RARE TEA
p. 262-263), qu'il y a en nous une conscience active du mot (y a-t-il aussi une conscience passive du moi?), une conscience du monde, une conscience de Dieu. C’est là une terminologie germanique : Selbstbewusstseyn, Weltbewusstseyn, Gottesbewusstseyn, mais combien peu satisfaisante! Non, nous n’avons conscience que de nous-mêmes et de nos modifications; les bornes de notre être sont les bornes mêmes de notre conscience. Pour avoir conscience d'autrui, il me faudrait — qu’on me passe cette expression vulgaire — être dans sa peau. Les phénomènes mentals qui constituent une conscience sont absolument inaccessibles en eux-mêmes à tout autre que le possesseur de celte conscience. Nous avons conscience des impressions que le monde fait sur nous : nous n'avons pas conscience du monde, à moins de tomber dans un idéalisme solipsiste qui ferait consister le monde et mes semblables dans les sensations même dont j’ai conscience et en rien autre chose. De même, j’ai conscience des rapports dans lesquels je suis avec Dieu; je n’ai pas conscience de Dieu, à moins de prétendre que Dieu est identique à la conscience que j'ai de moi-même. Il n’y a que Dieu qui ait conscience de Dieu (1 Cor. n, 11). C’est connaissance (ou croyance) qu’il faut dire, et non pas conscience.
Ailleurs (2. L., p. 236; À. C., p. 344), M. Sabatier écrit ces paroles que nous avons déjà citées :
« Quand nous parlons de fait religieux interne, d'expérience de la piété, nous ne parlons pas d’une expérience nue, mais d’un phénomène psychologique conscient, d’une expérience religieuse précise et par conséquent formulée. »
Ici, conscient est synonyme non plus même seulement de connaissant ou connu, mais de scientifique, philosophique, théologique. Si M. Sabatier accorde que l'expérience religieuse est cela dès l’origine, est cela par essence, ne nous accorde-t-il pas bien plus en vérité que nous ne demandons ?
Nous ne pouvons nous empêcher de conclure que les objections faites à M. Sabatier demeurent; que sa théorie de la conscience ne les lève pas; et que, dans ce que nous croyons en comprendre, et quel que soit l’aspect sous lequel nous l’envisagions, cette théorie de la conscience et du sentiment conscient est très contestable, pour ne pas dire erronée.