‹ De la conqueste de ConstantinobleChapitre 25 sur 110 · XXXI · texte numérisé non relu

XXXI

Ligne 6. Cist et maint autre doutèrent le grant péril que cil de Venise avoient empris. Je crois que par ce grant péril, il faut eutendre la traversée périlleuse , comme plus bas dans le même paragraphe. Mais d'autres raisons pouvoient avoir déterminé ceux qui montoient cette flotte ou estoire. Pourquoi demeurer plusieurs mois au port de Venise , soit pour y dépenser leurs provisions , soit pour contribuer à lever les embarras pécuniaires qui commencoient à assiéger la première armée , déjà à la merci des Vénitiens ? Ajoutez que des bruits sourds se répandoient de la trahison de ces derniers. Voici comme s'exprime le continuateur inédit de Guillaume de Tyr :

« La nouvelle de ceste emprise s'espandi moult loin. Quant li « soudans de Égipte , qui avoit esté frères Salehadin , et qui avoit « son neveu de Damas déshireté , entendi ces choses , il s'en ala « en Égipte , et fist moult bien garnir ses fortereche's ; puis envoia « en Venise, et manda as Vénissiens que se il pooient tant faire « ke il destornaissent les crestiens d'aler en Egypte , il leur donroit « dou sien largement , et grans franchises avéraient en ses pors. « Avoec chou leur envoia biaus dons.... » (Ms. 83i5. 7> fol. 182.)

Le second continuateur de Guillaume de Tyr non seulement raconte le même (ait , mais après avoir parlé de l'engagement pris à Soissons par les barons de se rendre à Venise , il ajoute : « Assez « ot chevaliers en France qui ne furent mie à l'acort de celé muete, « né qui n'i alèrent pas, ains alèrent passer à Marseille.... Et « Jehans de Néele entra en mer deerains , et grant plenté de Fia- « mans alèrent par le destroit de Marroc , et tuit li croisié deçà « les mons murent à un point de leur osteulz , et passèrent ; si arri- « vèrent à Acre, fors ceus qui alèrent en Venise. Bien furent trois « cent chevaliers et plus de toutes terres, et moult i passa de « menues gens. A ce passage passa li quens de Forez , mais ne « vesqui gaires , ains fu tantost mors que il arriva à Acre. » (Ms. 83i6,fol. 36a.)

a 56 NOTES

Enfin , Robert d'Auxerrc , parlant de cette flotte de Flamands , s'exprime ainsi : « De Flandria siquidem sexaginta rates mediae quan- « titatis , quas illi nacas vocant , necessariis omnibus praemunita? , * mare ingressae sunt , et toto aestivo tempore , aurarum intempérie, « per fretum quod Hispanias Àfricamque déterminât circumacta? , u per longos tamen circuitus , exceptis paucis , Massiliensi portui « appuieront, progredi ulterius non volentes. » (Ad ann. 1202.)

Ligne 10. Car moult petit conquisrent là oit il alèrent. Ceux qui se rendirent directement en Palestine , abordèrent à Acre an moment où l'on venoit de conclure une trêve avec les Sarrasins, Us n'y trouvèrent donc pas l'occasion d'y signaler leur valeur impatiente.

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