DE L'INDIVIDUALITÉ PSYCHIQUE
Observation des faits. — L'âme n'est pas un ensemble de phénomènes. — Unité du sujet connaissant. — Ses caractères.— L'unité ne peut être un résultat de l'entendement.
— Identité. — Elle ne peut être un produit de la mémoire.
— Substantialitè. — L'âme existe â titre d'individualité substantielle. — Le matérialisme et le panthéiLme , conséquents avec eux-mêmes, ne peuvent admettre que l'individualité phénoménale.
Réfléchissant à moi-même , je m'aperçois de faits divers et successifs : chaque état de connaissance ,
par exemple, comprend pltcsieurs idées que je compare, dont je constate les rapports. — En jugeant ou en suspendant mon jugement, /ai voulu le faire. Des conceptions claires, distinctes, me procurent un sentiment de satisfaction, et des notions obscures et confuses , un sentiment contraire ; autant de faits de V intelligence, de la volonté et de la sensibilité, qui, à chaque instant, se passent intérieurement.
Mais je ne m'aperçois pas seulement de faits internes, divers et successifs; je m'aperçois, en outre, que je suis le sujet un et permanent en qui ces faits existent, qui les unit, qui connaît, sent et veut. — Faisant abstraction, pour le moment, de la question de savoir quels sont les faits internes quid sunt, et considérant seulement quomodo sunt, je leur attribue à tous, sans distinction, un même mode d'existence : ils forment un tout indivisible , existant en l'unité permanente , et nullement un tout divisible , sans principe d'unité et de permanence; et de là la notion de Vindividualité psychique et des éléments divers qu'elle comprend.
L'âme, ensemble de phénomènes seulement, est chose inconcevable ou impossible. Le prétendre, c'est adapter les faits à quelque hypothèse préconçue.
€ Je rencontre toujours quelque perception , dit Hume, et, quand mes perceptions m'abandonnent, on peut dire avec vérité que je n'existe plus (i). >
Suivant J. Stuart Mill, « l'âme est une succession d'états de conscience (2). >
D'après D^ Herbert Spencer , « la psychologie s'occupe de la connexion entre deux connexions de phénomènes , les uns internes , les autres externes , de coexistences et de séquences internes adaptées aux coexistences et séquences externes (3). >
€ Le Moi , comme dit Taine , c'est la série d'événements et d'états successifs , sensations , images ,
(0 Treatise of human nature ^ p. IV, sect. 6.
(«) An eœamînation of sir William Hamiltons phUosophy y ch. XII : « A thread of consciousness », un fil d*états de conscience sans un être conscient ! !
(a) The prineiples of psychology , 1. 1 , p. 132 ss. « In a physiological proposition an inner relation is tbe essential subject of thought ; but in a psychological proposition an outer relation is joined witb it as a co-essential subject of thougbt. A relation in tbe environnement rises into co-ordinate importance witb a relation in the organism. Tbe tbing contempleted is now a totally différent tbing. It is not tbe connexion between internai pbenomena nor is it tbe connexion between tbe external pbeno-
mena, but it is tbe connexion between two connections
He (tbe reader) cannot frame any psycbological conception witbout tbus looking at internai coexistences and séquences in tbeir adjustements to external coexistences and séquences. »
L'auteur entend par pbénomônes internes ceux qui se passent dans FiNTÉRiEUR du corps; par pbénomônes externes, ceux qui se passent bors du corps.
— guidées, perceptions, souvenirs, prévisions, émotions, désirs , volitions , liés entre eux , provoqués par certains changements de mon corps et des autres corps. Le Moi, c'est la cohésion dans le temps d'une série d'états de conscience conservés par la mémoire ( i ). >
Illusion étrange de concevoir Tâme conmae une variété et une succession de phénomènes ! En effet , pour juger que ces phénomènes existent et m'appartiennent, je dois être spectateur et sujet connaissant différent des phénomènes qui passent; si l'âme n'était qu'un ensemble de phénomènes successifs, semblables aux phénomènes qui se passent dans la nature, un spectateur étranger pourrait juger, il est vrai, que ces phénomènes existent et appartiennent à quelque être ; mais l'âme elle-même ne pourrait juger qu'ils existent et lui appartiennent, n'étant , par hypothèse , qu'un ensemble de phénomènes qui passent (2).
Le sujet qui connaît est un et non plusieurs; tous les faits internes sont rapportés à un sujet
(0 Beaunis, Nouv. élém, de physiologie humaine. Paris, Bailliôre, 1876, p. 1023.
(«) V. plus haut, p. 49.
unique ( i ) ; qu'il y ait une pluralité d'objets extérieurs ou d'organes et d'éléments anatomiques , ce qui les connaît est un, et tout entier il connaît, sans être composé de parties connaissantes (2).
Le sujet connaissant comprend la variété et ne l'exclut pas, pas plus que le sujet d'un jugement en général n'exclut la variété des prédicats; loin d'exclure la diversité des modifications, le sujet connaissant est susceptible d'une infinité de modifications, étant capable de représenter l'univers (3); prétendre que l'unité, à la fois simple et variée, ne se conçoit pas, est un sophisme renouvelé des Eléates
(1) V. BUFFIBR, Œuvres phil., Paris, Charp., 1843, p. 101 et 150.
(î) a Quand je me coDsidôre moi-même en tant que je suis seulement une chose qui pense , je ne puis distinguer en moi aucunes parties, mais je connais et conçois fort clairement que je suis une chose absolument une et entière. Et quoique tout l*esprit semble être uni à tout le corps , toutefois , lorsque un pied ou un bras ou quelque autre partie vient k en être séparée, je connais fort bien que rien pour cela n*a été retranché de mon esprit, et les facultés de vouloir , de sentir, de concevoir, etc. , ne peuvent pas non plus être dites proprement SOS parties. Car c*est le même esprit qui remploie tout entier à vouloir et tout entier à sentir et à concevoir. » (Descartes, Méditation V/, Paris, Charpentier, p. 120.)
(s) tt [Les âmes] sont des mondes en raccourci à leur mode; des simplicités fécondes, des unités de substance, mais virtuellement infinies par la multitude de leurs modifications ; des centres qui expriment une circonférence infinie. » (Lbibnitz , op. phiL, éd. Erdmann, p. 187.)
et réfuté par Platon. C'est prétendre que tout jugement renferme une contradiction.
Le sujet connaissant qui pense et conçoit est une véalité simple, et nullement un produit de la pensée, une conception faite par elle; produit de la pensée, conception faite par elle , il faudrait un autre sujet réel pour produire et concevoir. Toutes les pensées, toutes les conceptions flottent dans le vide , si on admet, avec Locke, que Tâme est une substance conçue , en mettant ensemble les phénomènes internes, ou si Ton prétend, avecKant, qu'elle est le sujet inconnu des pensées, représenté sous la catégorie de la substance ( i ).
Ces opinions me semblent provenir d'une confusion d'idées : témoin des phénomènes qui se passent au-dehors et apparaissent aux sens, j'en forme des synthèses ou conceptions , en considérant à part et en réunissant des quaUtés, autant d'unités différentes, termes de ma pensée. Les pierres, les colonnes , les voûtes d'un édifice , les éléments anatomiques , les tissus , les organes d'un corps vivant, sont conçus tour à tour comme des unités. Témoin de ce qui se passe intérieurement , j'attribue ,
(0 V. Kritik der reinen Vemunft ^ trans, Diaî. Band II, s. 308etss. : « Durch dièses Ich oder Er oder Es (das Ding) welches denkt wird nun nichts weiter,als ein transcendentales Subjekl der Gedanken vorgestellt = a?. «
au contraire , tous les faits psychiques à une réalité simple , et nullement à une ou plusieurs unités conçues (i).
La réalité simple exclut toute division, toute décomposition, soit effective, soit concevable. Les corps que j'observe par les sens sont divisibles, décomposables , et la science cherche la réalité simple d'où proviennent les composés. « Les corps , dit Leibnitz , n'ont point de véritable unité. Ce n'est qu'un agrégé que l'école appelle per accidens, un assemblage comme un troupeau. >
Non-seulement la conscience témoigne que j'existe à titre de réalité simple, indécomposable , mais je ne saurais concevoir le contraire. Supposez une collection d'éléments psychiques qui entrent dans des rapports, semblables à des atomes faisant partie d'un même système , Tunité de conscience , l'unité du sujet connaissant, sentant, voulant, l'unité présente dans toutes les facultés, dans tous leurs actes, dans tous leurs produits, dans toutes les connaissances et dans tout système de connaissances , est
(0 - On appelle un dans la matière ce qu'il nous plaît d*y regarder comme le terme d'une de nos idées ; mais s'il nous plail de regarder le même objet comme faisant divers termes de nos idées, ce qui est un SQVdi. plusieurs, La même portion de matière peut, sous divers regards, être jugée et nommée une aussi légitimement que cent, n (Bupfibr, ibid., p. 103.)
impossible. Au lieu d'être d'accord avec Texpérience, votre hypothèse est en contradiction avec toute expérience. Vous avez la pluralité sans unité, et non pas un multiplex in unitate: plusieurs consciences, plusieurs facultés séparées, plusieurs parties qui font attention, qui comparent, qui jugent, chacune de leur côté, plusieurs connaissances Tune en dehors de Tautre, qui s'excluent et se limitent réciproquement, et non pas un système unique de connaissances (i). Tout ce qui se produit intérieurement, sans aucune exception concevable, existe donc en l'unité et porte Tempreinte de l'unité, et la première des unités connues , c'est l'âme elle-même. Suivant la pensée profonde d'Anaxagore , cité par Aristote : < il faut que l'esprit soit un, afin qu'il gouverne, c'est-à-dire qu'il connaisse. > La monarchie est de son essence (2).
Je m'aperçois que les faits internes et les états de l'âme changent, se succèdent, ne sont pas les mêmes, tandis que le sujet qui passe par ces états
(i) Les objets extérieurs s'excluent dans l'espace , mais nullement dans notre intelligence.
(î) 'Avà^x»! fipa, èicel icdwxa voeT, à[H'pi cTvai , tva xparj toOto fi'èatlv
fva yvwpÇTi. (Arist., De anima, III, 4.) — V. aussi , sur rorigiue de la notion ^unité^ Fénélon, De Vexistence de Dieu^ 1" partie, no 6^
est le même, invariable dans les changements, permanent dans leur succession, c'est-à-dire identique.
Tous ces changements d'états , loin d'être contraires à ridentité, la supposent, puisqu'il faut un même sujet, passant par des états différents, pour qu'il juge que ces états changent et lui appartiennent. Plusieurs sujets successifs ab c se trouveraient, chacun, à l'état a^b^c^, mais aucun d'eux ne jugerait qu'il change d'état.
L'identité est d'ailleurs la conséquence de l'unité même. Ce qui existe à titre d'unité simple, indivisible , indécomposable , est présent tout entier dans les changements d'états qui se passent en lui ; toute réalité simple est donc identique, et, par la raison contraire, tout agrégat ne saurait l'être (i).
Et enfin, vous devez admettre l'identité pour
(i)«Les corps organisés aussi bien que d'autres ne demeurent les mêmes qu'en apparence et non pas en parlant à la rigueur. Cest à peu près comme un fleuve qui change toujours d*eau ou comme le navire de Thésée, que les Athéniens réparaient toigours. Mais quant aux substances qui ont en elles-mêmes une véritable et réelle unité substantielle^ c'est-à-dire qu'un certain esprit indivisible anime, on a raison de dire qu'elles demeurent parfaitement le même individu par cette âme ou cet esprit qui fait le Moi dans celles qui pensent. » (Leibnitz, Nouv, essais, l. II, chap. 27.) — L'identité de l'homme, suivant Locke , ne consiste que dans une simple succession de parties tmies vitalement au corps organisé. « C'est donc , remarque le P. Buffler, loc. cit., p. 229, que l'homme est le même par l'endroit qu'il n'est plus le même. »
rendre raison de la connaissance ; supposez que tout change dans le monde extérieur et dans vos organes, concevez avec Heraclite que tout passe et que rien ne demeure, encore faut-il que le sujet qui connaît toutes ces choses passagères, qui retient les connaissances qu'il a eues , qui les compare avec les connaissances présentes , qui juge que tout a changé, ne change pas lui-même; pour juger que la scène change, que les acteurs se succèdent, il faut un même spectateur qui demeure; c'est donc une nouvelle illusion d'expliquer l'identité par la mémoire; de prétendre , avec Locke ( i ) , « qu'elle résulte de la conscience des pensées et des actions déjà passées, ou, avec Hume (2)^ qu'elle est « la succession des faits internes rappelés et jugés semblables, > ou, avec M. Beaunis ( 3 ) , que « le moi, c'est la cohésion dans le temps d'une série d'états de conscience conservés par la mémoire. >
L'identité n'est pas plus le résultat de la mémoire que l'unité n'est le résultat de l'entendement. Les souvenirs impliquent l'identité de l'être qui se souvient et ne la produisent pas , comme les conceptions impUquent l'unité de l'être qui conçoit et ne l'engendrent pas.
(0 Locke, Essais^ 1. II, cliap. 27.
(«) Treatise^ loc. cit.
(5) V. Supra, p. 92.
Le sujet réellement un et identique ne peut être un ensemble de phénomènes ; mais il unit les phénomènes psychiques divers et successifs et se les attribue. Il existe donc à titre de substance ^ et ne peut être une réunion de phénomènes particuliers et passagers d'une substance en général.
La notion de Tâme substance ne fait que compléter celle de sa réalité simple et permanente , en exprimant le rapport entre celle-ci et les phénomènes qu'elle unit j dont elle est le support et le lien. C'est parce que Tâme existe à titre de réalité simple et permanente, unissant les phénomènes psychiques, qu'elle possède l'existence en soi ou substantielle , tandis que ces phénomènes n'existent pas en euxmêmes, mais en l'âme, dont ils sont les modifications accidentelles ( i ).
Par la raison contraire, tout ce qui n'est pas réalité simple et permanente ne possède pas l'exis-
(i) a II faut bien distinguer, dit Leibnitz, entre modifications et attributs. Les facultés d'avoir de la perception et d*agir, rétendue, la solidité, sont des attributs ou prédicats perpétuels et principaux; mais la pensée, l'impétuosité , les ligures, les mouvements, sont des modifications do ces attributs. » (Nouveaux essais, avant-propos, p. gOl.)
tence substantielle. Les agrégats et les phénomènes ne sont pas des substances qui demeurent, mais des modifications accidentelles qui passent. Oriuntur et occidiint phœnomena et aggregata.
Loin donc que la notion de Xkmi^'Suhstance soulève des difficultés , elle s'impose avec une évidence irrésistible. Le sujet qui s'aperçoit immédiatement de lui-même et juge qu'il connaît, sent et veut, ne peut être un ensemble de phénomènes qui passent , ni une réunion de phénomènes conçus sous la catégorie de la substance; mais il est la réalité simple et permanente qui unit les phénomènes psychiques, en est le support et le lien. La première substance réellement connue, c'est donc l'âme elle-même.
Résumant les résultats de notre analyse, nous définissons l'individualité psychique un tout indivis sible existant en lui-même.
Un tout , d'abord , qui comprend la variété des faits, des actes, des facultés, et ne l'exclut pas.
Un tout indivisible, sans aucune division réelle ni concevable , et non pas un agrégat.
Un tout indivisible existant en lui-même à titre de réalité simple, permanente, substantielle , et nou
pas un tout indivisible quelconque , « sans véritable et réelle unité substantielle. > (Leibnitz, cité p. 97. )
Et, par conséquent aussi, une individualité toujours différente de toute autre , non pas par des qicalités accidentelles, mais par la substance même qui ranime, non pas phénoménale, mais substantielle.
L'individualité ainsi définie est le mode d'existence essentiel de Tâme , qui la constitue ce qu'elle est , sans lequel elle ne serait pas ce qu'elle est , et qui , par conséquent, appartient à tout être humain, tandis que les qualités appelées individuelles en logique sont des qualités propres , qui n'appartiennent pas à tous les individus et qui s'opposent à celles de l'espèce ; deux notions tout à fait différentes , au point que l'individualité, au sens logique, est reconnue sans diflSculté par tous les systèmes , tandis que l'individualité psychique substantielle , et non pas phénoménale, est loin de l'être.
La psychologie fondée sur l'observation intérieure admet et doit admettre V individualité substantielle de l'âme humaine^ tandis que les systèmes panthéistes ou matérialistes la rejettent et doivent la rejeter en vertu de leurs principes.
En effet, Thypothèse panthéiste de la substance unique, universelle, répandue en tout, animant tout, pensant, voulant en tout, est en contradiction manifeste avec l'individualité substantielle. L'âme , à ce point de vue , ne peut être qu'une réunion et une
succession de phénomènes psychiques de la substance , de rame ou de Tesprit universels ; elle n'a donc qu'une individualité phénoménale. Le panthéisme est la négation de Tindividualité substantielle, par conséquent de la personnalité de Tindividu dans la philosophie théorique , comme dans la philosophie morale et le droit naturel ( i ).
Le matérialisme conduit au même résultat.
Admettez que la matière , que ses éléments dans certaines conditions de combinaison et de forme , manifestent les phénomènes de la vie, de la sensibilité et de la conscience ; vous devez en conclure que l'âme humaine est une réunion et une succession de phénomènes qui, eux-mêmes, sont des modifications ou des produits de la matière organisée et spécialement du cerveau. Elle n'est donc pas une individtcalité stcbstantielle.
Sera-ce l'organisme lui-même qui constituera l'individualité véritable? Nullement. Suivant votre hypothèse , il est un ensemble de parties essentiellement unies pour la production des phénomènes de la vie, de la sensibilité et de la conscience , et , en ce sens ,
(0 Cette erreur, commune à Spinoza, àSchelling, à Hegel se retrouve chez M. de Hartmann : « Endlich stellt sich heraus dass aile Unbewussten Functionen von einem identischen Subjecte hemihren, welches in den vielen Individuen nur eine phénoménale Offenbarung hat, so das8 alsdann, das Unbewusste dièses Eine absolute Subject bedeutet. » {Philosophie des Unbeumssteriy p. 4.)
une individualité (i), etnon pas un agrégat divisible; mais vous ne pouvez le concevoir comme une individualité substantielle, parce qu'il ne possède pas un principe d^unité et de permanence différent des éléments matériels qui le composent et se renouvellent sans cesse (2).
Modifiez Thypothèse et concevez Tunité des forces naturelles , leur évolution et leur transformation successive dans les différents règnes et dans les diverses espèces d'individus vivants , depuis les plus infimes jusqu'à l'homme; — admettez, si vous voulez , outre les forces physiques et chimiques , d'autres forces primitives produisant les phénomènes de la vie, de la sensibilité et de l'intelligence, vous ne sauriez concevoir l'individualité de l'âme humaine; toute vie individuelle, suivant vous, n'est qu'une
(1) Individuum, c'est-à-dire, quod dividi nonpotest. Un organisme comprend des parties diverses, hétérogènes, unies entre elles aussi longtemps qu'il vit, donc indivisibles en tant que vivantes. I^s divers organismes sont d'autant plus parfaits que leur individualité est plus prononcée , c'est-à-dire qu'il y a une plus grande variété d'organes et de fonctions et une union plus intime entre eux. La tendance de la nature est de produire une série d'individualités de plus en plus parfaites , et l'homme physique nous présente l'organisme le plus parfait, le plus varié et le plus un.
(1) Un corps moral, la famille, par exemple, dont les membres sont essentiellement unis pour une fin commune, forme lui aussi une individualité en ce sens, mais non pas une individualité substantielle.
manifestation particulière et passagère de la vie générale de la nature. Vous pouvez admettre Tindividualité phénoménale, mais vous ne sauriez admettre rindividualité substantielle de Tâme humaine. Pour nous , fidèles à la méthode d'observation qui
exclut toute hypothèse préconçue , en contradiction avec les faits certains, nous montrons que Tâme humaine existe et doit exister à titre d'individualité substantielle , et , au début même de la psychologie, nous nous séparons de tout système matérialiste ou panthéiste en contradiction avec cette vérité fondamentale ( 1 ).
(i) «Die eine ( psychologische Théorie), dem Principe der Beobachtung getreu und keinerlei metaphysische oder kosmologische Hypothesen sich verstattend, bleibt bel der unmittelbaren Auffassung stehen : dass die Seele etn individuelles^ fRr sich bestehendes reaies Wesen , eine Einzelsubstanz sei, deren gleichbleibenles Beharren innerhalb ihrer Verànderungen gerade ihren unterscbeidenden Charakter ausmacht. Jede empiriscbe Seelenlebre ist nothwendig individualistisch
«Die andere Richting in der Psychologie, mit oflenbarer Neigung, ihren Untersuchungen sonstige Metaphysische Yoraussetzungen oder Kosmologische Principien unterzulegen , fasst gleich von vornherein die Seelenerscheinungen als die bleibende oder die vorùbergehende Wirkung einer allgemeinen Substanz : werde dièse nun senualistisch als Materie oder auch als Résultat einer Stoffmischung , oder naturphilosophisch als das eine, im Menschen zu sich selbst kommende Naturleben, oder endlich idealistich als das Bewustwerden des allgemeinen Geistes (Weltgeistes) gefasst....»(J. H. Yicwte ^ Anthropologie , Leipzig, 1856, p. 19.)