‹ De la connaissance de l'âmeChapitre 5 sur 38 · SH LA TIU%SFORMATIO · texte numérisé non relu

SH LA TIU%SFORMATIO

fié* rpîisembk*. l/âmo et ralome sr* doivent donc re^ S4*nil>ler, quoique aussi radicalement distincts entre eux par natiin'qifils sont distincts de Dieu.

Mais la géométrie gouverne tout dans ratonH* , (*t dans les forces de Tatome, dans Tattraction ^ la lumiên% la chaleur, symboles, images dr*s fonns de l'âme, comme l'atome est le symbole de l'âme : tout cela n'est que nombre, poids et nH-siire.

Comment donc Tâme pourrait-elle él n* sai:s qu<4que it'SsemUance à la géométrie?

Certes notre âme n'est pas immens<% elle ne remplit pas lout. Elle ne vit pas égalenKMit dans toiitp Timmensité, spirituelle ou corporelle; elle ne vit |ias également dans tout le monde infini des idées. Donc elle a quelques bornes, donc elle a qtielque forme, non pas physique, mais idéale.

Est<-ce que nous ne voyons [>as tous, dans notre âme, un fond et une surface? Est-ce que la profondeur mystérieuse du c<^eur est la même diose que la surface visible on courent les pensées clairvs, H les imag^'S nK»biles qu'apportent les sens ?

QuamI Bossuet parle de « cet endrrMt si retiré de • l'âme que les sc*iis n'eu soii]>r-oniH*nt rien; » quand il dit : « Qui nous donnera que nous sa-

« cbions goûter le plaisir sublime qui ne clia-

«r touille pas les sens ilaris la surface, mais qui tin*

• W cœur à Dieu par son ceniiv; » ces mots sur^ face et cenire sont-ils dénués de sens ?

Bossuel ne dit -il encore rien de vrai quand il s'écrie, en parlant à Tàme : « O Israël, écoute dans

• ton fond, n'écoute pas à Tendroit où st^ forgont « Ws &ntoines; mais écoute à rendix>it où se n^ « cueillent U*s pures et simples idées ! » Le lieu des pures et simples i<lées est -il le même que le lieu des fantouK^? Et le lieu des sentiments secivts que Time elle-même apen;oit à peine, est-il le menu* que celui des idées ? La surface de Tesprit est -elle même chose que le fond de notre «une, et le langage, chez tous K?s jXHiples, est-il dénué de sens?

Enfin, si les bellt^ paroles de Kepler, citées ailleurs sont vraies; si Ton peut dire que « la gtH>- « métrie avant la création était coéternelle à fin- < tellîgence divine, qu'elle i*st en Dieu et qu'elle « est Dieu ; qu'elle a jxissé dans l'homme avtx: « l'image de Dieu : » il est donc vrai dès lors, en un sens excellent , qu'il y a de la giV)métrie dans rame.

C'est en vertu de cette idée que Kepler écri\^it 5<.>n cliapiire : « De l'aflinité de l'àme et du ceivle. » ZV *f >^v/£zaV>/w» anima: cum cirai/o,^

I^ même idée a été entn*vue l't 4*\primée \^ar ini trvs-t;raiul nombre d'esprits : une foule d auUnu's,

chez les anciens, voient dans Tidée, de Tétre par fait, les idées d'unité, d'infinité, de sphère par&ite. Empédode, Pythagore, les Péripatéticiens , les Platoniciens , Sjrianus , Proclus , Thémistius , Siniplicius, beaucoup d'autres, appellent Tétre parfait « l'unité ou la sphère. »

Quand Ëmpédocle décrit l'univers idéal « avant a que la discorde n'y fut entrée, » il le montre a comme une sphère parfaite, pleine d'harmonie, a en repos de tous les côtés, égale en tous sc^ns, a infinie en tous sens. Rien de vide, rien de trop, « tout sphérique * . »

Comment Horace, d'après les Stoïciens, décrit-il le sage, l'homme libre, maître de l'orgueil et de la sensualité? De la même manière qu'Empédocle vient de décrire l'être parfait '.

Marc-Aurèle parle de même dans sa peinture du sage a sur lequel, dit-il, rien n'a de prise quand il a est bien recueilli et ramassé en lui-même, et qu'il « est comme une sphère |)arfaite ^ . »

* Phil. Yctcr. rcliquis. Karsten, tom. ii, p. 93 et 316.

* Quisnam igitur liber? Sapiens, sibi qui impiTiosus; Quem neque pniiperies, neque mors, neque vincula terrent, Responsare cupidinibus, contemnere honores

Fortis, et in seipso totus teroâ ulquc rotundus.

(Serm. lib. II. sat. VU.) s Marc-Aurèle. Pensées, chap. x\u.

LA TRANSPORMiTION. 87

El ailleurs : « L'âme est une sphère d'une ron- « deur par&ite, pendant qu'elle ne s'étend et ne si^ « relâche point au dehors, et qu'elle ne se resserre « et ne sVnfonce pas au dedans : elle reluit d'une « manière qui lui fait découvrir la vérité de toutes < choses, et celle qui est en elle * . i>

Quand Joubert parle de la piété, il la décrit comme « im sentiment qui exerce le cœur dans

« toute rétendue de sa sensibilité et par lequel

« Tâme reçoit tine telle modification qu'elle a par « lui sa rondeur absolue et toute la perfection dont « sa nature est susceptible *. »

J'ouvre le li^Te de saint Augustin qui porte ce titre étrange « des dimensions de l'âme. » {De quanlitate anùnœ.) J'aperçois des figures géométriques mêlées au texte. Voici des cercles avec leur onitiv. Le cercle est comparé aux autres figures et rem|x>rte. Pourquoi ? Son égalité en tous sens est la cause de son excellence.

Qifest-ce que la vertu , se demande saint \u giistin? Et il répond : « La vertu n'est- elle |>as « réalité d'une vie de tous cotés conforme à la « raison ? Si dans la vie un point quelconque sort

■ Ibid. chap. Tii. art« 7.

'I^eQsée5, 1. 1, p. 106.

88 LA -ntANSFOR\IATIO\.

a de l'harmonie, do IViiscrable, nVii sumincsa nous |>as choqués, comme si quelque point du « cercle s'approchait ou s'éloignait du centre plus « que les autres. La vertu donc est comparable ati « ct'rcle, non aux autres ligures. Dans l'âme il n'} u a qu'un élat qui soit de toutes parts conséqueul a et conforme à lui-même, c'est la vertu qui donne « à l'âme sa ]M*rfection \)ar une sorte de divine con- « conle entre toutes les raisons de sou être '. >

Il est donc vrai que cette comparaison de l'ànie et de ses dilTérents états aux formes géométriques a rra|)|>é un grand nombre d'esprits. Est-ce sans raison ?

Nous pensons au contraire qu'il y a, dans ces comparaisons, le germe des plus belles vérités psychologiques. L'application à l'âme, à ses états, â ses mouvements, à sa vie, de rélemellc géométrie qui est en Dieu, sera [«;ut-étre aussi féconde qiu" celle de la géométrie aux formes et aux mouvements des astres. Celui qui fera pour l'âme, ce que Kepler a fait pour les planètes, celui-là aura le premier apphqué la géométrie aux vrais cieux.

C'est là une conjecture que nous osons émettre et qu'un avenir plus ou moins reculé justifiera, si

■ Saint Augustin, De qutnt. animx, iT.

l'esprit humain se réveille, s'il revient avec artleur, a\ec piété au culte de la vraie science, de la science totale, comparée en tous sens, cherchée tout à la fois eu Dieu, dans Tàme, dans l'absolu de la géométrie, et dans la {)oésie visible de la nature.

Quoi qu'il en soit, continuons notre com|)araison, et vo\ons quelU*s sont les deux formes géométriques auxquelles nous pouvons comparer les deux états de l'âme.

Ici nous ne démontrons pas, nous n'expliquons même pas, nous énonçons notre comparaison.

Ces formes sont les deux formes que nous voyons au ciel dans les orbites des corps célestes, et dans la configuixition même de ces corps. Dans le même ciel, autour du même soleil, sous la même loi de Tattraction, je vois deux espèces d'astres, dont les uns sont des mondes habitables, et les autres des astres errants où la vie parait impossible. Les pixv miers ont la forme de sphères, et tournent autour ilti soleil, dans des cercles ou des ellipses à peu près circulaires. Les autres sont des eIIi{)soides obiongs , et tournent autour du soleil en des ellipses très-allongées. A vrai dire, toutes ces orbites et toutes ces formes sont des ellipses , mais dans I<s unes rexcentricité est énorme, dans les autivs elle est trt*s-|M»tite, et, dans ce cas, l'ellipse est

90 LA TRAXSFORMATION.

presque un cercle, et même elle devient cercle [*t^ rimliquement. Ainsi, par exemple, en ce momi-nt — c'est ce que montre le calcul — IVllipsc qu*parcourt notre terre tend au cercle, et elle v parviendra. Mais elle ne restera qu'un instant circulaire. Par des mouvements insensibles elle retournera vers Fellipse pour revenir ensuite au cercle- Il en est de même de tous les mondes habita}>les. Leurs orbites oscillent de Telii^ise au cercle et dn cercle à l'ellipse: c'est-à-dire que tantôt leur excein tricité s'annule, puis re{)arait pour disparaître encore. Les deux foyers tendent à se réunir en un seul point, ety paniennent pour un instant, et puis ce centre se dédouble, les foyers reparaissent^ ils s'écartent jusqu'à la limite*, limite déterminée pour cliaque astre. Ijà forme tend à la simplicité , à l'unité, puis par mouvements insensibles ivprend son excentricité ou sa duplicité. Oh! combien cette ima^e est transparente , et comme il est facile ih^ voir à quoi elle correspond dans l'âme !

Tout ne consîstc-t-il pas, jjour Tâme, à reprendre sa simplicité; à détruire Texcentricité ; à sup primer la duplicité des fo\ers j>our retrouver son co'ur, son centre simple où toutes les forces sont rasscfmblées?

Quelle est l'âme un peu recueillie, et tendant à

la vie véritable qui n'a senti ces alternances ? Tanlùt les deux foyers s'apaisent , l'orgueil et la sensualité décroissent, et, comme par le naturel mouvement de la vie que Dieu donne, tendent à s'anéantir. £t il V a de courts instants où les foyers semblent éteints. Mais le temps marche , et quels que soient nos efforts, nos prières, tant que nous sommes voyageurs en cette vie, cette absolue simplicité ne peut durer : les foyers reparaissent, et il nous faut lutter encore. Seulement, pour chaque âme, les limites de rexcentricité, et la durét* des périodes, la fréquence des irtours à la simplicité varient, comme pour les astres qui sont au ciel.

Ceci est vrai pour les âmes qui sont dans la vie, comme pour les astres porteurs de la vie. Mais ct4a est faux, tant pour les astres que jwur les âmes, qui sont hors de la vie. Là, point d'oscillation de l'ellipse au cercle, Tii, l'excentricité est si ênomie qu'elle ne saurait se ramener. Tout au contraire, Q est certain qu'il y a des astres, et peutêtre y a-t-il des âmes qid, au lieu d'anéantir rexcentricité, la poussent à toute outrance, crt»venl leur ellipse, se détachent complètement du soleil, et vont se perdre dans les ténèbres ?

Or, dans ces formes et ces mouvements , ou des âmes ou des astres, qu\*st-a* qui n'pond.

92 LA TRANSFOhMATÎON.

comme symbole, à noire idée du sacrifice ? Faut-il que Tàme anéantisse sa forme et se détruise ellemême? En aucune sorte ; il faut qu'elle embellisse sa forme et la dilate : qu'elle devienne cercle en détruisant l'excentricité. Oui , quelque chose doit être anéanti : c'est l'excentricité. L'anéantissement de l'excentricité est le symbole du sacrifice, comme l'excentricité elle-même est le symbole de Tégoïsme. Et l'anéantissement de l'excentricité n'anéantit pas la forme, ne la rétrécit pas. Au contraire, à mesure que l'excentricité se pose, la fonui* s'aplatit ; à mesure que l'excentricité diminue, Taplatissemenl disparait, et la forme reprend sa rondeur. L'excentricité est ro])stacle ; c'est elle qu'il faut anéantir.

Et la géométrie nous donne encore ici une eu* rieuse et gracieuse leçon ! Voici qu'à chacun des foyers d'une eUipse répond, hors de l'ellipse, une ligne que j'appellerai le terme des corrélations extérieures de ciiaque foyer. Or, à mesure que les foyers se posent, s'écartent, à m(*sure que l'excentricité grandit au dedans de l'ellipse, les deux termes des corrélations extérieures se resserrent vers l'ellipse. On croirait voir le cliamp de la vi<* se rétrécir. Au contraire, à mesure que \(*s deux foyers se dé|K>sent, que rexcejilricité décroît, U^

iiiMix lignes se dilalent amplement. Mais qu'arrivel-il quand Texcentrité s'annule ? Il arrive qu'en même temps les termes des corrélations sont situés à Tinfini. Ainsi Texcentricité annulée au dedans, fait passer du fini à Tinfini la relation à ce qui ■rost pas nous. Oui, Tanéantissement de Tégoîsme, le sacrifice total unit vraiment à Dieu. Et la géométrie répète à sa manière le mot de Fénelon : Sortir de soi pour entrer dans l'infini de Dieu.

Essayons un antre symbole. Comparons la vie de notre ame à la vie de l'esprit physique de la nature. Il y a, ilit saint Augustin, une créature vitale (f/udem creaturam) qui contient et qui meut * tous les corps, à qui Dieu communique la force pour opérer en le servant *. C'est là , d'après le même docteur, ce que la Genèse nomme « l'esprit porté sur la face des eaux. » C'est ce que les physiciens modernes appellent l'éther; substance commune de c« forces, la clialeur, la hunière, l'électricité, que

' Vitalem creaUiram, qiia universus visibîlis nrandue atque omma toqiora rontinentur et movcntur. (De Gènes. îroperf. lîb. XVll.)

* Cui Drus omnipotens tribuit vim qusindam sîbi seniendi ad -f^frandum in iis qui iiIgnunUir. (/6fV.)

les panthéistes croient être la manifestation des trois personnes divines * , et que d'ailleurs beaucoup de contemporains regardent, avec raison, comme le symbole universel de la vie.

Voici d'abord la vie dormante ; il n'y a rien que la substance impliquant la vie en puissance, mais immobile, invisible et inerte. Puis voici deux états de cette vie.

Dans l'un, je vois deux pôles et deux foyer», je vois une force, ou plutôt un obstacle qui les tient séparés. En cet état la vie divise , décompose et désorganise. De ces deux foyers, l'un peut se dire actif, l'autre passif ; l'un dilate et repousse, l'autre attire et concentre ; et l'on peut vraiment en décrire les qualités physiques par ces paroles qui décrivent si bien les deux foyers de Tàme, ses deux vices capitaux : « le vice actif, ambitieux, glorieiu, « bruyant; et le vice mou, caché, oisif, furtif, sa- « voureux, mystérieux. »

Mais les deux foyers, séparés par accident, veulent, par nature, se réunir. Augmentez la séparation, vous provoquez l'augmentation d'intensité des deux foyers. Où allez-vous par cette séparation continuée? Vous allez à forcer la vie, vous en

* Lamenais. Esquisse d'une pbilo6ophie, 1. 1, p. 337.

Là TRANSFORMATION. 95

surexcitez les pôles, vous appelez la foudre, et vous préparez un éclat qui éteindra la vie, qui brisera le vase et Tinstrument , et fera tout rentrer dans riminobilité, la nullité, Tinertie primitive.

Que faut-il faire ? Est-ce donc un mal que la vie, d abord en puissance, passe en acte, et que ses forces apparaissent ? Faut-il donc la laisser dans son inertie primitive ? Non , il faut que ses forces se distinguent, mais ne se séparent pas. Je ne veux |)as d'excentricité qui divise, et qui sépare des forct*s dont l'union est la promièi'e loi ; je ne veux pas d*ol)stacle qui divise la vie en deux pôles. Que faire donc ? Le voici. N'anés^n tissez pas ces forces, mais cessez de les séparer. Otez l'obstacle : sup^i* primez l'excentricité. Mais comment ? La physique vous le dit : les deux forces sont séparées par un obstacle qui les isole. Faites un passage de Tune à lautre; établissez un lien, un conducteur entre les deux. Que rien ne les empêche phis de s'unir comme elles le veulent par leur nature. Faites cela. Que va-t-il arriver ?

A peine l'obstacle est-il enlevé, que les deux forces se précipitent, s'embrassent, s'unissent, et leur embrassement est et s'appelle lumièi*e , chaleur et vie. Toute lumière physique vient de là. Toute chaleur vient de là; c'est l'une des sources

96 L\ TRJkXSPORMATIO?!.

de la vitalité dos plantes et dos animaux ; c*rst U ce que Tair %'ital , dans chaque respiration, ^ieiit o|?érer dans notre sang; il vient à chaque instaii! continuer Tindispensable réunion dos forces di^ tinguées, et porter à chaque point dn corps^ \taLr cliaque globule du sang, le baiser de la \îe.

Eh bien, tels sont encore les deux états de la \i*' de rârae, les deux formes de Fâme, la fonno d<mort |Kir Tégoîsme, la forme de ^ie par ranionr.

La forme de mort par l'égoisme, c'est l'état dr* rame dévorée par le double foyer d'orgueil ri d*sensualité. Mais que sont au fond ces deux fovers ou ces deux vices, le vice actif et le vice mou ? Q-s detix liassions fondamentales sont-elles deux forcr-s mauvaises, en elles-mêmes, et dans leur racine? En aucune sorte. Elles sont mauvaises on tant que divisées dans l'âme par l'c'goisme, en tant que socfmises à Tamour-propre désordonné, dit saint Thomas d'Aquin, d'après saint Augustin. ' Mala sunt istaj dit saint Augustin, si malus est amor, bona si bonus. ^ Lisez le livre intitulé : De fCsage des [Passions ; vous y verrez comment dans leur racine les passions sont données de Dieu. Écoutez ce que disent k-s prédicateurs : « \ os |)as%ions vous ac- « cust^miil au tribunal de I)i€*u , comme autant ik* " forces dont vous naurez pas fait usape ou que

Là transformation. 97

A vous aurez perverties. » Les passions sont des forces, et les deux forces fondamentales ne demandent, pour devenir des forces saintes, qu*à être employées par Tamoiir, par ramour de Dieu et Tainour de nos frères , au lieu d'être employées |Kir Fégoisme. Elles ne demandent, selon Texpix^ssion de saint Thomas, qu'à être ramenées en un dans le nœud de la justice. Mais les deux forces naturelles, fondamentales, et bonnes dans leur iialure, n'étant plus contenues dans le nœud de la justice originelle, se séparent et s'en vont chacune de leur coté pour devenir oi^ueil et sensualité '. l aies, elles étaient la doid)le racine de la vie. Ramenez-les. L'orgueil ramené par l'amour ne sera pins que grandeur magnanime. I^ concupiscence, ramenée par la grandeur d'âme, ne sera plus qu'a- Diour sublime. La pénétration mutuelle des deux forces, quand l'égoisme ne les arrête plus en deux fovers mauvais, devient la vie, la lumière, le feu sacré de l'àme. Isaie semble avoir vu éclater cette lumière des âmes dans l'anéantissement de Té-

* Soloto rôiciiio originalis jusiitiœ, sub quo quodam ordine om* Ks \iRs aninue contÎDebantur, unaqiucque \is aniinœ lendit in >QuiD proprioin motuin. (I*. ^. q. 82 a. 4.) Ad idem pertinet quod pooatar inîtiiun omois peccali soperbia, vd onior proprins. (I*. i",

Tl. 7

M Li TRA5ISroRMATIO!l.

goîsme. Ije Prophète, repoussant le Eiiu sacrilke. et demandant au nom de Dieu le véritable sacri- 6ce, celui de régoisme, celui par qui Ton dooii^ son âme à une autre âme \ prononce ces parob-s magnifiques, dignes du plus grand des prophètt^ : « Alors , dit-il j ta lumière éclatera comme Tau- « rore Uanc erunqyet quasi mane buntn tuum . « Ton âme alors , ton âme est à Finstant gueri«. {sanitas iua ciiùu oriiur). m Et, répétant sa lision de lumière : « Oui, dit- il, ta lumière éclate dans c les ténèbres, et les ténèbres se changent en plein c midi (orietur in tenebris lux tua y ei ienebnr m tuœ eruni sicut meridies^\. » Je crois voir les deux foyers physiques, les deux pôles électriques isolés, séparés. Au moment où Tobslacle s*enlè\'e, où le lien s*étabUt, la lumière éclate, le feu ruisselle, et les ténèbres se transforment en splendetur solaire. Puis le Prophète ajoute ces inexplicables paroles, qui sont ici la clarté même : « Et alors la gloire de c Dieu te recueille iei gloria Donûni coUigei te.. • Oui, les deux forces fondamentales sont alors recueillies dans la lumière de Dieu. Il n'arrive plus à 1 ame ce qu a dit notre llaitre : « Qui ne recueille

* Cui cAnferis awff wuli repleveris. (Isaïe, chap. 58.)

« pas avec moi dis[ierse V » L*àme ne disperse plus : elle recueille ; elle rassemble ses forces dans la lumière et dans la vie de Dieu« et la gloire de Dieu la recueille. Le nœud des forces, le fovt^r simple, et par conséquent fort, illumine et vi%ifie lotit.

Ccst donc toujours la même transformation ; c'est un passage, par la suppression de Tolistacle, par ranêanlissement de IVgoisme, de la duplicité à b simplicité, des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie. Aucune force n'est anéantie. Loin de là : toutes les forces sont délivrées, concentrées, dorîlièes, prodigieusement multipliées par leur mutuelle pénétration.

Voici une autre imagi\

La beauté de la forme humaine, et de la face tuimaine, n'est-elle pas le reflet de cette forme glorieuse de Tàme, que nous cherchons à décrire ici ? Lorîl ne sait pas ces choses, mais il reconnaît la beauté ou son contraire, selon qu'il voit ces deux états ou formes de la vie, incarnés dans un corps

* Ctti MM cotlîgit mecuiB. cKspergîl. {Luc, xi, i3.^

100 LA TRA^SFORMATIO^.

humain. Qni'x qui savent voir le compreiidroiil 11 y a des figures humaines qui sont comme délivrées et lumineuses ; d*autrcs semblent captives j contractées, ténébreuses. Il y a des regards simples, é|)anouis et dibtés comme par un amour qui se donne ; d'autres sont doubles, et paraissent cou* tractés par une avide passion, qui dérobe et qui enfouit. Ijes uns sont transparents et manifestt^, et n'ont point de ténèbres ; les autres sont énigmatiques, compliqués, insondables. Ces derniers effraient et repoussent. L'innocence et la simplicité des plus petits enfants, et l'instinct même des animaux scMoblent les redouter. Mais les autres attirent. Ils magnétisent l'animal même. Et les entants, du .sein de leur nourrice , se penchent vers eux , et se laissent aller dans leurs bras. Ils ont le lien, le lien vivant qui luiit l'âme à Dieu, aux autn's âmes, et l'unit en elle-même dans la sim|Jicité. Ijps autres ont l'ol^stacle , l'obstacle affreux, qui divise l'âme, l'isole de l'univers et la sépare de Dieu. Simplicité de regard et de contenance ! Duplicité de contenance et de regard ! Simplicité , dilatation , épanouissement de la voix ! Duplicité, dépression, cupidité dans le son de la voix ! Regard voluptueux et orgueilleux : laideur risible et méprisable, si la faiblesse en fait le fond, et laideur satanique, si la

LA TRANSFORMATION. iOl

force soutient Tiiu et lautre ! Regaixl liin|iiflo et pur, plein d'amour et plein de bonté : beauté gra* cieuse, si la laiblesse en fait le fond ; beauté divine, si le ravon de force et de courage soutient It^deux! Par regard j'entends expression. J'entends ce mot comme TEvangile, lorsqu'il dit : « Si votive œil est « simple. . . » Je parle de Tàme exprimée jiar le corps. Concevez sur la face humaine l'expression du courage, jointe à celle de l'intelligence, de l'amour et de la bonté. La {pénétration mutuelle du courage, de Tintelligence et de la bonté, l'unité de ces tix>is rayons n'est-ce pas la beauté? Supprimez l'un des trois; introduisez l'un des contraiivs : ^oisme, sottise ou lâcheté, c'est la laideur. Et pourquoi la lâcheté, même avant la sottise, est-elle le plus esseiUiel caractère de la laideur? Pourquoi le courage, a\'ant l'intelligence elle-même, est-il le rayon principal de la beauté? C'est que la lâcheté exprime l'impossibilité ou le refus du sacriGce, tandis que le courage annonce la détermination du sacrifice jusqu'à la mort, pour la justice, pour la vérité, pour raQK>ur. L'une est l'expression princi|)ale de l'égoîsme , qui se pi-éfère à tout ; l'autre, celle de l'amour, poussé jusqu'à l'oubli de soi.

an LA TRA>SF0R]lâT105.

Mais il est tnn(>s do dcnnand^r au dogme cad»lique €-fi quoi consistent les deux états de l'âme.

Et ici que Ton me jiemielle d'iiiterrr^mpr*^^ o-a plutôt de mener â terme cet entrr-tien plijlo5oj><Jque, |iour pnkriier un instant rÉvangile, et la \nj^ foi, avec toute la %îgiieur saci.-rdotale que me doiir**r TK^IiM: catholique, et Tamourde Dieu et d«-s ^£kj»râ.

Vous l'avez %u, toutr-s nos douleurs tem.-stn:* vii'unent de ce que nr>s âuie^ sfjiil mortes. \ oul*^vous essuver vos larmes <'t celU*s d*fï> autres hom-

mf* : écoutez Dieu et ol>éîi>sez-lui dans ce qu'U va vous dirr*.

\ oici ce que dit TE^prit-Saint : et je vous plaii^s si vous ne le crov*^ de toute votrrr âme :

« Nous, dit rajjotrf- saint J^-au aux disciplf-s «J^ « J<^Uî*-Clirist, nous, nous savons que nous som- • mes iiaW-s de la mort a la vie, jiarce que no';s « aimons nrjsfnrn^. Quiconque n'aiuie pas^-st daiis tf la mort. 9

« 04ui qui hait son frère, est homicidr. Or, n»il « homicide nala MeHemellf subsi^tanU'en lui *. •

* Sdint Jean. ni. I (.

Là HUNSTORMATION. lOS

Voilà les deiix états. Cesl ici qu*il fiaut s'écrier : Quel eut ! et quel éut !

L'état de mort, Tétat de vie ! l*état de haine, Tétat d'imour ! L'état mortel et ténébreux^ et Tétat incomprâiensiUe et bienheureux, et lumineux d'une âme qui porte en elle la substance de la vie éter- DoUo!

Tout rÉvangile et tout le dogme catholique est ilans cette parole de saint Jean.

La nepousseres^v^us ? Voulei-vous traîner dans la mort votre âme jusqu'à la fin ? Le jour n'arrivera-t-il pas où >tHis voudrez passer de la mort à la

Ane plon^^ dans la mort, ne sentez* vous donc fias eu vous le doidJe foyer du mal vous dévorer coflune un cancer? Vous voilà tout etitière livrée à crtte \ie homicide qui vous partage en deux, et qui (kniue la moitié de \x>us-méme à la sensualité, Taiitre é Torgued, à la colère ou à la liaine. Llioiuicide est en vous, et d vous tue; mais s'il vous tue, ne sauna- t-il aussi tuer hors de vous et |)ar vous ? Ne \ous ai-je pas montré Tincalculable puissance d'ho* uiicide dé|x>sée dans la volupté ? Est-il nécessaire àv vous dire que Toi^eU , la colère et la haine VMU, après ou avec la volupté, K^ dieux de la mi>rt ? Os dieux puissants ne versont-ils |ias cha-

104 H TlU>SW»S4TIOV

qne jour sur la terre ries flots de sang ri An torrents de larmes ? Voulrz-Toiis qu'ils eo versent par

VOIIS?

Oui, t'oiis portez en vous la niort,et vous la tnn^ mettez. Oui, tel est votre état, votre rôle et votr»* fonction sur la terre!

Eli bien , Dieu même %-îenl vous offrir la vie. a posséder et à transuisttre. Il vous offre devons tran^ férerde la inurt dans la vie: tel est tout lemtstt-nduClirîslianisme; telle est la liienheureuse nouvell*' qu'apporte l'Évangile.

Mais, qu'est-ce donc que la vie, et comment s'opère le passage de la mort à la vie ?

la vie, comme l'appelle simplement rÉvangil*-. la vie, c'est la %ie étemelle, la vie pleine et sans fin. Avoir la vie, dans la langue chrétienne, c'est avoir la vie étemelle subsistante en soi. Mais l'htangil-est encore plus préi-is : avoir la \ie, c'est avoir 1'»mixir étemel et divin; avoir la vie, c'est être fiU de Dieu, c'est avoir Dieu en w>i : c'est posséder eu soi leSaint-tlsprit. Et l'admirable apôtrede l'amour dévelop|>e ainsi ces paroles : ■ Celui qui aime, dil-

■ il, est né de Dieu omnis gui di/igil ex Deo nains

■ est ' . Dieu e^t autour; celui qui demeure daiK

« lamour, demeure en Dieu et Dieu en lui {Deus « cariias est, et qui fnanet in caritate, in Deo ma^ « nei^ et Deus in eo *). Si nous nous aimons entre « nous y Dieu est en nous {si diUgamus invicem, « Deus in nobis manet '). »

Sans doute tout cela n*est rien, si ce sont de irains mots ; mais si Ton comprenait, si Ton croyait que ce sont là les lois essentielles de la vie, les mystères du salut de chaque âme, la sid>stance de la vie étemelle, la source de tout notre avenir en la terre comme au ciel, la semence de toute vérité, de tout progrès, de tout bonheur et de toute liberté, la consolation même et le baïune de toutes les douleurs !

Mais on n'a pas de foi , et Ton a moins encore d'intelligence. Si je le dis avec autorité, la dure et inflexible incrédulité me repousse; si je m'efforce de l'expliquer avec lumière, le peu que j'en puis rendre manifeste, on ne le comprend pas !

Eh bien , que tout ce qui reste à écrire de ce livre soit un effort pour nous faire entendre, effort soutenu de prière, pour que le maître intérieur luimême redouble ses instances au fond des cœurs, afin d'y être admis.

106 lA niAlfSroiUIATION.

O âme* que sollictte le maître et le oonsolaleur^ c'est-à-dire Dieii, ne compreneft-Tous point que Dieu étant partout, Toiift êtes plongée en lui ? Ne comprenez «TOUS point que les corps sont bien moins plongés dans le fluide universel, moins pénétrés de lui, que vous n'êtes pénétrée de Dieu? Mais ne voyee-yous point que bien des corps ne tirent de ce fluide, source de la lumière, que la nuit et la décomposition, et le feu sombre qui dé* Tore, et non la vie : cela dépend des différents états de la matière. Eh bien, il dépend aussi des états moraux de votre ftme de tirer de Dieu même, en qui vous êtes, et qui vous offre incessamment la vie, de ne tirer de Dieu, par Tégoïsme, que le feu sombre et la vie ténébreuse qui décompose , ou bien d'en tirer la vie et l'amour. Oui, vous pouvez diviser Dieu en vous, comme la matière peut diviser l'électricité, sans la laisser ruisseler en lumière, comme l'apôtre, au même endroit, |)arie de ces esprits a qui divisent Jésus- Christ % » lequel n'est autre chose que Dieu en nous et avec nous, et comme vous pouvez tenir Dieu captif en vous, dit Te prophète, « captif dans vos iniquités ', » Tempé-

* Spiritusqui sohit Jesum ex Deo Don est. (I. Joan. iv, 3.)

* Spiritus orîs nostri Christus, captus est in peccatis nostri». (Thren. iv, 20.)

Là TRANSrCMUIATION. 101

diatil d'allumer en tous la flamme du Sainl-£sprit.

ATDir en soi le Saint-Esprit, se revêtir de Te^irit d'en haut, être né de Dieu, virre de Dteu^ manger ie pain du ciel , boire Teau vivante que donne le Christ, recevoir TEsprit^Saint, posséder le consolateur, glorifier Dieu, le porter dans son cœur, le porter dans son corps, posséder la vie étemelle ou ses prémices , être en état de grâce, avoir la cha^ rite, être dans la lumière, aimer Dieu et aimer seû firères, être régénéré enfin, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, tous ces termes, dans le lan* gage évangélique et dans U théologie cadiolique, signifient la même chose. Et aucun de ces termes n'est seulement figuratif, mais tous sont vrais de toute la plénitude du sens qn*on y peut concevoir, et au delà , et chacun d'eux impUque le sens de tous les autres.

O foi divine, instinct secret qui invite les cœurs, quand les termes évangéliques sont annoncés, insi* nuea-^vous dans les âmes par le poids, par Tattrait, par Tauréole de ces termes saci^ , pleins et profonds, sortis de la bouche de Jésus ou inspirés par lui.

Mais ces vérités ineffables, nous les énonçons en tremblant , car ce sont les mystères du ciel. C'est ce que nous appelons Tautre état, Fautif vie. Us

ne s*accoinpli95ent, en effet, qu*après la mort, dans le monde à venir, et ne commencent ici cpi^aprés la mort en Jésus-Christ.

Ils sont le fruit du sacrifice. Ils ne sont que secondairement le fruit de notre sacrifice , et seule* ment lorsqu'il est uni à Tétemel, ineffable et divin sacrifice, qui est le fond de TÉvangile et la source même de la vie. Avoir été enseveli avec Jésus- (christ crucifié, avoir été enseveli avec lui dans sa mort, est la condition nécessaire du passage de la mort H la vie.

Mais quel est donc, pour la raison étrangère à h foi, le scnis intelligible de tous ces mots? Qu'estce que rcusevelissement dans la mort, et dans la mort de Jésus-Christ ? Comment cette mort donne* t-<»lle la vie ? Comment cette mort fait-elle ruisseler dans mon Ame l'esprit de Dieu, la flamme d*auiour? Quel rapport ont ces choses à la philosopliie« à ma raiscm, à ce monde que je vois de mes yeu\, au plan de toute la création, à la nature essentielle de mon àme et de mes facultés ? Comment tous ct*s mvstèrrs sont-ils le passage de la vie à la mort, la condition de l'immortalité, le princi{ie de la vie étemelle , et qu't^t-ce que b vie étemelle ? Quelle forte et stable consobtion , quel bonhetir riH^ ou s*Misiblo m apjH>iiont-ds cbns l«* présA^it ?

LA TRANSFORMATION. lOtl

(dominent sonl-ils le sel vivifiant de ia terre, et le priucipe de la Inusformation des âmes ? Comment lenferment-ils ^ selon la parole de saint Paid y les promesses de la \ie future et les promesses de la >ie présente [promtssionem habens viiŒy quœ nunc

Continuons donc notre effort , pour répondre , du moins à quelques-unes de ces questions. Qtie si qudqu*un veut les résoudre toutes, qu'il prie ; qu'il d^nande à Dieu la liuniére; qu*il se nourrisse de rÉvangile; qu*il regarde avec attmtion et respect les formules consacrées de la foi catholique ' ; qu'il entre par Tétude, et surtout par la vie, dans le fond de leur sens.

Pour nous, nous poursuivrons le développement de ces idées dans Tétude de la plus grande des questions €{ui touchent Tàme, la question de Tim* mortalité!

Notis avons étudié la transformation de Tàme {or le sacrifice, ou son passage de la mort à la vie. Eh bien, à quoi sert la vie? Est -elle durable, et vivrons-nous toujours ?

* 1. Tim. iT, 8.

' \o«s a\oiis, à la fin du second \oliinie de la Gonnaiâsance de IVfi, RcueîUi ces fonnules sous le titre de Compeudmm /b/ci

iiO Là TRANSFORMATION.

Mais, avant cela encore, essayons de montrer que ces idées de sacrifice et de transformation de rame ont leur valeur sur la terre même, pour la ^ie présente de nos corps. Ces grands dogmes, coomie le dit saint Paul, renferment non-seulement les promesses du ciel, mais aussi celle de la vie présente. L'àme transformée le plus souvent bénît son corps, et le transforme.

Et, en même temps que nous poursuivons celte coBscJante lumière , nous continuons avec ordre, par ce travail, la suite de notre étude de Tâme. Car pour nous, comme pour saint Augustin, connaître rame, c'est connaître sa triple vie, et le rapport de ces trois vies : vie de Tâme dans le corps, vie de Tàme en elle-même, et vie surnaturelle en Dieu iquid anima in corpore i^iUereif quid in se psa, quid apud Deuai). Voyons Tâme vivre dans son corps, et diriger ce corps vers la mort ou la vie, selon qu'elle vit ou meurt à sa vie intérieure et a la vie de

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