INTENSITE DU SON
[Sect. xvi.f
sont pas produites par un mouvement réel de progression des molécules matérielles dans le sens de la force d’impulsion, mais qu’elles sont simplement le résultat de déplacc- . . . mens et de changcmens de figure relatifs , qui courent de l’extrémité à l’autre du fluide, dont toutes les particules se p . trouvent ainsi en état de vibration dans le même moment.
/•»**’'. C’est ainsi qu’une impulsion donnée à un point quelconque de Tatmosphere est successivement propagée en tous sensy
j y1; par des ondulations divergeant comme du centre d’une u. sphère, et s’étendant à des distances de plus en plus
grandes, mais diminuant d’intensitc, par suite de l’augmentation successive du nombre de particules de matière inerte que la force est obligée de mettre en mouvement. Il en est de ces ondulations comme de celles résultant de la chute d’une pierre dans une eau tranquille, qui se propagent circulai rement tout autour du centre d’agitation *. Ces ondulations sphériques successives ne sont que les répercussions des condensations et mouvemens des premières particules auxquelles l’impulsion a été donnée.
L’intensité du son dépend de la violence et de l’étendue
quelles que puissent une fois formée,
ne peut être transmise qu’en ligne droite et en avant, et ne retourne jamais en arrière, à moins qu’elle ne soit réfléchie par quelque obstacle qui s’oppose à la continuation de sa marche en avant. Les vibrations des molécules aériennes sont toujours extrêmement petites, tandis que les ondulations du son varient d’étendue, depuis quelques pouces jusqu’à plusieurs pieds. Les diverses sortes d’instru— mens de musique, la voix humaine, et celle des animaux, le chant des oiseaux, le bourdonnement des insectes, Te mugissement des eaux, le sifflement du vent, et les autres
* ;• des vibrations initiales de l’air; mais que
E ’ être ces vibrations, chaque ondulation,
E ' . ». o nnnt ofro trahcmico nn'an 1 1 ir »... »l».»»if»i
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■ Note 1 5 1 .
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[SeCt. XVI.] BRUIT SIMPLE ET SON MUSICAL. *65
modifications du son, auxquelles on n’a point assigné de nom, montrent tout à la fois la variété infinie qui règne dans les différentes manières d’être des vibrations aériennes, ainsi que la finesse et la délicatesse étonnantes de l’oreille, susceptible d’apprécier les différences les plus légères qui existent dans les lois de l'oscillation moléculaire.
Tous les bruits simples sont occasionés par des impulsions irrégulières communiquées à l’oreille, et si le bruit est court, précipité, et répété avec une vitesse supérieure à une limite déterminée, l’oreille perd les intervalles de silence, et le son parait continu. De tels sons ne sont encore qu’un bruit simple : pour produire un son musical, les impulsions, et par conséquent, les ondulations de l’air, doivent être toutes exactement semblables en durée et en intensité, et doivent revenir après des intervalles de temps exactement égaux. Si l’on imprime un choc au pieu le plus voisin d'une palissade formée d’un rang de pieux larges, plats, équidistans, et disposés de champ sur une ligne aboutissant directement à l’oreille de l’observateur, chacun des pieux répétera le son qu’aura produit le choc; et ces échos, en revenant à l’oreille par intervalles successifs et égaux, produiront une note musicale. La qualité d’une note musicale dépend de la soudaineté, et son intensité de la violence et de l’étendue de l’impulsion primitive. La seule propriété du son que l’on prenne en considération dans la théorie de l’harmonie, est le ton, qui varie avec la rapidité des vibrations. Les sons graves, ou bas, sont produits par des vibrations très lentes, qui augmentent progressivement de fréquence, à mesure que la note devient plus aiguë. Tput le monde n’entend pas également les tons très graves; et le docteur Wollaston, qui a fait un grand nombre d’expériences sur l’audition, a trouvé que beaucoup de personnes, sans être sourdes, sont absolument insensibles au cri de la chauve-souris ou du grillon, tandis que pour
Ififi ÉTENDUE DE l’ AUDITION. [Sect.
d’autres il est perçant. De là, il conclut que toute l'étendue de l’audition humaine comprend environ neuf octaves, à partir de la note la plus basse de l’orgue jusqu’au cri le plus aigu des insectes que nous connaissons; et il observe, avec son originalité accoutumée, que, « comme » il n’y a rien dans la nature de l’atmosphère qui s’oppose à a l’existencede vibrations incomparablement plus fréquentes » qu’aucune de celles dont nous avons le sentiment., nous » pouvons concevoir que certains animaux , tels que les » grillons, par exemple, dont les facultés paraissent com- » meneer à peu près ou les nôtres finissent, peuvent avoir » celle d’entendre des sons encore plus aigus dont nous ignov rons l’existence; et qu’il peut même y avoir d’autres insec- » tes qui u’entendeut .rien de ce que nous entendons, mais » qui soientdoués d’un sens beaucoup plus. irritable que le » nôtre, et susceptible de percevoir des vibrations de la s même nature que celles qui constituent nos sons ordi- » naires, d’un ordre toutefois tellement différent, que l’on » pourrait dire que ces animaux possèdent un autre sens » qui n’a de commun avec le nôtre que le milieu par le- » quel il est excité. »
M. Savai t , si justement célèbre par ses nombreuses et savantes recherches sur l’acoustique, a prouvé qu’on ne doit pas attribuer au ton d’une note haute d’une intensité donnée, mais bien à sa faiblesse, la cause qui empêche certaines personnes de l’entendre. Les expériences de cet habile physicien, ainsi quecelles faites plus récemment parle proiesscur Whcatstone, démontrent que si on pouvait parvenir a donner aux baltemens une puissance assez grande, il serait difficile d’assigner des limites à l'audition humaine, soita 1 uue, soit à l’autre des extrémités de l’échelle. M. Savart se servait pour ses expériences, d’une roue d’environ neuf pouces de diamètre, garnie de 3(io dents, placées à égales distances autour de la circonférence, et disposées de telle
uuiwmii 1 ,1 .1 , '), . V 'S'W
[Sect. XVJL ] EXPIÎHJBJiCBS DE M.«.VVART. iVJ
soi-te, que lorsque la roue était en mouvement, chaque dent venait successivement butter contre un morceau de carte. Le ton augmentait d’intensité à mesure que la rotation devenait plus rapide, el.il était d’une pureté parfaite quand le nombre des chocs ne surpassait pas trois ou quatre mille par seconde.: au-delà de ce nombre, il devenait faible et peu distinct. En employant une roue plus grande, il > obtenait un ton beaucoup plus haut, parce qu’aloro lesdents étant plus éloignées les unes des autres, les coups étaient plus forts et plus séparés. Avec une roue de 32 pouces de diamètre, garnie de 720 dents, le son produit par 12,000 coups par secqndc (ce qui correspond à 2 '1,000 vibrations d’une corde musicale) pouvait encore s’entendre. L’oreille humaine est donc susceptible d’apprécier un son qui ne dure que la 24,000e partie d’une seconde. Un grand nombre de personnes présentes à l’expérience, et M. Savart lui-même* entendirent distinctement cette note. Ce fait convainquit M. Savai t que des sons plus aigus encore poui î aient elle entendus a laide d un qpparcil plus puissant.
Pour les sons graves, il se servait d’une banc de fer de deux pieds huit pouces de longueur, sur deux pouces en— vu on de largeur, et un demi-pouce d'épaisseur, laquelle tournait autour de son centre, à la manière d’un rai de roue. Quand on imprime à cet appareil un mouvement de rotation, il communique à l’air ce même mouvement , et si I on place à ses extrémités une petite planche excessivement mince ou une carte, le courant d’air est momentanément interrompu chaque fois qu’un des bras de la barre passe devant la carte, il se trouve comprimé au-dessus de la carte, et dilaté au-dessous ; mais aussitôt que le bras est passé, 1 air, se précipitant avec force pour rétablir l’équilibre, produit une sorte d’explosiou, et quaud leur succession s exécute rapidement, il eu résulte une note
.ogle
108 vitesse dd son. [SeCt. XVI.]
musicale dont le ton est proportionnel à la vitesse de la révolution. Quand on fait tourner lentement cette barre, l’on n’entend qu’une suite de simples battemens; puis, à mesure que la vitesse de rotation augmente, le son devient un bruit confus. Mais lorsque cette vitesse devient suffisante pour donner huit battemens par seconde, l’on entend une note musicale très distincte et très basse, correspondante à seize vibrations simples par seconde, ce qui est le ton le plus bas que l’on ait pu produire jusqu’ici. Quand la vitesse de la barre est encore augmentée de beau-
coup, l’intensité du son devient telle qu’on a peine à le supporter. Les rais d’une roue en mouvement produisent la sensation du son , de la même manière qu’une baguette rougie au feu , et à laquelle on imprime un mouvement de
rotation en la tenant par l’une de ses extrémités, transmet à l’œil l’impression d’un cercle lumineux. Les vibrations excitées dans l’organe de l’ouïe par un seul battement n’ont pas encore cessé lorsqu’une nouvelle impulsion est déjà produite. Il est indispensable à la production d’une note pleine et continue que les impressions produites sur les nerfs auditifs anticipent les unes sur les autres. M. Savai t a déduit des expériences précédentes la conséquence , que l’on pourrait entendre les sons les plus aigus aussi facilement que les sons graves, si la durée de la sensation produite par chaque battement diminuait dans le rapport de l’augmentation du nombre de battemens dans un temps donné; et qu au contraire, les tons les plus graves s’entendraient aussi distinctement que les autres, si la durée de la sensation produite par chaque battement augmentait proportionnellement à leur nombre dans un temps donné.
La vitesse du son est uniforme et indépendante de Ta nature, de l’étendue, et de l’intensité de l’ébranlement primitif. Les sons, par conséquent, quels que puissent être
VITESSE nu sox.
{Sect. xvi. ]
leur qualité et leur ton , voyagent avec une vitesse égale. ‘L’hypothèse d'une différence, si petite quelle soit, dans ‘leur vitesse, est incompatible, soit avec l’harmonie, soit avec la mélodie, car des notes d’intensités et de tons différais, résonnant ensemble à une petite distance, arriveraient à l’oreille dans des temps différais; et dans ce cas, une succession rapide de notes ne produirait que confusion et dissonance. Mais comme la rapidité avec laquelle le son est transmis dépend de l’élasticité du milieu qu’il a à traverser, la cause qui tend à augmenter l’élasticité de 1 air, doit aussi, quelle qu’elle soit, accélérer le mouvement du son. C’est par cette raison que, supposant la pression de l’atmosphère constante, sa vitesse est plus grande par un temps chaud que par un temps froid. Dans un air sec, à la température de la glace fondante , le son voyage à raison de 1089 pieds l332'u environ) par seconde, et au 62e degré de Fahrenheit ( i6°6y centigrades ), sa vitesse est de 1 iî3 (3/(2 T meti es env iron) dans le meme espace detemps, *>u de 760 milles ('277 lieues à peu près) par heure, ce qui est environ les trois quarts de la vitesse diurne de -l’équateur terrestre. Tous les phénomènes de la transmission du son étant de simples conséquences des propriétés physiques de l’air, ils ont pu être prévus et calculés rigoureusement par les lois de la mécanique. L’on a trouvé cependant que la vitesse du son , déterminée par l’observation , excédait de 173 pieds, ou d’un sixième environ de la somme totale, ce qu’elle aurait dû être d’après la théorie. Laplace soupçonna que cette différence pouvait avoir sa source dans l’augmentation de l’élasticité de l’air, occasionée par le développement de chaleur latente1, qui a lieu pendant l’accomplissement des vibrations sonores ; et le résultat du calcul confirma pleinement l’exactitude de
• Note 16S.
J70 TRANSMISSION DO SON. [ SeCt. XVI.]
son hypothèse. Lorsque les molécules aeriennes sont subitement comprimées, elles abandonnent leur chaleur latente ; d’où il résulte, l’air étant un trop mauvais conducteur pour entraîner rapidement cette chaleur, une élévation de température locale et momentanée, qui, augmentant la dilatation de l’air, produit un développement de chaleur plus grand encore ; et comme celte chaleur excède celle qui est absorbée dans la raréfaction suivante, l’air devient encore plus chaud , ce qui favorise la transmission du sou. L’analyse donne la vitesse véritable du son , en fouction de l’élévation de température qu’une masse d’air est susceptible de se communiquer à elle-même, par le dégagement de sa propre chaleur latente, lorsqu’elle est subitement comprimée dans une proportion donnée. Toutefois , ce changement de température ne peut être obtenu directement par l’observation ; mais en renversant le problème, et supposant la vitesse du son telle quelle est donnée par l’expérience, l’on a calculé que la température d’une masse d’air est élevée des neuf dixièmes d un degré quand la compression est égale à de son volume.
Il est probable que tous les liquides sont élastiques , quoiqu’il faille une force considérable pour les comprimer. L’eau éprouve une condensation de o. 0000496 à peu près, par chaque atmosphère de pression; conséquemment elle est susceptible de transmettre le son avec plus de rapidité eucore que l’air. La vitesse du son dans ce premier milieu est de 4/°$ pieds (i436“, environ) par seconde. Lne personne placée sous l’eau n entend que faiblement les sons produits dans l’air , mais elle perçoit très distinctement ceux qui sont produits dans l’eau. Suivant les expériences de M. Colladon, le son d’une cloche fut transmis sous l’eau, dans le lac de Genève, à 1a distaucc de neuf milles (3 ~ lieues à peu près) environ. Il observa aussi que dans l’eau la propagation du son est considérablement affaiblie par l’interposition d’un objet quelconque, tel
[SeCt. XVI.] TRANSMISSION DU SON. 171
qu’un mur par exemple; sous l’eau, par conséquent, le son ressemble à la lumière, en ce qu’il a, comme elle, une ombre véritable. Il en a beaucoup moins dans l’air, étant transmis à l’entour des bàtimens ou autres obstacles, de manière à être entendu dans toutes les directions, quoi* que cependant il le soit souvent avec ''une diminution considérable d’intensité, comme on s’en* aperçoit lorsqu’une voiture tourne le coin d’une rue.
La vitesse du sou, lorsqu’il traverse les solides , est proportionnelle à l’élasticité de ces solides, et beaucoup plus grande que lorsqu’il traverse l’air ou l’eau. Un son qui met quelque temps à voyager dans l’air, passe presque instantanément le long d’un £1 d’archal de six' cents pieds de long, conséquemment on l’entend deux fois, — d’abord par la communication directe du fil, et ensuite par l’intermédiaire de l’air. Tout le monde sait avec quelle facilité les vibrations du son sont transmises dans le sens du fil d’une pièce de bois : elles passent à travers le fer, le verre, et quelques espèces de bois, avec une vitesse de i8,53o pieds ( 5662m environ ) par seconde. Diverses circonstances, telles que la chute de la neige, le brouillard , la pluie, ou toute autre cause qui trouble l’homogénéité d’un milieu y diminuent la vitesse du son. M. de Humboldt prétend que l’homogénéité de l’air étant plus grande durant la nuit que pendant le jour, c’est à "cette cause qu’il faut attribuer que les sons sont mieux entendus pendant la nuit; la densité de l’air change perpétuellement durant le jour, par suite des variations partielles qui ont lieu dans la température. Il fit cette remarque à l’occasion des grandes cataractes de l’Orénoque dont le bruit, entendu de la plaine environnant la Mission des Apnres, semblait être trois fois aussi fort durant la muit que pendamt le jour, ‘èt il explique cette circonstance par une expérience célèbre. L’on ue peut faire résonner un verre à pied , à moitié plein
172 TRANSMISSION' DI* SON. f Secl. N VI.]
de champagne, ta ut que dure l’effervescence. Pour produire une uote musicale, le verre et le liquide qu’il contient doivent vibrer à l’unisson, comme un seul système; mais cela ne peut avoir lieu, tant que l’acide carbonique qui se dégage du vin trouble son homogénéité, parce que les vibrations du gaz étant beaucoup plus lentes que celles du liquide, la vitesse du son se trouve continuellement interrompue. Par la même raison, la transmission du son, aussi bien que celle de la lumière, se trouve retardée en traversant une atmosphère de densité variable. Sir John Herschel , dans son admirable Traité sur le son, explique ainsi le phénomène. « Il est évident, dit-il, que le son, de même que la » lumière, doit être entravé dans sa inarche, affaibli et dé- « tourné île sa direction primitive par le mélange d’airs, de » températures, et par conséquent d’élasticités différentes; u et ainsi la même cause qui produit cette extrême trans- » parence de l’air que l’on remarque pendant la nuit, mais * que les astronomes seuls savent convenablement appré- »cicr, le rend aussi plus favorable à la transmission du u son. Il n’v a nul doute, cependant, que le silence absolu u et profoud qui règne généralement pendant la nuit, rende » nos nerfs auditifs sensibles à des impressions, qui sans » cela nous échapperaient. L’analogie qui existe entre le » son et la lumière est parfaite dans cette circonstance ainsi » que dans tant d’autres. Les étoiles disparaissent à la clarté w du jour; le bourdonnement continuel des voix qui, pen- » danl le jour, se fait entendre de toutes parts, et ne laisse » jamais à l’oreille le temps de parvenir à un état de tran- » quillilé complet, la rend insensible aux faibles sons, que «pendant la nuit elle perçoit sans effort. L’oreille, ainsi « que l’œil , exige un repos absolu et prolongé pour altcin- » dre son plus haut point de sensibilité. »
L’on peut citer uu grand nombre d’exemples qui fournissent la preuve de la force et de la netteté avec lesquelles
iogle
[SeCt.XVl.] INTENSITÉ DU SON. J75
le son passe sur la surface de l’eau ou de la glace. Le lieutenant Forster se trouvant dans laradede Port-Bowen clans un moment où cette rade était gelée, y put soutenir une conversation suivie avec un interlocuteur placé à la distance d’un mille et demi (un peu plus d'une demi-lieue'.
L intensité du son dépend de l’étendue des excursion» des molécules (luides, de l’énergie des condensations et dilatations successives, et du plus ou moins grand nombre de particules qui éprouvent ces effets. Nous estimons cette intensité d après 1 action que ces molécules fluides exercent sur nos organes, laquelle est, par conséquent, en raison directe du carré de la vitesse; et non d’après leur inertie, qui est en raison de la simple vitesse. Si les choses se passaient comme dans ce dernier cas, il n’y aurait point de son, patee que I inertie des ondulations aériennes qui se font en arrière détruirait I inertie égale et opposée de celles qui se font en avant. On peut conclure de là que l'intensité du son diminue en raison inverse du carré de la distance au corps sonore. Dans un tube, cependant, la force du son ne décroît pas comme en plein air ; le frottement contre les parois peut seul la diminuer un peu. M. Biot a trouvé, d’après une série d’expériences infiniment intéressantes qu’il a faites sur les tuyaux des aqueducs de Paris, qu’une conversation suivie pouvait être soutenue , à voix aussi basse quepossible, au moyen d’un tube cylindrique de 3 1 20 pieds (gb2 mètres à peu près) de longueur environ, et que le temps employé par le son à parcourir cet espace était de 2,7 <) secondes. Dans la plupart des cas, le son diverge en tous sens, de manière à occuper à chaque instant une surface sphérique; mais le docteur Young a prouvé que cette loi n est pas sans exceptions, comme, par exemple, lorsqu’une surface plane ne vibre que dans une seule direction. Le son est alors de la plus grande intensité possible quand l'oreille de l’observateur est placée perpendiculairement à la surface.
474 RÉFLEXION Dl' SON. [Sect. XVI. ]
tandis qu’on l’entend à peine dans la direction exactement perpendiculaire à son bord-. D'ans ce cas il est imposible que la masse entière de l’air environnant soit affectée- de là même manière , puisque les molécules qui sont- derrière làsurface sonore viennent en s’avançant vers elle chaque fois que celles qui sont devant s’éloignent. Il suit de là que dans l’une des moitiés de la sphère d’air ambiant , ses mouvemens sont rétrogrades,, tandis que dans l’autre ils sont directs.. A l’endroit donc où ces deux moitiés se rencontrent, les mouvemens de l’air ne pouvant être ni rétrogrades ni directs , l’air y est en repos.
Il parait, d’après la théorie aussi bien que d’après l’expérience journalière, que le son est susceptible d’être réfléchi par les surfaces ’, suivant les mêmes lois que la lumière. Quiconque, après le passaged’un bateau à vapeur, a observé la réflexion des ondes produite par un mur situé sur le • bord d’une rivière, ou d’un canal très large, doit avoir une * idée parfaite de la réflexion du sonet de la lumière. Comme toutes les substances qui existent dans la nature sont plus ou moins élastiques les unes que les autres , chacune d elles peut être ébranlée selon une loi qui lui est propre, par l’impulsion d’une masse d’air en vibration; et réciproquement, la surface, par sa réaction, rend à l’air, dans une direction opposée, les ondulations quelle en a reçues. Ces réflexions produisent des échos, et comme une série de ces mêmes réflexions peut avoir lieu entre deux, ou même entre un plus grand nombre d’obstacles, il se produit ainsi autant d’échos du son initial; qui vont en s’affaiblissant de plus en plus jusqu’à ce qu’il s’évanouisse entièrement; car, le son, de même que la lumière, est affaibli par la réflexion^
Si la surface réfléchissante est courbe, et qu’on se place ducôté de sa concavité, le son converge vers l'oreille en aug-
Note 1C9.
[Secl.xvi. } échos. 475
mentant d’intensité; et cette intensité est encore plus considérable si la surface étant sphérique , on se place à son centre de courbure. Les ondes sonores émises par l’un des foyers d’une coquille 1 elliptique convergent vers l’autre foyer aprèss’être réfléchies ; conséquemment un son venant d’un de ces points est aussi net pour l’oreille d’une personne placée au point opposé, que si elle était tout près de celui d’où émane le son initial. Le roulement du tonnerre a été attribué à la réflexion du son que l’on supposait avoir lieu d’un nuage à l’autre. Cette hypothèse peut, jusqu’à un certain point, être vraie; mais Sir John licrschel pense que, selon toute probabilité, un fort roulement long-temps prolongé est dù à une combinaison de sons, parce que la vitesse de l’électricité étant incomparablement’plus grande que celle du son, le tonnerre peut être considéré comme se formant au même instant dans chaque point d’un éclair. Le son provenant du point le plus rapproché arrivera le premier; et si, en s’éloignant de l’observateur, l’éclair parcourt une ligne directe, le bruit arrivera de plus tard en plus tard , et en un roulement prolongé, des points les plus éloignés de son sillon. Si la direction de l’éclair est inclinée, la succession des sons sera plus rapide et plus intense , et si l’éclair décrit une courbe circulaire autour del' Oreille, le son arrivera au même instant de chacun de ses points avec une force assourdissante. De même aussi, les bruits souterrains, qui, semblables au tonnerre lointain, se font entendre pendant les trembleinens de terre, peuvent 'être occasionés par l’arrivée consécutive à l’oreille d’ondulations émises au même instant par des points plus rapprochés et plus* éloignés; ou par la production au même point, d’ondulations se propageant suivant des routes différentes, et à travers des couches d’inégales densités.
Les sons produits sous l’eau s’entendent très distincte-
MC INTERFÉRENCE DES SONS. [SeC it. Xvi. /
ment dans les couches d’air qui se trouvent ihunédiatement au-dessus, mais l’intensité s’affaiblit avec une grande rapidité, à mesure que l’observateur s’éloigne de ce point, A la distance de deux ou trois cents yards ( i 80 à aSo"1 environ) , elle est tout-à-fait insensible. Ainsi l’on voit qü’en passant d'un milieu dense dans un milieu rare, les ondes sonores, de même que les ondes lumineuses, sont non seulement réfractées, mais subissent en outre une réflexion totale à de très obliques incidences'.
Les lois de l’interférence s’étendent également au son r ainsi «leux cordes musicales, égales et semblables, sont à l’unisson quand elles communûpicnt dans le même temps à l'air le même nombre de vibrations ; mais quand ces «leux cordes, au lieu d’être toul-à-fait à l'unisson* accomplissent, l’une, cent vibrations par seconde, et l’autre, cent une dans le même espace de temps, — durant les premières vibrations, les deux sons résultans se combinent pour en former un seul d’une intensité double* les ondulations aériennes coïncidant alors sensiblement en temps et en place; mais ensuite l’un gagne graduellement sur l’autre, jusqu’à ce qu’à la cinquantième vibration il soit d’une demi-oscillation en avance; alors, les ondulations de l’air «jui donnent naissance au son, étant sensiblement égales , mais la partie rétrograde de l’une coïncidant avec la partie progressive «le l’autre, elles se détruisent mutuellement et oecasionent un instant de silence. Le son est renouvelé immédiatement après, et augmente graduellement jusqu’à la centième vibration, où les «leux ondulations se combinent pour produire un son du double d’intensité de chacun. Ces intervalles de silence et de plus grande intensité, appelés baltemens , reviennent à tontes les secondes ; mais quand les notes «liffèrent beaucoup'
‘ K«»te 179.
[Sect. xvi.] Interférence des sons.
l’une de l’autre , les battemens ressemblent à un charivari ; et quand les cordes sont parfaitement à l'unisson , il n’y a pas de battemens, puisqu’il n’y a pas d’interféreuce. Ainsi, par interférence, l’on entend la co - existence de deux ondidations, dans lesquelles les longueurs desondes sont les mêmes; et comme la grandeur d’une ondulation peut être diminuée par l’addition d’une autre ondulation transmise dans la même direction, il suit de là qu’une ondulation peut être absolument détruite par une autre, quand des ondes de la même longueur sont transmises dans la même direction , pourvu que les maxima des ondulations soient égaux, et que l’une suive l’autre précisément de la moitié de la longueur d’une onde. Le diapason offre lin exemple très frappant des effets de l’interférence. Lorsqu’on fait vibrer cet instrument, ses deux branches s’éloignent et se rapprochent alternativement l’une de l’autre; chacune communique ses vibrations à l’air, et une note musicale est produite. Si le diapason est tenu droit, à un pied environ de distance de l’oreille, et qu’on lofasse tourner sur son axe tandis qu’il vibre, à chaque quart de révolution , le son sera à peine entendu, tandis qu’aux points intermédiaires il sera fort et net. Ce phénomène est dû à l’interférence des ondulations de l’air qui s’échappe des deux branches du diapason. Quand les deux branches coïncident , c’est-à-dire, quand elles sont à égales distances de l’oreille, les ondulations de l’air se combinent pour se renforcer; mais quand les branches sont en quadrature, c’est-à-dire quand elles sont placées à inégales distances de l’oreille, les longueurs des ondes diffèrent entre elles d’une demi-ondulation, et par conséquent elles se détruisent mutuellement.
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