SYSTÈME DES APPÉTITS
Notion de l'appétit et appétits divers. -— Différences entre les appétits , les désirs et les volitions. — Mouvements et actions. — Origine et conditions des appétits.
Les objets sensibles déterminent différentes sortes de faits internes : d'abord des perceptions et images qui appartiennent à la théorie de Tintelligence , puis des sensations de plaisir et de douleur qui roitrent dans te. théorie de la sensibilité intellectuelle, et enfin des appétits, associés à des mouvements musculaires, dont s'occupe la théorie de la volonté.
L'appétit (2p6Ciç) est un mouvement intérieur et non pas un mouvement dans Tespace, bien qu'il soit suivi de pareils mouvements. Ce mouvement intérieur a le caractère de la propension (èiciewiiCq) ou
de Taversion {^M), d'où les expressions A* appétit eoncupiscible et ^a^ppétil irascible { i ).
H résulte d'un état de la «en^bîlitô physique non satisfaite : les représentations de ce qui feiit plaisir déterminent le mouvement de pgropension, tandis que les représentations de ce qui faU datUeur déterminent le mouvement contraire.
L'appétit fiFuppose donc des perceptions ou images reproduites , mais il en diflf&re : c'est une réaction pour ou contre qui suit l'image (g).
Il suppose , en outre , tm état affectif, un besoin non satisfit; mais, au lieu 4e «e confondre avec cet état affectif, il tend à «m auti*e état futur, à la ^tisfa^tion du besom. Et enftii , lorsque cet état futur est obtenu, quaajid le besoin est «latisfait, Tappétit cesse pour renaître ensuite avec de nouveaux besoins et avec le retour des besoins périodiques. L'appétit est donc un mouvement intérieur de propension ou d'aversion , i>é8uitant d'un état de la sensibilité physique non satisfaite et ^ui tend à la satisfaction (s).
Puisque les phénomènes d'appétit résultent 4'uii état de la sensibilité physique n(m satisfaite , il e^ste
(0 Termes Céeole qui tracKû«ent les moto grecs èitiOt^ «t
IfTffi et sont plus exacts que les mots instincts, besoins, désirs,
convoitises, etc.
(fl) dpcxttxov tt oux fivcu fONtotoUiLç, (AiusT.» De AnimA,^ XII, 30.)
(8) Duguald Stewart et Burdach donnent une notion semblable
de rappëtit.
autant d'appétits différents que de plaisirs physiques à rechercher et de douleurs physiques à éviter. La distinction des appétits est donc la même que celle des plaisirs et des douleurs physiques (i). Il y a des appétits qui correspondent aux fonctions de la vie végétative, à la conservation de l'individu et de l'espèce. D'autres se rattachent à l'état du système nerveux et à l'exercice des organes des sens et du mouvement; par exemple, le besoin d'exercer ces organes , le besoin du repos , détermment des mouvements de propension ou d'aversion. De même, les sens divers , grâce aux sensations agréables ou pénibles qui accompagnent leur exercice, donnent naissance à des appétits , et le retour involontaire des images détermine des phénomènes semblables.
Les appétits différent des désirs et des volitions.
Personne ne qualifie d'appétits les désirs de la science , de la vertu , de la Uberté , du bonheur , de la globe, ni les actes divers faits pour accompUr ces désirs ; mais on appelle appétits certains mouvements intérieurs qui appartiennent à la vie des sens. Toutefois, une même chose peut être objet
( 4 ) Voir supra, p. 433.
complîr , tandis que les appétits se produisent indépendamment de la connaissance. Les appétits, abstraction faite de Tintervention de la volonté, s'accomplissent fatalement , tandis que la volonté n'accomplit pas fatalement les désirs et les volitions, mais dispose des moyens d'accomplissement. La volonté et les désirs sont universels , capables de s'étendre à lout, sans qu'aucun objet particulier ne les limite ; les appétits , au contraire , se produisent dans une sphère restreinte, la satisfaction des besoins physiques; la volonté enfin est toujours perfectible, et son énergie augmente à mesure qu'elle s'exerce , tandis que les appétits ne sont pas perfectibles et que leur énergie s'aflFaiblit par la Batii^action fréquente :
Voloptates commandât rarior usub.
Loin de se confondre avec l'appétit, la volonté peut et doit maintenir son empire sur les appétits et les soumettre à la raison.
Le système nerveux a sous sa dépendance des organes du mouvement servant à l'accomplissement des appétits et des volitions. (Soumis aux mêmes
lois phyâiologiques , les mouvements qui résultent de Tappétit et les actions faites par la volonté ont des caractères diflférents et proviennent de causes différentes. Les mouvements résultant de Tappétit sont immédiats; ils ne sont pas suspendus, dîflérés, exécutés ensuite, comme le sont les projets formés d'avance et exécutés ensuite par la volonté intelligente. Lorsque les conditions psychiques et physiologiques du mouvement sont données , par là même il s'accomplit, et, s'il ne s'accomplit pas, c'est qu'il est empêché par une sensation plus forte ou par un obstacle extérieur ; en un mot , le mouvement est réalisé par là même quHl est possible. Au contraire, les conditions psychiques et physiologiques de l'action étant données , elle peut ne pas s'accomplir, elle ne se réalise pas par là même qu'elle est possible. Et, enfin, une cause qui agit immédiatement et nécessairement, lorsque les conditions du mouvement existent, est une cause fatale, tandis qu'une cause qui agit ou n'agit pas , lorsque les conditions d'action existent, est une cause libre.
Les questions d'origine et de formation des
appétits ne diffèrent pas essentiellement de celles
d'origine et de formation des perceptions et des sensations affectives.
En tant que mouvements intérieurs de propension ou d'aversion associés aux perceptions et aux sensations aflFectives, les appétits impliquent l'énergie psychique capable de changements intérieurs et déterminée par l'action organique.
Les appétits tendent à un but; ils donnent naissance à des mouvements qui conviennent à ce but et qui diffèrent suivant les circonstances. Sous ce rapport , ils ont quelque analogie avec les volitions et les actions. Mais, d'autre part, ils en différent essentiellement ; la volonté est une faculté du moi , libre, universelle et indéfiniment perfectible; l'appétit ne l'est pas.
Faut-il assimiler l'appétit à l'instinct? Le langage reçu fait cette assimilation, en qualifiant d'instinctifs toute espèce de mouvements involontaires. Mais l'instinct est primitif, tandis que les appétits se développent avec les sensations et les images acquises. L'instinct persiste indépendamment de l'expérience acquise, tandis que les mouvements de l'appétit diffèrent avec l'expérience acquise.
Il y a donc une énergie psychique différente de la volonté et de l'instinct , cause d'appétits et de mouvements. En quoi consiste-1>-elle ?
J'ai signalé ailleurs l'opinion physiologique qui
Concevant, en outre, ce mécanisme modifié diversen^ent par suite de Texpérience acquise, présentant les combinaisons si variées et si complexes de Tassociation et de la reproduction involonjtaires, on aurait une explication des appétits et des mouvements qui tendent à un but déterminé , sont adaptés à ce but , diffèrent, suivant les circonstances, et se produisent sans aucune intervention de la volonté intelligente et libre (i).
Mais cette hypothèse , quelle qu'en soit la valeur pour Texplication des phénomènes de la vie animale, ne saurait rendre raison des phénomènes de la vie humaine. L'énergie individuelle et personnelle diffère essentiellement des énergies qui appartiennent au composé organique; elle peut dépendre directement ou indirectement de celles-ci , mais elle ne saurait en être le résultat. Elle serait donc modifiée par l'activité psychique de l'organisme et réagirait sur elle; les appétits, comme les sensations, détermineraient des phénomènes semblables dans l'âme individuelle et personnelle qui , en tant que libre , peut résister aux appétits , refuser leur accomplissement et les soumettre à la raison (2).
(0 V. sapra, p. 265 ss.
(t) U n'est pas sans intérêt de signaler ici ces expressions bibliques : volonté , désirs de la chair , opposés à la volonté et atcœ désirs de Vesprit,