CHAPITRE III
Maintenant, nous pouvons commencer à comprendre* que la consolation découle du sacrifice, a I>es âmes sont mortes , disions-nous, et tout A gémit, tout souffre parce que le» âmes sont mortes tt ou endormies, et ne se forment point à la vivaiUe « image de Dieu. Elles vivifient trop peu leur corps, a le monde, la société humaine, la vie entière. Telle « est la cause de nos douleurs. »
Or, vous voyez que le sacrifice donne la vie. Le sacrifice répare, élève, transforme Tâme à l'image de Dieu.
Comme cette transformation de Tàme est le nœud de toute la connaissance de Fâme, comme c'est le tout de Tâme, le passage de la mort à la vie, la
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rtMUÙssaDce, le principe de tout bien, le germe de riauuortalitê , nous allons \'arier nos efforts , nos foinXs de vue , nos termes de comparaison , pour b faire bien comprendre.
Et d*aboni maintenons toujours fermemcMit la notion orthodoxe du sacrifice.
Le sacrifice, loin d*étre Tanéantissement du créé, est au contraire ranêantîssement de tout ce i{iii s^oppose à la glorification de Tétre fini par son union à Tiufini. Le sacrifice n*est pas la négation de quelque chose qui soit, c'est la négation d'uiu^ ut^tion, c*est une affirmation. Ce n'est |)as la mort, c Vst la destruction de la mort ; c*est la voie vers la ^ie, pleine et sans fin.
Telle est la vraie notion du sacrifice. Anéantir Tobstacle pour recider les bornes, et dilater en Dieu, et transformer en Dieu tout Tétre sacrifié.
Mais comment la transformation s*opère-*t-elle? En quoi consistent- elle ? Quelle était la forme de 1 Âme ? Quel devient son état ou sa forme ? Qiumd Bossuet, au moment du solennel sacrifice de M*** de Lavallière, s*écrie : « Quel état et quel état ! » où ^ la différence si essentielle c{u*il voyait dans ces
deux états, dans ces deux formes d*uue méaie
âme?
Ces deux formes sont, d'un coté, la forme de la mort dans Tégoisme, et de l'autre la forme de la vie dans Tamour.
Mais, comment montrer aux yeux c(?s <Ieux formes de Tâme invisible ? Si nous {pouvions voir la sagesse*, dit Platon, quel amour naîtrait dans dos cœurs ! Si nous {K>uvions voir Tâme, et sa laideur, et sa beauté, selon la forme qu'elle a choisie, quel désir de la divine transformation naîtrait en nous!
Qu'on nous pardonne donc la hardiesse et la variété de nos efforts, et, s'il le faut, la singularité de nos comparaisons , pour arriver à faire voir l'âme sous ses deux formes. Mais plutôt, au lieu de demander pardon d'avance à ceux qui nous liront, confions-nous en Dieu, pour qui nous travaillons, à qui nous voudrions pouvoir gagner des âmes. Parlons comme nous pensons, et sans respect bu* main.
Dans le chapitre intitulé les deux foyers, nous avons essayé de montrer la vérité de cette assertion générale: Nous sommes dans Tégoïsme; nous vivons sous la double forme de l'orgueil et de la sensualité, comme on a dit que nous vivons et que nous |)eiisons sous les formes de l'espace et du tem{)s.
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Or, riioinmc est composé cl*Amc et do corps. On pcHirraût dire qu'il y a deux égotsmes, celui de l'esprit et celui du corps. L'^oîsme de l'esprit, c'est l'orgueil, i'égoisme du corps, c'est la sensualité. Il est bien entendu toutefois que les deux égoismes sont dans l'àme : le corps n'a ni mérite, ni démé* rite, ni égoîsme, ni amour. Les deux égoismes sont donc dans l'âme; mais l'un est celui de Tàme sahaissant dans le corps, pour en jouir ; l'autit) est celui de l'àme voulant s'élever au-dessus d'ellemême.
Je les vois l'un et l'autre dans ces mots de Pascal : • Qui veut foire Tange, fait la béte. » L'orgueil, c'est lame voulant faire l'ange: la sensualité, c'est rame faisant la béte.
Je vois Tame qui s'élève d'une part, et qui, par contre, s'aliaisse nécessairement d'autant !
Je la vois s exalter et s'affaisser en même lem|)s, se dédoubler, en quelque sorte, pour monter 4'un cùlé et descendre de l'autre ; et cela , comme jwr , une loi physique, comme quand l'esprit de la natiirp se dédouble, en un jour d'orage, et se sé|iare en deux fluides contraiivs dont l'iui occu|)e un nuage au-dessus de la tête de l'homme, dont l'autre occupe la terre que nous foulons aux pieds.
Uni, la vie mauvaise, Télat faux, la forme du
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mal dans Tâine (*st une division et une sé[iaration des forces de la vie en deui tendances contraires.
C'est la duplicité d*une âme qui , cessant d*étre simple, une, recueilUe, prend en eUe*méme une double vie, Tune dans l'esprit et l'autre dans les sens; Tune au*dessusdc Thomme par présomption et sans réalité, Tautre au-dessous de l'homme par afiEûssement, avec réalité. C'est une excentricité d'âme qui développe en elle deux foyers de la vie, ou deux pôles, deux potes de nom contraire, comme un aimant ; deux foyers séparés , excentriques, comme les deux foyers d'une ellipse.
Rien de mieux observé que ce qui suit touchant les rapports de l'orgueil et de la volupté : « Rap- « port inverse en effet, singulier équilibre de ces c deux vices capitaux en nous, du vice extérieur, « actif, ambitieux, glorieux et bruyant, et du vice « mou, caché, oisif et furtif, savoureux et mysté- « rieux ! Avez-vous jamais remarqué ce jeu double ? a Quand la volupté diminue en moi et que je \iens a à lx>ut de la repousser, l'oi^eil, la satisfaction . a joyeuse et fière, monte d'autant; mais sitôt que a l'autre reprend le dc*ssus, il y a prostration gra- « duHle, abandon, et mépris de moi-même. Chez a tout homme l'un d(*s deux vices a chance de doc miner, mais non pas à l'exclusion de l'autre.
« qaoiqii'il y ait certains câs extrêmes et mons* « tnietix où un seul dos deux emplit T&me. Ce sont « coomie deux pôles , aux dernières limites de la « terre habitable; la majorité des hommes flotte « dans Tinlenralle et incline plus ou moins ici ou
« là En s en tenant à ce qu'on a senti, il est
« constant que ces deux vices se lient d'ordinaire « par iw mouvement inverse et alternatif V »
Cette physiologie de TAme est bien connue des ascètes et des mystiques chrétiens.
la vie^ le bien, disent-ils, c'est le recueillement fie Time au centre; c'est Tunité, la simplicité, la componction, comme l'exprime le livre de Tlmita* lion; c'est la rentrée de TAme en elle-même, en son arur, en son centre, en son fond, au sanctuaire, par la pureté et |)ar Thumilité. laissez tomber Ton» siml; relevez tout ce qui est par terre et dans la sensuaUté, et Tàme, de double qu'elle était par le pttrfaé, redevient simple. Il faut, dit la piété, que cliaque jour ma tête se n^|x>si^ dans mon cœur et en Dieu , et que chaque jour mes sens s'y purifient. L'Ame se maintient ainsi pure, humble et NÎiaple.
Cette unité, cette simplicité est donnét^ par rKvan-
gilc, comme le caractère même du bien, m Si Totn- « œil est simple, tout votre corps sera éclairé ; s'il « est mauvais, vous serez tout entier ténébreux, b
Si Ton ouvre les livres moraux et sapientianx de TAncien Testament, on j trouve constamment que le caractère du bien c'est la simplicité du cœur , le caractère du mal, la duplicité du cœur. Sois humble, sois pur, sois simple ! Malheur au cœur double, orgueilleux, sensuel ! Cest le fond de toute la doctrine morale ' .
Les deux excès de Tégoisme, les deux foyers de Tâme difforme par le péché, les deux p^es du cœur double sont les deux volontés qu'il £iut perdre pour renaître de Dieu : la sensuaUté {voluntas camis) ; Torgueil voluntas virif. Saint Jean nomme ailleurs les deux concupiscences : concupiscence des yeux et concupiscence de la chair y qui, ensemble, sont \ orgueil de la vie. Cest ce que rÉcriture sainte nomme encore \ arrogance des yeux et
* Ne acœsseris ad illum dupbci corde. Ecd. i, 36. — DefiriiDe cor tuum et suàtîne : in dolore sustine et io humilitate patienliaoi halje. Ecd. ii, 4. — VaB du pi ici corde, terram ingredienti dualius viis. Ecd. Il, 1 1. — Initium raperbiac hominia, apostare a D)p«). Ecd. X, 14. — Qui timet Dominum converteUir ad cur suam. Erd. XX, 8. — Domine pater et Deus \\\st ineaB... e\tollentîain oculorum iDeoram ne deicris roihî.. . aiifera me ventris conçu pisccDliam. /6û/. XXIII, 5 et 6. — Congrega cor tuam in sanctitale. Ihid. xxx, ii.
h conctqHscence du ventre {extoHentiam oculonun et l'entris conctq}isceniiam). C*cst ce qu'on élen- «tanl peut-être le sens donné à ces mots par les (lires, on {X)iirrait appeler Virascible et le concu^ IHscible: l'irascible, celte force d'orgueil qui s'élève, s'exalte, s^irrite; et le concupiscible, cette avidité ^en$ueIle qui ne dit jamais c'est assez.
Saint Thomas d'Aquin caractérise la duplicité du cœur en remarquant qu'elle tend à l'impureté '. Et il donne l'idée même de simplicité comme synonvme de force et de vertu *.
Que si l'on veut étudier de plus pi^ encore ce que nous appelons la forme de Tégoîsme , sa duj»lîcité, son excentricité, ses deux foyers, leur nature, leurs effets, leurs rapports, la nécessité de re\enir de la duplicité à la simplicité, et les effets Je ce retour, il faut nous permettre unedigix^ssion, étrange peut-être, mais qui n'est pas indispensable pour comprendre la suite de ce traité. Nous y consacrons le paragraphe suivant que le lecteur peut passer sans inconvénient.
' nupk*h'iUis animi est quiddam consisiuens ad luxunam. i*. t*'. : W a. 6.
- OttUKto alH]iud est âmpUcius, Unto virtuosius.
C'est liCibniz qui a dit : « 11 y a de rharmonie, « de la métaphysique, de la géométrie, de la mou raie partout. »
Ces paroles sont rigoureusement vraies. 11 y a non-seulement de Tharmonie et de la métaphysique partout, ce qui est évident, mais il y a de la géométrie partout, et de la morale partout; il y a de la morale en géométrie, et de la géométrie en morale. Il y a de la géométrie dans Tàme. Leibniz ne le croyait pas seul : Pythagore, Platon, saint Augustin, Kepler et beaucoup d'autres pensaient de même.
Nous disons donc aussi qu'il y a de la géométrie dans la morale, et que les lois de la morale ne sont en rien plus arbitraires que celles de la géométrie et sont le$ mêmes, peut-être, aux yeux de Dieu.
Hors Dieu, il y a deux choses : il y a Tâme et il y a l'atome; l'unité matérielle, l'atome, et l'unité spirituelle, l'esprit créé, humain ou angélique. Ces deux choses sont les deulc éléments qui composent tout cet univers. L'un est le sens, l'autre le signe, dans cette parole de Dieu qui est la création.
i> mol dîviu D*<^ pas iiue parole sèche et froide : c'eU iiu mot diviiH^meut poétique et dhineuieiit ctuutê.
La creatiou e&l eii cfiel uue harmouie, et la miH :>k]iie est le symbole de la création.
la musique, comme la création, se compose de sens et de signe, d*esprit et de matière. Comme ibtis la création, le sens, dans la musique, c\'st I intelligence, c\^t Tamour, c'est la liberté : c\^t W libre et lumineux mouvement de rame et de Tesprit. El le signe, la matière, a^ sont des nombres, Jt^ rap|)orts de nombres, et des figures géométriques, des sphères.
Ces formes expriment cet esprit ; ce signe ex* prime ce sens ; cV'st un fait.
Voilà donc des nombres et des rapports de nombrvs, des formes géométriques, des sphères, ou des ellipses formées dans Tair, qui expriment des mouremenls de Tàme, de Tamour, de la passion, iio la sagesse, de la bberlé.
U Y a donc quelque ressemblance et quelque analogie entre ces nombres et formes, et ces mouvements *d'àme, entre cette morale et cette géoicftrie.
En pourrait-il être autrement ? Tout ressemble k Dira de quelque manière : donc en un sens, tout