‹ De la conqueste de ConstantinobleChapitre 35 sur 110 · S LV · texte numérisé non relu

S LV

Ligne 6. Maistres Jehans de Ninon li autres : cis estoit chamberlans au conte Baudoin. Le mot chamberlans ne se trouve que dans le Ms. 687. Du Cange, qui ne le connoissoh pas, a montré sa sagacité ordinaire en rappelant que le chancelier de Flandre n'étoit pas alors Jean de Noion, mais bien Gérard, fils de Thierry d'Alsace , ancien comte de Flandre. « C'est pourquoi , « ajoute-t-il , quand Villehardouin dit que Jean de Noion étoit u chancelier du comte Baudouin , cela se doit entendre en ce sens « qu'il eut cette dignité durant le voyage , en l'absence de Gérard , « ou bien qu'il étoit chancelier de Hainaut. » Cette explication n'auroit pas empêché notre auteur d'avoir employé une expression inexacte; et c'est ce qu'il n'a réellement pas fait.

Ligne 21. S av oit -il bien qu'il lor convenoit grand meschief

faire. Innocent, dans la 162 e lettre du V e livre, est loin de faire

un aveu semblable, qui pouvoit compromettre l'infaillibilité de son

excommunication précédente : mais comme, dans cette même lettre,

il charge Nevelon de faire connottre verbalement aux croisés ses

dispositions confidentielles : « Caeterum , verba quœdam in ore po-

« suimus episcopi memorati , quae ipse poterit vobis fideliter expli-

« care , » il est probable que Villehardouin n'aura voulu résumer

exactement que les paroles de Nevelon. Citons un fragment de la

lettre : « Licet autem super hoc primus non modicum conturbati ,

« gaudemus tamen in Domino quod culpam vestram cognoscitis et

« eam proponitis per pœnitentiam expiare ; sicut venerabîlis frater

«< noster Suessionensis episcopus , et alii qui vénérant extenuarint

« excessum , nolueruot tamen , quia non poterant contuma citer

s66 NOTES.

« excusai*. Intellexiraus namque per eot quod , non inducii proie pria voluntate, sed quasi quadam necessltate coacti , ad expua>> « nationem Jaderas processistis ; lioet hoc tante crudelitatiê au- « daciam non excusât , com in hujus modi nacessitate induxerstis « vosmetipsos , etc.... » Innocent finit par leur imposer l'ordre de rendre Zara ; et comme les Vénitiens n'y vouloient pas entendre, le marquis de Montferrat prit sur lui la responsabilité d'une mesure décisive. 11 retint la lettre entre ses mains; puis il écrivit au pontife qu'il n'agissoit que dans l'intérêt de la religion. En effet , laisser les Vénitiens sous le poids de l'excommunication , c'étoit obliger les chrétiens à rompre tout pacte avec eux ; et si les Vénitiens étoient en abomination aux François , comment consentiroient-ils à les transporter en Syrie? « Attendras igitur, immo te- « nens pro certo, quod eo loco et' tempore , litterae vestrae nullatenus «possent ostendi, quin statim noster dissolveretur exercitus.... « reminiscentes de consflio vestro , multa dissimulanda pro loco et « tempore.... consilium habul litteras illas ad tempus suppriment « das, donec mandatant vestrum atque consilium iterata percipe- « rem jussione. »

La réponse d'Innocent ne se fit pas attendre. Il n'y témoigne au marquis de Montferrat aucun ressentiment; il loue l'armée des dispositions qu'elle fait paraître , lui recommande bien de ne pas s'occuper des affaires de Gonstantinople , et conclut à ce que ses lettres précédentes soient sur-le-champ montrées aux Vénitiens. « Volumus et mandamus ut litteras nostras quas ipsis assignandas « duxerimus , et quœ adhuc apud vos esse noscunlur, assignait fa- « ciatis eisdem, ne ipsi excusationem in peccatis assumant » Puis» dans une seconde lettre , il indique clairement le mode à suivre pour communiquer durant la traversée avec les Vénitiens sans encourir l'indignation de Dieu. 11 faut être parfaitement au courant de toute cette diplomatie de la cour de Rome pour comprendre la conduite des légats et les dissidences qui s'élevoient au sein de l'armée.

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