obscur. 3Iais enfin sup|Kisons Fâme trans* formée, par la grâce de Dieu et par sa liberté. Comment Tâme à son tou r transforme- 1- elle son corps ?

>ous y venons. Et nous allons vous expliquer plus clairement le mystère de la transformation de rame, tout en essavant de vous dire coaunent Tàme transformée par Dieu et par sa liljerté transforme le corps, ou plutôt comment Dieu, maître de Fâme, aidé par Tâme, transforme le corps.

Sur ce sujet, écoutons Bossiiet parlant de la vraie prière ou du vrai sacrifice : • il £iut, dit-il, réunir

« et rassembler tout l'homme en un, pour donner « tout à Dieu. »

« Il faut trouver quelque chose en l'homme qui « soit parfaitement un, un acte qui renferme tout « dans son unité, qui d'un côté renferme tout ce •c qui est dans l'homme ; et d'autre côté réponde *( à tout ce qui est en Dieu. »

« Faites-moi trouver cet acte, ô mon Dieu, cet « acte si étendu, si simple, qui vous livre tout ce « que je suis, qui m'unisse à tout ce que vous êtes: « faites-moi trouver cet un nécessaire. Tu l'entends « déjà, âme chrétienne: Jésus te dit dans le cœur « que cet acte c'est l'acte d'abandon , car cet acte «c livre tout l'homme à Dieu ; son âme, son corps en « général et en particulier, toutes ses pensées , tous « ses sentiments, tous ses désii's, tous ses mem- « bres, toutes ses veines, avec tout le sang qu'elles « renferment, tous ses nerfs, jusqu'aux moindres R linéaments, tous ses os, et jusqu'à l'intérieur et cr jusqu'à la moelle, toutes ses entrailles. Tout vous « est abandonné, ô Seigneur, faites-en ce que vous « voulez: ô mon Dieu, je vous abandonne ma vie. . . « Je remets ma volonté entre vos mains , je vous « remets l'empire que vous m'avez donné sur mes « actions. Faites-moi selon votre cœur; et créez « en moi un cœur pur, un cœur docile et obéis-

a san t. . . . afin que je vous aime de tout mon cceur, a de ce cœur que vous formez en moi par votre a grâce. Je vous ai tout livré, je n'ai plus : rien c'est « là tout l'homme. »

ff Que si cet acte répond k tout ce qui est dans « rhommCi il répond aussi en même temps à tout « ce qui est en Dieu. Je m'abandonne à vous, ô fc mon Dieu ; à votre unité, pour être fait un avec « vous ; à votre infinité et à votre immensité in- « compréhensible ; à votre sagesse infinie, pour être « gouverné selon vos desseins et non pas selon mes a pensées ; à votre éternité pour en Caire mou bon- « heur ; à votre toute-puissance , pour être touc jours sous votre main. >

c Enfin, ô Dieu, unité parfaite, que je ne puis « égaler ni comprendre par la multiplicité, quelle « qu'elle soit, de mes pensées, et au contraire dont c je m'éloigne d'autant plus que je muitipbe mes « pensées, je vous en demande une, si vous le vouc lez, où je ramasse en un, autant qu'il est permis « à ma faiblesse, toutes vos infinies perfections, ou a plutôt cette perfection seule et infinie qui (ait a que vous êtes Dieu, le seul qui est, de qui tout c est, en qui tout est. »

a Cet acte, ajoute le grand docteur, est le plus « parfait et le plus simple de tous les actes cet

LA TRANSVOnUATtON. 401

« acte par lequel nous nous livrons au Saint-Esprit, « el à Faction qu'il fait on nous, nous met, pour « ainsi dire, tout en action pour Dieu. Cet acte si « simple renferme tous nos devoirs, la parfaite « connaissance de tons nos besoins, et un efficace « désir de tous les remèdes que Dieu nous a don«^ « nés. Cet acte renouvelle tout en nous, rajeunit « tout : car il nous livre tout entiers, âme et corps, « à cet esprit de nouveauté qui ne cesse de nous « réformer intérieurement et extérieurement, en « remplissant tout notre intérieur de soumission à « Dieu, et tout notre extérieur de pitdeur, de mo- « destie, de douceur, d'humilité et de paix. »

« Qu'est-ce donc que cet acte , sinon , comme « dit saint Jean , cet amour parfait, cette parfaite

« charité qui bannit la crainte Tout disparaît

s devant cet acte qui enferme par conséquent toute « la vertu de la contrition, et celle du sacrement de « pénitence, dont il implique le voeu '. » Ainsi cet acte est l'acte religieux essentiel, l'acte par excellence ; cet acte c'est la religion ! Cet acte opère pour Tàme ce qui s'opère à la poitrine en cet endroit dont la science dit : « C'est donc là que la >ie sans « cesse menacée, se renoue sans cesse ; c'est là que

' Discours sur Tacte d'abandon.

a s'opère, de moment en moment, une sorte de ré- « surrection qu'on pourrait appeler perpétuelle ' . > Mais Tacte religieux ne pénëtre-t-il pas tout entier l'acte vital du corps ? Et ne lui donne-t-il pas des profondeurs, des vertus, des efficacités qu'il n'avait pas? Ce perpétuel rajeunissement de l'âme en Dieu, ne rajeunit-il pas le sang ? Si la marche du sang, la marche si empressée du sang vers la vieillesse et vers la mort, consiste à s'absorber, et à se disperser, et à languir, à s'assombrir dans les organes toujours un peu trop enflammés par la passion, et à ne savoir point assez revenir, se recueillir et remonter vers l'air vital , je vous assure que cette habitude maladive de dispersion dans l'égoîsme des organes, est retournée par l'acte religieux. I^a respiration de l'âme, la force du cœur de Tâme , agit dans Thommc entier, le détache de soi, le recueille et rélance vers la vie, et provoque le rclour du sang vers lair vital, en même temps que l'élan des pensées et des désirs vers Dieu.

Oui, quand l'âme opère moralement ce que Bossuet demande; a détachons-nous de nos corps, a pour nous attacher fortement à Fosprit de Dieu, » alors l'âme rajeunit le corps. Elle pousse â la pré-

ff

* Pariset. Éloge de Larnnec.

LA TR/LNSFORMATION. !93

ilominance du sang lumineux et vivant sur le sang noir et mort. Quand l'àme dit à son corps sl\vc Bossuet : « Pourquoi m*es-tu donné, ô corps mor- « tv\y et quel traitement te ferai-je ? Si je t^aflaiblis, « je m'épuise; si je te traite doucement, je ne puis « éviter ta force qui me porte à terre, ou m\ re- « tient. Que ferai-je donc avtn: toi? Et de quel nom « t*ap{K4lerai-je , fardeau accablant, soutien né- « ccssaire, ennemi flatteur, ami dangereux, avec « lequel je ne puis avoir ni guerre ni paix, parce « qu'à chaque instant il faut s'accorder, et à cha- « que instant il tàui rompre; » quand Fâme, dans rembarras et Tinexpérience de la vie, parle ainsi , et que trouvant la juste conclusion de son doute, elle s'écrie : « Laissons-nous donc gouverner ài l'es- « prit de Dieu, laissons -lui dompter nos corps « mortels : si nous voulons qu'il déploie sur eux « toute sa vertu, laissons-lui les assujettir à sa dic vine opération ; » quand l'âme, dis-je, est entrée dans cette voie vivante et sacrée, et ùài régner en elle cet acte vital universel qui est l'acte rdigieux, Tacte du sacrifice, le nœud de la simplicité, alors le Miutre de la vie tient sa promesse. L'âme simplifiée par l'acte religieux qui la recueille en elle-même et en Dieu, l'âme simplifie le corps; le corps bientôt va être éclairé

IM U TRANSFOIUHATION.

tout pptieri et U ser» ppi^- l'âme comme iw réflecteur de lumière.

Votre $aiig| dis-je, devient plus lumineux; les parties stagnantes de soq cpurs reprennent \ie : la sombre opacité des chairs est dissipée ; Tinnervation, Télectricité intérieure, circule et se reflète dans le regard et sur la Êtce. . . . oi| du moins Fâme, toute raniqiée, tend à opérer tou( cela sur tous les points. La vie active, et rassemblée dans Tunité, se soutient mieux de toutes parts; l'âme que soutient Tesprit de Dieu soif tient le corps; toutes les parties, toutes les fonctions du corps s appuient par une plus intime sympathie ; les agents ordinaires du mal et de la mort pénètrent moins. I^ sang ou la chaleur ne se localisent plus ; la chaleur est égale partout. La ph^r leur latente, qui est peut-être Fun des principaux éléments de ài force en réserve^ dont parle I4 pl|ysiologie, cette chaleur latente ne s'échappe plus sans cesse pour tourner en chaleur sensible et en fièvre. Les grands afflux de sang et de chaleur, vers les deux pQles, cérébral et abdominal, ne viennent pas chaque jour troubler tout, pt fatiguer le cœur par Tinég^té de la pirculation , p^ des flux et reflux inattendus et passionnés, et l'agiter comme par une ^vre continue. Par les méii)i^ causes, la vie sait mieux se recueillir dans ^q repos, et rentre plus

Là TBAMSTOBUATION. tW

profoodéineot dans sa racîoe. J^ somoidl , coté obscur el impersonnel de la vie, pendant lequel la nature et^ si Ton peut le dire, Tesprit de Dieu luimême, planent sur nous, pour réparer les &utes, les excès, les fiitigues, les £wx mouvements du jour, le sommeil, ce réparateur principal de la vie, reprend, avec son calme, sa profondeur et son inti* mité, toutes ses vertus vivifiantes et médicatrices. La télé, dans les humbles et les chastes, moin^ absorbée par Tidée fixe, illumine tout Tencemble, par une innervation plus régulière et continue. Et que dire des principes de vie que le fond des entrailles, déli^mé du ravage des voluptés, envoie au sang! Là est la racine et la sé^*e de tout Fhomme coqK>rd, dit la science (ioius homo ^men est). • Ce qui donne la vie, la conserve. Cette sève vi- « («le remonte et communique continuellement au « corps entier un principe de vigueur extraordi- « naire. Son absoption «outient et accroît constam» « maat la force vitale. Mêlée à la circulation, etpro» « duisant de cette manière une sorte d'ubiquité « germinatrice, elle devient le baume de la vie *. m C'est bien là ce que dit Bossuet, presque dans les mêmes termes : « Viens, 6 sainte chasteté, fleur de

* RémUo-Puîse. De la vieiUnR, p. 4IS.

« la vertu, omeinent immortel des coq» mortels, « marque assurée d'une âme bien iaite et vérila-

■ blemeni généreuse viens consacrer ces corps

a corruptibles , viens leur être un baume étemel a et uo céleste préservatif contre la corruption *. > Et- quelle est l'àmc qui, pendant toute sa vie, ou pendartt les deux tiers de sa vie, le premier et le dernier tiers, ne doive, et par la loi de la nature et par la loi de Dieu, vivre sous la vivifiante influence de la sainte et entière chasteté ?

Nina-t-on que la viotatiou de cette lot ne soit la grande route vers la mort, la voie centrale et principale du mal et de la souffrance ?

Que serait donc le corps humain , quelle servi b beauté de sa vie, si les hommes, là où Dieu, la nature, ta religion, la science et la raison l'exigent, savaient et voulaient sacrifîer le plus redoutable des sens , le sens violemment attaché à la transmission de la vie, mais qui, hors de sa vraie limite et de sa légitime application, n'est plus qu'un sens ftervers, sens rvprouiv dont parie saint Paul, châtiment des cœurs obscurcis qui se détachent de Dieu.

Mais suivons jusqu'au bout, sur ce point, la lumière qui nous guide.

' SefBoa for 1> lUsiirraclkMi deraien.

L*âinc transformée en Dieu , ou du moins qui porte en elle-même le commencement et le principe de cette transformation , cette âme , ou plutôt cet homme, est une si grande chose, qu'à peine si le chrétien lui-même ose, sur la parole de FÉvangile et de rÉglisc, croire à toute cette grandeur.

Cet homme porte Dieu en lui , non pas seulement dans son âme , mais dans son corps. Saint Paul dit : « Votre corps est le temple du Saint-Es- « prit. » Et encore : « Glorifiez Dieu et portez-le « dans votre corps '. » Vivez de ma chair et de mon sang, dit Jésiis-Christ, et vous aurez la vie en vous, vous aurez la vie éternelle.

Et voici l'admirable commentaire de ces paroles, que j'emprunte encore à Bossuet : «Mais * encore n'est-ce pas assez de renouveler vos es- « prits ; il faut encore jeter les fondements du re- « nouvellement de vos corps.... Mais si j'ajoute à « cette doctrine que ce grand et divin ouvrage se « commence dès à présent dans nos corps mortels, « vous en serez peut-être surpris; et vous aurez « peine à comprendre que, durant ce temps de « corruption , Dieu avance déjà dans nos corps « l'ouvrage de leur bienheureuse immortalité... .

« GloriGcate et |x)rtiite Deum in corporo vostro. (1. Cor. vi, 10.)

IM LA TRAHSFORMATtOfl.

« Écoutes. Pendant que ce corps uiortel est accam blé de langueurs et d'infirmités, Dieu jette déjà a eu lui les principes d'une consistance immuable; ce pendant qu'il vieillit, Dieu le renouvelle; pen- « dant qu'il est tons les jours exposé en proie aux a maladies les plus dangereuses et à une mort « trèaœrtaine, Dieu travaille par son Esprit-Saint « à sa résurrection glorieuse * . »

Voici donc l'Esprit-Saint^ l'esprit d'amout*, travaillant dans le cœur du chrétien vivant, uni à Dieu, à la résurrection du corps, et jetant dans ce corps des i>iinrcn>£s i/tJHE coirsisTAJfCE iMiinjABLE.

Ceci posé, voici comment on peut concevoir la marche, l'oi^nisation de la vie dans l'homme régénéré en Jésus-Christ.

L'âme et le corps ont repris leur racine en Dieu, non-seulement cette racine nécessaire, naturelle, si souvent relâchée; mais encore cette racine plus profonde, libre et surnaturelle, qui dé])end de la grâce de Dieu et de la libre réaction de l'homme.

* Second sermon pour le jour de Pâques, 3* point. — Les mêmes paroles sont lépéléeB dans le sennon sar la Résurrection dernière.

En ce centre. Dieu, rame et le corps sont en un. L*âme est régénérée au nom de la sainte Trinité, c'est-â-dire que le principe du Verbe et de ramoiir, et le Verbe et Tamour, ce Dieu en trois personnes, habite le cœur de rame. Là Dieu ne cesse d'opérer, pour nous faire vivre de sa vie. Cest à nous de ne cesser aussi d'opérer et de dire avec Jésus- Christ : c J'agis incessamment, comme mon Père c agit incessamment. » — Dieu donc né cesse d'exciter Tâme à vivre en lui, avec lui et comme lui, à faire jaillir de son principe, de sa source féconde la lumière de la vérité, et à tourner aussitôt la lumière en actes libres et en amour : en actes qui emploient la vie au dehors, en amour qui emploie la vie au dedans. La lumière et Tamour sont excités à se replonger constamment dans leur source, pour se rraouveler sans cesse et se maintenir jeunes. Les trois ainsi sont continuellement attirés à n*étre qu'un. La vie de Fàme se maintient en un par le perpétuel sacrifice des tendances qui font é^'anoui^ la lumière en oi^ieil, qui détournent la source en volupté, et qui laissent ainsi le cœur vide. La sève de la vie monte au cœur par ce sacrifice qui est la chasteté : et la lumière de notre tète rentrant au cœur par Thumilité, l'autre forme du sacrifice, allume la flamme sur l'autel du cœur, en s\mis-

sant au baume vital qui s'est âevé de la soun^e. Mais Dieu et l*âine excitent le corps à déployer sa vie sur le même type, puisque ce type est le modèle ou, pour mieux dire, la loi nécessaire et universelle de la vie. Cette volonté de Dieu, à qui Târoe est unie, pose et opère, à la racine du corps, ces principes d'une consistance immuable qui sont k's germes et les commencements de la résurrection glorieuse. Ce germe subsiste toujours dans Thomme fidèle qui est en grâce, et persiste sous la souffrana*, la maladie, la corruption, la mort. Il se £ût dans la vie du corps comme une séparation : il y a le corps du vieil homme, il y a celui de Thomme nouveau ; Tun , qui n'est que dépouille mortelle, et Fantm, qui est en germe le corps vivant, glorieux et transformé de l'homme nouveau. Mais tantôt notre corps est comme une mère trop faible, qui dépérit en nourrissant dans ses entrailles le fruit qu'elle porte et qui vivra. D'autres fois la vie nouvelle rajeunit l'ancien corps.

De même que, dans chaque âme, le germe de la vie étemelle peut Subsister, sans développer, pendant la vie présente, notre intelligence par le Verbe, ni toute notre volonté par l'Amour; se lx>rnant à posera la racinedes trois puissances, le principe de leur dév(*loppement étemel et de leur unité ;

formant ainsi des chrétiens implicites, mais non encore des fils de Dieu manifestés ; de même aussi que rÉglise du Christ, qui est le germe du royaume de Dieu, peut subsister parmi les peuples, pendant longtemps et peut-être toujours, sans transformer Tintelligence publique et toute la science humaine, sans diriger l'ensemble des volontés à l'accomplissèment de la sainte volonté de Dieu en la terre comme au ciel : de même surtout que TÉglise de Dieu, royaume de Dieu, peut régner sur bien des contrées et bien des cœurs, sans transformer TÉtat à l'image du royaume de Dieu, et sans veiner dans la vie sociale ces principes de consistance immuable qui sont en elle ; de même , la vie divine dans rhomme régénéré peut ne tenir que les racines, et ne s'étendre ni à toutes les pensées ou mouvements de l'âme, sinon implicitement, ni aux fonctions du corps, sinon implicitement. Elle subsiste, et attend à se déployer dans la vie éternelle. Mais l'inverse est possible aussi, soit pour l'Église à l'égard de l'humanité sur la terre, soit pour l'âme et le corps de chaque homme régénéré. .Selon qu'un homme, corps et âme, a plus ou moins de réaction vers la vie éternelle, la vie de Dieu descend et se répand avec plus d'abondance et de suraI)ondance depuis le fond de la substance, la racine de l'âme

202 LA tftA!lSJtJRMAttON.

ou du cofpSy jusque sur le détail des puissances, des fonctions , des factdtés , des seiltiments , des sensations et des organes.

lA réaction de Thotume vers la vie étei'nelle, c'est rœiivre tt la prière. Si Ton priait avec pliis de foi, et si l'oil agissait avec plus de ferveur pour attirer la vie, la Vie Viendrait. On la conduirait dans tout rhomme, âme et corps; on la conduirait dans toiite Thumanlté, dans les esprits et dans les corps, dans les sciences, les lettres et les arts, et jusque dans les lois et le corps des États. Grâce à Dieu, il en se^a peut-être un jour ainsi. Nous vivons dans cette espérance !

Mon Dieu, je viens de faire bien des efforts {x»ur parler de la vie, et pour montrer ce qui la perd datis rame et dans le corps, et ce qui la répare, et ce qui la rend éternelle. Mais j'en savais trop peu, et d'ailleurs je n'ai pas su dire tout ce que je savais, et ce peu que j'ai dit sera sans doute fort peu compris. O Dieu, je vous prie donc de mettre au tœur de ceux qui méditent sur la vie et la mort, les saisissantes lumières, les joies bénies que je n'ai pas eu la force de recevoir, ou de transmettre.

LA TRAKSFORttATlON. SOS

Mon Dieu , faites donc comprendre àm âmes qii*dles tiennent à voiis^ comme les feuilles à Tarbre, et que c'est \k leur Tie; ou bien plutôt faites* leur comprendre quelles tiennent à tous, comme ma parole tient à ma bouche, au moment où je la prononce. Toute votre création , 6 Dieu , est une parole, lui poème et un chant que tous ToiUes bien exhaler. Les paroles, les srllabes de ce chant sont les êtres distincts, et tous ensemble, et toutes les âmes et tous les corps, sont un discours unique, Timage de Totre idée et Texpression de TOtre amour.

Ainsi nous sommes tous un même corps, a dit saint Paul ; nous sommes tous un même mot sortant de la bouche de Dieu. Comme ma parole se £ut entendre à des milliers, de même le mot diTin, qui est Thumanité, pose, crée et développe des milliers et des milliers d*àmes

Mais Toici le mystère et le fond de tout ce drame, qui est la vie, et qui est Thistoire : c'est que cha- C1U1 des points de la parole qui est Thumanitê, est libre, et doit, par une réaction libre, se tenir uni à Tensemble et au centre. Il doit> dans Tharmonie uni>Trselle, se rendre une note «acte, juste et sonore. Il reçoit de Dieu pour cela les impui* siens et les inspirations qui sont la Tîe. Abusera-

t-il de la vie pour fausser ou annuler en lui la divine harmonie ? S*il en abuse , des milliers sans doute le suppléent , et le chant divin continue, mais lui s'efface.

Mais ne nous perdons pas dans cette comparaison, beaucoup trop faible pour ces grandes choses. Ce qui est vrai tout simplement c'est que la création est une pluralité de personnes destinées à s'unir en Dieu. Qu'ils soient un , comme nous sommes un ! dit le Fils éternel de Dieu en parlant à son Père. Et ce qui est évident, c'est que chaque personne libre peut, en cette vie, par égoîsme ou par amour, resserrer ou détruire l'union.

£h bien , mon Dieu , faites comprendre aux âmes que la vie ou la mort, ou du corps ou de l'âme, consiste à se resserrer librement vers voire cœur ou à s'en éloigner. Source vivante et vivifiante de toute sève et de toute jeunesse, et principe de toutes choses, ô Dieu, se rapprocher de votre cœur, c'est en même temps se rapprocher des âmes qui s'en approchent. Me rapprocher de votre cœur, ce n'est pas seulement me rapprocher de tous le cœurs qui vivent, c'est aussi, 6 mon Dieu, m'approchcr de mon propre cœur.

Oui, cela est certain, j'étais loin de mon cœur. Oni, mon cœur était loin de lui-même. Il était dis-

perse, il était divisé, il était double. Mon ime est à Tétat diffus. Et je lis sou état, physiquement symbolisé, dans le coq» de ces animaux placés aux derniers degrés de la vie, qui ont des cœurs midtipies, et des cenieaux multiples, des cœurs difiîis et des cerveaux diffus. Mais quand la vie est plus par£ùte, le cœur de Tanimal vivant redevient simple et un, le cerveau se ramasse en un. Les rayons de la vie, dans Tanimalité qui monte et qui s*é-> lève , se rapprochent doiM: et tendent à la simplicité, comme les ravons de la lumière au lover des miroirs.

Quant au corps que Dieu m*a donné, c^est le |>lus simple de tous les corps, le plus serré dans Funité, en même temps qu^il est le plus varié, le |>lus distinct en ses détails. Mais, d*tui autre coté, et bien évidonment, mon âme n^a pas toute Tiuiité, toute la simplicité, toute la concentration qu*eUe cherche. Le cœur de Tàme, en moi, est manifestement double, et dispersé. U v a, dans tout Tensemble de ma vie et de mon être, des états de dispersion variables, selon ma Uberté. Je puis me recudllir. Disons les tenues : par la foi, Fespérance et 1 amour, et par le sacrifice de Tégoisme, par lattraction de la prière et la pratique de la voloQlé de mon Dieu, je me recueille vers Dieu et

306 LA TRABISFORMATIOSi.

vers \e$ autres cœurs, et vers mon propre cœur ; je me recueille vers ma source , et je m'enracine dans la vie. Vous qui vivez dans le chagrin, dans la défiance, dans rincrédulité, dans la froideur, dans le mépris ou dans riiorreur du sacrifice, pr^ pe^-y garde, vous êtes dans régoisme. Essayez seulement de comprendre, de croire ou de sentir ces vérités ; n'hésitez pas et dites : Oui, je tiens ou je puis tenir à la vie même de Dieu , à son cœur et à tous les cœurs, et n'être qu'une même vie, qu uœ même àam , un méwe corps , avec mes frères et avec Dieu, et vous verrez si la vie entière ne se transforme pas en vous dans Tâme et dans le corps.

Oui, par la foi inébranlable, par l'autorité d'une prière qui n'hésite pas, par l'acte de charité parfaite, qui implique toute la religion, j'attire la vie, la vie qui crée, qui régénère et qui transforme, qui rajeunit et reproduit. J'inocule en mon sein les principes de l'immuable consistance qui sont les germes de Ja vie étemelle.

O Dieu, mes yeux voient au-dessousde moi, dans l'édielle de la vie, de prodigieux miracles. Et jusqu'à quand \f!S merveilleux symboles de votre poésie, 6 Dieu, ppMs laisseront-ils aveugles I

Voici des créatures dont les corps se transfor-

TftANSPP^NiTlQN. 307

ment et qui, sous rinfluence génératrice de la vie, passent d*une espèce à l'autre. Elles s*cndorment et semblent morles, et renaissent transformées. Ce corps n'avait point d^ poitrine , il en prend une pour respirer en un foyer central. Il re$pir^it par la surface} il respire par sqn fond. Ce ver de terre rampait : il prend des ailes, des ailes sur lesqiielles la lumière grave tout Téclat de ses rayons. £t, après cela, je ne pourrais croire que, si je consens comme le ver à recueillir ma vie , Dieu peut me transformer, et me donner un cœur nouveau, et uq esprit nouveau, et les germes d'un nouveau cor|)s I Je ue croirais pas que mon àmp disj^ersée, dissipée dans les sens, diffuse à la surface, peut, si je la li* vre à Dieu, se transformer, se ramener en un foyer central d'attraction de la vie I Et je ne pourrais croire que ce cœur, œi esprit nouveau , ce corps régénéré, auront des mouvements, des él^i^s et des acte$, des impix^ssions et des pénétrations de la hupière , que la forme présente de ma vie ne saurait comporter 1 — Mais voici une autre merveille. Voici des êtres dont je brise les membres, dont je retranche la tète, et dont je coupe en morceaux tout le corps ; eh bien , la vie m'apprend qu'elfe est plus puissante que le fer, et qu'elle n'a P9S b^spiii de ce corps et de cet^e ipatière, pui^-

qu'elle multiplie la matière quand elle le veut , et fait les coq>s comme elle le veut. La vie reproduit ces membres abattus, ces têtes coupées. On recommence à les couper. La vie les reproduit encore.

Et après cela, je ne croirai pas que Dieu puisse poser en moi une vie indélébile subsistant dans l'éternité , une vie réparatrice et régénératrice de ces membres que la mort me prendra.

Voici des savants qui me disent : Voyez monter la création : elle commence par la pierre, puis viennent les plantes , et puis les animaux. Parmi les animaux, les plus imparfaits viennent d'abord. L*homme est venu en dernier lieu. L^homme sur cette terre, aura son règne : et puis, après ce régne humain, il est probable qu'une autre créature plus parfaite viendra régner sur notre globe. Oh ! que j'admire ce rêve , et combien j'aurais garde de le mépriser. Les rêves ne sont-ils pas la forme de la vérité dans les âmes endormies? Les âmes que l'Évangile a réveillées de ce sommeil de la nature humaine dont Bossuet dit : a Toute la nature huer maine est endormie, i» ces âmes comprendront bien le sens de ce beau rêve.

Seigneur Jésus I n'étes-vous pas en effet ce nouvel être supérieur qui doit venir, et dont le règne doit arriver ? Et n'étes-vous pas le Père d'une race

Là transformation. 209

nouvelle qui doit répandre sur ce globe une vie plus haute ?

Oui, Seigneur, je comprends maintenant le doitble sens de votre admirable parole : « Je monte « vers mon Père et votre Père , vers mon Dieu et « votre Dieu. » Oui, Verbe éternel de Dieu, Verbe incarné, vous dites et faites cela. Vous montez et vous faites monter , et comme principe de Tancienne création, et comme principe de votre création nouvelle qui est Fancienne régénérée pour Tétemelle et immuable perfection 1

Vous montez par des créations successives, des minéraux aux plantes, des plantes aux animaux, des animaux à Thomme, et puis, par un élan surnaturel, vous montez de Thomnie à Thomme-Dieu.

L*homme-Dieu succède à l'homme dans le gouvernement du monde. L'hommc-animal doit disparaître peu à peu pour faire place à la race divine. Car en montant vous nous attirez tous, comme vous le dites encoi^ : « Et en m'élcvant j'attirerai tout à moi. »

Mais comment, ô Sauveur, ô Régénérateur, vous qui vous dites la vie et la résurrection, comment donc attirez- vous tout à vous ? C'est par votre toutpuissant sacrifice, o mon Dieu !

En vous, vous détruisez l'obstacle et la distance.

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