PREMIER ESSAI
DE U lÊTHODE FONDAIENTiLE DE U P8ICH0L0DŒ.
Importance de la méthode. — Position de la question. — Définition des faits internes en général. — Les faits internes et leur cause sont connus par voie d'aperception interne immédiate. — Celle-ci est la source unique des notions psychologiques. — Ou elle procure des connaissances certaines , ou il n'existe aucune connaissance certaine.
La science de Tâme se trouve en germe dans son point de départ et dans sa méthode, et toutes les controverses psychologiques se résument , en dernière analyse, dans la question de la méthode.
L'idée de Tâme est loin d'être la même dans les divers systèmes ; mais tous, sans distinction, peuvent et doivent accepter cette définition nominale : < L'âme est l'ensemble des faits internes et leur cause ( 1 ). >
La question du point de départ et de la méthode à suivre se ramène donc à celle-ci : Comment parvenons-nous à la connaissance des faits internes et de leur cause?
Et d'abord, que faut-il entendre par faits internes? Quels sont leurs caractères propres et distinctifs? Les faits internes existent dans l'être qui s'en aperçoit ; les phénomènes externes n'existent pas dans l'être qui les perçoit. Les uns sont rapportés à un sujet unique; les autres , à une pluralité d'objets. Les premiers succèdent l'un à l'autre, mais sans s'exclure l'un l'autre ; en l'âme , le passé ne disparaît pas sans retour. Les seconds présentent une succession dont les termes s'excluent l'un l'autre ; hors de l'âme , le passé disparaît sans retour. Ceux-ci existent l'un à côté de l'autre, se limitent dans l'espace; ceux-là n'existent pas l'un à côté de l'autre dans des limites d'espace. Les phénomènes externes appartiennent au monde
(i) Voir plus haut, page 38.
visible , imaginable ; les faits internes sont invisibles et inimaginables ( i ).
Le mode de connaissance des faits internes ne saurait donc être Tobservationdes phénomènes externes; ce ne seraient plus des faits internes , mais des phénomènes externes; et la connaissance que le sujet connaissant a de lui-même et de ses facultés ne peut être assimilée à celle qu'il a des objets extérieurs et de leurs propriétés ; ce ne serait plus la connaissance du sujet connaissant et de ses facultés (2).
( i ) Comp. Brbntano , Psychologie vom etnpirischen Standpicnkte. Leips., 1874, v. I, p. 126, et HAMn.TON : Lectures. Edimb. ei Lond. , 1870, v. I , p. Î8.
Hamilton confond les faits internes en général et l'espèce de faits internes dus au principe conscient et libre comme tel. En conséquence, il insiste particulièrement sur les caractères propres de ces derniers.
« In the compass of our expérience, we distinguish two séries of facts , the facts of the external or material world , and the
facts of the internai world or world of intelligence He is
conscious to himself of faculties not comprised in the chain ot physical necessity ; bis intelligence reveals prescriptive principles of action, absolute and universal, in the LawofDuty, and a liberty capable of carrying that law into effect, in opposition to the solicitations, the impulsions of bis material nature. From the coexistence of thèse opposing forces in man there results a ceaseless struggle between physical necessity and moral libeKy ; in the language of Révélation, between the Flesh and the Spirit; and this struggle constitutes at once tbe distinctive character of humanity, and the essential condition of buman development and virtue. »
(t) - Je ne puis connaître ce qui est moi comme je connais les
La source unique de la connaissance des faits internes, considérés en eux-mêmes, dans leurs caractères propres et distinctifs, je ne parle pas de leurs conditions organiques, c'est V aper cep tion interne , immédiate de ces faits et de Têtre qui en est la cause productrice.
L'existence d'un fait diffère de l'affirmation de ce fait. Pour affirmer des faits internes, il ne suffit pas qu'ils existent, mais il faut s'en apercevoir. Le malade qui a perdu connaissance soufflée, mais ne s'aperçoit pas qu'il souffii^e et n'affirme pas sa souffi:'ance.
L'aperception interne diffère de la perception externe ; en percevant des couleurs , des sons , le sujet qui perçoit agit en relation avec l'extérieur, n'est pas objet à lui-même^ tandis qu'en s'apercevant de ses perceptions, il agit en relation avec lui-même, est objet à lui-même.
L'aperception des faits internes est immédiate; c'est le principe actif s'apercevant de ce qu'il fait sans intermédiaire quelconque, par conséquent, sans
choses extérieures. Dans la connaissance de celles-ci, il y a deux termes différents: l'objet connu, qui n'est pas moi , et le siget intelligent, qui est moi. Mais, dans la connaissance de moimême, ces deux termes se confondent. Ce qui connaît est moi ; ce qui est connu est encore moi. » (Jouffroy, Nouveaiuv Mélanges philosophiques , de la distinction de la psychologie et de la physiologie. Paris , 1861 , p. 175. )
démonstration d'aucune sorte. Pour démontrer quoi que ce soit , il faut s'apercevoir de ses pensées.
L'aperception , enfin , n'a pas seulement pour objet les faits qui passent, mais l'être en qui ils existent et qui en est cause. En effet, le sujet s'attribue les faits divers et successifs. Il s'aperçoit donc de lui-même, en tant que différent de ces faits ; se confondant en eux , passant avec eux , il ne pourrait juger qu'ils passent. Il s'aperçoit, en outre , qu'il est l'être en qui les faits internes existent et qui les produit; passif, il ne pourrait juger que ces phénomènes lui appartiennent , mais il devrait les attribuer à quelque être et à quelque cause différents de lui. Juger que des faits internes passent, c'est être spectateur différent de ces faits , et juger que ces faits m'appartiennent, c'est être à la fois spectateur et acteur ( i ).
(i) « Thèse singulière de soutenir que je ne saisis pas la cause qui est moi, que je sens ma pensée, ma volonté, ma sensation, mais que je ne me sens pas pensant, voulant, sentant ! Mais d'où saurais-je alors que la pensée, la volonté, la sensation que je sens sont miennes, qu'elles émanent de moi et non pas d'une autre cause. Si ma conscience ne saisissait que la pensée, je pourrais bien concevoir que la pensée a une cause, mais rien ne m'apprendrait quelle est cette cause, ni si elle est moi ou toute autre. La pensée ne m'apparaîtrait donc pas comme mienne. » ( JouFPROY, ibid, , p. 201.)
La thôse singulière, comme l'appelle Jouffroy, paraît toute naturelle à Lange, au point qu'il ne trouve aucune difficulté à
Nous entendons par acte de conscience Tacte d'aperception interne, immédiate. Les faits internes et leur cause sont donc connus immédiatement par la conscience. Les phénomènes externes , au contraire, sont connus par le moyen des sensations aperçues, et les causes de ces phénomènes sont des inconnues que nous cherchons.
L'aperception est la source unique des notions psychologiques. C'est en m'apercevant de mon état présent ou en me souvenant de mes états passés que je puis donner une signification aux termes plaisir, douleur, jugement, intelligence, volonté, etc. Nulle observation anatomique ou physiologique, nulle expérience faite sur le système nerveux, nul mouvement moléculaire , ne peuvent me procurer la moindre notion des faits internes, considérés en eux-mêmes et dans leurs caractères propres et distinctifs. Des faits internes observés par les sens, disions-nous plus haut, ne seraient pas des faits internes , mais ce seraient des phénomènes externes , et la physiologie du système nerveux, loin de me donner les notions psychologiques, les emprunte elle-même à la conscience (i).
admettre une psychologie sans âme. « Also nur ruhig eine Psychologie ohne Seele angenommen. *• (Lange, Geschichte des Materialismus, p. 465. )
(0 «^ Les phénomènes physiologiques sont de même espèce que tous ceux que nous saisissons dans le monde extérieur. Ils sont
Ce n'est pas non plus en observant d'autres hommes que nous parvenons aux notions psychologiques. Nous ne pouvons observer par les sens que ITionmie extérieur, ses mouvements, sa physionomie, son langage, mais pas Thomme intérieur, qui n'apparaît pas à nos regards. Nous nous apercevons de ce qui se passe en nous et de nous-mêmes , et nous attribuons à nos semblables les faits, les facultés que nous constatons en nous.
Un raisonnement analogue nous fait attribuer certains faits psychiques et certaines facultés aux animaux. Témoms de phénomènes externes qui dénotent l'existence de sensations , de perceptions , d'images conservées et reproduites , nous attribuons aux animaux certaines facultés de sentir , de percevoir , d'imaginer, de reproduire involontairement, que
physiques et seosibles, tandis que les phénomènes psychologiques sont d'une nature qui n'appartient qu'à eux, etc.»» (Joupfrot, iMd.)
Herbert Spencer lui-même est de cet avis : « Now however we tum to a totally distinct aspect of our subject. There lies before us a class of facts absolulety without any perceptible or concevable community of nature with the facts that bave occupied U8. The truths hère to be set down are truths of which the very éléments are unknow to physical science. Objective observation and analysis fail us and subjective observation and analysis must supplément them. »» (Principles ofpsychoîogy^ï?^^éà.^v. l,p.98.)
Comte, Cours de philosophie positive^ 2»« édition, 1864, 1, p. 30, rejette l'observation intérieure et lui substitue la phrénologie ; mais il est juste d'igouter que ses disciples sont revenus de cette erreur, Stuart Mill , p. ex.
nous avons reconnues en nous. Souvent aussi nous jugeons mal, parce que nous n'avons que des notions vagues , inexactes ou superficielles de notre âme et de ses facultés. Avant d'attribuer aux animaux rintelligence , la raison , la conscience , le moi , il faudrait définir Tintelligence , la raison , la conscience et le moi. Il est si facile et si fréquent de personnifier les êtres privés de la personnalité , et cette habitude invétérée n'a pas disparu , ce semble , même de nos jours , chez Darwin , de Quatrefages et Wundt , par exemple (i).
L'aperception , source unique des notions psychologiques, nous procure-t-elle des connaissances certaines ?
La question consiste à savoir si ce que nous observons intérieurement au moment même oti nous l'observons, et abstraction faite de tout raisonnement, est connu avec certitude, ou, suivant l'expression de Leibnitz, < si les expériences internes inamédiates sont certaines. >
(i ) Puisque la conscience de chacun est la source unique des notions psychologiques , on a tort d'imaginer une méthode dite objective, qui procéderait par voie d'observation et de comparaison des diverses races humaines et des diverses espèces d'animaux. (Voir plus haut, p. 40 et ss.)
Ce procédé implique la méthode subjective. Il n'est pas la source de la psychologie. l\ n'est qu'un moyen subsidiaire dont elle dispose et dont elle s'est servie depuis Aristote.
Si je rejette cette certitude, je ne puis être certain que j'existe, que je sens, que je connais, car je ne puis le savoir que par voie d'aperception ou de conscience. J'existe signifie : je m'aperçois de mon existence et je raflBnne. Ma sensation existe veut dire : je m'en aperçois et l'aflirme. Je connais se traduit : j'affirme que je connais et je m'en aperçois (i).
Il y a plus : s'il est incei'tain que j'existe et que des faits internes existent, rien ne saurait être certain. Il n'y a pas de connaissance et de certitude d'objets sans faits internes aperçus , sans sujet connaissant, qui se distingue des objets, sans jugements sur la vérité des connaissances objectives , donc sans conscience de soi-même. S'il est incertain que j'aperçoive mes sensations et que je juge, à plus forte raison est-il incertain qu'il y ait des phénomènes qui provoquent mes sensations et sont l'objet de mes jugements.
Ainsi, sans aperception interne immédiate, je ne puis rien affirmer de moi-même. J'existerais, mais
(0 « Si les expériences internes immédiates n'étaient pas certaines, il ne saurait y avoir de vérités de fkit dont on paisse être certain. Il n*en est pas de même pour les perceptions externes médiates, qui sont siyettes aux illusions des sens et de rimagination. » (Lbibnitz, NowoecMx essais sur Ventendement humain. Ed. Brdm., 1, II, c. 27, g 13.)
j^gnorerajs mon existence. Je me trouverais dans des rapports av^cle monde extérieur, mais je ne saurais affirmer ces rapports , n'ayant aucune connaissance de moi-même. Donc, de deux choses Tune: ou la psychologie fondée sur la conscience procure des connaissances certaines , ou il n'existe aucune connaissance certaine.
SB
La méthode fondamentale de la psychologie part de l'aperception interne , immédiate. — Elle diffère de la méthode d'induction et d'analogie des sciences naturelles. — Ce n'est pas non plus la méthode rationnelle pure. — De la psychologie dite expérimentale et rationnelle.
La méthode d^une science est déterminée par son point de départ. Les sciences naturelles, l'histoire , les mathématiques , outre qu'elles doivent satisfaire aux conditions générales de la méthode, ont des procédés propres, parce que la source de ces sciences n'est pas la même.
La méthode propre de la science de l'âme a donc pour base l'aperception interne immédiate. Elle seule est fondamentale, parce que seule elle procure les notions psychologiques, en puisant à la source
même de ces notioDs. D'autres procédés la complètent sous divers rapports , mais aucun ne saurait la remplacer (i).
Et d'abord la méthode fondamentale de la psychologie ne saurait être l'induction et l'analogie des sciences naturelles (2). Ces sciences se fondent sur l'observation extérieure et l'expérimentation , et nulle observation extérieure , nul raisonnement appuyé sur elle ne peuvent nous procurer les notions psychologiques. Que le « système de la nature > assimile les faits internes < aux mouvements subtils qui se passent dans l'intérieur des corps , > que Czolbe nous assure que l'acte de conscience est < un mouvement de rotation, > que Molescott appelle la pensée < une sécrétion du cerveau, > qu'une certaine physiologie confonde l'attention avec le phénomène chimique de la combustion; toutes ces notions et d'autres semblables , loin d'expliquer les faits internes , la conscience , la pensée ,
(1) V. Infra, p. 79. Il en est de la psychologie comme de Thistoire. L*étude des sources historiques est fondamentale, et rien ne peut la remplacer.
(s) M. V. Hartmann ne distingue pas entre la méthode d*induction appliquée aux différents règnes de la nature et àTesprit. « Denn die inductive Wissenscbaa hat in allen Zweigen der unorganischen und organlschen Natur und auch in der des Geistes 30 gewaltige Fortschritte gemacht, etc. (v. Hartmann, Philosophie des Unbetoussten , 4« éd. , p. 11.)
les lois de la logique, leur substituent des lois et des phénomènes essentiellement différents ( i ).
(i) « Les auteurs des explications physiques ou physiologiques des sens et des idées , dit Maine de Biran , se sont fkit souvent nilusion vraiment inconcevable quMls avaient analysé la pensée et dévoilé ses opérations les plus secrètes , ses modes les plus intimes, quand ils avaient décomposé bypothétiquement les fonctions du cerveau et imaginé le jeu , les mouvements des fibres ou fibrilles qui sont censées représenter les idées et fournir un siège matériel aux facultés de Tesprit ; comme 8*11 y avait quelque analogie entre les mouvements qu'on se représente objectivement hors de soi et des actes intellectuels qu*on ne conçoit que par la réflexion ou le sens intime , et jamais sous aucune espèce damage. » ( Œuvres inédites de Maine de Biran , publiées par Ernest Naville, Paris 1859, v. I, p. 30.) « Tout ce qui est en nous et même une multitude de choses qui sont hors de nous ne peuvent être ni vues ni imaginées ; faudra-t-il pour cela renoncer à en avoir des idées claires ? Tout au contraire , en transportant à des faits de sens intime, ou h des idées de réflexion, certains signes qui s*adressent uniquement à Fimagination, on ne fait réellement qu*obscurcir , altérer et dénaturer entièrement ces idées, qu'on trouverait évidentes par ellesmêmes si Ton pouvait ou si Ton voulait les ramener à leur véritable source. On conviendra, en effet, je crois, quand on y pensera plus profondément, que les doctrines de psychologie où Ton cherche à exprimer les opérations de Tesprit et ses modes intérieurs par des termes figurés ou métaphoriques, k les traduire, pour ainsi dire, dans la langue des sensations et des images , sont tout-à-fait obscures et insignifiantes , précisément par le côté où elles paraissent parfaitement claires et significatives au commun des hommes , qui ne croient entendre que œ qu'ils imaginent. » (Ibid^ p. 98.) « Qui oserait reproduire sérieusement aigourd*hui la question que fait Newton dans son Optique , savoir si le sensorium n*est pas le lieu où la substance sentante est présente et où les espèces sensibles des choses sont portées k travers les nerfs et le cerveau, afin qu'elles
Puis l'induction et l'analogie comparent une pluralité d'objets connus, tandis que le sujet qui se connmt est unique. L'une généralise des propriétés constatées dans les cas observés , l'autre étend ces propriétés aux cas similaires. Toutes deux conduisent à des conceptions de plus en plus générales d'espèces, de genres, de classes. La science de l'âme, au contraire, n'observe pas et ne compare pas une pluralité d'êtres humains, elle ne généralise pas des qualités observées , elle ne forme pas des conceptions d'espèces , de genres , de classes^ L'in» telligence qui connaît n'appartient à aucune classe d'objets connus.
Et , enfin , l'induction et l'analogie partent de
soient perçues par Tesprit présent en ce lieu. » (Ibid.^ p. eSL) J'ai cru devoir rappeler ces observations, si simples et si vraies, de Maine de Biran, parce qu'elles sont souvent perdues de vue. Un physicien éminent,M Tyndall, se prononce contre Texistence de Tâme, parce qu'il ne peut Timaginer , la représenter sous les formes sensibles. Un auteur récent, M. Horwicz, écrit une psychologie sur la base de la physiologie et b, une pTédileciion marquée pour les métaphores. « Die Seele verdaut indem sie du ihr durch die Nerven zugefuhrte Rohmaterial zu ^pfîndungen und zu seelisclien Produkten immer hôherer Art iils Vorstelluagen, Begriffe, Urtheile, Schlusfe, GefUhle, Gefûhlsricfatungen , Entschlùsfe, Plane, Maximen U. S. W. verarbeitet, etc., etc. » ( Horwicz , Psychologische Analysen auf physiologischer Grundlage, Halle 1872. Erster Theil, p. 148.)
Faut-il £dre remarquer que Técole positiviste moderne introduit une nouvelle langue en psychologie, empruntée à la physique , à la chimie et à la physiologie? Rerumque ignarus imagine gat4det !
phénomènes externes dont la cause e&turie inconàtce à chercher, tandis que la câtise des Mis internes est connue par la conscience. < Il importe ici d'obsèrVer ces deux procédés inverses de Tesprit , lorsqu'il part de la représentation d'un objet ou d'un fait extérietir donné au sens pour s'élever progressivement aux classes , aux lois , aux causes générales des phénomènes et lorsqu'il part d'un fait donné par l'observation intérieure pour en dériver ou y ramener tous ceux du même ordre. Ici toutes les idées ou les faits sô simplifient ou s'individualisent jusqu'à la conscience du moi , identique avec celle de cause ou force agissante. Là tout se généralise et se complique jusqu'à ce qu'on arrive à l'idée la plus générale, qui est encore celle que les physiciens appellent cause. Mais il est bien évident que le mot cause a ici deux valeurs trèsdiflFérentes et même opposées. Suivant l'acception psychologique, c'est la donnée première et simple qu'il s'agit de bien constater; dans l'acception physique, c'est l'inconnue à chercher. Et la méthode qui peut nous élever jusqu'à l'inconnu extérieur à nous, par le progrès des généralisations successives , pourraitelle servir à constater ce qui est en nous par un ordre inverse d'idées de plus en plus individuelles (i): > La méthode fondamentale de la psychologie n'est pas non plus la méthode rationnelle pure.
(i) Maine de Biran, ibid., t. I, p. 75-
La psychologie est une science fondée sur l'observation intérieure. C'est la conscience qui me révèle mon être tel qu'il existe, dans sa réalité concrète et vivante , un et varié , actif et fécond , libre et dépendant , son côté rationnel et sensible , ses facultés, ses besoins, ses désirs, ses espérances, ses pressentiments. Abandonner la base certaine de l'expérience , concevoir un être abstrait , réunir dans cette conception certaines qualités , en déduire les conséquences, ce n'est plus me connaître tel que j'existe , mais c'est connaître des abstractions qui n'existent pas (i).
Fondée sur Texpérience et sur l'expérience la plus certaine , celle des faits internes et de leur cause , la psychologie se sert des principes absolus de la raison pour interpréter et féconder les données de l'expérience et parvenir ainsi à la connaissance de la nature humaine individualisée en chacun. Si la raison abstraite, séparée de l'expérience , est vide, l'expérience abstraite, séparée delà raison, est stérile.
Cela est vrai de toute science réelle et pas seulement formelle. Il n'en est aucune qui puisse se passer de la raison ou de l'expérience , et une métaphysique abstraite n'est pas plus une science réelle
(0 Voir Heinroth, Lie Psychologie aXs Selbsterkenntnisslehre. Leips. , 1827, p. 15.
« Die Seele ist schon ftir den Forscher entflolien, sobald sie ihm zuro abstrakt^ Wesen geworden ist. »
qu'une physique abstraite ou une histoire abstraite. Les abstractions métaphysiques ne sont pas des réalités.
On est convenu, depuis Wolf surtout, de distinguer une psychologie expérimentale et une psychologie rationnelle : la première, fondée sur Tobservation , la seconde sur la raison; l'une exposant les faits , l'autre la nature de la cause ; distinction plus spécieuse que vraie, plus nuisible qu'utile. La psychologie contient un élément rationnel et un autre expérimental qu'il faut distinguer, mais il n'y a pas deux psychologies, Tune expérimentale , l'autre rationnelle , qu'on puisse isoler ; la psychologie expérimentale ne serait qu'une énumération de faits qu'aucun principe n'éclaire, et la psychologie rationnelle, un exposé de principes dont aucun fait n'établit la réaUté ( i ).
(i) « Da jedoch der Mensoh nicht blos ein metaphysischer Begriff ist, der in der allgemeinen Kategorie des Geistes umfasst oder erschôpfb werden kônnte, sondern ein lebendiges Ërfahrungsobject , so genûgt hier keineswegs jene abstracte art der Untersuchung , aus allgemeinen Begriffen und metaphysischon Gesicbtspunkten , wie sie gerade in der letzten Epoche der Wissenschafb als die einzig berechtigte sich geltend machte; sondern allein das Eingehen in die Erfahrung kann hierin die entscbeidende UeberfUhrung, die Voliendung der Wissenschaft erzeugen. » (H. Fichtb, Anthropologie^ Leipsic, ia56, p. 8.)
D*aprôs Kant, au contraire, la psychologie rationnelle est une science a prtori: « Weil das mindeste empirische Pràdicat die rationale Reinigkeit und Unabhângligkeit der Wissenschaft von aller Erfahrung, verderben wûrde.»(Kanf s Werke, Band,I I , S. 3 10 .)
§ ni
l'analyse psychologique L'dnalyce part de l'observation des faits internes et pas d'hypothèses préconçues. — Elle distingue les faits sans les séparer. — Elle montre je qu'ils irnphqu'^nt , leur contenu. — Eli" détenrun"^ la nature de la cause. — Elle fournit lunsi l^s prèm^''se.- "lu ^asonnement déductiî.
La méthode fondamentale de la science de Tàme , c'est l'analyse psychologique.
Les faits internes, considérés en eux-mêmes, ne sont connus originairement que par voie d'aperception. Toute recherche psychologique se fonde donc sur elle. L'analyse psychologique, sur la base de la physiologie de M. Horwicz, est une contradiction dans les termes. L'analyse des rapports entre globules nerveux et centres nerveux de M. Bain n'est
p«8 du tout Tanalyse des associations d'idées. Qui drafc s'imagine avoir analysé la pensée lorsqu'il a distingué les globules de la substance grise et leurs combinaisons diverses ? ( i )
L'analyse psychologique part de l'observation des faits internes, et non pas d'hypothèses préconçues. Ce qui est immédiatement certain , ce sont les faits dont je m'aperçois, par exemple, que j'ai des connaissances; mais ce qui ne l'est pas, c'est leur origine. J'ai beau interroger mes souvenirs , ils ne remontent pas à ces commencements obscurs de la vie intellectuelle ; que si , au lieu d'analyser le fait de la connaissance, je forme quelque hypothèse, soit idéaliste, soit sensualiste , sur son origine , je ne saurais en vérifier la valeur ; développant les conséquences de l'hypothèse, je puis être logique, sans doute, mais ne pas être vrai, et d'ailleurs je serai exposé au danger d'altérer les faits et même de les rejeter , lorsqu'ils ne sont pas d'accord avec l'hypothèse (2).
( I ) D'après Stuart Mill , M. Bain a poussé la recherche analytique des phénomènes mentaux , par les méthodes des sciences physiques, au point le plus avancé qui ait encore été atteint, etc. Nous ne pouvons souscrire à ce jugement. V. Rtbot, p. 252.
(«) a L'école empirique, qui célèbre si fort la méthode expérimentale, y tourne le dos, pour ainsi dire, lorsque, au lieu de commencer par les caractères actuels de nos connaissances, tels qu'ils sont attestés par la conscience et par la réflexion , elle se jette, sans lumière et sans guide, à la poursuite de leur origine. » (Cousin, du Yrai, du Bien et du Beau, p. 38.)
L'analyse psychologique distingue les faits internes sans les séparer. Analyser, c'est décomposer un tout dans ses parties. Un tout divisible peut être décomposé en parties séparées ; l'analyse chimique décompose le corps dans ses éléments. Un tout indivisible, au contraire , ne saurait être décomposé en parties séparées; mais la pensée y distingue des parties diverses et inséparables ( i ). Or, les faits internes n'ont pas d'existence à part, l'un à côté de l'autre, l'un en dehors de l'autre , mais tous sont des manifestations d'un principe individuel et actif; les analyser, c'est donc les distinguer par la pensée, non pas les séparer (2).
Il importe surtout de distinguer exactement les faits avant d'en chercher l'explication; confondre sous une même dénomination ce qui est différent ,
(4) « Aber auch nicht einmalalssystematischeZergliederungskunst oder expérimentai lehre kann sie der Ctiemie jemals nahe kommen, weil sich in ihr das Mannigfaltige der inneren Beobachtung nur dureh blose Gedankentheilung von einander ab sondern, nicht aberabgesondert aufbehalten und beliebig wieder verkntipfen làsst. » ( Kant's Werke , éd. Hartenstein. B. VIII, s. 446.)
(t) Pourtant Herbert Spencer intitule le chap. II de la seconde partie de ses Principes de psychologie : la composition de Tesprit. Il le conçoit à Tirnage d*un composé matériel, parle de portions de conscience adjacentes, de cohésion mtituelle d^ états de conscience, etc. V. The principles ofpsychology by Herbert Spencer. London , i870, v. I , p. 163.
se servir des termes: sensations, conscience, connaissances, émotions, < feelings >, etc., dans un sens équivoque, c'efet ignorer tout d'abord ce qu'il faut expliquer; c'est chercher la solution de questions mal posées; c'est s'imaginer, en outre, les avoir résolues, lorsqu'on ne les a pas même abordées ; des sensations ne sont pas des actes de conscience ni des connaissances.
Il ne suffit pas de faire la distinction exacte des faits internes, pas plus qu'il ne suffit, dans les sciences naturelles, de bien classer les phénomènes. L'analyse psychologique doit montrer les éléments divers que ces faits impliquent, sans lesquels ils n'existeraient pas ou seraient autres qu'ils sont , semblable en cela à l'analyse chimique, qui recherche les éléments divers des composés; et, puisque tous les faits internes appartiennent à un principe actif et individuel , rechercher les éléments divers qui y entrent , c'est rechercher tout ce qu'impliquent les produits de son activité, leur contenu. Ainsi la connaissance du monde extérieur n'impUque pas seulement des perceptions de phénomènes sensibles, mais des notions d'êtres auxquels ils appartiennent, de causes qui les produisent, d'espace oU ils coexistent , de temps où ils se succèdent. La moralité humaine implique une volonté indépendante des sens en lutte avec les sollicitations des
sens , soumise à la loi du devoir , ayant un idéal de perfection à atteindre. Négliger Tun ou Tautre -de ces éléments , ne considérer que des sensations ou des appétits physiques, ce n'est pas rendre raison des faits psychiques.
L'analyse psychologique, enfin, détermine la nature de la cause par les faits produits, et fournit ainsi les prémisses du raisonnement déductif. Je n'ai pas seulement la conscience de faits internes, mais de mon être individuel , cause de ces faits ; je me connais immédiatement comme la cause y et je ne cherche pas \me cause. Mon être individuel se manifeste donc à lui-même par ses actes, et il n'est pas la manifestation d'une cause inconnue x. Mais tout ce qui existe doit être conçu comme conforme et non pas comme contraire aux lois absolues de la raison ; l'inconcevable , l'impossible ne sauraient exister. Je dois donc affirmer de mon être individuel et de tout être humain tous les attributs en vertu desquels je puis concevoir l'existence des faits internes et de leur cause , sans lesquels je ne puis les concevoir , tout ce qui les rend possibles et sans quoi ils seraient impossibles. Ces attributs essentiels , qui appartiennent à tous , constituent la nature humaine, commune à tous , individualisée dans chacun. Il y a donc une science de la nature humaine, et c'est l'aperception interne immédiate.
lécondée par les principes absolus de la raison qui la procure (i).
Parvenus par la méthode analytique à des vérités absolument certaines sur la nature de Tâme , nous pouvons en déduire d'autres vérités qu'elles contiennent et leur attribuer le caractère de certitude absolue, lors même qu'il nous serait impossible de les vérifier par expérience; montrer, par exemple, que le principe libre, conscient, personnel, doué de raison et de facultés libres, diffère essentiellement
(0 « Non ergo per essentiam suam, sed per acturn suum se cognoscit intellectus noster ; et hoc dupliciter : uno modo parttctUariter, secundum quod Socrates vel Plato percipit se babere animam intellectivam ex hoc quod percipit se intelligere. Alio modo in universali; secundum quod naturam humanse mentis ex actu intellectus consideramus. Sed yerum est quod judicium et efficacia hiyus cognitionis, per quam naturam animœ cognoscimu8,competit nobis secundum derivationem luminis intellectus nostri à veritate divina in qua rationes omnium rerum continentur.sicut supra dictum est quaest. 84, art. 5. Unde Augustinus dicit in 9 de Trin, cap. 6, paulo a princ. « Intuemur inviolàbilem veritatem , ex qua perfectô, quantum possumus , deânimus , non qtuxlis sit unius (n^tcsqtie hominis mens, sed qualis esse sempitemi§ rationibus debeat. » Est autem diflerentia inter bas duas cognitiones. Nam ad primam cognitionem de mente babendam sufficit ipsa mentis prsesentia , quse est principium actûs , ex quo mens percipit se ipsam ; et ideo dicitur se cognoscere per suam praesentiam ; sed ad secundam cognitionem de mente habendam non sufflcit ejus prsesentia sed requiritur dîligens et subtilis inquisitio. Unde et multi naturam animœ ignorant , et mQki etiam circa naturam animœ erraverunt. » ( B. Thom. Aquin., Summœ Theol, p. I , q. 87, a. 1.)
des forces de la nature et a une destination qui n'est pas accomplie dans les limites de la vie terrestre.
En ayant recours à la méthode déductive, il importe d'en faire un bon usage et de se conformer aux lois de la logique.
Et d'abord , il faut éviter toute pétition de principe , en n'admettant comme vérités psychologiques que les résultats certains de l'analyse. Que d'exemples de pétitions de principe depuis le traité de l'àme d'Aristote jusqu'à nos jours! Le législateur de la logique part de l'idée de l'àme en général conçue comme principe des perfections propres du corps physique , organique. « L'Entéléchie > , base de son système psychologique, est loin d'être une vérité évidente et a soulevé des controverses séculaires. MM. Burmeister, Buchner, Littré, etc., prétendent que toute force est inhérente à la matière , et que nous n'en connaissons pas d'autre ; loin que ce soient là des vérités incontestables , ce sont des pétitions de principe et des erreurs (i).
Une autre précaution qu'il convient de prendre, c'est de ne pas confondre des questions différentes , de compromettre ainsi la solution de l'une en la faisant dépendre de celle d'une ou de plusieurs
(4) Les Princtples of psychology de Herbert Spencer otift^nt des exemples nombreux de pétitions de principe.
autres qui^ dans Tétai actuel de nos connaissances , n'ont pas reçu peut-être de réponse définitive. Pourquoi , par exemple , fonder le spiritualisme sur n'importe quelle espèce de vitalisme? pourquoi confondre la question de la nature de Tâme humaine avec celle de la vie en général , lorsque Tune peut être résolue indépendamment de Tautre? Est-ce donc que Descartes cesse d'être spiritualiste parce qu'il a cru à une solution mécanique du problème de la vie organique et même animale? La physiologie moderne a une tendance à préférer les explications chimiques et physiques des phénomènes vitaux. Renfermées dans de justes limites , ces expUcations n'ont rien de contraire au spiritualisme.
J'ajouterai , puisqu'on l'oublie souvent, qu'il importe beaucoup de distinguer des difficultés et des contradictions. Des difficultés ne nrouvent rien contre des vérités absolument certaines , tandis que deux propositions contradictoires ne sauraient être vraies toutes deux. Qui donc renonce à la certitude dans les sciences naturelles, à cause des difficultés qu'il y rencontre et des connaissances incomplètes qu'il possède des forces de la nature? Il ne faut pas exiger de la psychologie ce qu'on n'exige d'aucune autre science ( i ).
(0 «C*e8t pourquoi la prezniôre règle de notre logique, c'est
En résumé, partir de raperception des faits internes et de leur cause.
Distinguer exactement les faits sans les séparer.
Montrer tout ce qu'ils impliquent, leur contenu.
Déterminer, au moyen de Taperception et des principes absolus de la raison , la nature de Tâme , ses attributs essentiels.
Parvenir ainsi à des prémisses absolument certaines du raisonnement déductif , telle est la méthode fondamentale de la science de Tâme.
qull ne faut jamais abandonner les vérités, une fois connues, quelque difficulté qui survienne quand il faut les concilier. Mais qu'il faut, au contraire, pour ainsi parler, tenir fortement comme les deux bouts de la chaîne, quoiqu'on ne voie pas toi;gours le milieu par où Tenchaînement se continue. »(Bossubt, Traité du libre arbitre, chap. IV.)
$ IV
Le défaut d'analyse est la source principale des erreurs en psychologie. — Le sensualisme et le matérialisme abandonnent la méthode d'observation intérieure et d'analyse. — L'idéalisme panthéiste l'abandonne également.
C'est le défaut d'analyse qui est la source principale des erreurs en psychologie ( i ).
Le sensualisme et le matérialisme , loin d'être fidèles à la méthode expérimentale , s'écartent des règles élémentaires de cette méthode. Au lieu d'observer les faits internes en eux-mêmes dans
(i) « Quand je considère.... qu*on se contente des discours spécieux, au lieu d*une méthode sérieuse et décisiye, j'appréhende que nous ne soyons pour demeurer longtemps dans la confusion et dans Tindigence où nous sonmies par notre foute. Je crains môme... qu*on ne se dégoûte des sciences et que, par un désespoir fatal, les honmies ne retombent dans la barbarie, & quoi cette horrible masse de livres , qui va tov^ours augmentant, pourrait contribuer. » (LsiBNrrz, Op.phil., p. 165.)
leurs caractères propres , ils partent d'une hypothèse préconçue sur leur origine et les adaptent à cette hypothèse. Dans leur point de vue, la conscience, la liberté, la personnalité, Tintelligence, ses principes, ses actes ^ ses produits sont des modifications de la sensibilité. Cette conséquence est logique , sans doute , mais est-elle vraie ? On le prétend, en altérant les faits certains et les notions évidentes qui en résultent.
Bien souvent la physiologie vient en aide à ces systèmes. Elle emprunte à la langue vulgaire les termes qui désignent les faits psychologiques , sans se donner la peine d'en faire une analyse exacte , toujours difficile pour celui-là surtout qui a l'habitude d'observer les phénomènes objectifs sans s'observer lui-même ( i ). Ce qui frappe particulièrement le physiologue, c'est la dépendance qui existe entre les faits psychiques et les états du cerveau , ses modifications suivant l'âge, la veille, le sommeil, la lésion , la maladie , ses différences dans la série
(4) La tendance atout objectiver, en faisant abstraction du wiei connaissant, se traduit même dans le langage. Dans le Traité de physiologie de M. Beaunis, on lit, p. 757 : « La Sfi?isation visuelle est une sensation spéciale, qui reconnaît pour cause déterminante Tezcitation de la rétine par la iiuniôre ; » p. 7^ : « Les phënomôQûs reconnaissent pour pieuse, etc. ; » p. 796 : « Les variations du diamètre de la pupille reconnaissent pour cause, etc. »
animale. Aussi s'avise^t-il parfois d'admettre une âme passive avec le sensualisme , ou de la supprimer avec le matérialisme, sans se douter qu'en formulant ces cdnchisions, il abandonne la méthode d'observan tion efe ta remplace par un sophisme. Avant de rien affirmer sur la nature de la cause, il fallait couk riaître exactement les faits observés, et, pour les attribuer au cerveau , il fallait prouver qu'il en est la cause productrice. C'est un paralogisme de substituer à im rapport de dépendance un rapport de causalité.
Que de conclusions erronées tirées de la locsJisation des facultés ! La nature évidemment a localisé certaines facultés ; d'autres le sont, sans doute, bien que, dans l'état actuel de la physiologie du cerveau, nous ne possédions que des notions très-incomplètes et souvent contradictoires à ce sujet (i).
On sait qu'Hippoorate , la scolastique du moyenâge et la phrénologie moderne , d'accord avec l'observation commune , localisent les facultés intellectuelles à la surface du cerveau, dans la substance grise. Et, pour notre part, nous admettons volon-
(i) «Quoique la question des localisations cérébrales soit encore dans Tenfance, on peut af&rmer que les divers modes d*actiyité psychique ont pour organes des parties différentes du cerveau. » (Bbaunis, Nouv. élém. de physiologie, Paris 1876, p. 1018.)
tiers que les circonvolutions diverses ont chacune une signification particulière. Loin de nous étonner de ces relations , nous y voyons une preuve de plus de l'harmonie admirable qui existe entre Tesprit et la nature, et qui est réalisée dans chaque homme et dans les moindres détails.
Mais que d'interprétations erronées du fait de la localisation !
Souvent on se contente d'admettre certaines facultés dans un sens vague , mal défini , sans les analyser dans leurs produits et sans les ramener à des distinctions exactes. Rien d'étonnant, dès lors, qu'on se forme des notions erronées des facultés , de leurs espèces et même des organes oh on les localise. Le terme faculté, au sens physique, signifie une propriété active, abstraite, commune à des organes ou à des tissus ; les fibres nerveuses ont la faculté de transmettre les impressions de la périphérie; les fibres musculaires ont la faculté de se contracter. Dans la langue de la psychologie , au contraire , les facultés sont des puissances diverses d'un principe individuel et personnel. < Chacun des actes de la puissance qui pense et veut s'individuaUse dans la conscience du moi ( i ). >
Quant aux distinctions des facultés introduites
(i) Maine de Biran, ibid., p. 90.
par Tusage , pour la facilité du discours , elles n*ont le plus souvent qu'une valeur arbitraire et conventionnelle j semblables en cela aux classifications vulgaires des différents règnes de la nature; et, à défaut d'analyse , on cherche un siège différent pour des facultés qui ne sont pas différentes; on imagine même des organes pour des facultés qui n'existent pas , comme si la nature créait un organe chaque fois qu'il nous plait d'admettre une faculté. Qu'il nous soit permis de prier les partisans du matérialisme et du sensualisme de rester fidèles à la méthode d'observation dont ils se prévalent.
On peut faire des remarques semblables sur d'autres systèmes très-différents.
La philosophie, en Allemagne, à partir de Kant, a suivi , pendant plus d'un demi-siècle , une direction idéaliste et panthéiste , oubliant les avertissements que lui avait donnés d'avance le plus illustre de ses représentants, Leibnitz. Comment s'est-elle engagée dans les liens d'un système si contraire au sentiment de la personnalité individuelle qui caractérise la race germanique (i)? Comment se fait-il qu'aujourd'hui même, elle les secoue avec peine et parfois s'y engage davantage? Parmi les raisons de ce fait , on peut citer le défaut d'analyse
(0 ScHBLLmo dit quelque part que le cogiio ergo sum est Terreur fondamentale de la philosophie.
et Vabus des hypothèses métaphysiques substituées aux faits de conscience (i).
La critique de Kant , si remarquable à beaucoup d'égards, est néanmoins à refaire sur des pointa très-importants. Il ne suflBt pas de distinguer, avec ce philosophe, la matière et la forme de nos connaissances , mais il faut ajouter que Tune et l'autre sont unies dans le principe individuel, actif et conscient qui s'aperçoit immédiatement de sa propre réalité. Je ne suis pas sensibilité, pensée, formes de la pensée , tous éléments de connaissance flottant dans le vide, que rien n'unit et ne soutient, mais je suis substance et force productrice immédiatement connue.
Dans le point de vue du philosophe de Kœnigsberg, la sensibilité procure la matière des connaissances , sorte de matériaux sans forme, sans lois, tandis que la pensée en fait l'assemblage, leur imprime ses formes , ses lois. Les phénomènes observés par les sens sont réels ; les formes , les lois d'assemblage , au contraire , qui préexistent dans l'intelligence , n'ont pas de valeur objective; en sorte que nous sommes incapables de connaître les êtres tels qu'ils sont ; tous sont altérés en passant par le prisme de l'entendement humain.
(0 Conf. H. FiCHTR, Anthropologie, p. 25.
Quelle peut être Torigine de ce dualisme qui sépare et oppose la pensée et ses lois, d'une part; les êtres et leurs lois , d'autre part ?
Si je ne me trompe , cette séparation s'opère au début même de la philosophie critique. Celle-ci passe à côté de Taperception interne immédiate ( i ) et ignore la première des substances et des forces connues, dont la réalité conduit logiquement à celle de toutes les autres, avec lesquelles elle est en rapport. Si la première réalité immédiatement certaine, base logique de toutes les autres, disparaît, rien d'étonnant que celles-ci aient le même sort (2).
La voie des abstractions étant ouverte, l'école allemande, disciple de Kant, la parcourut jusqu'au bout. Convaincue que la vraie science part de l'absolu , poursuivant une unité chimérique , prenant les abstractions métaphysiques pour les réaUtés mêmes, abusant d'ailleurs des ressources d'une langue éminemment abstraite, bien différente en cela des idiomes d'origine romane (3), elle enseigna
(1) L*unité d'aperception de Kant, suivant rinterprétation la plus probable, n*est que la synthèse des faits internes par la pensée et nullement Taperception de Têtre qui les produit.
(f) Conf. Maine db Biran, ouv. cité, v. I, p. 142.
(») « Viel wichtiger ist es, das in einer Sprache die Denkbestimmungen zu Substantiven und Verben herausgestellt und 80 zur gegenstandlichen Form gestempelt sind. Die deutsche Sprache hat darin viele Vorzûge vor den anderen modernen
tour à tour < les créations du moi pur, > < les productions du sujet-objet absolu, > <les évolutions logiques de ridée , > et autres fantaisies semblables. Suivant Hegel , ^la notion de Tétre en général la plus abstraite et la plus vide de toutes ( der reine BegrifF) est ce qu'il y a de plus intime dans les objets, ce qui vit en eux ; ce qu'il y a de plus intime dans la pensée subjective; ce qui vit en elle (der reine Begriff, der das Innerste der Gegenstânde, ihr einfacher Lebenspuls, wie selbst des subjectiven Denken derselben ist) ; c'est la substance qui demeure véritablement , la nature logique qui anime l'esprit et agit en lui (das Wahrhaft bleibende und substantielle, die logische Natur die den Geist besehlt, und in ihm treibt und wirkt); et la conscience de soi-même est la conscience d'une abstraction (die Gewissheit seiner selbst, der reinen Abstraction).
En présence de ces paradoxes et de cette phraséologie creuse, il nous sera permis de rappeler également l'idéalisme panthéiste à la méthode d'observation et d'analyse psychologiques.
SpracbeD. Sogar sind manche ihrer Wôrter von der weiteren Eigenbeit, verschiedene Bedeutungen nicht nur^ sondem entgegengesetzte zu haben^ so dasz darin selbst ein speculativer Geist der Sprache nicht zu verhennen ist. » (Hegel, Logih. , p. 10. )
Un grand nombre de termes de la langue allemande ont des signiâcations, non seulement différentes, mais opposées^ preuve, suivant Hegel , de Tesprit spéculatif de cet idiome ! !
Autres procédés d'investigation qui complètent l'analyse psychologique, mais ne peuvent la remplacer. — De la philologie. — De l'observation de la conduite d'autrui. -— De l'histoire de l'esprit humain. — De l'anatomie et de la physiologie. — De la métaphysique. -— Conclusion.
En établissant la méthode fondamentale de la psychologie, nous ne rejetons pas d'autres procédés d'investigation , qui la complètent sous divers rapports , mais qui ne peuvent la remplacer. Elle seule puise à la source même des notions psychologiques.
Et d'abord la philologie et la grammaire générale facilitent souvent les recherches psychologiques :
— soles termes et leur filiation, les formes grammaticales, leurs fonctions, leurs combinaisons, leurs lois, l'organisme des langues, en un mot, porte Tempreinte de Pesprit qui Tanime, et plus un idiome est parfait , mieux il l'exprime.
L'observation des actions et de la conduite d'autres individus de l'espèce humaine, et même d'espèces animales, vient également en aide à la psychologie; non pas qu'elle soit la source des notions psychologiques, mais parce qu'elle peut autoriser des conclusions sur la nature de l'âme et de ses facultés. C'est ainsi qu'en observant d'autres individus à l'état d'inconscience, nous avons de justes raisons de conclure à l'existence de l'activité intérieure et inconsciente. L'observation des hommes en société prouve l'influence de l'action sociale sur le développement de leurs facultés. La comparaison entre les faits de la vie mtellectuelle et morale et les phénomènes d'instinct des animaux accuse l'existence de causes essentiellement différentes. Le fait constant et universel que l'homme parle, tandis que l'animal est privé du langage, conduit à la même conclusion.
L'histoire de l'esprit humain et de ses œuvres , en montrant ce qu'il a fait, nous apprend ce qu'il est ; elle témoigne de la puissance, de l'étendue, de la perfectibilité, de la fécondité de ses facultés; mais.
certes , elle n^est pas la source des notions psychologiqijkes. Les monuments historiques ne sont pas des fiqdts 4^ coiutcience (i).
La psychologie se complète sous un autre rapport , grâce à la physiologie et à Tanatomie, soit humaines, soit comparées. A elle seule, et en vertu de sa méthode, elle ne nous apprend rien sur la composition chimique, la structure et les fonctions des organes, ni sur la cause des phénomènes vitaux, comme Tanatomie et la physiologie , à elles seules , et en vertu de leur méthode d'observation extérieure, d'mduction et d'analogie, ne nous apprennent rien sur les faits internes et leur cause. Mais l'homme n'est pas seulement l'homme intérieur et moral, il est, en outre, l'homme extérieur et physique, l'un et l'autre unis et dans des rapports de dépendance et d'influence réciproques. La psyoho-
(i) M. Littré prétend <« étudier ce qu'il appelle Vinstrument nd^^c^/ dans le développement total de Thistoire et dans TappUcation à tous les piodes de savoir. » V. son livre intitulé : Augure Comte et la philosophie positive, Paris , 1864, p. 676. Ailleurs, il considère Thistoire comme un phénomène naturel. « Un phénomène naturel est celui qui dépend d'une matière et d'une force. Ici, dans l'histoire, la matière, le substratum est le genre humain. La force est représentée par les aptitudes qui sont inhérentes au^ sociétés, et dont le fondement est cette condition que les notions scientifiques sont accumulables ; tant que cela n'est pas reconnu, l'histoire ne paraît pas comme un phéno- JOèD^ natur^. » làid. , p. 43.
logie, d'une part, la physiologie et Tanatomie^ d'autre part, se rencontrent donc dans toutes les questions qui concernent l'union , la dépendance et l'influence réciproques, questions mixtes, s'il est permis de s'exprimer ainsi.
Comment les résoudre ? La psychologie permettrat-elle de discuter les relations entre états psychiques et états nerveux , entre les facultés et les organes , entre le principe de la vie intérieure et consciente et l'organisme , sans tenir compte des résultats certains de la physiologie? Et celle-ci s'occupera-t-elle de la vie intérieure et consciente, sans se soucier de l'observation et de l'analyse psychologiques? Cela se fait; mais cela doit-il se faire? N'est-ce pas le moyen de perpétuer toutes les incertitudes et toutes les contradictions ?
Et, pour parler de la question principale, de l'union de l'âme et du corps, ou, si l'on veut, des deux côtés de notre être , avant de se prononcer sur les théories monistes ou dualistes, ne faudrait-il pas se faire des notions exactes de la nature de l'âme humaine et du corps vivant, des phénomènes qui appartiennent certainement à l'un et à l'autre? Souvent on aborde la question de l'union, sans se fixer sur la nature et l'activité propre de ce qui est uni, et , dans l'impossibilité de la résoudre, on se borne à faire l'histoire des théories de Vinfluœ phy-
signe , des caicses occasionnelles et de V harmonie préétablie (i)!
Non, les questions mixtes concernant les rapports entre Tâme et le corps, outre les problèmes de métaphysique générale qu'elles contiennent, ne peuvent être résolues que par la combinaison des résultats certains de la psychologie et de la physiologie. Ces sciences, différentes par leur objet, leur point de départ et leur méthode, se prêtent un mutuel secours, se complètent Tune l'autre et conduisent ainsi à la science de Thomme tx)tal.
Ce que nous venons de dire s'applique spécialement aux relations entre états psychiques et états physiques. Ces deux espèces d'états sont connues par des voies différentes , et la théorie de leurs rapports s'appuie sur les résultats combinés de la psychologie et de la physiologie humaine.
Lb, psycho^hysique , ainsi comprise, complète la psychologie ; elle est un chapitre nouveau et intéressant de la science de l'homme total ou de l'anthropologie (2).
Enfin , la psychologie se complète et s'achève par
(0 Je suis obligé, bien malgré moi, d'adresser ce reproche même à des ouvrages estimables, celui de Hamilton, par exemple.
(«) Fechner, au contraire, définit les mouvements psychophysiques « des activités physiques support ou substratum
la métaphysique , dont, à certains égards, elle fait partie. Toutes les sciences, sans exception, à mesure qu'elles se perfectionnent, soulèvent des questions métaphysiques , et les sciences naturelles ellesmêmes , depuis longtemps émancipées du joug d'une fausse métaphysique, se trouvent aujourd'hui, grâce à leurs progrès, en présence des questions de l'essence de la matière et de la force, de l'unité des forces naturelles, etc. Leur retour à la métaphysique est un des signes de notre temps, bien que leur alliance avec cette science soit loin d'être faite. A plus forte raison, la science de l'âme, de ce tout en puissance, capable, par ses facultés, d'être en rapport avec tout et d'exprimer l'univers, a-t-elle un côté métaphysique. Croyez-vous donc, dironsnous avec Platon , qu'il y ait une véritable science de l'âme sans celle du tout ( i )? Et nous ajouterons.
d*activités psychiques et, par conséquent, en relations fonctionnelles directes avec elles. {Elem. der psycho-physik^ th. I, s. 10.) Il prétend, en outre, que la connaissance exacte de ces relations au moyen des sciences physiques et mathématiques est la base de toute psychologie. Malheureusement pour nous,rauteur ne nous explique pas la notion des mouvements psycho-physiques. Il ne suffit pas d'unir des mots, ce n*est pas unir les choses qu'ils expriment ; un trait d'union entre deux termes ne saurait être le pont que demande Dubois-Raymond pour passer des phéno • mènes physiques aux phénomènes psychiques.
(4) Vux^ ^^ <pÛ9iv d^Ui>ç Xdyou xotavo^aai o&i duvotôv civai 5vew
tîic xoO 8X0U fuoccdc; (Phèdre, p. 270-271.)
avec Aristote, que la science de Tâme éclaire toutes les autres et particulièrement celle de la nature.
En nous exprimant ainsi, nous entendons parler de la vraie métaphysique fondée sur les principes absolus de la raison, appliqués à nos connaissances réelles en général et recherchant ce que Tâme, le monde et Dieu doivent être , leur idée. Quant à la prétendue métaphysique abstraite, quel que soit le nom qu'on lui donne : science des catégories, science de la logique, ontologie, qui, se renfermant dans le sanctuaire de la raison pure, dédaignant les voies longues et difficiles de Texpérience et de Thistoire, prétend construire a priori le système de nos connaissances et renfermer en quelques formules vides la science universelle , nous la tenons en médiocre estime et nous pensons qu'elle mérite le discrédit où elle est tombée de nos jours.
Nous nous sommes demandé comment nous pouvons parvenir à la science des faits internes et de leur cause , et Texamen de cette question nous a conduit aux résultats suivants :
L'aperception interne , immédiate, est la source unique des notions psychologiques.
Ou la science de Tâme, fondée sur elle, nous procure des connaissances certaines, ou il n'existe aucune connaissance certaine.
La méthode fondamentale de cette science, c'est
Tanalyse psychologique, bien différente des inductions fondées sur Tobservation extérieure et des déductions de la raison pure.
Elle seule est fondamentale, parce qu'elle seule puise à la source même des notions psychologiques.
A ce titre, elle est seul témoin et seul juge. Mais par elle-même, elle ne nous apprend rien sur la physiologie du système nerveux , comme Tobservation externe par elle-même ne nous apprend rien sur les faits internes et leur cause.
La psychologie et la physiologie se prêtent donc un mutuel secours et se complètent Tune Tautre dans toutes les questions mixtes concernant les rapports, la dépendance et Tinfluence réciproque du physique et du moral.
L'idéal à poursuivre , c'est la science complète de la nature humaine, morale et physique, et, pour y parvenir autant que possible, il faut le concours delà psychologie et de la physiologie et leur accord , nonseulement dans le domaine de l'observation interne et externe, mais, en outre et surtout, dans celui de la métaphysique.
Tâche immense et rempUe de difficultés, quand on considère que la science de l'organisme humain a des rapports étroits avec toutes les sciences physiques et chimiques, tandis que celle de l'esprit confine , en outre , à toutes les sciences morales , et
que ralliance entre les sciences naturelles et la métaphysique, bien que dans les vœux des meilleurs esprits, est loin d'être faite à notre époque. On s'étonne parfois que Thomme , qui connaît tant de choses différentes de lui, se connaît si peu luimême. Pour ma part, je ne m'en étonne pas, bien persuadé que la science du monde en petit, du microcosme, comprend implicitement celle du montie^ en grand, du macrocosme. Aussi n'ai-je pas du tout l'intention de parcourir en entier la voie que je viens de tracer et de donner des solutions prématurées à toutes les questions qu'on y rencontre. Je m'occupe^ uniquement de l'homme intérieur et moral, et c'est la science de Vâme humaine^ fondée sur la méthode analytique, qui fait l'objet propre de mes recherches.
D'autres motifs encore m'engagent à prendre ce parti.
D'abord la distinction même de la psychologie et de la physiologie, qui ont leur objet, leur point de départ et leur méthode propres , et la nécessité de se former des notions exactes des faits internes, considérés en eux-mêmes et dans leurs caractères propres et distinctifs, pour déterminer leurs relations véritables avec le système nerveux.
Outre ces raisons théoriques, il en est d'autres, tirées de l'état actuel de la science , qui , dans 1^
dernières années surtout, a suivi une direction plutôt physiologique que psychologique, quelquefois même exclusivement physiologique. C'est là un danger qu'il importe d'écarter en rappelant l'attention sur la science de Tâme , telle qu'elle nous apparaît à la lumière de sa méthode propre, l'analyse psychologique. Et puis, tout en étant convaincu de l'importance des recherches physiologiques pour la science de l'âme elle-même , je n'ignore pas que la physiologie du système nerveux, étudiée dans ses relations avec les phénomènes psychiques, et spécialement avec ceux de la vie intellectuelle et morale, est aujourd'hui encore à letat d'enfance. Bien souvent, dans le cours de mes études, je me suis adressé à elle, plein de confiance dans ses lumières et de déférence pour ses enseignements ; elle m'a répondu presque toujours : « Je n'en sais rien ou peu de chose. >