CT CP
Mais l’homme a péché. L'espèce humaine est tombée. C’est un fait. La révélation de la conscience en est profondément modifiée et la révélation de la nature profondément altérée. Toutefois, la conscience, dans cet état de déchéance, nous révèle encore d’une part que l’humanité est impuissante à se relever par elle-même, et d'autre part que Dieu, le Dieu de justice et d'amour de la conscience, ne peut pas abandonner l'humanité à elle-même, ne peut pas la livrer à la ruine et au châtiment. Et le fait répond au postulat. Dieu combat d’abord dans toute l’humanité l'influence incessante du mal par l'influence perpétuelle du bien, c’est-à-dire par son influence personnelle toute présente : ce qui ne va point sans une certaine espèce ou un certain degré de révélation. Et c'est pourquoi dans les religions païennes, même les plus absurdes ou les plus honteuses, tout n’est pas faux, tout n’est pas humain. Mais Dieu ne se borne pas à cette révélation générale qui, déjà, elle, remarquons-le, n’est pas uniforme, mais varie sans cesse dans ses procédés, son objet, etc. Dieu se révèle d’une façon plus particulière, plus intime, plus profonde, au peuple qu’il a choisi, à Israël ; il lui révèle, par la prophétie, des desseins qu’il ne révèle à aucune autre nation et qu’il accomplira dans Israël et par Israël. De là un caractère tout particulier de la révélation dans le peuple élu, caractère qui suffit à tracer une ligne de démarcation bien tranchée entre les révélations générales accordées à l’humanité ou aux individus humains et les révélations spéciales accordées à Israël. La différence porte sur l’objet de la révélation : Dieu révèle
à Israël autre chose et plus que ce qu’il révèle aux autres peuples.
Et elle porte sur les procédés de la révélation : pour se révéler à Israël Dieu use d’autres procédés que pour se révéler aux autres peuples. Je fais allusion à la prophétie, au miracle, etc., aux procédés divers dans lesquels Dieu emploie la nature et l’homme pour instruments de communication de sa pensée. Et, de plus, Dieu révèle sa révélation en Israël, c’est-à-dire que Dieu révèle à Israël que la connaissance surnaturelle produite en lui est bien l’œuvre de Dieu, et non l’œuvre de l’homme; dans les autres peuples, au contraire, Dieu se borne souvent à amener les hommes à telle ou
telle connaissance sans leur révéler que c’est lui, Dieu, qui les y a
amenés, de telle sorte que la chose révélée est connue, mais sans qu’on sache que c’est Dieu qui l’a fait connaître. La révélation spéciale de Dieu à fsraël atteint son apogée en
Jésus-Christ. Jésus-Christ, d’un côté, est la révélation parfaite de Dieu à l’homme, puisque c’est le Fils de Dieu qui a quitté le ciel pour venir ici-bas nous révéler le Père. Comme l’a dit saint Jean dans son prologue : « Personne n’a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître. » Et d’un : autre côté, Jésus-Christ, par son incarnation, est devenu homme, pleinement et véritablement homme. Il a besoin de recevoir de Dieu des révélations, tout comme les autres hommes, et nous voyons par les Évangiles qu’il en a reçu.
Les révélations spéciales ont encore continué pour les apôtres et pour l’Église primitive, qui avaient la mission de faire connaître, c’est-à-dire de révéler à l'humanité les idées et les faits constitutifs de l'Évangile. Pour les faire connaître, les apôtres devaientles connaître d’abord. Ils ne pouvaient révéler que ce qui leur avait été révélé.
Après les apôtres, les révélations spéciales ont cessé. Car Dieu ne fait pas de miracles inutiles. I] a agi dans l’histoire en révélant à quelques hommes et son action et le sens de son action. Cela suffit; c’est à ces hommes à transmettre aux générations successives la révélation une fois reçue.
Cela veut-il dire que Dieu n’intervient plus personnellement pour révéler? Nullement. Il révèle encore, il révèle tous les jours. Mais il ne révèle plus la même chose ni de la même manière. L'objet et le procédé ont changé. Et d’ailleurs, non seulement les révélations actuelles diffèrent de la révélation primordiale, constitutive du christianisme, mais elles diffèrent entre elles, elles sont variables. Dieu révèle el se révèle d’une certaine façon aux non-croyants, aux individus naturels, suivant leurs circonstances, etc. Et Dieu révèle et se révèle d’une certaine façon aux chrétiens, dans le cours et le développement de leur vie chrétienne. Seulement, ici comme dans la révélation générale aux peuples en dehors d'Israël avant le Christ, Dieu ne révèle pas le plus souvent sa révélation, de sorte que le chrétien est toujours obligé d’en revenir à la révélation norme et règle, la révélation en Jésus-Christ qui est le critère etle juge des autres révélations tout individuelles et spéciales.
Nous accusera-t-on ici d’intellectualisme? ce serait bien mal nous comprendre. En effet, nous ne prétendons pas que Dieu ait jamais révélé à l’homme, à aucun homme, tout un système de vérités abstraites, toute une philosophie. Non. Dieu a simplement révélé à l’homme le sens des actions divines accomplies pour le salut, la
Lib