SYSTÈME DES SENSATIONS AFFECTIVES
Sensations affectives et perceptions. — Sensations et sentiments ; leurs caractères distinctifs. — Diverses espèces de plaisir et de douleur physiques. — Leur origine et leurs conditions générales.
La sensibilité physique en général («i^ok) est la propriété de Ténergie individuelle de changer intérieurement en s'unissant à Taction oi^^que qui la détermine.
qtu>d non mutàbile eredas, ne peuvent 8*appliqner an sentiment du devoir et aux joies de la conscience morale.
Kant a ouvert la voie à une théorie plus exacte de la sensibilité et des systèmes divers qu*elle présente; il distingue notamment les sensations affectives, les sentiments intellectuels et les sentiments rationnels. Voir à ce siget Kanfs Werke^ t. X, p. 249, où il fait les classiâcations suivantes : f. Die sinnliche Lust; II. Die intellectuelle Lust. Die erstere entweder A durch den Sinn(da8 Vergnûgen) oder B durch dieEinbildungskraft (der Geschmack)!; die Zweite (namlich intellectuelle), entweder A durch darstellbare Begriffe oder B durch Ideen . A Texemple de Kant, je m'occuperai successivement des divers systèmes de la sensibilité.
Ces changements se ramènent à trois espèces de faits : les perceptions ou manifestations intérieures de phénomènes objectifs , les sensations de plaisir ou de douleur physiques , manifestations intérieures de Tétat subjectif, et les appétits , manifestations intérieures de la réaction déterminée par les sensations et perceptions , et associés aux mouvements qui en résultent immédiatement.
Les perceptions ou représentations de phénomènes objectifs dififôrent des connaissances, mais elles concourent aux connaissances et sont matière de connaissances; à ce titre, elles appartiennent à la théorie de Tintelligence.
Les sensations de plaisir et de douleur, au contraire , ne représentent pas des phénomènes et ne sont pas matière de connaissances d'objets. Elles difièrent des sentiments intellectuels , mais elles y concourent et fournissent des éléments de sentiments. Les sensations agréables de la vue et de Touïe, par exemple, ne sont pas le sentiment esthétique, mais contribuent au sentiment esthétique. A ce titre, les sensations de plaisir et de douleur doivent être comprises dans la théorie de la sensibilité intellectuelle. Quant aux appétits, je m'en occuperai dans la théorie de la volonté.
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' Les sensations de plaisir et de douleur physiques sont ordinairement suivies de sentiments , mais ne peuvent être confondues avec les sentiments. Tous nous distinguons les plaisirs des sens, du goût, de Todorat, etc., et les plaisirs de l'esprit, d'un raisonnement clair et exact, d'une combinaison ingénieuse d'images , d'une théorie bien faite , par exemple. De même, personne ne confond les plaisirs et les douleurs attachés aux appétits physiques avec les joies et les tristesses de la conscience morale (i). La distinction entre les plaisirs des sens et les
(i) « n ne faut pas confondre le plaisir et la douleur avec la joie et la tristesse. Ces choses se suivent de près, et nous appelons souvent les unes d a nom des autres ; mais plus elles sont approchantes et plus on est stgetàles confondre, plus il faut
prendre soin de les distinguer Un homme qui veut exprimer
le mal que lui fait la goutte ne dira pas qu'elle lui cause de la tristesse , mais de la douleur , et aussi ne dira-t-il pas qu*il ressent une grande joie dans la bouche en buvant une liqueur délicieuse, mais qu'il y ressent un grand plaisir. Un homme sait qu'il est atteint de ces sortes de maladies mortelles qui ne sont pas douloureuses ; il ne sent pas la douleur, et toutefois il est plongé dans la tristesse. *> (Bossubt, De la connaissance de Dieu et de soi-même, ch. I , n® 2.)
plaisirs de l'esprit ( i ) est connue aussi sous le nom de plaisirs de Tâme et du corps , non pas que le corps aurait ses plaisirs tandis que Tâme aurait les siens. < Pour parler exactement, remarque Leibnitz, le plaisir et la douleur n'appartiennent qu'à l'esprit, quoique tantôt ils prennent leur origine dans Tesprit, à Toccasion de certaines pensées, et tantôt dans le corps, à Toccasion de certaines modifications du mouvement. (2) >
Quels sont les caractères distinctifs des sensations et des sentiments?
Les sensations peuvent exister et existent sans le moi et, par conséquent, sans actes de conscience, de pensée et de connaissance; Tenfant dont les vagissements dénotent les sensations, le somnambule qui ne sait pas ce qu'il fait, le malade qui a perdu connaissance , éprouvent des sensations sans qu'ils s'en aperçoivent, sans penser aux sensations et à leurs causes, sans rien affirmer d'eux-mêmes ni des objets. Tous nous éprouvons à chaque instant des sensations qui passent inaperçues, auxquelles nous ne faisons pas attention et qui néanmoins agissent sur nos dispositions ; par
(1) i^èov^ xot* a&6n^tv, 7uà yunà dUfcvoiov xa^ dccopCav. (AriST., Qp., t. II, p. Il7i.)
(•) Lbibnitz, Qp. phil, éd. Brdm. , p. 261.
exemple, les impressions de la température, de Tatmosphère, de Tétat du ciel; et les animaux ont, sans doute, des sensations de plaisir et de douleur , sans qu'on puisse leur attribuer la réflexion, la pensée aux sensations et le jugement qu'ils sentent, et qu'il y a des causes de leurs sensations (i). Les sentiments, au contraire, appartiennent au moi, impliquent des actes de conscience, de pensée et de connaissance de soi-même et de leurs causes; et, sous ce rapport, il est vrai que sentir, sans savoir qu'on sent , est chose contradictoire.
Les sensations, en tant que sensations, s'imposent fatalement et déterminent les réactions de l'appétit et les mouvements. Le retour régulier des causes qui les provoquent amène la périodicité des sensations correspondantes. Plus l'individu est assujetti aux sens, moins il est capable de sentiments intellectuels. Les sentiments sont libres, en ce sens
(i) On ne saurait douter raisonnablement qu*ii n'y ait de la douleur dans les animaux; mais il paraît que leurs plaisirs et leurs douleurs ne sont pas aussi vils que dans Thomme; car, ne faisant point de réflexion , ils ne sont point susceptibles ni du cbagrin qui accompagne la douleur, ni de la joie qui accompagne le plaisir. Les bommes sont quelquefois dans un état qui les approcbe des bétes et où ils agissent presque par le seul instinct et par les seules impressions sensuelles ; et, dans cet état, leurs plaisirs et leurs douleurs sont fort minces. (LsiBmTz, i&û2. , p. 579.)
qu'il dépend de nous de diriger, nos facultés, d'amener ou d'écarter les causes des sentiments, de détourner notre attention des biens et des maux ; les sentiments ne déterminent pas la volonté qui consent ou ne consent pas ( i ) ; nul sentiment ne présente le caractère de la périodicité , et plus les facultés du moi sont développées, plus il est capable de joie et de tristesse.
La sensibilité physique agit dans une sphère restreinte ; elle est absorbée par le plaisir et la douleur présents et par les causes qui les font naître; elle ne s'étend ni au passé ni à l'avenir (2). La sensibilité intellectuelle, au contraire, est aussi étendue que l'intelligence; les sentiments sont provoqués par les biens et les maux présents,
(i) Die Gleichmûtbigkeit ist ein Vermôgen und eine St&rke den Zustand zowohl der Lust als Unlust zuzulassen oder auch vom Gemuth abzuhalten, und hat also eine Wahl. (Kant*s Werke, B. X, p. 255.) Ce passage, qui rappelle Yapathie stoïcienne , non-seulement admet l*empire de la volonté sur les sentiments, mais Texagôre peut-être. Damts s'exprime avec plus de réserve dans le tiercet suivant :
Onde poniam, che di necessitade
Surga ogni amor, che dentro a voi 8*accende,
Di retinerlo ô in voi la potestate.
(Purg., CXVIir.) (t) Nihil aliud sibi naturam latrare, nisi ut quoi Corpore sejunctus dolor absit , mente ft'uatur Jucundo sensu, cura semota metuque.