CHAPITRE VI
LE LIEU DE l'immortalité (sUITe).
L'état présent des mondes n'est pas l'état définitif de la vie consommée. C*cst un état de dispersion qui cherche Tunité; c'est lui état de crépusctde qui marche vers le jour ; c'est une mobilité perpétuelle qui cherche le repos; ce sont enfin des images qui passent, et qui cherchent l'iuunuable solidité de l'union à réternelle substance ; c'est un état moyen entre l'ei^reur et la vérité, la nuit et la lumière, la veille et le sommeil, la vie, la mort, la liberté et la fatalité. Les êtres gémissent et en£ui* tent ; ils courent et cherchent ; ils veident la lumière pleine, la liberté entière, la vie totale et rassemblée, et le réveil définitif.
C\*st pourquoi cet univers passe, sa figure passe, u dit saint Paul : et il meurt sous nos yeux par parties.
11 meurt! Et Dieu en soit loué ! Louons Dieu de nous avoir créés, de nous avoir, par ce premier l^assao^e que nous nommons naissance , amenés à ce crépuscule de la vie. Mais louons Dieu surtout de nous mener, par ce second et meilleur passage que nous appelons la mort, de la vie mixte à la vie pleine. < louons Dieu, dit saint François d*Astf sise mourant, de nous avoir donné le soleil qui a nous vivifie, et louons-le de nous avoir donné « notre sœur la mort qui nous conduit avec bonté tf vers la patrie. »
' L'univers mourra donc 1 H y aura une fin du monde dans tous les sens du mot : et cette fin , transformant le ciel et la terre, fera de Tunivers le lieu de l'immortalité.
Mais y a-t-il donc trace de ceci dans la science? Le calcul n'établit-U pas la stabilité de tout le système astronomique?
Non, ce qui est établi, c'est une longue et approximative stabilité. Et les calculs qui restent à fiiire, sur ce point, peuvent encore établir une fin paturdle et prévue. Mais, lors même que ces derniers calculs établiraient la stabilité de notre ^s-
lème planétaire pris en lui-même, ils ne peuvent rien nous apprendre sur Teffet et les influences imprévues des autres forces et autres corps de Tunivers. Et voici d'ailleurs des savants qui admettent que, par un refroidissement successif, notre terre et les planètes, nos sœurs, se ramèneront au soleil, et qu'ensuite les étoiles elles-mêmes se ramasseront dans uu même centre,
. C*est une idée k laquelle se trouve attaché Tun des plus grands noms de Tastronoroie, celui de Herschell.
L'un des princes de la science, Ritter, a dit aussi ce mot sublime : « La terre, dans ses révolutions « perpétuelles cherche peut«ëtre le lieu de son éter- « nel repos *. »
Leibniz disait déjà : c Ce monde sera détruit et « réparé dans le temps que le demande le gouver- « nement des esprits '. »
Herder disait : « Il est probable que cette riche « variété cherche son unité et que la vie, répandue « en tous sens, aura un point où elle réunira les «I plus nobles développements de tant de belles « créatures.... Elles iront toutes se réunir dans « une même école de bien et de beauté : les fleurs
• Géographie, préface. ^ * Nonadologie, § 88.
36& I.B LIEU DE L'IMMORTAUTé.
« de tous les mondes seront rassemblées dans un « même jardin *. »
Mais il est sur ce point un mot de notre Maître qui fait pour nous de cette attente une certitude.
Déjà les prophètes avaient dit : « Seigneur^ vous « avez créé la terre au commencement, et les cieux « sont l'ouvrage de vos mains. Us périront, mais a vous demeurerez. Ils vieilliront comme un vête* « ment, et vous les ferez changer de forme comme « un manteau '. »
Mais le Sauveur nous dit : « Le ciel et la terre « passeront. » Il enseigne conmient se fera ce passage. Le voici : a Les forces du ciel seront ébrancc lées, et les étoiles tomberont du ciel '. »
Je n'oublierai jamais comment, dans mon en- Êince, j'entendais les hommes murs, que je croyais savants, se moquer du Maître des hommes à cause de cette parole : « Voyez-vous, disaient-ils, voyez- « vous les étoiles tomber du ciel en terre comme a des gréions ! . . . . Le Fils de l'homme ignore que « les étoiles sont des soleils. » £t ces savants, qui savaient si bien que les étoiles sont des soleils, sup* posaient en même temps qu'il ne peut y avoir de
< Idées sur la pbil. Livre I, chap.u. — * Ps. a, ^. — > Matlh. XXIV, 20.
LE UEU DE riMMORTAUTft. U5
centre d'attraclioa autre que notre terre. Or, où donc l*Évangile a^t-il dit que les étoiles tomberont sur la terre?
Telle est la science qui ébranle la foi des enbuts!
Et plus tard, lorsque la sainte lumière de TÉvangile entraîna de nouveau mon esprit et mon cœur, cette parole, et luie autre encore, étaient comme des crampons de fer^ qui me rivaient à Tin» crédulité. Mais la force et Tattrait de Jésus brisa d autorité ces chaînes Tieilltes. Je me soumis. « Sei- « gtieur, disais-je, je ne vous comprends pas, mais « je vous crois* »
Or, en parlant ainsi, je ne m*attendais pas quV vaut ma mort je verrais, de mes yeux corporels, cette chute d'étoiles qui, à vingt aus, quand j*entrepris Fétude des sciences, m*imposait un acte de foi et d'amour presque héroïque, pour ne pas accuser d'erreur mon Maître bien^aimé. Aujourd'hui, dis-je, si toutefois j'en crois la science contemporaine, les étoiles tombent du ciel, et nous le voyons de nos veux.
Voici que, depuis peu d'années, un noble et actif ami de la science, construit un instrument plus merveilleux encore que celui de Herschell. Et aus^ sitôt, sur plusieurs }K)iuts du ciel, Toeil de l'homuie
40e £■ £BSU m LIHHORTALnlk.
aperçoit un spectacle «pie la pensée n'avait pas osé concevoir. On voit des groupes d'étoiles, c'està-dire des groupes de soleils rassemblés par mil* lions. Ces groupes ont un noyau^ un centre, incomparablement plus étincelant que le reste. En ce centre est une incalculable puissance d*attraction. Tous les soleils tournent autour, rangés en lignes et par traînées. Mais comment toument^ib autour du centre de gravité commun ? Ils tournent en allant à lui. Leurs orbites ne sont point des cerclesi ni des ellipses, mais des spirales. Ces spirales aboutissent au centre. On les voit dessinées dans le ciel par des traînées prodigieuses de soleils, qui se suivent comme des bommes en marcbe. Les lignes de la céleste armée se déroulent en tcius sens, mais toutes convergent et arrivent au centre. Les premiers de chaque ligne sont déjà dans le centre } d'autres y touchent, d'autres approchent, pendant que d'autres sont encore loin. On croirait voir une grande armée entrer, par toutes les portes, dans une capitale, pour une fête. la ville est remplie de soldats, pendant que d'autres arrivent, et que Ton voit encore au loin dans la campagne leurs lignes immenses. Mais il y a cette différence qu'ici ce ne sont plus seulement des soldats, ce sont des rois, dont chacun gouverne
UB. LISU. DE L'IMMORTAUTÉi <6I
vingt mondes; et chacun de ces rois s'avance escorté de tous ses royaumes. L'esprit, les sens sont confondus! Ce sont des milliers d'empires » des millions de mondes qui s'unissent , et pour tou^ jours ne seront qu'un I
Voilà donc les étoiles qui tombent | et nous U voyons de nos yeux.
Tel est peut-être le sens de la divine prophétie du Seigneur : les étoiles tomberont du ciel, c'estr à-dire que les centres de vie s'uniront, les centres de vie ne seront qu'un ; et il n'y aura plus qu'une bergerie, comme il n'y a qu'un Maître et un seq^ Dieu.
Et non-seulementcesamasd'étoiles se rassemblent visiblement en leur centre, mais en sera-t-il autrer ment des autres groupes si nombreux dans le ciel? Notre système solaire doit se ramener à l'unité, suivant la pensée de Herschell . Mais est-ce que notre système stellairc ne marche pas aussi à son tour vers l'unité, comme nos yeux déjà l'aperçoivent pour plusieurs nébuleuses? £t pourquoi n'en serait-il pas de même de tous les amas d'étoiles réunis, de toutes les voies lactées, dont l'cnsembl^
constitue Tutiivers? Les yoies lactées, tons ces grands groupes d'étoiles, pris ensemble, forment le cercle immense de l'univers. Représentez-vons cette ceinture céleste, comme s'exprime la sainte Écriture ; regardez cette couronne de Dieu, corn* posée de milliers de fleurons. Chaque fleuron est un groupe d'étoiles, une armée de soleils, une voie lactée grande comme l'ensemble des étoiles que l'œil peut voir, y compris notre voie lactée. Cette couronne est la création, c'est elle dont parle l'Esprit prophétique lorsqu'il dit : « Dieu a m voulu r^ner : il s'est revêtu de beauté, il s'est « enveloppé, de forces et s'est fait une ceinture ' . b Et toutes ces célestes armées, qui forment la divine ceinture, s'avançant dans un orbe immense, l'orbite universel des mondes, passent et défilent avec une incroyable majesté, en tressaillant de joie^ devant le centre de l'univers, ce centre nécessairement et absolument immuable, et le seul immiuible de l'univers entier, et que l'on peut appeler le trône de Dieu '. Ce point unique et immuable, c'est le point à partir duquel , si l'on peut ainsi
* Dommofl regnavil, decorem iodutus est : indatos est Domims fortitudiiieoi et pSiEcufxiT se. (Ps. xc)
* Voir la théorie de M. Poinsot, sur le centre de gravité de Tudîvers.
(lire. Dieu a voulu se revêtir de b ceinture des choses créées. Cesl le point à partir duquel Dieii a proféré la parole qui est la création visible et la beauté dont û s^est revêtu.
Or, je me deniande sHl n'arrivera pas à celte couronne d'étoiles, à ce poème de Dieu, à cette œu» vre du divin génie, ce qui arrive à la vie des idées de notre àme, ou à la vie des œuvres inspirées que Ton ap|)elle des créations ?
Je crois que le gemie premier de ce qu^on nomme une création intellectuelle, c'est un vigoureux battement de cœur, impliquant une petite lueur. A ce signal, toutes les forces de Tàme fermentent, et elles travaillent, les unes sans le savoir, les autres avec réfle3don , pour étendre le germe dans tous les sens, et le pousser à la lumière à partir de ce crépuscule, et à la riche précision des détails h partir de cette profonde et vague simplicité. L'esprit s'efforce de distinguer l'indéfinie midtitude des rayons dans lesquels le germe idéal peut s'étendre, et au bout de chacun des rayons, il voudrait créer une étoile, image partieUe du centre dans ce sens et de ce coté. Parfois l'esprit, dans son travail analytique, voudrait créer, comme auréole de sa pensée, presque indifféremment au
bout de chaque rayon, un trop grand nombre de VI- a
trop petites étoiles. Parfois, mieux inspiré, imitant mieux l'universelle et suprême création du divin Maître , il choisit les rayons pnncipaux et crée un groupe au bout de chacun d'eux. C'est ainsi qu'ont été groupées les étoiles, de même aussi les arbres et les fleurs : et de même les idées quand le germe ne s'évanouit pas en développements diffus, mais s'organise en vigoureux et caractéristiques
détails.
Mais poursuivons l'histoire de notre création intellectuelle. De même que les fleurs doivent mourir après avoir porté leur graine , et que les plus vigoureux organismes vont d'eux-mêmes à la mort, de même le germe intellectuel , doit , après s'être gravé ou moulé au dehors par l'art ou la parole, perdre, en mon âme, sa vie si explicite, si présente et si étendue. Il doit rentrer, redevenir substance en moi , reprendre sa vie en moi , revenir à son père. Mes forces doivent se reposer de cette œuvre qui n'est pas moi, qui est beaucoup moindre que moi, beaucoup moindre surtout que mon inspiration. Je ne puis pas, pendant ma vie entière, ne porter qu'un poème, le chanter et le répéter tous les jours. Ses formes matérielles, concrètes, bornées et nécessairement imparfaites, m'ôteraient l'espérance de l'infini et la liberté du progrès. Et il &ut que
LE LIEr DE L'IMMORTALITÉ. 371
sa forme, qui bientôt serait pleine d'ennui comme de vieillesse en mon esprit , il faut que sa forme passe, qiie sa figttre s*efFace, et rentre dans Toubli. Le tout doit retomber en graine sur le sol fécond de mon âme, pour une seconde et plus ample moisson , moins partielle , plus é^e k mon âme et surtout plus scMublable à Dieu.
Telle est en moi l'histoire d*une création. Eli bien, n'est-ce pas là ce qui doit arri^Tr à toute la création de Dieu ?
Dieu ^"eut aussi que tous les mondes créés et posés hors de lui, reviennent à lui. Il veut que la création tout entière, pleinement analysée par le tra* vail du tem|is, la succession des jours, la conduite de la providence, se consomme en lui par la mort, pour y vivi^ d'une \ie plus haute.
Mais en quoi donc consiste cette consommation des choses, ce retour, cette rentrée en Dieu ? D'abord, nous le savons, la création n'est pas destinée* comme l'enseignent les faux mystiques, à rendre un jour k Dieu son être propre , et a rentrer en lui par l'anéantissement. La création n'est pas comparable à une bulle que souffle la bouche d'iui enfant, et que l'enfant ramène à rien, en retirant son souffle. C*est ce que (ait l'enfant qui joue, mais c'est ce que ne fait pas Dieu qui crée. Et c'est d'ail-
leurs ce qu'aucun homme n'entend faire de son œuvre. Oui certes je dois savoir oublier mon œuvre ; je dois savoir la dédaigner. Le mépris de l'œuvre passée n*est-il pas F un des caractères du génie ? Que penserait-on d'un esprit qui n'aurait en lui qu'un poème et ne saurait pas l'oublier ? Il en faut oublier les formes, les accidents, les imperfections, les défauts, les inutilités, toutes les particularités indifférentes , et n'en plus garder que la vie , recueillir cette vie en son âme, la rapporter à l'idée vive que l'œuvre a mal développée, retrouver cette idée première glorifiée par la vie de cette œuvre , mais surtout par l'oubli de cette œuvre, et s'élancer, par ce sacrifice, à l'idéal plus grand et plus divin. D'ailleurs, tant que mon œuvre maintient en moi sa vie matériellement développée, elle occupe ma sève et mes forces ; mais si elle rentre dans le sein de mon âme par la consommation, elle laisse libres mes facultés : bien plus , elle les augmente : ce travail de la vie et ce sacrifice de la vie tournent en accroissement des facultés. Giaque rayon de l'idée principale a donné un fils de l'idée, un nouveau germe. Le premier germe a produit cent pour un. Or, le trésor des germes c'est moi, c'est mon fond et ma pi^mière puissance. Le fond vivant de mon idée redevient moi, rentre dans son principe
avec usure : il y rapporte un plus grand pouvoir de produire. Mon acte me donne une habitude; mon œuvre devient ma personne. Tel est le sens de la mort des idées, tel est le sens de la mort des fleurs, tel est aussi celui de la mort des mondes.
Que d'analogies, et surtout que de différences entre cette consommation de mon œuvre intellectndle et la consommation de l'œuvre de Dieu! L'œuvre revient à la personne. Oui , c'est ce que Dieu veut; car dans l'incarnation du Verbe, principe de la consommation, le corps, l'âme, l'humanité entière de Jésus-Christ, sont unis personnellement au Verbe qui est Dieu. Et c'est là l'essentiel de la consommation. Rappelez-vous la très-sublime idée de saint Thomas : la création mobile n'est qu'une union partielle du Verbe aux créatures ; mais l'union personnelle , non plus partielle , du Verbe -Dieu à la créature (l'humanité de Jésus- Christ), régénère toute la création pour l'éternelle et immuable perfection *.
Mais ici ce n'est pas Dieu qui gagne, en unissant
* Sicttt |)er participationem bujus (Verbi) creatur» sunt io propriis speciebus institut®, sed mobiliter, ita per lUNOfMm Verbi ad creaturam, mm parltctjMfam, sed personalmn, conveniens fait re* parari creaturam in ordine ad letemam et iminobilein perfection nem. (3*. q. m, a. 8« c )
37& LE UEU 1» L'UIIIORTALrT&
aOD œuvre à sa personne} c'ett l'œuvre qui ac trouve élevée au-dessus d'elle-Diéme. Dans l'œuvie du génie, peu importe que l'œuvre teiia.ce pourvu que le génie grandisse; car ici l'boDuneest tout, et le poème n'est rien. Pourvu que rbomme grandisse en force pour éclairer et toucher les âmes , qu'importent les œuvres passées? Mais l'œuvre de Dieu n'est pas une parole comme la nôtre; elle est encore l'esprit que la parole veut éclairer^ et le cceur que Dieu veut gagner. Elle est intetUgeote, el elle est libre; elle est si belle qu'elle est aimée de Dieu; Dieu est si bon qu'il veut s'en faire aimer, pour qu'elle lui soit unie de l'amour le plus fort, et vive en lui d'une vie divine.
Ne nous laissons pas détourner par les pensées qui se pressent ici. N'oublions pas que nous cbercbons le lieu de l'immortalité. Nous avons r^ardé le lieu de la vie temporelle, et nous cberchons le lieu de la vie étemelle. Le lieu de la vie présente, cet univers visible, est une couronne d'étoiles, une couronne de divines idées réalisées par images cor^ porelles. Mais, comme nos idées, dans toute vraie création, sortent d'un centre, se développent par
l'aualyse, puis reutreiit |iar la consommation dans la vie et Tunité de 1 àme, ainsi de toute la création et de toute cette couronne dVtoiles. Cette céleste couronne sera flétrie , comme une couronne de fleurs, et mourra pour renaître, comme les fleurs qui se fanent et qui tombent en semant d*autres fleurs. Elle sera consommée en Dieu, prendra en Dieu une vie plus belle, et s*unira d'une nuuiière nouvelle et plus haute à Dieu même.
Mais ces paroles ont^elles un sens quand il s*a* git de Tunivers physique ? Je les entends s*il s*agit de Tàme. Mais il s*agit ici des terres, des soleils, et des groupes de soleils, et de toute cette couronne d'étoiles que constituent les groupes. Qu'est<>ce ici que la mort et la consommation ? Qu*est«ce que la lin du temps et Teutrée dans Téteruité, pour cette matière palpable ? Et d où sommes-nous partis dans cette étrange méditation ? Nous regardions d*abord seulement notre terre. Nous lavons vue dans la nuit du ciel, voguer comme un navire vei^ un pori inconnu. La coui^se nous annonçait un but, et le mouvement un repos. D'ailleurs, toute cette vie suo cessive, instable, et passagère, cette \îe mobile et dispersée des autres globes et de tous les êtres ni-vants, et de nos âmes, et de nos cœurs, aussi bien que de nos pensées, toute cette vicissitude de nuit
376 LE UEU DE L'IMMORTAUTÉ.
et de jour, de vieel de mort, toute cette continueUe dispersion de la vie dans le temps et l'e^iace, semble appeler une plénitude et un rassembleanat de tous les êtres, de tous les lieux et de tous le* moments, en un mot la sjmthèse consommée de toute cette analyse éparpillée et de toute cette molnlité. Or, nous voyons, dans le centre lumineux qui nous porte, un repos relatif et une plénitude relative et im rassemblement du temps : plus d'alternances de nuit et de jour, plus de vicissitudes de saisons. Eh bien , s'est écriée notre âme, notre terre dont la course inquiète semble chercher le lieu de son repos, n'arrivera-t-elle pas aussi à quelque lieu central, dans la paix, sous la pleine auréole de la vie? N'en sera-t-il point des demeures qui vogueut autour du centre lumineux, comme des demeures de l'âme ? L'âme, dans le progrès de sa vie, doit rentrer des demeures éloignées vers les demeures centrales, et enfin vers le centre où est le lieu de son repos. Et voici que la science aussi se demande si les vaisseaux qui flottent, flotteront toujours, si les globes tourneront toujours, si tous ne doivent pas s'absorber dans le centre.
Mais ce centre à son tour n'est pas le lieu de l'immortalité. Il n'en est que l'image ; car on voit des étoiles s'éteindre, et notre soleil s'éteindra. Les
LE UEU DE LIMMORTÂUTÉ. 577
étoiles tomberont du ciel. Et noii-seulemeiit elles tomberont, mais elles tombent, et nous voyons des groupes immenses d'étoiles tomber déjà, et marcher en lignes pressées vers le centre du groupe, où des milliers de soleils sont en un. Mais si chaque groupe d'étoiles se* ramène à son centre , comme chaque étoile ramène à elle son groupe de terres opaques, est-ce que les groupes d'étoiles resteront isolés et ne se ramèneront pas à leur tour au centre de gravité commun de l'univers ? C'est ce que la science aujourd'hui conjecture.
Voilà la mort totale de l'univers visible. Aloi*s plus de circulation. Repos complet dans le centre immobile : plus de nuit ni de jour, ni de vicissitude, ni de saisons : plus de temps. Je ne dis pas plus de durée , mais plus de temps. Voilà donc pour le monde corpoit^l son entrée dans l'éternité.
Avant d'aller plus loin, je veux répondn* à une difficulté que ces considérations si nouvelles soulèveront dans beaucoup d'esprits.
Qui jamais, dira-t-on, a entendu parler de pareilles choses ? Y a-t-il dans la tradition chrétienne la moindre trace de ces idées ? Les livres saints les
378 LE lilBU 01 L'IMMORTAUTÉ.
indiquent-ils si obscurément que ce soit ? Les Pères vt les docteurs laissent-ils soupçonner qu'ils y pensent?
Nous n'oublierons jamais le jour où cette difficulté nous arrêta nous-méme, et faillit nous ôter cette douce et consolante lumière. Après de grandes tristesses sur Fétat passager de ce monde, du monde visible aussi bien que du monde des esprits ; après avoir I pendant des annéeS| cherché en vain à concevoir la possibilité du ciel, du lieu de Timmortalité ; après avoir été tenté de ne plus croire à la vie à venir, que tristement, vaguement et languissamment: un jour enfin, une énergique réaction de la foi vint, par une ardente prière, me relever le cœur. Mais le cœur relevé, relève l'intelligence : les idées vivantes viennent du cœur. Rassemblant donc tout ce que je pouvais savoir sur Tâme, le corps , le ciel , les astres , les formes de l'espace, les lois du temps, les besoins et les pressentiments de la nature humaine, et les enseignements de l'Évangile , rassemblant tous ces matériaux en un, l'acte de foi y fit passer une étincelle, et je vis une lumière pénétrante s'emparer de ce tout , et le transfigurer , pour me faire entrevoir quelque chose du lieu de l'immortalité.
Mais la joie de ce beau spectacle £BdUit dire un
iustaut troublée. Qui donc, me dis*je, a jamais vu cela? Ne serait-ce pas une illu»on ? Si c*est une vraie lumière, pourquoi les livres saints n'en par» leol^ls pas? Pourquoi les docteurs catholiques n'en ont - ils jamais dit un mot ? Personne d*aUleurs n*eii saura rien comprendre, et n*en voudra rien croire. Il faudra n*en jamais parler.
Ainsi se tourmentait alors ma profonde igno* rance« Il y a longtemps de cela. Certes, je ne connais pas aujourd'hui toutes les richesses, toutes les pro-> fondeurs que recèle la théologie cathoUque, mais alors je commençais à peine à en soupçonner rexis* tence. Et comme le croient si niûvement ceux qui attaquent aujourd'hui parmi nous le christianisme et le catholicisme, je croyais assea fermement qu'il u y avait, dans la grande science théologique, que ce que j'y voyais. Cependant j avais eu déjà plusieurs preuves de Tétonnante grandeur de la doctrine de saint Thomas. Aussi je me hasardai à chercher si| peut-être, ce grand génie n'avait pas aperçu quelque chose de ce que je >*enais de trou^-er. Aur»> t-tl compris, me disais-je, que la iin du monde ne saurait être l'anéantissement de la matière, et que la fin des temps, et lentrée dans la vie étemelle n'est pas non plus la suppression de la durée, mais seulement la fin du temps, c'est-à-dire le
378 LE lilBU 01 L'IMMORTALITÉ.
indiquent-ils si obscurément que ce soit ? Les Pères vi les docteurs laissent-ils soupçonner qu'ils y peu* sent?
Nous n'oublierons jamais le jour où cette difficulté nous arrêta nous-ménie, et faillit nous oter cette douce et consolante lumière. Après de grandes tristi^sses sur Tétat passager de ce monde, du monde visible aussi bien que du monde des esprits ; après avoir, pendant des années, cbercbé en vain à concevoir la possibilité du ciel, du lieu de Timmortalité ; après avoir été tenté de ne plus croire à la vie à venir, que tristement, vaguement et lan* guissammcnt : un jour enfin, une énergique réaction de la foi vint, par une ardente prière, me relever le cœur. Mais le cœur relevé, relève Tintelligence : les idées vivantes viennent du cœur. Ra&» semblant donc tout ce que je pouvais savoir sur rame, le corps , le ciel , les astres , les formes de l'espace, Ic^s lois du temps, les besoins et \es pressentiments de la nature humaine, et les enseignements de l'Évangile , rassemblant tous ces matériaux en un, l'acte de foi y fit passer une étincelle, (*t je vis une lumière pénétrante s'emparer de ce tout, et le transfigurer, pour me faire entrevoir quelque chose du lieu de l'immortalité.
Mais la joie de ce beau spectacle faillit dtre un
LB LUI} DE LimiORTALITtL 319
iustaiil troublée. Qui donc, me dis*je, a jamais vu cela? Ne serait-ce pas une illusion ? Si c'est une vraie lumière, pourquoi les livres saints n'en par» Ient41s pas? Pourquoi les docteurs catholiques nVo ont -Us jamais dit un mot? Personne d*ailleurs n'en saura rien comprendre, et n'en voudra rien croire. U &udra nVn jauMiis parier.
Ainsi se tourmentait alors ma profoixle igno* rance. Il y a longteuips de cela. Certes, je ne connais pas aujourd'hui toutes les richesses, toutes les pn>» fondeurs que recèle la théologie catholique, mais alors je commençais à peine à en soupçonner l'existence. £t comme le croient si naïvement ceux qui atuiquent aujourd'hui parmi nous le christianisme et le catholicisme, je croyais assea fermement qu'il n'y avait, dans la grande science théologique, que ce que j'y voyais. CependanI j'avais eu déjà plusieurs preuves de l'étonnante grandeur de la doctrine de saint Thomas. Aussi je me hasardai à chercher si, peut-être, ce grand génie n'avait pas aperçu quelque chose de ce que je^Tiiaisde trou\'er. Aurat-il compris, me disais-je, que la lin du monde ne saurait être ranéantissement de la matière, et que la fin des temps, et l'entrée dans la vie étemelle n*est pas non plus la suppression de la durée, mais seiUement la fin du temps, c'est-à-dire le *
changement de cette forme mobile des cîeux qui morcelle le temps et l'espace, et disperse la vie dans la vicissitude, la génération et la mort? Saura* t-il qu'il est une autre forme concevable qui s'allie avec Tunitéy la stabilité, la pérennité de la vie, de la vie pleine et rassemblée : et qu'il s'agit enfin, non pas de l'anéantissement de l'univers , mais bien de sa transformation et de sa glorification ?
Je cherchai donc, et, pour trouver, il ne me fallut qu'un instant. Ce n'était pas ime parole isolée, une pensée transitoire, c'était tout le dernier chapitre et le couronnement de l'œuvre philosophique de saint Thomas {summa contra gentes\ Voici ce beau chapitre presque en entier :
a Toute la création corporelle doit être trans- « formée avec l'homme. Toute trace de corruption « et de génération disparaîtra.... C'est ce que dit « l'Apôtre : Toute créature sera délivrée de la ser- « i^itude dans la corruption pour entrer dans la //- « berté et la gloire des enfants de Dieu, , . Mais que a faut-il pour cela? Il faut que le mouvement du a ciel s'arrête, et c'est pourquoi l'Apocalypse dit :
« Le temps ne sera plus En effet, le mouvement
a du ciel a un but. Ce but n'est pas le mouvement « lui-même. Tout mouvement est une tendance, a non pas une fin.... Nous pouvons donc soutenir
qif au temps voulu, le mouvement du ciel s'arrêtera.
« Les mouvements du ciel cesseront avec la cor> ruptioQ et la génératioQ, maïs la substance des dioses sufasislera , par rimmobilité de la Bonté divine qui a créé les êtres pour qu'ils ftissent. L^ètre des choses, aptes à la perpétuité, durera perpétuellement.,., La substance des êtres demeurera, dans cet état dernier du monde ; Dieu suppléera, par sa vertu, à ce qui manque à leur
infirmité
« C'est ainsi qu'il faut entendre le passage de saint Paul : La figure de ce monrte passe ' . C'està-dire que la forme présente du monde que nous voyons passera, mais sa sul)stance demeurera. « C'est ainsi qu'il faut entendre encore ce que nous lisons au livre de Job ^ : Vhonvne^ lorsquU se sera endonnij ne se rr%'eiliem que quand le ciel aura été broyé ^ c'est-à-dire lorsque aura cessé ceUe forme des cieux qui les rend mobiles, et leiu* donne de tout entraîner dans leurs vicissitudes...
9 Nous croyons que ce monde sera transformé
* I. Cor. vn, 31 .
«Job, XIV, H.
382 LE LIEU DE L'IMNORTALITt.
« par le feu, et c'est ce que dit saint Pierre : Les a cieux qui sont mainienant e( cette terre sont ré^
« serves au feUy au jour du jugement de Dieu
m En ce jotir^ les cieux seront emportés^ les élé* « ments dissous par la chaleur^ la terre et tout ce
tf quelle renferme consumés par le feu Mais
m selon la promesse, nous attendons de now^aux « cieux et une nouvelle terre y dans laquelle la jusm tice régnera ' .
« Puis, comme toute la création corporelle doit tf être disposée en harmonie avec Tétat de Thomme, « et que Thomme, comme nous lavons montré, « doit être non-seulement délivré de la mort et de « la corruption, mais encore revêtu de gloire, il « s'ensuit que la création corporelle sera aussi « transfigurée et glorifiée selon sa nature, et c'est « ce qui est dil au livre de rApocal3rpse : Tai vu c un nouveau ciel et ime nouvelle terre '. Cest « encore ce que dit Isaie : Je vais créer, dit le Sei- « gneur, de nouveaux cieux et une nouvelle terre : « Tancienne forme sera oubliée, sa tristesse ne « pèsera plus sur vos cœurs; vous serez dans la
* n. Petr. m, 7, 40, 43. Nous citons en entier ces paroles de saint Pierre, dont le texte de saint Thomas ne donne qu*ane partie. ' Apoc. XX, II. — /M. 1, 3, 4, 5.
u joie et le tressaillement de la vie pleine, pendant « rétemité • . »
Quelle fut à cette lecture ma joie et mon admiration !
Le sens des Écritures, sur ce sujet, me fut ouvert par ce lumineux commentaire du docteur angéli* que. Alors les Psaïunes, TApocalypse, les pro» phètes, vinrent m^apporter la même idée.
Mais l'impression que me causèrent ces paroles saintes et la céleste doctrine de saint Thomas, fut moindre encore que ce que j'éprouvai le jour où il me fut donné d'entendre le vrai sens de l'épitre de saint Paul aux Hébreux.
Il T a de cela vingt-cinq ans. Voici ce que j'écrivais alors : « Si toutes mes autres pensées pouvaient « tomber, le germe d'intelligence posé dans mon « esprit, par la lecture de cette parole, subsisterait a après la dispersion du reste , comme un point « lumineux indestructible ; et si mes autres senti- « ments pouvaient^s'éteindre, l'espérance d*immor- « talité que cette parole fait luire en moi , main-
« tiendrait la vie dans mon Ame Aussi il me
ce répugne presque d'écrire ces choses : je crains « que si quelqu'un vient à les lire , il lui puisse
• Isaïe, 65, «7. — 66, 22.
ZBk LE LIEU DE L'IMMORTALITÉ.
« arriver de les lire froidemeut, el de recevoir cette ce révélation de Jésus par saint Paul, comme ces va- « giies paroles de piété qu'on prononce en fermant « les yeux de peur d'en voir le vide. »
Quelle est donc la divine lumière que Dieu révèle par ce texte inspiré, et qu'il est si doux d'entrevoir ? C'est celle précisément que nous cherchons ici. C'est un rayon d'en haut qui vient montrer la didTérence entre la forme présente des choses et leur forme future.
Ce n'est pas seulement saint Paul qui parle ici, car c'est Dieu qui l'inspire. Il n'est pas seul. Dieu lui découvre dans sa lumière la vérité qu*il s*agit d'annoncer. Saint Paul regarde, et parle selon ce qui lui est montré. Il est chargé d'instruire le peuple hébreu, et de lui faire connaître la différence des deux alliances de Dieu à l'homme, ou des deux Testaments. C'est là la vérité particulière qu'il voit en Dieu. Mais en Dieu tout se touche : toutes les vérités sont en un ; tout point, si on peut le dire, est éclairé par tous les autres et les éclaire tous à son tour. Aussi la parole qui exprime ce qui est vu en Dieu est comme une force qui cherche à réveiller en nous toutes les vérités à la fois. Ce qu'elle n'articule pas explicitement, elle le fait vibrer sourdement ; elle nomme des êtres particuliers.
mais annonce en même temps Tuniversel et l^infini. Elle a deux sens, elle en a trois. Si elle parle du monde des esprits, elle éclaire en même temps le monde des corps, et retentit sans terme dans le monde suprême qui est Dieu. Cest une voix d*une justesse absolue, d'une intimité pénétrante, qui ùàt yibrer toutes les harmoniques de toutes les notes qu'elle donne. Elle dit ainsi beaucoup plus de choses qu^elle ne sait.
C'est ce qui arrive à saint Paul. Il parle des deux Testaments, des deux alliances de Dieu avec le genre humain, et, dès le début, tout est transfiguré dans la lumière universelle.
Saint Paul donc nous annonce que Dieu parle de deux manières. Tune multiple et successive (rnul^ iifariam mukisque modis) ; l'autre unique, en son Fils {in Fiii'o)j qui est Dieu même, et qui est dans un éternel présent (ego hodie genui te).
Par la première parole , Dieu crée le ciel et la terre qui passeront, pendant que la seconde parole subsistera, et demeure immuable (Jpsi peribunt, tu tuitem permanebis).
* Noos prions le lecteur de relire avec attention Tépître de saint Paul aux Hébreux, sans quoi les pages qui suivent ne seraient pas intelligibles. — Nos citations, en général, se suivait chapitre par chapitre.
Par la seconde, il pose, non plus la création qiti passe, mais le trône éternel de Dieu {thronus tuuSy Deus). Par cette seconde parole, il pose la terre A VEIOR {prbem terrœ futurunt) ,
La seconde parole est celle que Dieu prononce dans le Verbe incarné. Celui que Dieu engendre dans un éternel présent {ego hodie genui fe), celui pour qui et par qui sont toutes choses {propter quem omnia et per quem omnià)^ s^abaisse au-dessous des anges jusqu'à la chair et jusqu'au sang, pour devenir le frère des pauvres passagers dont toute la vie est une marche inquiète vers la mort {qui timoré mortis per totam vitam obnoxii erant servituti). Il meurt, afin de traverser la mort pour tous {ut pro omnibus gustaret mortem).
Les pauvres passagers, en ce désert, sont errants à travers la longue suite des années et des jours, en attendant ce jour, libre d'avenir et de passé, qui s'appelle vraiment actourd'hui [per singulos diesj donec noï>iE cognominatur) . Que si leur cœur aussi veut errer toujours {semper hi errant corde) y ils n'arriveront point au repos {si introibunt in re* quiem meam).
Qu'ils s'attachent donc à lui, Verbe incamé, qui est dès aujourd'hui dans le repos, et qui est eu même temps le principe et la substance de l'immoi^
lalité (51 iamen inittum substaniiœ ejus usque ad finemfirmum rttmeamus).
Oui, un lieu de repos attend le peuple de Dieu (itaque relinquUur sahbatîsnms pcputo Dei). Blarchons donc vers ce trône étemel (ihronus gratiœ)^ lieu du repos, et suivons le Prêtre étemel {saeerdas in tBiemiim)j qui est aussi la cause de la vie éternelle {causa salutis œ terme).
Le lieu du repos existe , mais Toilé. Or Jésus , notre précurseur , y est entré , et l'espérance qui nous attache à lui est comme l'ancre immobile de Tâme, qui pénètre au delà du voile (animœ anch(h ram încedentem usque ad interiora velaminis).
La règne la justice et la paix. Lui, est le Roi de* justice, le Roi de paix. H est au-dessus de la génération. Ses jours n'ont pas de commencement; sa vie n*a point de fin . Il subsiste dans l'éternité et dans la force d'une vie indissoluble {secundum c/rtiitem vitœ indissolubiVs) , H n*est pas sous la loi du passé {non secundum legem maruiaiî camalis fao tus, . . . prœcedentis mandai!).
Cette première forme était faible et impar&ite, ti*amenant rien à sa fin dernière. Mais voici Tintroduction d*une espérance meilleure {ùitroductio mettons ^*); voici l'alliance meilleure {mêlions testamenti) ; voici le Ris du Dieu, permanent, éter-
nel et parfait (^Filàun in œternum perfeciumj. Le trône de ciel est occupé par le ministre de ce Yrai tabernacle que Dieu même a formé (jmmster îaber^ nacuU veri quod fixit Dominas et non homo).
L'ancienne demeure n'était que l'ombre et qne l'image du ciel {exemplari et umbrœ cœlestium). Le modèle est plus haut [exemplar. ...in monte j .
L'ancienne alliance de Dieu aux créatures est remplacée par l'alliance nouvelle et meilleure (me^ lions testamenti. . . testamentum novuni) . L'ancienne est extérieure et pouvait mener l'homme par la main, mais la nouvelle est intérieure, et nous tient par le cœur. La vieille loi pousse les membres, maïs la nouvelle pénètre Tâme. L'une est déjà vieillie, l'autre est toujours nouvdle {tUcendo aniem ■ nouum » i^eteravit prias).
Oui, il y a deux demeures, deux tabernacles, dont la première sans doute est sainte (sanctum secalare)^ sainteté du temps qui passe, mais dont la seconde est appelée le saint des saints (sancta sanctorum). La seconde demeure, bien autrement grande et parfaite {anqflias et perfectias tabema-cidum), n'est pas de cette création {non hufos créationis). La première est l'image du cid (exen^flaria quidem cœlestiam.... exemplaria verorum)\ la conde est le ciel lui-même {jpsa autem cœlestia,
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Ipsum cœium). La seconde est l'alliance nouvelle, rhéritagc éternel. Dans la première, la créature ne se donne pas elle-même à Dieu; elle y va par un sang étranger (in sanguine alieno)^ et à travers la suite des années et des jours. Ici le Prêtre de l'éternité se donne lui-même {pfferens semetpsunïjj et s'offre une fois, une seule (sernel)^ pour arrêter et consommer les siècles qui passent, et en même temps pour épuiser le mal {ad destituiionem peccati. • • . oii multorum exhaurienda peccata).
Dans l'ombre des biens futurs {wnbram futu^ rorum bonorum) les années passent, le sacrifice et la mort courent sans cesse, mais rien n'atteint sa perfection. Le sacrifice, le passage et la mort des créatures qui passent n'engendrent pas la perfection. Mais ce nouveau corps, ce corps de Jésus- Christ, formé par Dieu seul (corpus aptasti mihi)^ sera pour Dieu un don unique et éternel (una oblor tione consummaifit in sempilemum)^ qui consomme tout, et qui sanctifie tout pour toute l'éternité.
Ce corps est le voile qui enveloppe Téternité (per i^elamen, idesi camem suant). Entrez par cette substance visible, c'est la voie vivante et nouvelle (yiam novam et viventeni).
Courage 1 vous avez maintenant une substance permanente et meilleure que tout ce qui est ici-bas
SM LE UEU D£ L*IUMORTAUTÉ.
{cagnoscentes vos habere meliorem et maneniem substantiani).
Cette substance en vous, c'est la foi, La foi est la substance de cet avenir espéré {sperandanun substantia rerum), et le germe de œ qui est invisible encore.
La foi nous fait attendre la vraie cité construite par l'art de Dieu et fondée pour l'éternité {/iuuL^ menium habeniem civUatem, cujus artifex et conFditor Deus).
Voyageurs 9 étrangers sur la terre , nous cherchons la patrie {pereginiet hospUes Signer terram. . . sigmficant se patriam inquirere). Nous n'avons pas ici de cité stable y nous cherchons la cité à venir {non enim habenuu hic manentem civitatem, sed futumm inquirimus).
La patrie meilleure est le ciel (meliorem appc'tant, id est cœiesteni) ; c'est là que Dieu nous prépare une cité (jHUUvit enim iliis eivitatem)^ cité du Dieu vivant (cùniatem Dei vàfentis)^ assemblée sainte, assemblée des esprits qui ont gravé dans le ciel leurs mouvements, leur justice et leur perfection : réunion dans la nouvelle alliance, dans le médiateur Jésus , dans ce Dieu incamé qui était hier, qui est aujourd'hui , qui est dans tous les siècles, de celui qui parle du haut du ciel^ et dont
la voix remue tout Tunivcrs, et qui dit : « Âtten* « dez : d*un seul mouvement y en une seule fois , « je vais remuer, non«seulement votre terrei mais « tout le ciel (adhuc semel^ ei ego mmeho non so* « hun terram^ sed et cœlum), » C'est ainsi quil annonce la translation des choses mobiles {decla^ rai mobilium iranslationem) y afin qu*il n*y ait plus que Timmuable perfection (ui maneanî ea quœ sont immobilid).
£h bien , emparez- vous du royaume immuable [regnum immobile suscipientes) que Dieu nous offre.
Sortons d'ici pour aller vers lui : ceci n'est pas la cité permanente. Gierchons la cité à venir. Avan* coos vers lui, allons à l'alliance étemelle (exeamas tgitur ad eum extni castra,... non enim heibemus hic manentem cifi totem, setl faturatn inquirimus).
Ce sont là quelques traces du sens, quelques fragments des paroles de saint Paul.
Vous y voyez ceci : deux états dans l'œuvre de DieUy deux formes de la vie que Dieu donne. La première est multiple , extérieurci mobile et successive ; ce sont des jours et des années qui passent ; des êtres qui vivent et meurent ; des efforts qui recommencent toujours ; des périodes qui reviennent sur elles-mêmes. C'est un désert que les vi-
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▼ants parcourent; une course qui ne rencontre que le désert ; des cœurs errants qui cherchent la pa» trie. C'est une amorce vers la vie pleine. Comine le désert appelle la patrie par contraste, de même la course, et Tinquiétude, et la mobilité, appellent le repos et la stabilité; le temps cherche Tétemité, et la multiplicité Tunité. La terre étroite et voyageuse cherche la terre à venir, immense et stable.
Et tout ceci est vrai dans tous les ordres, pour les âmes, pour les corps, pour les intelligences et pour les cœurs, pour la terre, pour les terres et pour les soleils, et pour toute créature. Ce sont des vérités qui atteignent toute chose, vérités à toutes dimensions, bien différentes des abstractions superficielles et linéaires de la pensée purement ana* lytique.
Le second état de la vie que Dieu donne, c'est la reprise de la mobilité des êtres et du temps, par leYerbe éternel de Dieu, qui les consomme en lui. Il amène un jour plein, le jour vraiment présent. U change, par une nouvelle espèce de mort, la valetu* de la mort. La mort qui n*était qu'un passage de l'imparfait à l'imparfait, il en fait un passage de l'imparfait à Tétemelle et immuable perfection. Pourquoi ? Parce qu'il meurt lui-même, lui l'éternel, en s'unissant à ce qui peut mourir. Il meurt
LE LI£U 0£ LIMMORTâUTÉ. i»
de cette mort prodigieuse qui passe du temps à rétemité, et du fini à l'infini : mort qui franchit l'abime infranchissable du créé à la vie incréée. Il meurt et rattache à sa mort toute mort, pour ratta* cher à sa vie toute \\e.
Ceci est vrai des âmes, des cœurs, des esprits et des corps de notre terre, et de toutes les terres et de tous les soleils. U remue tout cela d*un mot, le transforme et le transfigure : « Je remuerai, dit-il, votre terre et tout votre ciel. Je supprimerai toute cette mobilité. J'établirai l'immuable vie. Moi, roi de paix, assis sur le trône étemel, je vous donne le royaume, Timmuable royaume de la vie pleine et l'assemblée. »
Ainsi rien n'est anéanti. L'univers subsiste, mais transformé. Il prend une autre forme, forme non plus mobile, mais stable : forme qui ne morcelle pas les êtres, ni l'espace ni le temps; où les vicissitudes et les révolutions du temps sont abolies.
Quelle peut être cette forme ? Je ne sais. Mais qui osera dire qu'une telle forme est impossible à l'art divin ? Nous*mémes nous pouvons facilement imaginer une reconstruction de l'univers physique
3M LE UEU DB L'IHMORTAUTÉ.
où la vicissitude et le moroeUement du temps et de Tespace soient abolis.
Il 8u£Ert pour cela de supposer un monde habité par sa face intérieure^ non plus par le dehors. Et ce sera précisément Timage de la septième demeure décrite par sainte Thérèse : celle dont le divin soleil est le centre- Dans la forme présente de l'univers , tous les mondes sont habités par le dehors ^ et tous aussi sont éclairés par le dehors , les uns de loin, d'un côté, par un seul point , les autres par le dehors aussi, mais en tous sens et par leur auréole.
Eh bien, supposons un monde habité, non plus par le dehors, mais au dedans, éclairé et vivifié non plus seulement par un point extérieur, non plus même par son auréole, mais par son centre Les deux formes de l'univers, la forme première et la forme dernière, la forme temporelle et la forme au^essus du temps, seraient alors comparables aux deux états fondamentaux de la vie de notre âme : vivre par le dehors ou vivre par le dedans. Quel est l'esprit vraiment vivant qui n'a senti cette diffé» rence ? Travailler du dehors au dedans, ou travailler du dedans au dehors, puiser au centre ou puiser au ddiors 1 Quelle différence dans ces deux directions inverMS 1 Quelle pesanteur, et quelle agiUté 1 Que de
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temps , que d'espace ^ et quelle simplicité , quelle unité I Quelles constructions pénibles , et quelles merveilleuses créations 1 Quelles imperceptibles lueurs y et quelle glorieuse lumière l Y a-t-il une intelligence éveillée, vraiment originale, qui ne connaisse la diflérence entre la lumière du dehors et celle du centre ; entre la multiplicité, la diffu* sion , la grossièreté , Fopacité des données exté* rieures, et la lucidité intuitive, et la substantielle profondeur , la saisissante vitalité des lumières et des inspirations centrales? Et quelle est lame, ayant Tamour de Dieu, qui ne sente Texil au de* hors, la patrie au dedans, la vie profane à la surface, la vie sacrée au sanctuaire ? L'état présent et temporel des mondes , c'est -l'état de la vie au dehors. L'état de vie future, c'est la vie au dedans. La forme présente de la vie tourne le dos à Dieu, comme les captifs de la caverne de Platon tournaient le dos à la lumière et ne voyaient que l'ombre, sur la face opposée de la prison. De même la vie présente ne voit guère que des ombres, et ne voit Dieu qu'en ses reflets et sur la face des créatures. L'état futur se retourne vers Dieu qui est au centre, et contemple Dieu même directement et immédiatement. « Tout l'univers sera rea tourné comme un vêtement, » dit la sainte Écri-
ture * . Il passera d'une première existence au dehors, à la seconde vie, qui est intérieure et centrale. La première était, en un sens, hors de Dieu ; la seconde est en Dieu.
Aujourd'hui, même la demeure relativement immobile et centrale, l'immense corps du soleil sous Tauréole, si on le suppose habité, est habité par le dehors. Et la vie est encore partielle et dispersée. Nul ne peut voir toute l'auréole, nul ne peut voir toute la cité , nul ne peut voir toute l'assemblée. Le lieu est encore morcelé en plusieurs horizons et les membres de l'assemblée, les membres du même corps , sont parfois séparés par l'épaisseur de mille mondes comme le notre.
Mais supposez un monde rapporté par le toutpuissant Architecte, non plus à sa circonféi-ence et à son auréole , mais à son centre et à son foyer. Supposez toute la vie tournée vers le dedans. Prenez plus à la lettre la parole du psaume : « Dieu a règne, et il se revêt de beauté, il se revêt de force, tt il se fait une ceinture ; car il pose le globe de la a terre qui ne sera point ébranlé '. » Ce globe de la terre nouvelle, qui ne sera point ébranlé, a pour
* Sicut opertorium mutabis cos. (Ps. a.)
* Dominus regnavit, decorem indutos est : îndutus est Donûmis
centre le troue de Dieu, el Vjégneau qui est sa lu* mière. Ce globe est un divin amphithéâtre oii se réunissent toutes les créatures libres qui se sont attachées à Dieu pendant le temps de leur éducation dans le monde du travail , de Teffort , de la lutte, de répreuve. Cest le jardin céleste où Dieu rassemble les plus belles fleurs de tous les mondes. Cest la table du père de Esunille où se distribue le festin dont parie TÉvangile. C'est le lieu de la vie rassemblée. D'un point quelconque de l'enceinte étemelle, tout œil peut voir toute la lumière, avec tout ce qui vit dans la lumière : tout œil, d'un seul regard, voit Dieu et l'univers entier. Là, il n'y aura plus qu'un horizon, le même pour tous, l'étemel et luiiversel horizon , où tout œil verra toujours tout. I^ tous sont toujours avec tous , en même temps qu'avec Dieu. Où est la nuit ? où est le froid ? où se cachent les ténèbres ? où est l'inquiète mobilité ? où est la possibilité de l'isolement, de la séparation ? où est la mort sous cette pleine lumière , sous le regard immédiat de Dieu ? Qu'est devenu le temps ? qui s'aperçoit de la durée ? Comment le jour peut-il baisser, pour nous avertir du départ ?
fort-tudinem et pnecinxit se. Elenim Rnnavît ortan terne qui non
*. (Pâ. xai.)
Eh quoi^ dira-t-mi, plus de mouYement, mtk alors plus de vie I
Ne craignez point. Parce que le inonde aura cessé de tourner sur lui-même , et de courir toujours dans le même cerde, comme Tesclave condamné à la meule, le monde, ni Tbomme, n'auront perdu ni le mouvement ni la vie. La vie ne tournera plus , ne circulera plus dans la perpétuelle répétition des mêmes vicissitudes sans avancer; car elle n^aura plus d'autre mouvement que la croissance et le progrès. Pensez-vous qu'elle va rester froide et immobile sous le regard direct de Dieu, elle qui autrefois fermentait , s'agitait et courait avec tant d'inquiétude et tant d'élans, sous l'indirecte et partielle lumière du premier monde ?
Ici, plus de séparation entre Dieu et les âmes, plus de séparation ni de lutte entre l'esprit et la matière. Les corps sont glorifiés et spiritualisés par la vie pleine qui se fait tout en tout. Quelle vie et qud élan ! Quels torrents de lumière et d'amour ! Quelle dilatation de tout cœur, de tout esprit et de toute vie ! Quels battements du cœur commun, et quel tressaillement du monde physique, sous l'im-
LB UEO DB LIMMORTAtHÉ. SW
nense h^rmouie dfs diants sacrés de la joie I Qud enthouàasme dans la Térilé triomphante et dans Tamour enfin désaltéré! Et toitle cette as-> semblée^ cet univers nouveau, cette unique cité, iHen autrement grande que raucienne, cette dté, — car ici les imag» se croisent et se confondent, — * cette cité est une chose TiTante, c*est la Jérusalem céleste, c*est notre mère commune qui est an ciel, c'est ITglise étemelle, c'est la fille do Dieu et Tépouse de TAgneau. LWgneau, Verbe incamé, occupe le milieu de son ccnir. C'est lui qui est sa source, son soleil, son étemel et perpétuel Tivificateur. 11 lui parle, il la bénit et il lui dit : Je t'aime; j'ai traversé la mort pour te donner la liberté, et te faire asseoir avec moi sur mon trône. Ces paroles de Dieu visible révèlent incessauunent aux âmes de nouvelles profondeurs d'amour et de nouvelles clartés, et dans le monde dos corps elles font tressaillir de joie la lumièro et réloctricité.
Que dire de cette vie admirable et de ses mouvements? Wus encore que rancîonno création, la création nouvollo est elle-même la parole que Dieu parle. Elle est, dans son ensemble, le flot luiiversel de la parole de Dieu.
En commençant cotte étude de Tame, nous avons 4it : « Notre âme est un mot que Dieu parie. ^
Or, cela est encore plus vrai de l'ensemble des âmes, plus vrai encore de l'univers entier , plus vrai surtout de l'univers régénéré et élevé à l'éternelle et immuable perfection.
Que dire de cette parole? Cette parole n'est-elle pas le nom de Dieu prononcé au dehors, et maintenant tout glorifié ? Que dire de cette parole de Dieu, de ce discours, de ce poème, de ce chant s'exhalant de la bouche de Dieu même ?
Quand un homme parle, il s'enveloppe d'une sphère sonore dont il est centre. Dieu parle et se revêt aussi, dit le texte sacré, d'une ceinture de beauté, de force et d'harmonie. Il pose la sphère créée. Dieu est au milieu d'elle, et quand elle est ramenée à lui dans la gloire, elle ne sera point ébranlée. C'est là le ciel, le temple de Dieu, sa demeure, son poème et son chaut.
Mais n'est-il pas admirable que, dans la sphère sonore, expansion d'une parole dite par un homme, chaque point est l'image du tout, et en renferme tout le sens ? L'oreille, touchée par un seul des rayons de cette sphère, entend et reçoit tout. Mille auditeurs placés de tous côtés entendent tout le discours.
De même chaque rayon et chaque point de la parole universelle que Dieu dit hors de lui est un être vivant et individuel dans la totalité.
LE LIEU DE LIMMORTAUTÉ. ftOl
Tel est aussi le cid ; telle est^ dans la vie éter* nelie, la sphère de gloire, de lumière et d^amour dans laquelle Dieu \Trse ses dons. Il est au mi* lieu d'elle pour raffermir, la viviGer; elle ne sera point ébranlée. Elle s'attache immuablement à son centre par un amour immense : c'est là son immo* bilité. Mais où est son mou\'ement ? Le voici : Tunion du créateur et de la créature se maintient, se resserre, se dilate et grandit. C'est là le mouvement. Dieu ne peut croître, ni lui, ni son amour, mais la créature croit toujours. La sphère d*amour grandit iiKessamment, c^le fait ce qui est dit aux âmes ; « Dilatez votre cœur et je le remplirai. » Elle ne cesse d*agrandir son cœur et de le dilater, sous le souffle intérieur, par un progrès que rien n'arrête, comme à la voix de Thorame , s'étend autour de lui la sphère des ondes sonores, corps de la parole intérieure, sphère réelle, %ivante, animée, dont le centre est la bouche qui parle, dont la surbce s'avance à flots pressés dans l'atmosphère, et dont chaque point porte le mot entier.
Ainsi grandit la sphère divine, plus vite que la parole humaine ne va d'un homme à l'autre, plus vite que la lumière ne passe d'un monde à l'autre. Rien dans tout l'univers ne croît, ne marche, et ne s'avance, et ne s'élance dans l'étemd VI. fS
«os U UEU DE L'IMMORTALITt
progrès ayec plus de vitesse et de tressaillement que ce flot magnifique de la parole de Dieu. Jamais elle ne s'arrête : son cœur augmente toujours de profondeur et de capacité : son âme se développe sans cesse : toujours en elle de nouveaux points paraissent à la lumière, et chaque fibre nouvelle de ce coeur bienheureux rencontre et boit toujours la plénitude de la lumière et de Tamour, ce rayon iVvme force infinie, le Verbe, qui se verae en tous sans s'affaiblir.
Quand nous aimons, quand l'ardeur de notre âme se verse dans un cœur aimé, il est un temps aussi où ce cœur se déploie, se dilate sous Tamonr. Mais on lui trouve bientôt des bornes en le sondant, et l'amour arrêté, ne pouvant croître, languit et meurt. Tant que le cœur aimé offrait quekfue mystère, on le croyait immense, et notre désir s'y plongeait, comme l'espérance dans l'avenir. Maïs qiumd il est tout vu, comme il parait étroit 1 Quand il n'a plus aucun repli à déployer, quand il n a plus ni secret ni mystère, qu'il reproduit toujours lesmémesaspects, comme unecontrée connue, et les mêmes sons, comme une voix monotone ; quand il se fixe en &ce de nous sans croître et sans grandir, comme il parait stérile ! comme l'union parait vaine!
LE LIEU DE rniMORT&LITÉ. &03
Mais Tobjet de l'amour divin, toujours fécond j toujours nouveau , toujours développé sous le souffle de Dieu, dans la vie éternelle, offre toujours quelque nouveau mystère à ses rayons; non que Tœil étemel n'ait pas tout vu, mais Tidéal que Thomme porte en lui-même, va toujours se réalisant par un progrès que rien n'ar- Téte. Voilà l'amour sans bornes , l'amour étemel et croissant.
Les hommes aussi pourraient toujours s'aimer, s'ils se tenaient toujours vivants en Dieu, toujours nouveaiuc , toujours profonds en lui , portant en €fux le mystère de Dieu même et l'inépuisable jeunesse que donne la sève di\îne toujours renouvelée. Chaque âme ne peut-elle pas croître toujours? N'est-elle pas quelque chose dans la sphère lumineuse qui rayonne de la bouche de Dieu ? N'est*elle donc pas une onde dans cette parole divine que pousse à flots presses le souffle créateur ?