‹ De la connaissance de l'âmeChapitre 17 sur 38 · DÉMONSTRATION DE L'IMMORTALITÉ · texte numérisé non relu

DÉMONSTRATION DE L'IMMORTALITÉ

Or, ce qui veut et pense, c'est Tâme ; donc Fâme existe.

Il n y a rien là à contester.

L'âme existe ou rien n'existe.

Nous sommes certains que Tàme existe, ou nous ne sommes certains de rexistence do rien.

Où est donc la difficulté ?

La voici. L'âme existe, soit ; mais n'est*elle pas le corps lui-même ou une partie du corps, ou une fonction du corps ? Ce qui pense est, cela est entièrement certain. Mais n'est-ce point le corps qui pense? L'âme est -elle matérielle ou spirituelle? C'est là ce qu'il faut demander.

De sorte que la question se réduit à savoir si un atome peut penser, ou bien si lui certain nombre d'atomes non pensants peuvent être groupés de manière à produire la pensée^, la raison, la liberté, Tamour.

Il faut convenir d abord que c'est là , pour les matérialistes, un refuge désespéi*é, et que le parti pris de nier les croyances instinctives universelles du genre humain, réduit, tout d'abord, la ])eusée à de bien dures extrémités.

Un nombre quelconque de points physiques, groupés comme on voudra ne pieu vent pas même produire le mouvement, s'il ne leur est donné. Cela

%n o^MONSTiu'riQN m l'immortalité.

est démontré, et d'ailleura évident Et nous cher» choDS si, par hasard, ils ne sauraient prodiiil^ la pensée, la conscience» la volonté libre !

Aussi, à vrai dire, la prétention de produire la pensée par un effet de groupement, comme le groupement des molécules dans les cristaux produit la transparence, cette prétention est abandonnée, et Ton a un dernier refuge, mais précaire. Non, dirat*on , ce n'est pas par un groupement de molécules qui ne pensent pas, que nous préteudons pro» duire la pensée. Nous prétendons qu'une molécide, un atome, une monade peut penser : qu'il n'y a qu'une seule substance finie en face de l'infini; qu'il n'y a point d'esprits ni d'àmes immatérielles ; mais que cette substance unique, dont l'unité s'a[> pellera comme on voudra, âme, point, atome, es* prit, monade, est à la fois spirituelle et matérielle, c'est-à-dire douée de toutes les propriétés, ou mieux des deux grands ordres de qualités, profondément distinctes en apparence, que jusqu'ici les hommes ont rapportée à deux substances diffé* rentes par essence. La pensée, la conscience, la H* berté, les qualités spirituelles sont aussi essentielles à la substance que l'étendue, l'inertie, la pesanteur et les autres qualités physiques.

Donc , comme le croit le genre humain > il y a

DÉMONSTRATION DB L'IMMORTAUTâ tti

(les âmes ; ces âmes sont eu effet spirituelles par essence , mais elles sont matérielles aussi . par es* sence. Tel est aujourd'hui le dire de quelques phi» losopbes qui se croient à la tète de la science et de son mouvement.

Mais si c*est là le dernier refuge dos adversaires de Timmortalité de rame, ils sont vaincus; car, je vous prie, que mUmporte, en ce qui concerne Tim-^ mortalité de Tàme, que Ton re|^rde Tàmo comme à la fois spirituelle et matérielle, si Ton m*accoitie qu'elle est spirituelle par essence, c*est-à-dire es<* sentiellement capable d'intelligence, de conscience et de liberté? Si Tâme est une unité substantielle, intelligente et libre par essence, et si Ton m'ac* corde en même temps qu*aucune substance, aucun atome, ni unité ne doit retourner au néant, c'est accortler que Tànie est immortelle.

Et, de fait, plusieurs admettent et soutiennent aujourd'hui Timmortalité de Tàine, tout en niant la distinction des deux substances, et admettant que Tàme est à la fois spirituelle et matérielle.

Sur quoi nous remarquerons seulement que \os forces et les propriétés spirituelles étant, aux yeux du sens commun, comme ropjK>sé des forces et pix>priétés physiques; la |K»nsée, la conscience, la liberté, étant manifestement séparét^s, comme par un

22& DÉMONSTRATION DE LlMMORTAUTÉ.

abîme, de l'attraction , de la lumière, de la chaleur physiques, quelle chance d'avoir raison peuvent conserver ceux qui, malgré le sens obvie des faits, et la dictée du sens intime, et la conscience du genre humain , entendent soutenir le contraire sans le prouver? Quoi ! la même substance serait à la fois inerte et libre! La pierre sérail identiquement de même nature que ce qui pense, que ce qui veut et aime! C'est gratuitement poser l'apparence, au moins, de l'absurde. Mais y a*t-il quelque part trace de démonstration de cette identité des deux substances matérielle et spirituelle? Nulle part '. Attendons que cette démonstration survienne, si elle vient, pour l'opposer au sens commun, et pour la discuter. Ce que nous savons, dès maintenant,

* n n*y a que la démonstration de Hé;;el. Nous demandons pardon au lecteur de la citer ici, tant elle est en (teh«)rà de toute pliilo- Sophie, et même de toute peniu^. La \ oici : La matière est auire que l'esprit. L'esprit est autre que la matière ; donc ils sont auire tous les deux ; donc ils sont même chose. — Ce raisonnement, à Texis^ lence duquel les lecteurs étrangers à la philosophie allemande ne croiront point, est considéré par Uégel comme absolument irréfu* table, et constitue la base de son athéisme panthéistique, et de tout son système. Il se trouve dans la grande Logique de Hégol, seconde édition, tom. I*^, page 446; et il est reproduit en d'autres endroits. Dans notre Logique (Tom. I, liv. Q, n* v), nous avons cité ce raisonnement sous les différentes formes où Hegel b^ présente. Nous avons cilé textuellement, traduction littérale, texte en regard.

DÉMONSTRATION DE L'IMMORTÂUTÉ. 325

c'est que ceux qui admettent ridentité des deux substances créées, sont les mêmes qui admettent ridentité du créé et de Tincréé, du fini et de l'infini, et même Tidentité de TÉtre et du néant, c*est-à-dirc le contradictoire dans les termes, c*esl> à-dire labsurde sous forme explicite et visible ; ceux-là, pour le besoin de leur système et de leur panthéisme, admettent aussi qu'il n*y a qu'une substance finie, matérielle et spirituelle : ce qui du reste est presque aussi une contradiction dans les termes, si Ton comprend, ce qui est vrai, mais non admis de tous, que Tinertie caractérise la matière, la liberté, l'esprit*

Reste donc Tunique question iK>sée plus haut. Après cette mort que nous voyons, Tàmc s'endormira-t-elle pour Tétemité dans la perte de la conscience , et de Texercice actuel de Tintelligence et de la liberté?

Nous voyons que Tàme peut perdre conscience

d'elle-même , et demeurer intelligente et libre en

puissance, non pltis en acte, puisque, de fait,

1 ame, dans le sommeil, perd la conscience d*elle*

même, et Texercice actuel de son intelligence et de VI. 15

326 DÉMO.NSTRATION DE L'IMMORTAUTÉ.

sa liberté. La mort donc ne pourrait-elle pas être un sommeil éternel ?

C'est la seule question à poser. Ce qui est cer* tain immédiatement , c'est que Tâme , si elle est , sera. Tant qu'elle sera, elle sera libre et intelligente, au même titre qu'un cercle ou qu'un triangle aura toujours les propriétés qui résultent de son essence. L'âme sera donc toujours actuellement capable d'intelligence et de volonté. Dès que cette capacité passera en acte, l'âme en aura conscience, et, par cela même, conscience de son identité individuelle. Mais ne se peut-41 pas qu'une âme soit condamnée au sommeil pour toute l'éternité? Là est toute la question.

Or, si c'est là toute la question, on aperçoit d'abord qu'elle ne sera pas difficile à résoudre. Car a'agit-il d'une âme, de quelques âmes, ou de toutes les âmes? S'il ne s'agit pas de toutes les âmes, si une seule âme reste éveillée, l'immortalité de l'âme est gagnée, en principe. Il faut donc que ce soit toutes les âmes; il faut admettre que toutes les âmes créées, quoique pouvant être éveillées, comme leur existence actuelle le démontre, quoique devant toujours rester capables de réveil, toujours essentiellement intelligentes et libres, cependant dormiront toujotirs, et n'exerceront plus jamais ni cette

Page 1