‹ De la connaissance religieuse; Essai critique sur de récentes discussionsChapitre 28 sur 38 · RER PT TP · texte numérisé non relu

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à un autre homme des faits : mon ami vient m’annoncer qu'il va partir pour Pékin ou qu’il revient du cap de Bonne-Espérance; qu’il a acheté une maison ou vendu un cheval. Un homme peut révéler à un autre homme des idées : le maître révèle à un enfant l’arithmétique, la morale ; le philosophe révèle au public un système nouveau, ou bien tout simplement mon ami me révèle le but de l’achat de cette maison ou de la vente de ce cheval, le motif de son départ ou de son retour, le sens de telle démarche, la portée de telle action. Car il y a idées et idées; et un homme peut révéler à un autre homme des idées sans être obligé de lui révéler un système transcendant comme celui de Kant ou une science compliquée comme le calcul différentiel et intégral. Enfin, un homme peut

révéler à un autre homme des projets, des complots, des senli-

ments, etc. D’une manière générale, tout ce qui est susceptible d’être connu est susceptible d’être révélé. Ce qui caractérise toujours la révélation, c’est qu’elle produit chez celui qui la reçoit une connaissance. Lorsque la révélation porte sur des faits, elle produit une connaissance de ces faits. Lorsque la révélation porte sur des idées, c’est-à-dire sur une connaissance, elle produit une connaissance de cette connaissance. Révéler, c’est faire connaitre.

Si la définition de la révélation ne précise pas l’objet ou la matière de la révélation, elle n’en précise pas non plus le mode ou, si on préfère, la forme. Un homme peut révéler ce qu’il révèle à un autre homme par le langage ; c’est assurément le moyen le plus commode, le plus expéditif en bien des cas, le plus complet, le plus sûr. Mais un geste, un regard, une action peuvent me révéler ce que mon prochain pense ou sent. Quelques lignes d'écriture peuvent révéler à autrui mes dispositions intimes. « Cet ouvrage, dit l’Académie dans un de ses exemples, a révélé chez lui un talent qu’on ne lui connaissait pas. » Les œuvres humaines (livres, tableaux, chefs-d’œuvre d'architecture ou vulgaires bâtisses, etc.) révèlent l’homme à l’homme. Et même nous pouvons aller plus loin : est-il bien démontré que, de mes semblables à moi et de moi à mes semblables, il ne s'exerce aucune action par l’intérieur, aucune communication indépendante de tout moyen physique, aucune révélation directe et immédiate? En présence des faits d’hypnotisme, de suggestion, il serait téméraire de le nier. Il est vrai que ces faits appartiennent plus ou moins au domaine morbide, anormal, j'allais presque dire immoral; mais ne correspondent-ils pas à des

phénomènes mal connus, mal observés, difficiles à étudier, réels pourtant, qui se passent, eux, dans le monde normal et sain, dans le domaine moral de la conscience et de la liberté? Toujours est-il que, quel que soit le mode par lequel un esprit humain fait une révélation à un autre esprit humain, le résultat est toujours, dans celui qui reçoit la révélation, une connaissance : révéler, c’est faire connaître.

Des relations de l’homme à l’homme, passons maintenant ax relations de l’homme à Dieu et de Dieu à l’homme.

La religion n’est autre chose qu’un rapport moral, une relation morale réciproque entre Dieu et l’homme. Ce qui se passe dans les relations morales des hommes entre eux doit se passer aussi dans les relations des hommes avec Dieu. Il peut y avoir des différences de degré : et dire différence de degré, ce n’est pas dire différence négligeable. Mais il ne saurait y avoir des différences de nature. Dieu est une personne morale, immensément supérieure à l’homme, mais semblable à l’homme. |

Le fait est que Dieu se révèle à l’homme : tout d’abord par l’homme lui-même. Je suis l’œuvre de Dieu. L'œuvre révèle l’ouvrier. Je suis à moi-même et pour moi-même une révélation de

Dieu. Précisons : la conscience morale, par exemple, me révèle un.

Dieu moral, libre, personnel, bon, juste et charitable. Et, si nous faisons abstraction pour le moment du péché, la conscience morale me montre comme le devoir et le bien suprême l’amour pour Dieu, l’obéissance à Dieu, l’union avec Dieu, et les relations intimes et personnelles avec Dieu. La prière n’est pas un fruit de la chute. La prière rentre dans l'idéal et la vocation de l’homme, la prière qui est une révélation faite par l’homme à Dieu de ses pensées, de ses désirs, de ses sentiments. Il n’y aurait pas réciprocité, mutualité, si Dieu ne se révélait pas aussi d’une façon particulière à l’homme. Ainsi, la première et la plus importante révélation de Dieu à l’homme : la conscience morale, nous conduit à postuler pour l’homme normal des relations faites de révélations entre Dieu et l’homme — relations incessantes et continues faites d’incessantes et continues révélations.

Il est clair que, pour l’homme encore normal, mettons pour

l’homme primitif avant la chute, la nature tout entière qui n’était pas encore troublée par le péché, la nature œuvre du Dieu saintet amour, révélait son auteur et joignait sa révélation à celle de la conscience.

Ce

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