‹ De la connaissance de soi-même; essais de psychologie analytiqueChapitre 5 sur 27 · DE L'ACTIVITÉ PSYCHIQUE · texte numérisé non relu

DE L'ACTIVITÉ PSYCHIQUE

Observation des faits. — Notions de la spontanéité et de la réceptivité. — La spontanéité conçue comme énergie primitive. — La réceptivité et la spontanéité fondées sur l'observation et sur la raison. — L'âme existe à titre d'énergie ou de force substantielle. — La proposition : toute force est inhérente à la matière, est une pétition de principe et une erreur. — La première force connue , c'est l'âme elle-même.

Je ne suis pas seulement substance individuelle en qui les faits internes existent, mais je suis cause de changements intérieurs comme de mouvements extérieurs. Loin d'être spectateur passif de phé-

nomènes produits par des causes étrangères , je m'aperçois d'être à la fois spectateur et acteur. En connaissant, je fais attention, je compare, je juge, je suis actif; en sentant la joie ou la tristesse, je suis contrarié ou satisfait , donc actif; en désirant, en voulant, en exécutant un mouvement voulu, je suis surtout actif et non pas passif; € In nobis et a nobis elici multas cogitationes et voluntates , ac spontaneum pênes nos esse , quis in dubium vocabit? > demande Leibnitz. Et l'antiquité grecque lui répond d'avance : l'âme est un «ùxoxCvntov »

Des changements intérieurs , comme des mouvements extérieurs, commencent d'exister; tout ce qui commence d'exister a une cause qui le commence ou le produit. Un changement n'est pas cause , mais provient d'une cause ; une succession de changements, de pensées, par exemple, n'est pas davantage une cause , mais est dû à une cause ; ce sont les substances qui sont les vraies causes (i).

(0 La cause qui commence ou produit quelque changement ne doit pas être confondue avec d'autres causes improprement dites, par exemple : la cause matérielle, la cause conditionnelle, la cause anale, la cause occasionnelle. On sait que, suivant

Concevons un principe actif différent de ma substance , comme cause productive des changements intérieurs; dans cette hypothèse, Tactivité psychique m*est communiquée et ne m'appartient pas primitivement ; elle survient et passe avec l'action reçue et n'est pas essentielle; je ne suis donc qu'une substance passive par nature, originairement et essentiellement passive , qui ne produit rien d'ellemême, privée de toute spontanéité.

Admettons l'hypothèse contraire, l'activité psychique est propre et nullement communiquée, acquise; elle est essentielle et non pas accidentelle; elle peut présenter des degrés, des modes différents, mais ne cesse pas d'exister. S'il en est ainsi , je suis une substance active par nature, primitivement et toujours active , qui produit d'ellemême les faits et l'espèce de faits qui lui sont propres , douée de spontanéité.

La notion de la spontanéité ou de l'activité propre, primitive et essentielle, exclut celle de la passivité,

récole cartésienne, les substances créées ne sont pas causes véritables. C'est Dieu , dit Malebranche , « qui agit en présence des choses et suivant leur aptitude, » en sorte qu'elles sont causes occasionnelles.

mais non pas oeHe de la réceptivité. Ëa effet , un principe actif par nature et cause de chaDgcments peut dépendre de qudque action reçue, pour les produire, se trouver en relation avec d'autres agifflts , qui lui procurent les conditions de production. Ainsi rintelligence, en vertu de son activité propre , connaît un monde extérieur, et ce n'est pas celui-K» qui produit cette connaissance ; toutefois , pour le connaître , il faut des objets qui agissent sur les sens et lui procurent les conditions de production. € Autre chose, suivant la remarque de Katon dans le Phédon , est la cause , autre chose est ce sans quoi elle ne serait pas cause. > De là la notion de la réceptivité, attribut d'un principe actif par nature , mais se trouvant en relation d'action avec d'autres agents , dont il dépend et qui le modifient. Loin d'exclure la spontanéité, la réceptivité la suppose.

La spontanéité ainsi conçue n'est donc pas une faculté inactive , elle n'est pas non plus l'action produite , mais elle se conçoit comme énergie primitive, qui tend à l'action et la produit d'elle-même lorsque les conditions sont données. Et non-seule-

ment elle tend à Faction, mais à Vespèce d'action qui lui appartient , et est cofistituée de façon à la produire; Tintelligence , par exemple, ne possède pas une énergie quelconque , mais une espèce d'énergie capable de connaître , d'étendre et de perfectionner toujours ses connaissances. Lui attribuer une faculté inactive et vide , comme le fait le sea-? sualisme , c'est lui refuser la spontanéité , la < vis insita ex qua séries phaenomenorum consequitur. > < Vis activa actum quendam sive èvteXéx"*^ contiaet, atque in ter facultatem agendi actionemque ipsam média est, et conatum in vol vit; atque ita per se

ipsam in operationem fertur; quod exemplis

gravis suspensi funem sustinentem intendeatis , aut arcus tensi illustrari potest (i). >

La réceptivité est évidente en fait. Je me connais en relation avec d'autres agents dont je dépends, qui me modifient , et je ne suis pas l'être indépendant à tous égards. — D'abord le monde extérieur agit sur mes sens , me modifie et détermine des change-

(0 Lbibnitz. De primœ philosopha» emenckUione. Opéra philos., éd. Erâmttnii, p. i^ et lltt

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ments intérieurs. Les sens sont une espèce de réceptivité. — Puis d'autres êtres humains, dont les facultés intellectuelles et morales s'exercent actuellement, agissent sur Tindividu et lui procurent d'autres conditions de développement intellectuel et moral. C'est une espèce de réceptivité (i). — Il y a plus : celui qui s'interroge sérieusement lui-même trouve au fond de son âme l'idée , le sentiment et le désir de l'infini et des choses éternelles ; par son corps, il est renfermé dans des limites étroites d'espace et de temps; par son esprit, il les dépasse; toujours perfectible dans ses relations objectives , il se trouve en rapport avec une nature parfaite; la vérité, la bonté, la beauté absolue, l'idéal de perfection à atteindre , la loi morale qui l'exprime, sont choses éternelles qui le sollicitent , provoquent son intelligence, ses sentiments et ses désirs, et lui procurent les émotions les plus pures, les plus intimes et les plus profondes. Le sens religieux, le sens moral , le sens du beau et du sublime sont des réalités psychologiques que la théorie ne peut

(0 « Demzugefolge bedarf auchderMenschengeistals bedingte Wesenheit fur seine Entwickelung einer Sollicitation, bezûglich deren er wegen der relativitàt des einzelnen Menschen zum Ganzen des Menschengeschiechtes an andere zu Vernunft und Freiheit entwickeite Menschen angewiesen ist. » (Loewb, dans Zeitschrift filr Philosophie de J, H. v. Fichte , v. 67, p. 36.)

supprimer, mais qu'elle doit expliquer. C'est une espèce de réceptivité (i).

Non-seulement la réceptivité existe, mais elle doit exister par la raison que je suis un être fini. L'activité des êtres finis ne peut être conçue comme absolument indépendante , parce que l'indépendance absolue exclut toute limite : un pouvoir absolument indépendant, par exemple, par là même est un pouvoir illimité. En concevant l'activité des êtres finis , je conçois, non pas un seul être actif, mais plusieurs êtres actifs , non pas tous indépendants à tous égards , mais tous dans des rapports de dépendance et, par conséquent, renfermés dans des limites. L'être absolu et infini seul n'est pas réceptif et il se suflSt à lui-même , tandis que tous les êtres dépen-

(i) « La psychologie, qui ne connaît que Tesprit renfermé dans le monde sensible, 8*appliquant aux choses sensibles, ne peut aborder et expliquer un autre domaine : celui de Tinspiration involontaire; pressentiments de Tâme, instincts de Tintelligence, voix de la conscience, quel que soit le nom qu'on donne à ce fait primitif, il se retrouve chez tous; et puis le pouvoir créateur de Timagination dans les arts , du génie dans la science , de la verlu sMnspirant au sentiment moral et religieux, tous ces faits proviennent d*une même source, notre nature supra-sensible, laquelle, le plus souvent, ne projette qu*une image affaiblie et passagère , au milieu d'une vie préoccupée des choses sensibles, » (J. H. v. Fichte, loc. cit. , p. il et }Z,) P\sl\OXï avait dit ; (xavr^x^v yi x\ xgil i^ ^ujci (PHÉPHF, p. ?4^.)

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dants et finis sont réceptifs et ne se suffisent pas à eux-mêmes (i).

La spontanéité n'est pas moins évidente. Je m'aperçois d'être cause , je possède donc l'énergie primitive, sans laquelle je ne puis être cause; passif par nature , tous les faits psychiques sans distinction, depuis le premier jusqu'au dernier, seraient également passifs, car < d'oîi me viendrait, demande Maine de Biran , un principe d'activité propre , qui ne ferait pas partie de ma nature ou constitution primitive? >

J'existe à titre de sujet connaissant, sentant, voulant, et je juge que ces faits m'appartiennent ; mais, si tout ce qui se passe intérieurement est produit par des agents étrangers, il n'y a, en réalité, qu'un ensemble de phénomènes objectifs semblables à tous autres phénomènes produits par les objets extérieurs, la lumière, le^son, par exemple; donc

(I) « AH things in the universe of nature are reciprocally in a State of continuai action and counteraction ; they are always active and passive at once. God aionelmust he thought of as a bemg active witbout any mixture of passivity, as Hisactivity is subjected to no limitation. « (Hamilton, Lectures, v. I, p 310 )

une existence objective seulement ; et il ne peut y avoir de phénomènes subjectifs , ni de sujet connaissant. Et comme toute connaissance d'objets implique le sujet connaissant, il n'existe pas plus d'objets connus que le sujet connaissant. Vous refosea à l'âme l'énergie primitive, et il ne vous reste que le néant. < Si tout en nous , dit Cîousin , n'est qu'impression reçue et sensation transformée , ce sont les objets qui sentent , comparent , se souviennent; nous ne possédons donc ni existence propre ni vie propre. >

Puis-je exister dans la même hypothèse, à titre d'individu véritable ? Nullement. Supposons des chajagemients passifs. Des agents divers et successifs sont cause de phénomènes divers et successifs ; il n'y a donc que pluralité et succession de phénomènes psychiques que rien n'unit. Un être passif par nature doit l'être à l'égard de tous les changements produits par les objets et ne peut leur contmuniquer un mode d'existence qu'ils ne possèdent pas. Vous n'avez donc qu'un tout collectif et successif, mais nullement un tout existant en l'unité simple et permanente. Si donc l'individualité est certaine , l'énergie innée l'est également ( i ).

(0 Condiliac admet une âme passive différente du corps, en lui reflisant la spontanéité. Dans ce système, ou ne comprend

Nous allons plus loin, et nous ajoutons que toute substance est essentiellement active, que le virttis agendi lui appartient nécessairement.

Réalité simple et permanente qui unit les accidents divers et variables, elle est active (i). Des accidents , survenant dans des êtres passifs , formeraient des entités à part et ne seraient pas unis ; unir les accidents , c'est agir.

Puis des substances passives, privées de toute énergie , recevant tout du dehors , indifférentes aux modifications reçues , pourraient par là même présenter toute espèce de phénomènes sans distinction, véritables protées incognoscibles et indéfinissables. Et ne dites pas , avec le système des cattses occa-sionnellesy que < les âmes ont Taptitude de recevoir des pensées; les corps, celle de recevoir des mouve-

pas même Texistence des sensations. En effet, entant qu'impressions organiques , elles existent dans une pluralité de globules nerveux qui se renouvellent; leur mode d'existence est celui d'un tout collectif et successif ; mais en tant que changements intérieurs , les sensations existent en l'être individuel qui sent; leur mode d'existence est essentiellement différent. Or, l'âme passive ne saurait leur donner ce modo d'existence et, par conséquent, les sensations elles-mêmes impliquent Tactivité propre et l'énergie sentante.

(0 L'expression allemande Wirklichkeit ^ réalité, provient de Wirken, Chose remarquable, la réalité et Vactivité sont exprimées par le même ternie dans cet idiome.

ments , > cette aptitude elle-même est une énergie innée (i).

A ce point de vue général , nous arrivons à une conception de Tunivers dans laquelle rien n'est inactif. Toute substance possède Ténergie primitive sans avoir la même énergie , et toute substance se trouve en relation active avec d'autres substances et avec la substance première , et en entendant par mouvement les changements sans distinction , tout mouvement est produit grâce à quelque action reçue , à d'autres mouvements. Le premier moteur seul n'est pas réceptif; il est immobile.

Descartes , au contraire , avait méconnu l'énergie primitive des substances. Malebranche avait formulé le système des causes occasionnelles, et Spinoza finit par supprimer les substances et les causes occasion-

(i) « Qusero enim, utrum volitio illa, vel jussio, aut si inavis lex divina olim lata extrinsecam tantum tribuerit rébus denominationem , an vero aliquam contulerit impressionem oreatam in ipsis perdura ntem , vel legem insitam (etsi plerumque non intellectam crealuris, quibus inest) ex qua actiones et passiones consequantur

» Sin vero lex a Deo lata reliquit aliquid sui expressum in rébus vestigium, si res ita Aiere format» mandato, ut aptœ redderentur ad implendam jubentis voluntatem , jam concedendum est , quamdam inditam esse rébus efiicaciam , formam, vel vim qualis naturœ nomine a nobis accipi solet, ex qua séries phœnomenorum ad primi jussus praescriptum consequeretur* » (I^iBNiTZ, Opéra phiL, éd. Ercjmann, p. 156,)

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nelles. Pour lui, rappelons-le encore, il n*y a qu'une substance unique et universelle sous les attributs de retendue et de la pensée infinies , dont les âmes et les corps sont les modes divers et passagers.

Individualité et énergie primitive, j'existe à titre de force individuelle ou substantielle.

La notion de l'âme , force individuelle , est claire et précise , lorsqu'on se place au point de vue de l'observation intérieure et de l'analyse psychologique ; elle est vague et obscure lorsqu'on la cherche ailleurs.

En tant qu'unité simple et permanente, en qui les modifications diverses et successives existent, je suis la substance qui les unit ; en tant qu'énergie primitive, cause de changements divers, je suis la force qui les produit ( i ).

(0 « La puissance active est prise quelquefois dans un sens plus parfait, lorsque, outre la simple faculté, il y a tendance^ et c*est ainsi que je la prends dans mes considérations dynamiques. On pourrait lui affecter particulièrement le mot de force , et la force serait ou entéîéchie ou effort^ car Ventéléchie (quoique Aristole la prenne si généralement qu'elle comprenne encore toute ac^zon et tout effort)^ me paraît plutôt convenir

En distinguant Tâme substance, je considère le rapport des modifications avec l'être en qui elles existent; en parlant de Famé force, j'ai égard au rapport des changements avec l'être qui les produit. La réceptivité s'affirme spécialement de l'âme substance , par exemple , les sensations reçues , et l'énergie s'entend proprement de l'âme force , par exemple, les réactions produites; et d'ailleurs les modifications reçues sont intérieures, tandis que les changements produits peuvent être extérieurs; je dois donc distinguer la substance et la force , mais je ne puis les séparer. L'âme substance est force et l'âme force est substance. Les êtres simples , remarque Maine de Biran , seuls existent à titre de forces. Ce sont aussi les vraies substances.

Unité simple et permanente de force, je commence ou cause des changements divers et successifs, lorsque les conditions existent. Ma causalité , c'est mon énergie primitive, en tant que commençant telle ou telle action. L'énergie est permanente et se conserve; les actions dont je suis cause passent. C'est la force qui présente l'attribut de la causalité, et ce n'est pas la causalité qui présente celui de la force.

aux forces agissantes primitives^ et celui à' effort aux dérivations. l^^entéléchies^c'eBt'k-àïveles tendances primitives ou substantielles^ lorsqu'elles sont accompagnées de perception, sont les &mes. •• (LBiBNrrz, Nouiv, essais, 1. II, ch. 21.)

L'âme force individuelle ou substantielle, c'est donc rame en tant qu'énergie primitive et individuelle, cause de changements intérieurs et de mouvements (i).

L'école matérialiste a prétendu que toute force est inhérente à la matière, et que nous n'en connaissons pas d'autre, d'oîi elle conclut que l'âme, au lieu d'exister à titre de force substantielle , est une manifestation particulière des forces de la matière organisée.

€ L'âme, dit un auteur, est simplement une complexion de capacités et de forces qu'un organisme déterminé , animal ou humain , met au jour.

(0 Le terme force se prend dans des acceptions très-différentes. On a confondu la force et le mouvement. Le mouvement est un changement, et tout changement est produit par une force qui en est cause. On entend encore par force la cause du mouvement. l«a force diffère de la cause, et tous les changements ne sont pas des changements dans Tespace et dans le temps, des mouvements. La force s*entend encore dans un sens qualitatif, par exemple la notion vulgaire de qualités actives inhérentes à la matière-substance. Elle s*entend , en outre, dans un sens quantitatif, par exemple la force d*une machine, la force de l'esprit , de la volonté , etc. M. Bbaunis , Nouv. élém, de physiol, , p. 44 et ss. , est très-inexact sur cette question importante.

Toute force n'existe qu'en la matière, et nous ne connaissons par expérience aucune force qui pourrait se passer d'un svbstratum réel; par conséquent aussi, les forces spirituelles ne peuvent avoir qu'un supportmatériel. L'esprit ne serait qu'une abstraction vide si on voulait le séparer de la matière et même l'opposer à la matière. Par conséquent , les forces spirituelles ne diffèrent des autres forces de l'organisme que parce qu'elles sont des manifestations particulières propres à certaines matières (i). >

< Toute force est inhérente à la matière. > C'est une pétition de principe et une erreur, et nullement un axiome évident. Loin d'être évidente , la proposition est vague et obscure , aussi longtemps qu'on ne nous dit pas ce qu'il faut entendre par matière et forces inhérentes à la matière.

> Nous ne connaissons par expérience que des

(i) « Seele ist lediglich ein complex von Fàhigkeiten und Kràften , toelche ein bestimmter thierischer oder menscMicher Organismus an den Tag legt. Die Krafle existiren ùberhaupt nur an der Materie, und es gibt erfahrungsmâssig keine Kraft , welche eines realen Subtrates entbehren kônnle. Also auch die geistigen Krâfte kdnnen nur von der Materie getragen existiren; Geist ware eine leere Abstraction, wenn man ihn von der Materie lôsen , ja ihr entgegensetzen wollte. Die geistigen Kr&fle daber in ihrem Unterschiede von den ûbrigen , welcbe der Organisraus darlegt, sind gleicbfalls nur eigenthûmlicbe Erscheinungen gewisserMaterien. » (Burmeister, cite par Fichte, Anthropologie, p. 76.)

forces inhérentes à un substratum matériel. » Nous connaissons certainement par expérience , en nous observant nous-mêmes, la force individuelle, qui commence des changements intérieurs et des mouvements , et qui ne peut être < une complexion de capacités et de forces manifestées par Torganisme. > C'est même cette force qui nous est connue avant toute autre. L'observation extérieure n'atteint que les phénomènes sensibles qui passent , nullement les énergies permanentes , causes de ces phénomènes. Nous nous connaissons immédiatement comme cause d'une espèce de phénomènes; nous concevons le rapport absolu et universel de tout ce qui commence d'exister avec une cause, et nous sommes obligé d'admettre que tous les phénomènes de la nature , comme ceux de l'âme , ont une cause quelconque.

Quelles sont les énergies primitives qui commencent les phénomènes de la nature? Existe-t-il, comme le pensent Boskowitch , Ampère , Faraday , Tyndall, une infinité de points inétendus, unités permanentes de force ? Y a-t-il , comme l'enseigne Kant, deux forces générales et une infinité de manifestations diverses de ces forces? quels sont la différence et les rapports entre la force et la matière?

Ces questions et d'autres semblables, la science cherche à les résoudre , et elle est loin de les avoir résolues. Qui donc ignore les controverses toujours

renaissantes sur la matière, la force et leurs rapports? Mais, malgré toutes ces controverses, je ne puis douter que j'existe à titre de force individuelle ou substantielle, cause de phénomènes psychiques et de mouvements.

€ Nous concevons , dit Engel , cité par Maine de Biran , nous concevons les forces de la nature d'après le type de notre principe actif, cause de mouvements , au point même d'y mêler certaine idée de volonté , preuve de l'origine psychologique de cette idée. > De là aussi, ajoutons-nous, la tendance si générale des enfants , comme des populations restées à l'état d'enfance , de personnifier les agents de la nature, nouvelle preuve que la première force connue, c'est l'âme ^Ue-même (i).

(0 « l\ me semble, dit Reid, que, si je n^avais pas la conscience de mon activité personnelle , je ne pourrais jamais me faire une idée d'un pouvoir actif d'après les choses qui m'environnent. » Locke lui-même ne pense pas autrement : « Nous n'avons par le moyen du corps, remarque-t-il , aucune idée du commencement du mouvement. » — On rapporte que Caspar Hauser s'imaginait que la boule du jeu de quilles avait le pouvoir de se mouvoir et de s'arrêter à volonté. Il projetait en quelque sorte hors de lui ce qu'il observait en lui-même.

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